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Full text of "Revue des traditions populaires;"

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REVUE 



DES 



TRADITIONS POPULAIRES 



IQCS 


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LIBRARY 

OCT 9 1959 

umvERsmr oé caufobnia 



SOCIÉTÉ DES TRADITIONS POPULAIRES 

AU MUSÉE D'ETHNOGRAPHIE DU TROCADÈRO 



REVUE 



DBS 




I 





I 




RECUEIL MENSUEL DE MYTHOLOGIE, 

LITTÉRATURE ORALE, ETHNOGRAPHIE TRADITIONNELLE 

ET ART POPULAIRE 




TOME XXIII. — 2 3 « ANNEE 



PARIS 



EMILE LECHEVAL1ER 

16, ru* de Savoie 



j ERNEST LEROUX 

28, rae Bonaparte 

LIBRAIRIE ORIENTALE ET AMÉRICAINE 

E. GUILMOTO 



&, rue de Mézidren et rue Madame, 26 



1908 



RE VI ! 




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PARIS 

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m de Sa-. 38 rue Bonaparte 



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SOMMAIRE 





















Adrcimer tout ce qui concerne ta r«dacliou cl r«ûmli)^UMUOD A M F 
SétjUiot, HO, beuleva: 

Oti&aUon des s ■ donnant, droit à l'envol gratuit i 

BEVUE *-bt fixce à 15 franc» par «a • et Union fiofttale) Le ji 

de l'abonnement, po jn sociétaire*, c*t do 15 francs j ut an jjour 









AVIS 


IMPORTANT 













































REVUE 



DES 



G/?/. 

'133 



TRADITIONS POPULAIRES 



23* Année. — Tome XXIIL - NM. - Janvier 1006. 



CONTES ET LÉGENDES DE BÀSSE-BHETAGNE 

LXXII 

l'hommb-chkval 

l y avait autrefois, aux environs de Morlaix, un fort joli 
manoir, appelé le château de Kermac'hek, habité par 
une noble dame qui était veuve et n'avait qu'un fils. 
Malheureusement, une méchante fée avait condamné 
cet unique enfant à être métamorphosé en cheval 
jusqu'au jour où certaines circonstances auraient lieu. 
Quand Yves de Kermac'hek (ou plutôt le cheval 
dans la peau duquel il était) vit arriver la vingtième 
année, il dit un soir à sa mère qu'il voulait se marier, 
et la pria de lui trouver une femme. 

La pauvre dame fut bien en peine à cette nouvelle, 
car, hélas ! quelle jeune tille consentirait à s'unir à un 
cheval? Elle ne dormit pas de la nuit, mais, quand vint le petit jour, 
une idée lui vint aussi. Non loin du château habitait un meunier qui 
avait trois filles et qui lui devait plusieurs années de location. Elle 
résolut d'aller le trouver. Elle se rendit donc au moulin et fit part de 
ses projets au meunier. Celui-ci résista d'abord, mais comme il réflé- 
chit que si le mariage se faisait, cela pourrait le libérer de ses dettes, 
il n'osa refuser, et il fut convenu que le lendemain matin, il enverrait 
Fainée de ses filles au château pour blanchir du linge. 

Le lendemain la jeune fille s'y rendit, et comme elle était à laver au 
bord de l'étang, elle vit arriver un beau monsieur, bien habillé, ayant 
la mine d'un vrai seigneur, qui se mit à causer avec elle. Au bout 
d'un peu de temps, il lui dit ; 

Tour XX III. — Jakvim 4908. 1 




577 



2 REVdE DES TRADITIONS POPULAIRES 

— Il parait, d'après ce qu'on m'a raconté, que vous devez vous 
marier avec le fils du château. 

— Moi, répondit-elle, me marier avec un cheval S j'aimerais mieux 
mourir ! 

Yves de Kermac'hek, car c'était lui, poussa un cri sauvage et, 
redevenant cheval, se rua sur la jeune fille et la tua. Il pouvait à cer- 
tains moments redevenir homme, mais personne ne devait le savoir, 
si ce n'e3t celle qui l'épouserait. Après l'avoir tuée, il alla raconter à 
sa mère ce qui était arrivé, et lui dit de lui trouver une autre jeune 
fille qui voulût bien se marier avec lui. La pauvre femme se désola, 
mais comme elle savait que son fils ne renoncerait pas à son projet, elle 
calma les ressentiments du pauvre meunier en le libérant de ses dettes, 
puis elle se mit à chercher une autre fiancée pour son fils. Mais la 
nouvelle de la mort de la première s'était répandue, et partout on 
refusa ses propositions. Gomme elle ne trouvait nulle part une bru et 
que son fils la pressait de jour en jour davantage, elle se décida à 
risquer une autre tentative auprès du meunier. Elle se rendit donc au 
moulin; le meunier refusa d'abord sa proposition; mais comme 
elle lui promit une forte somme d'argent si le mariage se faisait, il finit 
par consentir, et le lendemain, la seconde de ses filles alla au château 
pour achever le blanchissage. 

Les choses se passèrent comme pour l'aînée : y ves de Kermac'hek 
vint la voir sous sa forme humaine, lui fit la même demande, et comme 
elle répondit dans le même sens que sa sœur, il la tua pareillement. 

Voilà la pauvre mère encore plus contrariée qu'avant, d'autant plus 
que son fils, bien loin de renoncer à ses projets de mariage, la pressait 
de plus en plus de lui trouver une femme ; mais elle eut beau lui en 
chercher une dans toute la Bretagne et même en France, aucune ne 
voulait épouser un cheval. Alors pensant que le meunier, auquel elle 
avait donné une grosse somme d'argent, était un peu calmé, elle lui 
fit demander sa troisième fille. Cette fois, le meunier refusa nettement; 
une seconde fois, elle le fit encore prier, même refus ; une troisième 
fois elle ne fut pas plus avancée ; enfin, comme elle lui fit proposer de 
lui donner le moulin s'il consentait à tenter l'aventure, il se laissa flé- 
chir, et envoya Gaïdic, sa dernière fille, achever le lavage que ses 
aînées avaient commencé. Gomme les deux autres fois Yves de Ker- 
mac'hek vint la voir au milieu de son travail, et quand il lui 
demanda si elle consentirait à épouser le fils du château malgré sa 
métamorphose, Gaïdic lui répondit que oui. 

Aussitôt, il se jeta à ses pieds, et lui dit : 

— Écoute, Gaïdic, c'est moi qui suis Thomme-cheval ; la nuit, et 
parfois à certains moments, pendant le jour, je reprends une forme 



REVUE DES ÎKÀDlïlOftS POfULAlttËS 3 

naturelle ; puisque tu le veux bien, nous nous épouserons ; mais per- 
sonne ne doit savoir que je puis redevenir homme ; jure-moi de ne le 
répéter à âme qui vive. 

— Je te le jure, dit-elle. 

Là-dessus, la jeune fille regagna le château, tandis qu'Yves de 
Kermac'hek, redevenant cheval, partit en galopant annoncer la bonne 
nouvelle à sa mère. 

Celle-ci fut bien joyeuse et accueillit Gaïdic avec empressement. 

La noce se fit tout à fait simplement et il n'y eut d'autre fêle qu'un 
repas de famille. Les parents de l'Homme- Cheval firent l'accueil le 
plus charmant à Gaïdic et elle vécut dès lors au château, ayant à sou- 
hait tout ce qu'elle désirait. Son mari demeurait jour et nuit dans une 
tour, en une partie retirée du château. Sa femme allait lui porter à 
manger; pendant la journée, cela l'attristait de voir que son époux 
était un cheval, mais elle était bien heureuse, lorsqu'elle allait le visi- 
ter la nuit, de le voir revenu sous sa forme naturelle, car alors il était 
d'une grande beauté. 

*** 

Au bout de quelques mois, Gaïdic devint enceinte et, â quelques 
jours de là, ses parents qu'elle n'était pas retournée voir depuis son 
mariage, voulant réunir chez eux quelques amis, comme c'était sou- 
vent la coutume du pays, l'invitèrent pour faire l'honneur de sa pré- 
sence à la compagnie. Elle s'y rendit, et comme elle était la fille du 
meunier et que toutes les commères qui se trouvaient là l'avaient 
connue toute petite, elles étaient hardies avec elle, et la voyant 
enceinte, elles lui demandèrent comment il se faisait qu'étant mariée 
à un cheval elle fût devenue dans cet état; elle refusa d'abord de leur 
dire, mais pressée de questions, elle finit par leur avouer que son 
mari n'était pas toujours cheval. 

Le soir, quand de retour au château elle fut porter à manger à son 
mari, celui-ci avait l'air profondément affligé. 

— Qu'as-tu à être triste? lui dit-elle. 

— Hélas ! lui répondit-il, j'ai bien sujet d'être triste, car dès demain, 
il me faudra te quitter ! . . 

Et comme elle ouvrait des yeux étonnés, il continua : 

— Oui, Gaïdic, quand je t'avais fait jurer de ne jamais répéter que j'é- 
tais cheval seulement le jour, c'était parce que du moment où le secret 
serait dévoilé, je redeviendrais homme pour toujours, mais je ne devais 
pas te prévenir de cela, et d'autre part, du jour où tu trahirais le secret 
je devrais te quitter. Ce jour est arrivée 



4 TlEVrE DES TRADITIONS POλULÀIHË3 

— Mais, je t'assure, dit Gaïdic, je n'ai rien dit. . . 

— Ne mens pas, lui répondit-il, je sais fort bien que tu as trahi le 
secret : au moment môme où tu as pari 5 j'en ai été averti, et j'en 
ai ressenti une secousse dans mon cœur. 

Gaïdic se mit à pleurer ; Yves, de son côté, pleurait aussi, car s'il était 
heureux de voir sa métamorphose cesser, il lui on coûtait de quitter 
son épouse, et ils passèrent la nuit à se lamenter. 

Au matin, avant de parlir, Yves remit à Gaïdic trois noix, en lui 
disant de les casser Tune après l'autre, quand elle se trouverait avoir 
besoin de secours, puis il l'embrassa une dernière fois et disparut. 

Gaïdio, en pleurant, alla raconter à sa belle-mère ce qui s'était 
passé. La dame, tout en se demandant où son fils avait bien pu se 
rendre, consola de son mieux sa belle-fille, mais Gaïdic ne pouvait se 
faire à l'idée du départ de son mari, elle restait enfermée toute la jour- 
née, et languissait de jour en jour davantage. 

Quelques mois après, elle mit au monde un fils qui était beau comme 
le jour, mais bien qu'elle aimât. beaucoup cet enfant, elle pensait tou- 
jours à Yves, et sitôt après ses relevailles, elle laissa son garçon à la 
garde de sa belle-mère, et partit pour courir le monde à la recherche 
de son époux, sans oublier d'emporlcr les trois noix qu'il lui avait 
remises avant de la quitter. 



Tant qu'elle put marcher, elle marcha, mai?, vers la fin du jour, 
comme elle ne savait où passer la nuit et 'qu'elle mourait de faim 
et de fatigue, elle se dirigea vers un château qu'elle aperoevaitau loiu. 

Quand elle arriva devant la porte, le gardien lui demanda ce qu'elle 
voulait. Elle répondit en lui demandant à son tour si on n'avait pas 
besoin d'une servante. Le portier lui répondit que, justement, il fallait 
une femme de basse-cour, et qu'il allait en parler à la dame du châ- 
teau. Celle-ci fit venir Gaïdic et la prit à son service. 

Il y avait déjà quelque temps qu'elle y était lorsqu'un jour elle vit 
se promenant dans le parc avec la fille du châtelain, devines qui? Son 
mari Yves do Kermac'hek 1 Elle demanda aux autres domestiques quel 
était ce jeune seigneur. On lui répondit qu'il était arrivé depuis plu- 
sieurs moi-, et qu'il devait épouser avant peu la demoiselle du château. 

Quand Gaïdic apprit cela, elle n'eut plus qu'une pensée, te procurer 
une entrevue avec son mari et lui apprendre qu'elle était là. Le len- 
demain, ellcne savait coin ment faire et était bien embarrassée lorsqu'elle 
se souvint des trois noix. Elle en cassa donc une pendant qu'elle gar- 
dait ses poules dans la prairie située devant le château ; aussitôt se 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 5 

dressa devant elle une belle boutique remplie de magnifiques étoffes 
et de robe s des plus riches couleurs. En faisant (a promenade habi- 
tuelle, la demoiselle du château fut bien étonnée de voir la fille de 
basée- cour tenir une aussi belle boutique; elle regarda les magnifiques 
vêlements et résolut d'en acheter quelques-uns. Elle s'informa du 
prix, mais Gaïdic lui répondit qu'ils n'étaient pas à vendre, mais 
qu'elle les lui donnerait si elle cou sentait à la laisser passer une nuit 
dans la chambre de son fiancé. La demoiselle refusa d'abord, mais 
comme Gaïdic lui répondait qu'elle ne lui donnerait ses étoffes qu'à 
cette condition, elle finit par consentir. Le soir même, elle lui ouvrit 
la porte de la chambre de son fiancé, niais celui-ci dormait profondé- 
ment, car elle avait eu soin de mêler à sa boisson de la poudre qui 
faisait dormir. En vain Gaïdic secoua son mari, il ne se réveilla pas. 

Le lendemain, comme elle gardait encore ses poules à la même 
place, elle cassa une autre noix. Cette fois, ce fut une boutique pleine 
d'argenterie qui se dressa devant elle ; la demoiselle vint également 
voir les belles choses qu'elle avait, et pensant que cela lui servirait 
pour son mariage, elle voulait les acheter; mais Gaïdic lui fit les 
mêmes conditions que pour les étoffes. En songeant à la poudre qui 
fait dormir, l'autre accepta aisément, et la pauvre fille de basse-cour 
passa vainement celte seconde nuit dans la chambre de son mari sans 
pouvoir le réveiller. 

Le lnndeinain, c jinme elle se désolait, il lui vint â l'idée de tenter 
une troisième fois la chance, et elle cassa sa dernière noix. Cette fois 
ce fut un étalage de bagues d'or, de bijoux et de diamants qui lui 
apparut; la jeune châtelaine voulut les acheter, mais Gaïdic lui 
ayant fait les mômes conditions que les autres fois, elle accepta enfin 
en pensant toujours à la poudre qui endort. Mais cette fois elle fut 
déçue. Le valet d'Yves de Kermac'hek, qui avait deviné ce qui se 
passait, dit à son maître : 

— Savez- vous que depuis deux nuits la fille de ba3. : e cour couche 
dans votre chambre ? - 

— Tu rêves,' ce n'est pas vrai. 

— Je vous assure que si; mais la demoiselle du château, pour que 
vous ne le sachiez pas, verse chaque soir de la poudre à faire dormir 
dans votre bol et vous vous endormez aussitôt; mais, si vous 
vouiez, ce soir, comme la fille de basse-cour doit venir, quand votre 
fiancée vous apportera à boire, faites semblant d'avaler la boisson, 
jaez-la derrière le lit et faites mine de dormir. 

Yves de Kermac'hek suivit ce conseil. La demoiselle, croyant qu'il 
avait bu ce qui était dans le bol et qu'il dormait bien fort, le laissa 
avec la fille de basse-cour. Dès que Gaïdic fut seule avec son époux, 



6 RLVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

elle commença à lui parler : Yves, surpris, cherchait en vain où il avait 
pu déjà entendre cette voix. Tout à coup il se souvint : 

— Gaïdic! dit-il... 

— Mon Yves bien- aimé, lui répondit-elle en tombant dans ses bras- 
Us passèrent la nuit à se raconter ce qui leur été arrivé depuis leur 

séparation. Yves fut bien heureux d'apprendre la naissance de son fils, 
et, résolu de retourner vivre avec sa femme au manoir de Kermac'hek 
il alla, le lendemain matin, trouver celle qui aurait été sa belle-mère. 

— Madame, lui dit-il, en arrivant ici j'ai acheté une nouvelle clef 
pour la serrure de mon armoire, et voici que je viens de retrouver 
l'ancienne. Je voudrais avoir votre avis pour savoir laquelle je dois 
mettre en réserve. 

Elle lui répondit que si l'ancienne allait bien, il fallait la garder, et 
mettre la nouvelle en réserve pour le cas où il viendrait à la reperdre* 

— Alors, Madame, lui répondit-il, je regrette beaucoup de vous le 
dire, mais j'ai retrouvé mon ancienne femme et, d'après vos conseils, 

' j*la garde et je laisse votre fille en réserve. 

La dame fut bien contrariée, mais elle ne pouvait se dédire de l'avis 
qu'elle avait donné. 

Yves de Kermac'hek fit alors prévenir sa mère, qui envoya aussitôt 
un beau carrosse doré pour le chercher; elle fut heureuse de 
retrouver son fils et sa belle-fille, qui de leur côté furent bien joyeux 
de la revoir et surtout de revoir leur propre fils. On célébra leur retour 
par de grandes fêtes où tout le monde, jusqu'aux pauvres du pays, fut 
invité, et Yves de Kermac'hek et sa femme vécurent heureux en com- 
pagnie de leur fils jusqu'à la fin de leurs jours. 

(Conté par Loeïz Derrien, de Plestin-les-Grèves 
(Côtes-du-Nord), en 1904.) 

Yves Sébillot. 

Ce conte présente plusieurs traits parallèles à ceux d'un conte de Luzcl, 
V Homme-poulain (t. I, p. 295 et suiv. des Montes de Basse- Bretagne). 




REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



FOLKLORE DU LIMBOURG HOLLANDAIS 



I. — ASTRONOMIE ET MÉTÉOROLOGIE 

La l'luic. — A l'apparition de la pluie, les enfants chantent : 

Regendrop ! regendrop ! 
Val mcar op mijn bloolen kop. 
Val maar in het grocne gras % 
Klttter tigen het vinslerglas. 

(Sainte-Gertrude.) 

Goutte de pluie ! goutte de pluie ! 

Tombe sur ma tête nue, 

Tombe sur l'herbe verte 

Et frappe contre les vitres des feuêtres. 

Het regcnt % het segent ! 

De pannen worden n%l ; 

AU de Kinderen Stout si/*n, 

Dan krygen zij op hen pat. (Ruremonde.) 

Ii pleut, il bénit! (La pluie est considérée comme une bénédiction.) 

Les tuiles des toits se mouillent ; 

Si les enfants sont méchants, 

Us recevront des coups sur leur derrière. 



Regen, regen drop je, 

Het valt mij op mijn kopje. 

Goutte de pluie, 

Qui me tombe sur la tête. 



(Ruremonde.] 



Le tonnerre. — A Sain te-Gert rude, lorsqu'on entend le roulement du 
tonnerre, on dit : < C'est le bon Dieu qui gronde. » 

A Maastricht, les parents disent aux enfants, lorsqu'il tonne, que ce 
sont les Anges qui jouent aux quilles ; si le bruit est très violent, ils 
disent que les Anges ont abattu les neuf quilles. 

Le soleil. — Lorsqu'un foyer ne « tire pas », on entend fréquemment 
dire que le « soleil est sur la cheminée », c'est-à-dire que le soleil darde 
ses rayons sur la cheminée et l'empêche de fonctionner. 

(Sainte-Gertrude.) 

Les étoiles. — ■ Chaque personne a son étoile dans le Ciel. 

(Maastricht. 



8 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Chacun a son étoile dans le firmament ; elle apparaît et disparait 
avec lui. (Sainte-Gertrude.) 

Les étoiles qui filent (sterren die vallen), on dit qui tombent, — 
annoncent la mort d'autant de personnes qu'on aperçoit d'étoiles dans 
ce cas. (Sainte-Gertrude.) 

Là neige. "— Les enfants façonnent des bonhommes en neige qu'ils 
nomment Sneeuwmannen (hommes de neige). (Sainte-Gertrude.) 

Le froid. — Le froid est le plus vif, lorsque les jours commencent à 
allonger. (Sainte-Gertrude ) 

— AU de dagen Icngen 
Dan strenen zij. 

(Maastricht.) 

— Lorsque les jours allongent 

Ils deviennent plus sévères (c.-à-d. plus froids). 

— C'est le 13 décembre, le jour de sainte Lucie, que les jours sont 
les plus courts. (Sainte-Gertrude). Môme croyance chez nos paysans 
wallons. 

La lune. — On connaît, à Sainte-Gertrude, la légende de l'Homme de 
la Lune, qui voulut boucher la lune avec le fagot d'épines qu'il tient 
au bout de sa fourche. Cet homme se nomme Bazin à Liège ; ici on dit 
simplement Y Homme de la Lune. 



II. — LA FAUNE 

La coccinelle. — Les enfants, en posant une coccinelle sur la main, 
disent : 

Leeven heeren biske, 
Geef mij wat gmaat, 
Ob niel ik sla u doot. 

(Sainte-Gertrude.) 
Chère bête du Bon Dieu, 
Donnez-moi un peu d'huile, 
Sinon je vous tue. 

A Maastricht, la formulette est à peu près semblable : 

St Leeven fiieren biske 
Geef mich gel smaat, 
Of ik sla u doot. 

Le grillon. -— C'est une maison heureuse où l'on entend chanter un 
krekel (grillon). (Sainte-Gertrude.) 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 9 

La pie. — Apercevoir une pie, c'est une nouvelle. (Id.) 

Le chai. — Lorsqu'on demande un jeune chat à un voisin et qu'il 
vous donne un chat noir, c'est le bonheur qui entre dans votre maison. 

. m (W.) 

La vache. — Si Ton entend beugler une vache, on va éprouver de la 
joie. (Id.) 

— Le lait des vaches noires est meilleur que celui des autres, il est 
f plus fort ». (Id.) 

Le coq el la poule. — La veille de la Noël on dépose des graines à la 
porte, afin qu'elles soient bénies par l'influence de l'Heure de minuit. 
On conserve ces graines et on les donne à manger aux poulets, afin 
de les mettre à l'abri des pelits carnassiers, fouines, belettes, éperviers, 
etc. (Sainte-Gertrude.) 

111. — LA FEMME ET L'ENFANT 

Les enfants naissent dans les plans de buis, qui croissent dans 
presque tous les jardins. (Sainte-Gertrude.) 

Pour connaître le nom de son futur mari la jeune tille doit peler 
une poire, dite poire de Pâques (i) {Paaschpecr) , variété de poire, 
ainsi nommée dans le pays, et faire en sorie qu'il n'y ait qu'une seule 
pelure. Cette pelure doit être jetée derrière la personne qui a pelé la 
poire, et elle doit représenter, lorsqu'elle est tombée à terre, le prénom 
de son futur mari. 

On fait une seconde épreuve, c'est-à-dire on pèle une seconde poire, 
de la même façon, et sa pelure représente alors l'initiale du nom de 
famille du futur. (Sainte-Gertrude.) 

Lorsqu'une femme est enceinte et qu'on désire savoir si elle donnera 
naissance à un garçon ou une fille, on lui fait monter un escalier ou 
une échelle, et suivant qu'elle mettra le pied droit ou le pied gauche 
sur l'escalier ou l'échelle, elle donnera naissance à un garçon ou à une 
fille. ' (Id.) 

Pour savoir si elle se mariera dans l'année, la jeune fille allume une 
allumette et la tient entre deux doigts. Si elle brûle jusqu'au bout, 
c'est-à-dire jusqu'aux doigts, sans s'éteindre, elle se mariera dans 
l'année. (Id.) 

(1) Petite poire, à peu près ronde, comme une pomme. 



10 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Les mères apprennent à leurs enfants à compter de la manière sui- 
vante ; elles ouvrent les doigts des deux mains (1), en disant: 

Vijf vingers hier, vijf vingers daar t 
Dat sijn tien vingerg bij elkaar. 
Nu speeLik nog dan word ik groot, 
Dan win ik met mijn handen hrood. 

(Ruremonde.) 
Cinq doigts par ci, cinq doigt* par là, 
Gela fait ensemble dix doigts. 
Maintenant je joue encore et je grandis, 
Plus tard, je gagnerai du pain avec mes mains. 

Vendre ou perdre un anneau de mariage [trouwring] annonce un 
malheur. (Sainte-Gertrude.) 

Toute la toileUe d'une mariée est considérée comme un porte-bonheur, 
celle-ci conserve généralement son bouquet ; toutes les Qeurs qu'elle 
en détache et qu'elle donne sont également des porte-bonheur très 
appréciés. (Id.) 

On dit aux enfants qui s'approchent de l'eau, de se défier du Hake- 
man y l'Homme au croc, au grappin. (Sainte-Gertrude.) 

IV. — LES FEUX DU GARÈMlî 

A Sainte-Gertrude, le 1 er dimanche de Carême, l'un des jours du car- 
naval, garçons et filles font un grand feu dans un verger de la localité, 
au moyen de combustible mendié chez les habitants. En même temps, 
ils se régalent d'omelettes au lard qu'ils font cuire dans le feu, avec lçs 
œufs et le lard qu'ils ont recueillis dans leur tournée. 

Les enfants font des rondes autour du feu en chantant : 

Vattenavond ! 

Vonk, vonk, fakerelen ! 
Zoo menigeen vonk. 
Zoo menigeen appeUn. 

Soirée de carême ou carnaval l 
Étincelle, étincelle, torche ! 
Autant d'étincelles, 
Autant de pommes (il y aura). 



V. — LES CLOCHES 

A Sainte-Gertrude, lorsque les enfants entendent Sonner les cloches, 
ils chantent ce quatrain : 

(1) Les enfants font le même geste que la mère. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 11 

Tik ! Tak ! torrn ! 
Bellen in de ooren, 
Ftosschen op de schoensen, 
En galen in de hoesen. 

Tik ! Tak ! la tour 1 (clocher) 
> Des boucles aux oreilles, 
Des nœuds sur les souliers 
Et des trous dans les bas. 

Le sens de ce quatrain me paraît satirique ; on peut le comprendre 
ainsi : Les cloches de la tour sonnent, on va voir arriver à l'église des 
femmes portant des boucles d'oreilles, des nœuds aux souliers et des. . . 
trous dans leurs bas. 

VI. — SORCELLERIE 

Pour éloigner les sorcières des habitations, on place une croix sous 
le seuil de la porte, on fait une croix sur le seuil avec du sel, ou encore, 
on attache un crucifix au-dessus de l'encadrement de la porte, à Tinté- 
rieur de la maison, etc. (Sainte-Gertrude.) 

A Tongres (Limbourg belge) un nommé Dupont, barbier, rue de 
la Gare, suspend au-dessus de la porte d'entrée de sa maison et à Tinté- 
rieur, un clou, attaché à une ficelle, pour éloigner les mauvaises gens 
(lisez sorciers ou sorcières). 

Lorsqu'on met le pied dans Tempreinte des pieds d'une sorcière sur 
le sol, de façon à former une croix, on empêche la sorcière de faire encore 
un pas, elle doit s'arrêter, elle est clouée au sol. (Sainte-Gertrude.) 

À Sainte-Gertrude, il y a quelques années, un Weerwol f [loup-garou), 
transformé en chien, sautait sur les épaules des passants et ne les quittait 
qu'à leurs portes. Un jour, un paysan lui donna un coup de couteau, 
et le fit saigner. Aussitôt le Weerwolf reprit sa forme humaine; c'était 
un habitant d'un village voisin, ayant très mauvaise réputation. 

A Fauquemont on parle encore des Bokkenryers (Chevaliers de boucs), 
brigands qui infestèrent autrefois les environs. Ils se transportaient 
tellement rapidement d'un endroit à l'autre, qu'on les soupçonnait 
de chevaucher sur des boucs à travers les airs ; d'où leur nom. 

En souvenir de ces bandits, qui avaient un de leurs repaires à Fau- 
quemont (Limbourg Hollandais), on donne souvent aux habitants de 
cette localité le nom de Bokkenryers. 

A Sainte-Gertrude, dans la ferme d'un nommé Hartman, un spook 
(fantôme) apparaissait toutes les nuits et s'amusait à ouvrir les portes 
de toutes lesétableset écuries, si bien que le matin, on trouvait les 
bestiaux et les chevaux réunis dans la cour de la ferme. Cette situation 



12 REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRE* 

dura deux ou trois mois. Le fermier eut alors recours au curé du village, 
qui vint exorciser sa maison. Depuis lors le calme se rétablit dans la 
ferme. 

Lorsque le pain se trouve placé de travers (c'est-à-dire retourné) 
sur la table, une a toover heks(\) » (sorcière) entrera bientôt dans la 
maison. . (Sainte-Gertrude.) 

A Sainte-Gertrude, lorsqu'on est atteint du cauchemar pendant la 
nuit, on dit qu'un mort (un revenant) vient se coucher sur votre poitrine. 

Généralement, en Flandre, ofl dit que la Nachtmcrrte (jument noc- 
turne) se couche sur votre poitrine, vous étouffe et vous empêche 
de crier. 

VII. — LA FLORE 

Les pommes. — A Sainte-Gertrude une variété de pommes se nomme 
Schaapneus, nez de mouton. 

Marrons sauvages. —Pour ne pas être atteint de rhumatismes, il faut 
porter sur soi des marrons sauvages. (Sainte-Gertrude.) 

Poires. — A Sainte-Gertrude, une certaine poire se nomme poire de 
Sainte Marguerite. 

VIII. — LE CORPS HUMAIN ET LA MÉDECINE 

Orgelet. — Lorsqu'on urine dans une ornière do la route, on gagne 
un orgelet. (Id.) 

Les ongles. — Les taches blanches des ongles sont des mensonges. 

(Sainte-Gertrude.) 

Taches de rousseur. — A Sainte-Gertrude, les taches de rousseur du 
visage se nomment, dans le patois hollandais, sprolelen. 
A Maastricht, on les fait disparaître avec du lait de jument. 

Les verrues. — A Maastricht, en patois hollandais, les verrures se 
nomment Vrattelen. 

A Sainte-Gertrude, une petite fille trouva, un jour dans un bénitier 
de Téglise, une pièce de fr. (H qu'elle eut l'imprudence de s'approprier. 
Pour sa punition, elle fut gratifiée d'une série de verrues à. la main. 

On sait que c'est une coutume de signer la verrue avec une pièce de 
monnaie et de la déposer ensuite dans le bénitier de l'église. Celui qui 
prendra la pièce, gagnera les verrues, 

(1) On dit souvent par élision « Heks ». 



fctVUE Dtfi TRAD1ÎI0NS POPÙLAlREa 13 



ix. — lbs nains (Ilalvermannekens) 

Les « Ilalvermannekens > étaient très serviables ; il suffisait de pla- 
cer dans sa grange, le soir, une beurrée, et le matin les gerbes se 
trouvaient battues et lo grain vanné. On déposait dans la maison le 
même aliment lorsqu'on voulait qu'elle fût en ordre; le matin, tout 
se trouvait rangé, nettoyé, le café était fait, le pain découpé et les 
tariiues beurrées, sans que les petits travailleurs se fussent rien 
approprié. 

Personne ne les voyait jamais, mais leur présence l'tait dûment 
constatée, puisque, le matin, tout l'ouvrage était terminé, sans que 
personne de la maison se fût levé. 

Si Ton désirait voir le champ labouré, il suffisait de déposer, le soir, 
sur une charrue dans lo camp, quelques friandises, et le matin le 
labour était terminé. 

Ces nains ou leurs femmes lavaient également le linge, ravaudaient 
les bas, réparaient les vêtements, les ustensiles de ménage, moyennant 
la même rétribution, en nature, car l'argent n'avait aucune valeur 
chez eux. 

On prétend qu'ils avaient l'aspect de petits vieillards, à ce qu'assu- 
rent ceux qui les virent par hasard ou par surprise, et qu'ils parlaient 
un langage inconnu des habitants. 

En général ils étaient bons et serviables, mais il ne fallait pas 
cependant se moquer d'eux et leur jouer de mauvais tours, car ils 
savaient se venger cruellement. 

Le grand-père de ma conteuse a Connu les derniers. 

(Sainte-Gertrude.) 

X. — LES RÊVES 

Rêver d'enfants, dispute. 

Rêver de lessive, on vous calomnie. 

Rêver de paille, signe de mort. 

Rêver de dent (qu'une dent tombe), id. 

Rêver d'eau claire est un bon présage. 

Rêver d'eau trouble, mauvais présage. 

(Test un heureux présage de rêver de cheveux blancs, c'est au con- 
traire un mauvais présage de rêver de cheveux châtains, et plus mau- 
vais encore de cheveux noirs. 

Rêver de chaussures, signe de voyage. (Sainte-Gertrude.) 

Alfred Harou. 



14 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



CONTES ESTONIENS (1) 



IV. — LA CRÉATION (2) 




e Vieux-Père ( Wana Isa) (3) vivait au plus haut du 
ciel, sous son toit brillait le beau soleil. Il avait créé 
les Kalewid pour employer leurs conseils et leur 
puissance. 

Le plus vieux d'entre eux était Wanemuine(i). Il 
l'avait créé vieux avec des cheveux blancs et une 
longue barbe, et lui avait donné la vieillesse et la 
sagesse; mais son cœur était jeune et la puissance 
de la poésie et du chant lui appartenait. Le Vieux- 
Père écoutait ses sages conseils, et quand les cha- 
grins assombrissaient son vénérable front, Wane- 
muine jouait devant lui de son luth et lui chantait ses douces mélodies. 
L'autre était Ilmarine, jeune et dans toute la plénitude de la force 
virile ; la sagesse brillait sur son front et les pensées profondes dans 
ses yeux. Il était le dieu des forgerons et des arts. 

Le troisième était Lacmmekiine, jeune, alerte, plein de bonne humeur, 
toujours gai et prêt aux farces. 

Les autres, comme Wibuane, puissant archer, étaient moins impor- 
tants. Tous se regardaient comme frères et le Vieux-Père les appelait 
ses enfants. Leur demeure était Kaljuwe ou Kaljuwald (région des 
rochers). 

Une fois le Vieuo;-Père apparut devant eux et leur dit : « En ma 
sagesse je me suis décidé de créer le monde ». Les Kalewid le regar- 
dèrent avec étonnement et répondirent : t Ce que tu as décidé dans ta 
sagesse ne peut être mauvais. » 



(i) Contes recueillis par le premier folkloriste estonien F. R. Fachlmann (1805-1850) 
et réédités par M. Eisen : Les œuvres de Fachlmann. Dorpat, Schoakenburg, 1883 
in-12, de 83 p. 

(2) Cf. t. V1H, 1893, p. 360 et suiv., p. 424 et suiv., p. 485 et suiv. 

(3) Les autres noms du principal dieu estonien sont t//cu, Taara et Yumal ; le dernier 
est devenu le nom du Dieu chrétien. 

(i) Wanemuine vient des mots wana, vieux, et muine, antique, préhistorique, et 
signifie par conséquent très vieux. Ce nom, ainsi que la grande vénération de ce dieu, rap- 
pellent que les Estoniens ont cultivé le chant et la poésie dans la plus haute antiquité. 

En estonien toutes les lettres se prononcent, l'accent tonique est toujours sur la pre- 
mière syllabe : u se prononce ou. 



RtVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 18 

Pendant qu'ils dormaient, il créa le monde, et quand il se réveillèrent, 
ils se frottèrent les yeux et regardèrent avec étonnement la création. 
Mais le Vieux-Père était fatigué de l'œuvre de la création et se coucha. 

Alors llmarine prit un morceau de son meilleur acier, en forgea une 
voûte, la posa comme une tente sur la terre et y fixa les étoiles bril- 
lantes et la lune d'argent. Dans le vestibule du Vieux-Père, il prit la 
source de la lumière (le soleil) et le fixa si merveilleusement à la tente 
qu'il se levait et se couchait tout seul. 

Enchanté de ce travail Wanemuine prit son luth, chanta des chants 
de joie et sauta sur la terre. Les oiseaux de chaut le suivirent par; ou t, 
et où son pied sautillant touchait la terre, là poussaient les fleurs, et 
où il chantait, assis sur une pierre, là poussaient les arbres et les 
oiseaux de chant s'asseyaient sur les branches et chantaient avec lui. 

Laemmekùne folâtrait dans les forêts et sur les montagnes et Wibuane 
essayait la puissance de son arc. 

À ce bruit le Vieux-Père se réveilla et s'étonna que le monde eût 
changé d'aspect, et il dit aux Ealewid : « C'est bien, mes enfants ! 
J'ai créé le monde comme un bloc grossier, c'est à vous de le décorer 
de beautés. 

• Bientôt je remplirai le monde de toutes espèces d'animaux, puis je 
créerai l'homme qui dominera sur ce monde. Mais je veux faire de 
l'homme un être faible afin qu'il ne puisse se vanter de sa puissance et 
vous devez lier amitié avec les hommes et vous mêler à eux pour qu'une 
race se crée qui ne succombera pas facilement au mal. Je ne veux pas 
détruire le mal, qui est la mesure et l'aiguillon du bien . » 

Le mythe du vol de la trompette du tonnerre est très répandu chez les 
Estoniens et on le rencontre sous plusieurs variantes. Voici le commence- 
ment de Tune d'elles. 



V. — LA TROMPETTE DU TONNERRK 

Les premiers jours de la création, le « vieux père » (\yana Taat, 
dieu principal) avait beaucoup à faire pour mettre le monde en ordre ; 
du matin au soir il était très occupé et ne remarquait pas tout ce qui 
se passait derrière lui. Les êtres forts étaient depuis le commencement 
ennemis et ils se querellaient souvent entre eux. Ainsi Pikne (1) et le 



(1) « Pikne » est un des noms da dieu du tonnerre et signifie l'orage, la foudre, le 
tonnerre, tout ensemble. Le nom le plus connu du dieu du tonnerre estonien est Koeoù, 
Keou (Kôu) 6 == eo. 



\6 fcEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Wana Tuhi(l) avaient longtemps essayé leurs forces pour se vaincre. 
Us se guettaient nuit et jour et se cassaient la lête pour savoir com- 
ment jouer un tour à leur adversaire, soit par la force ou par la ruse, 
mais longtemps ils ne purent trouver l'heureux moment pour l'exécuter. 

Un jour il arriva que Pikne, fatigué par la veille continuelle, s'endor- 
îtiit comme un sac et oublia de mettre sa trompette sous sa tête, comme 
il le faisait toujours. Wana Tutu, qui surveillait chaque pas de son 
ennemi, le trouvant ainsi endormi, s'approcha sur la pointe des pieds, 
prit la trompette et s'enfuit, (juand Pikne se réveilla, il devina tout de 
suite que c'était « Wana Tuhi » qui l'avait volé ; mais comment l'ar- 
racher de ses griffes? Il aurait voulu raconter au « vieux père » et lui 
demander son secours, mais sa négligence aurait été découverte et le 
« vieux père » l'aurait, peut-être, puni dans sa colère. 

Ces pensées ennuyèrent longtemps Pikne. Il s'enfuit dans les 
endroits solitaires, où personne ne put le voir. Le diable, quoique 
stùpide et béte comme un veau, sut bien garder sa peau devant Pikne. 
D'ordinaire il craignait la trompette de Pikne comme un monstre et 
s'enfuyait, mais maintenant il était plus courageux. Il connaissait 
maints endroits secrets où les flèches de Pikne ne pouvaient l'atteindre; 
sous l'eau, il était en toute sécurité. Pikne crut aussi, quand il ne 
l'avait pas vu depuis quelques jours, qu'il se cachait sous l'eau, mais 
longtemps il ne sut pas comment lui enlever la trompette. Enfin 
un jour une bonne idée lui vint et il l'exécuta tout de suite. 11 se 
transforma en petit garçon et s'engagea comme ouvrier chez un 
pêcheur 

La suite de ce conte nous apprend que le dieu du tonnerre retrouva 
sa trompette à peu prés de la même manière que dans le conte : 
« Le fils de Paristaïa ». 



TI. — LE ROI DU BEOUILULRD 

Une fois les enfants d'un village étaient dans la forêt pour garder les 
chevaux. La nuit était froide et le brouillard était si épais que les 
enfants ne pouvaient se réchauffer autour du feu et qu'ils grelottaient. 
Une fillette intelligente dit : J'aime mieux courir que geler ici, et elle 
se mit à courir. Les autres riaient et disaient : Elle reviendra bientôt. 
Mais la petite ne revint pas. 

Le matin ils se mirent à l'appeler partout, mais aucune voix ne 

(1) « Wana TUhi » est un des nombreux noms du diabTe et signifie littéralement 
« vieux vide ». Son nom ordinaire est Kourate (« Kurat »). 



fcRVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 17 

répondit. Les enfants crurent qu'elle était retournée au village, mais 
elle n'y était pas et les parents la cherchèrent en vain pendant toute 
la journée. 

L'enfant perdue avait eouru jusqu'à une colline où un feu était 
allumé ; à cause du brouillard épais elle ne vit pas autre chose. Elle 
crut que les autres enfants étaient autour de ce feu, monta sur la 
colline et y vit un vieillard avec une longue barbe blanche et avec un 
seul œil. Il était couché et en train d'arranger le feu avec un bâton de 
fer. L'enfant effrayée voulait s'en retourner, mais le vieillard l'avait déjà 
vue et lui dit d'une voix sévère : « Reste, oïl je te lance mon bâton de 
fer. Je n'ai qu'un seul œil, mais il est aussi perçant que ma main est 
adroite. » La fillette s'arrêta toute tremblante. Le vieux lui dit de venir 
plus prés, mais l'enfant n'osa pas ; le vieillard se leva et l'amena par 
la main en disant : c Viens, réchauffe-toi. » Hésitante et tremblante, 
elle le suivit. Le vieillard prit du pain blanc dans sa sacoche, lui en 
donna et lui dit d'en manger. Puis il frappa le gazon avec son bâlon 
de. fer, et tout de suite deux jolies fillettes vinrent se placer près du 
feu comme si elles étaient sorties de la terre. Bientôt les enfants 
étaient devenues des amies, jouaient et s'amusaient près du feu ; mais 
le vieillard avait fermé son œil comme s'il dormait. 

A l'approche de l'aube une vieille mère apparut et dit à la petite 
fille : « Aujourd'hui tu resteras en visite chez nos enfants et tu y dor- 
miras aussi la nuit prochaine, puis je t'enverrai à la maison. » Elle 
passa la journée en jouant avec ses nouvelles amies et le soir on les 
coucha toutes ensemble. 

Le lendemain matin, une jeune femme vint et dit à la fillette: « Main- 
tenant tu dois retourner chez toi, tes parents sont désolés, ils te croient 
morte. » Elle prit l'enfant par la main et la conduisit jusqu'au bord de 
la forêt. Alors la jeune femme dit : « Ce que tu as vu et entendu doit 
rester ton secret, tu n'en parleras pas à la maison, dis seulement que 
tu t'étais égarée dans la forêt. » Puis elle lui donna une broche d'argent 
et dit: • Quand tu voudras venir nous voir, souffle sur la broche et tu 
nous retrouveras. » 

Au village tout était si changé qu'elle s'y reconnaissait à peine. Le 
père et la mère étaient détenus vieux et ils avaient des cheveux gris. 
Quand elle les embrassa et se dit leur fille, ils ne la croyaient pas, car 
il y avait sept ans que leur enfant était disparue. La mère la reconnut 
enfin à une marque sur la main et la joie et l'étonnement des parents 
étaient très grands. 

La nuit suivante, quand le père et la mère se furent couchés, Tiiu, 
c'était le nom de la fille, ne put résister au désir de connaître l'événe- 

Tot« XXIII. - Javvibr 1908. 2 



18 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

ment mystérieux qui s'était passé. Elle prit la broche, souffla dessus 
et bientôt elle se trouva sur la colline prés du feu et du vieillard qui 
n'avait qu'un œil. 

c Cher vieux père, » demanda Tiiu, expliquez-moi ce qui m'est 
arrivé. » 

Le vieux répondit en souriant : « Le bavardage est l'affaire des femmes.» 
Puis il frappa le gazon de son bâton et la jeune femme, qui avait accom- 
pagné Tiiu et lui avait donné la broche, vint se placer devant elle. 

Elle prit Tiiu par la main, la conduisit à quelques pas plus loin et 
lui dit: c Puisque tu n'as pas parlé à la maison, je veux te dire davan- 
tage. Le vieux père près du feu est le roi du Mont-du-Brouillard, la 
vieille mère que tu as vue le premier soir est la mère du gazon et nous 
sommes ses filles. Je veux te donner une plus belle broche, dis à la 
maison que tu Tas trouvée. Si tu veux nous voir, souffle sur la broche. 
Aujourd'hui je ne puis t'en dire plus long, mais garde le secret et tu 
en sauras davantage. Maintenant retourne chez toi avant que tes 
parenls ne se réveillent. » 

Le matin, quand Tiiu se réveilla, elle crut avoir rêvé, mais la jolie 
broche sur la poitrine lui montra que ce n'avait pas été un rêve. 

La vie au village lui parut tout étrange et souvent, quand ses parents 
dormaient, elle soufflait sur la broche et allait au Mont-du-Brouillard. 
Le jour elle était toujours triste et regrettait les jolies fêtes de la nuit. 
En automne plusieurs prétendants demandèrent sa main, mais elle les 
refusa tous. Enfin vers la Noël on la maria avec un jeune homme que 
les parents avaient pris pour héritier pendant l'absence de Tiiu. 

L'année suivante Tiiu mit au monde une jolie fille, mais elle ne put ' 
remplir le cœur de la mère. Elle soupirait sans cesge après le Mont-du- 
Brouillard et y serait allée, si elle avait pu laisser seule l'enfant. Mais 
quand sa fille eut sept ans, une nuit elle ne put plus résister à son 
désir, elle souffla sur la broche et se rendit au Mont-du-Brouillard. 
Les filles du gazon la reçurent avec des cris de joie. « Pourquoi nous 
as- tu oubliées pendant si longtemps? » demandèrent-elles. Tiiu raconta 
avec des larmes aux yeux pourquoi il lui avait été impossible de venir 
quoique son cœur y fût toujours. « Le Roi du brouillard doit nous 
aider, » dirent les tilles du gazon, et elles prièrent Tiiu de venir dans 
deux semaines et d'amener sa fille. Tiiu le promit, si c'était possible. 

Quand le temps d'y aller fut venu, l'enfant dormait si tranquillement 
à côté de son père qu'elle n'eut pas le cœur de la réveiller et elle alla 
seule. Le vieux roi du brouillard couché prés du feu lui dit, quand il 
vit Tiiu : « Tu es venue à une mauvaise heure sans ton enfant, cela 
te causera beaucoup de souffrances. Tout de même tu peux te réjouir 
encore cette nuit avant que les jours de souflrances ne commencent. » 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES lt) 

11 frappa avec son bâton de fer sur le gazon et tout de suite les filles 
de la mère du gazon apparurent et amenèrent Tiiu à la fêle brillante. 

Pendant ce lemps le mari s'était réveillé, et ne trouvant pas sa femme 
au lit, il alla la chercher dans la cour. Ne Payant trouvée nullo part, 
il crut qu'elle lui était infidèle, se mit en colère et alla tout de suite 
consulter le sorcier du village. Celui-ci, après avoir regardé dans un 
verre d'eau-de-vie, lui dit : « Tout n'est pas naturel avec ta femme, la 
nuit elle s'en va comme un loup-garou et elle a fait cela longtemps 
déjà sans que tu t'en sois aperçu. Quand elle reviendra, tu dois la tra- 
duire devant le tribunal. » 

A la maison l'homme trouva sa femme dormant tranquillement à 
côté de l'enfant. Il ne la réveilla pas et ne lui demanda pas où elle 
avait été, mais il la fit traduire en justice comme le sorcier avait dit. 

Elle ne voulait pas dire où elle avait été la nuit et où elle avait passé 
sept ans pendant son enfance et dit seulement : « Mon âme est inno- 
cente, c'est tout ce que je puis dire. » Comme elle n'avoua pas davan- 
tage, on la condamna comme loup-garou à être brûlée. On dressa un 
grand bûcher, y attacha la pauvre femme. Mais à peine les flammes 
commencèrent- elles à prendre qu'un brouillard si épais qu'on ne voyait 
rien à un pas, enveloppa tout, et quand les rayons du soleil disper- 
sèrent le brouillard, le bûcher était intact et la femme avait disparu 
comme si elle s'était transformée en brouillard. Le roi du brouillard 
l'avait sauvée. 

Tiiu passa ses meilleurs jours au Mont-du-Brouillard, mais son cœur 
n'était pas tranquille, elle soutirait beaucoup de l'abandon de son 
enfant. Le roi du brouillard connaissait ses pensées secrètes et une nuit 
il fit apporter l'enfant auprès de la mère. Maintenant le bonheur de la 
mère et de l'enfant était complet. 

Les villageois et le mari crurent que la femme transformée en loup- 
garou avait emporté l'enfant. L'homme se remaria, mais dans sa pro- 
priété et dans celles de ses voisins tout ne prospérait plus autant 
qu'auparavant. La sécheresse fit beaucoup de dégâts; le blé et le foin 
périssaient parce que le brouillard rafraîchissant ne tombait £lus sur 
leurs terres. Le roi du brouillard était en colère, parce qu'ils avaient 
voulu brûler sa protégée. 

A. Dido. 



20 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 




PÈLERINS ET PÈLERINAGES 
CCXXX 

BKAUVOISIS 

1. Fontaine des collines de Crontoy. 

i es collines donnent naissance à de nombreuses 
sources. Les principales ont nom Bequeret, 
Jean Manerre, Saint-Michel, la Valène. On a 
conservé dans la paroisse une certaine véné- 
ration pour ces fontaines, auxquelles on attri- 
bue des pouvoirs tout merveilleux. Ainsi, 
toute jeune femme qui pendant sa première 
grossesse ne boirait pas au moins trois fois 
de Te au puisée à la source Saint-Michel, ne 
mettrait au monde que des filles. La mère qui, après sa délivrance, 
n'irait pas, même au plus fort de l'hiver, laveries langes de son enfant 
à la Yaléne, sans parler de l'espèce de déshonneur dont elle se cou- 
vrirait, s'exposerait infailliblement à n'élever qu'un rejeton contrefait, 
un monstre au physique et au moral. 

(Notice de M. l'abbé Lesueur, curé de Saint-Crépin, sur la paroisse 
du Crontoy. Bulletin de la Commission archéologique du diocèse de Beau- 
vais, 1846, tome I, p. 12-43). 

2. Chapelle de Saint-Thibaut (Forêt de Hez). 

M. Lefèvre, curé de la Rue-Saint-Pierre, donne à la commission quel- 
ques détails sur une chapelle de Saint-Thibault construite dans la forêt 
de Hez, et dont on ne voit plus aujourd'hui que les fondements. 

De mémoire d'homme, dit-il, on a toujours visité cette chapelle 
pour être délivré de la fièvre, et avant la Révolution elle était le but 
d'un pèlerinage assez fréquenté. Le premier dimanche de mai, on s'y 
rendait processionnellement de l'église paroissiale. Un moine de l'ab- 
baye de Froidmont y chantait la messe, et au moment du saint sacri- 
fice, les pèlerins étaient tous réunis autour de la chapelle, et ils liaient 
la fièvre à l'arbre qui en était le plus voisin, avec ce qu'on appelle 
une harti 

Quand ces harts, trop nombreuses autour du premier arbre, dépas- 
saient la portée du bras, on attachait les autres aux arbres contigus. 

Voilà ce que j'ai pu savoir des anciens du pays pour les temps 

qui ont précédé la révolution. Aujourd'hui, la dévotion à saint Thibaut 
persévère, on fait des neuvairos, des pèlerinages : la personne malade 



part de chez elie. cumul *t> œr: j* i**7* wc-r. if Xl li w? i .lt- --«c 
âlaehapelk n: mamffr: il j4tr:xr?cr*: e-Jie A-ifcri-* *k ia^ *c .-..*:*>* 
nueee pèlerinage âzns'cvzx ^:»2* jcs ;»: zrs àt ^ sec^JL* IL~ ?» *M ; .. 

Ken qot Italien? d* p*c± BmmLruri^ra *Y*l Tïtrj* r.*** - *sc TprciUv* 
que h. devcii:i& fcVsar-TtB^ t ":i -j£vm i a j* scl^x* ^ii se *>nr j:*jl ht ^i 

U canmifi&iDa: reçu-: âeM. 7aî :«ë ^ !,n> r.» *>? FricU-^M-àes-.' .-ras- 
Sus, les d&rzn.-cL:* fr^xxLis a- ^-t: i* ceTt*zz«es rcas-^es {^ ^ >aî 
en us^se à Moc^rtszuA- aiaexe i* îa p&?::?se çuil Sesseri. A *» 
distance de ± kL:o«Ms «a.trr:^ i^ Tï^r* i* M:zîI.>ttc^ U *x.$se 
une fontaine, q^î j*rte te =>:c: de- Frru^ie Sai-îe^^eoev^v*,. « 1 * "*xj: 
* laquelle oa acr.î'ae lu pr^iç-leié ie ^rserj :a 5*tï*, r* ?*u 
au-dessus de celle izcML-œ se tre^ve ure er:îx c;_t ra & cec:.;:x* i* 
garnir le tara et les tra^eies de rj± ans* de :ûia::>s. de er.xT. i* 
chapelets, de fieras am^lce^es, de bassets d'ecfa^tset d autws ^ * :* 
de ce genre. On es* pera*&±t q^en liant ainsi ces o^ets i 5* czv -x. %* 
y attache en même temps la ferre dont sont aïte^s ce$:x a* s:^.' 
desquels oa Tient les àêpaser /i.. p. 3Û6-337 . 

J. La Saîne-F: r *:<ai*u -près de Bulles^ 

M. Lamarre, curé de B^les, adresse quelques détails sur des p«t- 
tiques superstitieuses qui existent encore dans sa paroisse : 

A environ 2 kilomètres X.-O. de la ville, il existe, au Kas <Tu "* 
colline extrêmement ardue, une chapelle connue sous le nor^ .V 
Sainte-Fontaine. Elle fut construite sous le règne de Louis XIW I* 
nom qu'elle porte lui vient d'une source voisine, que la honte des «vaux 
avait fait d'abord appeler « Saine- Fontaine » et que par aîteraU*» oa 
qualifia ensuite de « Sainte-Fontaine ». Ses fondateurs, sans avw.r reeu 
rautorisation de l'autorité ecclésiastique, en firent un but de pc>rv* 
nage, où l'on se rendit en foule, parce qu'on attribuait à la frnu:a* U 
vertu de guérir la fièvre. M. de Saint-Aignan, évêque de Beauva:*, pur 
un mandement du 27 février 1716, défendit l'exercice du culte dans 
cette chapelle, et s'éleva contre les pratiques qui y avaient lieu ; mais 
ce fut en vain. Une seconde ordonnance du 2 janvier t719 n>ut pas 
beaucoup plus de succès. Le t9 juin 1726, rofficialité diocésain* rendi; 
une sentenee pour défendre de nouveau, sous peine d>xeont:r. un ta- 
lion, l'ouverture de la chapelle et ordonner que les nombreuses 
offrandes qu'on y avait déposées fussent versées à TlkMeMMeu de Beau- 
vais. Ces prescriptions ne furent pas encore exactement observées. On 
continua d'aller en pèlerinage à Sainte-Fontaine, et la chapelle fat u*eiu* 
reconstruite en 1775, ainsi qu'on l'apprend par l'inscription suivaute ; 



22 HEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

La chapelle de 

Saiiue Fontaine 

A été rebâtie en neuf (sic) 

en 1775 par Dame 

Anne Lefèbvre, Louis 

Jean, Sait son Lefèbvre, 

ses trois enfans. 

Les pèlerins sont priés 

de dite : Requieêcat in pace, 

pour leurs âmes. 

Ce petit édifice, dévasté pendant la Révolution, a été rebâti de nou- 
veau en 4805. 

Les malades et particulièrement les fiévreux continuent de boire à la 
fontaine et de prier dans la chapelle. Ils attachent aux arbres voisins 
des cordons ou des harts, espérant par là être délivrés de la fièvre, et 
malheur, dit-on, à celui qui les délierait avant qu'ils ne tombent 
détruits par l'action du temps et de l'humidité. Aux jours de pèleri- 
nage, je profite de la présence des pèlerins, qui ne sont plus nombreux, 
pour couper impitoyablement les symboliques cordons, au grand 
élonnement de quelques-uns, qui ne conçoivent pas comment je ne 
suis pas rongé de fièvres (/d., p. 29-31). 

Cependant les pratiques n'ont pas cessé, bien qu'elles soient devenues 
plus rares depuis l'époque où écrivait le curé de Culles. 

Eu visitant la fontaine, le 13 février 1898, j'ai constaté encore la présence 
de trois harts neuves & trois arbres différents. C'étaient une ficelle et deux 
liens faits de paille tressée. Des habitants, je n'ai rien pu apprendre, sinon 
que certains « croyaient encore & la fontaine ». 

J'emprunte à un autre ouvrage local la note suivante sur une autre fon- 
taine de TOise. 

5. Fontaine de Saint-Arnoult (près de Breuil-le-Sec). 

Une vieille statue en bois de saint Arnoult, conservée dans la cha- 
pelle (il s'agit d'une chapelle près de « Grapin », commune de Breuil- 
le-Sec), est aussi en grande vénération. La neuvaine de saint Arnoult 
commence le 18 juillet ; le nombre des pèlerins est considérable. Ils font 
toucher leurs vêtements à la châsse ou à la statue du Saint, boivent 
de l'eau de la fontaine et entourent d'une hart, d'un cordon ou d'un 
lien d'osier un des arbres environnants; on croit par ce moyen lier 
l«s fièvres. Cet ancien usage se perd de plus en plus, surtout depuis 
que les fièvres, qui régnaient autrefois à l'état endémique dans no3 
vallée?, en ont complètement disparu. 

(A. Dbbadnb et E. Roussel, Le canton de CUrmont, 1890.) 

Edm. Bernus. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 23 



CHANSONS DE LA HAUTE-BRETAGNE 



XXXII 



LA CLAIRE FONTAINE 

En revenant des noces, , Les patt' et les pattes, 

Les patt' en haô, (haut) Que je me suis lavé 

J'étais bien fatigué Les patt' et les pieds. 
Des patte' et des pattes, 

J'étais bien fatigué * A la plus haute branche, 

Des patt' et des pieds. Les patt' en haô, 

Le rossignol chantait, 

Au bord d'une fontaine. Les pattes, les pattes. 

Les patt' en haô, Le rossignol chantait, 

Je me suis reposé, Les patt' et les pieds. 
Les patt' et les pattes, 

Je me suis reposé Chante, toi, rossignol, 

Les patt' et les pieds. Les patt' en haô, 

Toi qui as le cœur gai, 

Et l'eau était si claire, Les pattes, les pattes. 

Les patt' en haô, Toi qui as le cœur gai, 

Que je me suis lavé Les patt 1 et les pieds. 

J'ai recueilli à Ercé près Liffré (Ille-et-Vilaine), cette version d'une de 
nos plus poétiques chansons populaires, dont je ne donne que quelques 
couplets ; elle difière des autres par l'introduction entre les vers ordi- 
naires d'un élément prosaïque, assez plaisant du reste. 

Paul Sébillot. 



XXXIII 



LE ROSSIGNOL DE BRETAGNE 

Au beau clair de la lune 

J'allai me promener, 

Je croyais voir ma maîtresse en figure, 

Mais ce n'était que le beau clair de lune. 

Rossignolct sauvage, messager des amants, 
Va-t-en zy, va lui porter une lettre 
A celle-là que mon joli cœur aime. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Roussin prit sa volée, 

Au joli bois s'en va, 

S'en est allé de bocage en bocage. 

Il Ta trouvée à l'ombre du feuillage. 

— Que le bonjour, la belle, 
Bonjour vous soit donné, 

De votre amant vous porte des nouvelles, 
Si vous l'aimez autant comme il vous aime. 

— De Pai mer comme il m'aime, 
Cela ne se peut pas ; 

Il a toujours dans sa jolie croyance 

De m'emmener dans son beau pays de France. 

Dans son beau pays de France, 

Non, non, je n'irai pas ; 

Je n'aurais là ni germains, ni germaines 

A qui compter mes douleurs et mes peines. 

— Si fait, si fait, la belle, 
Y a des parents partout ; 

Vous trouverez des germains, des germaines 
A qui conter vos douleurs et vos peines. 



XXXIV 

LES PÈLERINS DE SAINT- JACQUES 

C'était trois pèlerins [bis) 
Qui allint à Saint-Jacques, 
C'était trois pèlerins [bis) 
Qui allint à Saint-Jacques. 

Quanté (avec) ieux y menïnt (bis) 
Un enfant comme un ange, 
Quanté ieux y menint (bis) 
Un enfant comme un ange. 

S'en sont allés loger (bis) 
Dans une hôtellerie, 
S'en sont allés loger (bis) 
Dans une hôtellerie. 

L'hôtellerie que c'était (bis) 
L'y a-t-une servante, 
L'hôtellerie que c'était (bis) 
L'y a-t-une servante. 

Et dedans la nuitée (bis) 
L'enfant demande a boire, • 
Et dedans la nuitée (bis) 
L'enfant demande à boire. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 25 

La servante s'est levée (ta) 
Pour lui donner à boire, 
La servante s'est levée {bis) 
Pour lui donner à boire. 

Dans sa poche elle lui mint (bû) 
Une tasse d'argent, 
Dans sa poche eile lui mint {bit) 
Une tasse d'argent. 

Le lendemain matin, (bis) 
Les pèlerins décampent, 
Le lendemain matin, (bis) 
Les pèlerins décampent. 



Les pèlerins datsoir (bis) 
Ont emporté la tasse, 
Les pèlerins d'atsoir (bis) 
Ont emporté la tasse. 

Il a print trois sergents (bis) 
Et lui qui faisait quatre, 
H a print trois sergents (bis) 
Et lui qui faisait quatre. 

Du plus loin qu'il les vit, (bis) 
C'était de sur la lande, 
Du plus loin qu'il les vit (bis), 
C'était de sur la lande. 

Arrêtez, pèlerins, (hi$) 
Pour attendre la bande. 
Arrêtez, pèlerins, (bis) 
Pour attendre la bande. 

Ils se sont assoyés (assis) (bis) 
Pour attendre la bande, 
Ils se sont assoyés (bis) 
Pour attendre la bande. 

Ils ont fouillé le père, (bis) 
Ils ont fouillé la mère, (bis) 
La tasse elle est perdue. 
Ils ont fouillé le père, (bis) 
Ils ont fouillé la mère, (bis) 
La tasse elle est perdue. 

Ils ont fouillé l'enfant, (bis) 

La tasse elle est terrouée (trouvée), 

Ils ont fouillé l'enfant, (bis) 

La tasse elle est terrouée. 



26 



REVUE DES, TRADITIONS POPULAIRES 



(Ici nos mémoires font défaut; on les ramène à l'hôtellerie, on pend 
l'enfant à une potence et on dit que s'il n'est pas coupable il se fera 
un miracle.) 

Le coq qu'est à la broche [bis) 

A chanté sur la table, 

Le coq qu'est & la broche {bit) 

A chanté sur la table. 

Ont dépendu l'enfant (bis) 
Pour y mettre la servante, 
Ont dépendu l'enfant {bis) 
Pour y mettre, la servante, 

M me Louis Texier. 

XXXV 

l'alouette grise 

Refrain. 
Oh 1 si j'étais petite alouette grise, 
J'y volerais sur les mâts du navire. 

1" couplet. 

— J'ai trois vaisseaux sur la mer gentio, 
L'un chargé d'pr et l'autre d'aï gen trio. 
Le troisième est pour promener Marie. 

2° couplet. 

— Mon joli marin, je te donne ma fille; 

— Mon bon roi, je vous en remercille, 
Y en a dans mon pays d'aussi gentilles. 

IL DB IvRRBBUZBC. 



XXXVI 

LA BERGERE ET LE FORESTIER 

Chanson à dansa* 



Mon père y m'a gagé [bis) 
A garder berbiette, 

la la. 
A garder berbiette. 

Ne pouvait les garder, (bis) 
Car était trop jeunette, 

la la, 
Car était trop jeunette. 

Les ai laissé passer {bis) 
Par une brèche ouverte, 

la la, 
Par une sente ouverte. 



N'en fut les rapasser, (àis) 
Cueillant la violette, 

la la, 
Cueillant la violette. 

J'en ai cueilli trois brins, [bis) 
Ne savais où les mettre, 

la la, 
Ne savais où les mettre. 

J'ies ai mis dans mon sein, {bis) 
Par dessous ma gorgerette, 

la la, 
Dessous ma gorgerette. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



Le forestier du bois [bis) 
M'a bien vu les y mettre, 

la la, 
M'a bien vu les y mettre. 

A juré par sa foi, (bit) 
Belle, tu paieras gage, 

la la, 
Tu paieras les dommages. 



Et un petit oiseau (bis) 
Qu'est encore au volage, 

la la, 
Qu'est encore au volage. 

Il a pris sa volée, (bis) 
11 s'envole devers bocage, 

la la, 
11 s'envole devers bocage. 



— Quel dommage te paierai, (bit) — Je n'veux pas ton vieux chat, [bis) 
Je n'ai ni bœufs ni vaches, 

la la, 
NI faucillon ni hache. 

Je n'ai rien qu'un vieux chat, (bis 
Encore il est sauvage, 

la la, 
11 court par le village. 



Je veux ton cœur en yage, 

la la, 
Je veux tes avantages. 

Un vilain comme toi, (bU) 
Aurait mon cœur en gage, 

la la, 
Aurait mes avantages! 

EMILE IlAMONlG. 



LE PERE ROQUELAURE 

CONTB DU NIVERNAIS 




utrefois vivait une reine qui était veuve 
et n'avait qu'un fils, le prince Einilien. 
Lorsqu'il fut en âge de se marier : 

— Mon fils, lui dit sa mère, je suis 
vieille et n'ai plus longtemps à rester 
avec vous. Pour que vous puissiez régner 
comme il convient, il est nécessaire que 
vous épousiez une fille de votre rang. 
Vous n'aurez qu'à choisir entre les prin- 
cesses des royaumes voisins; je suis sûre qu'aucune ne vous refusera. 
— Ma mère, répondit le prince, je suis très heureux avec vous et j'ai 
bien le temps de penser au mariage. Ne m'en parlez donc pas mainte- 
nant, c'est inutile. 

La reine revenait tous les jours à la charge. Elle prit tellement à 
cœur ce désir de marier son fils et le refus persistant du prince qu'elle 
en tomba malade et mourut. 

Le jeune homme pleura beaucoup sa mère. Il commença à gouverner 
son royaume, mais sans penser davantage à semarier. Un jour qu'il 



28 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

passait devant la maison d'un peintre fixé depuis peu dans sa capitale, 
ses regards s'arrêtèrent sur un portrait exposé à la fenêtre : c'était 
celui d'une jeune fille merveilleusement belle. Il la contempla avec 
une émotion qu'il n'avait jamais ressentie et finit par entrer dans la 
maison. 

— D'où vient ce portrait? demanda-t-il au peintre. 

— Monseigneur, c'est celui de la princesse Emilienne. 

— Où demeure-t-elle? 

— Bien loin d'ici, dans un pays presque inacessible. La princesse 
est enfermée jour et nuit dans un château en or massif, gardée par 
une fée à figure de démon, qui veille sur elle, assise à la porte du 
château, au milieu d'animaux féroces qui sont tous sorciers. 

— Par quel chemin va-t-on à ce château? 

— Je n'en sais rien. Ceux qui y ont pénétré ne l'ayant pu faire que 
sur l'ordre ou avec la permission de la fée, elle s'est bien donné garde 
de leur révéler le moyen d'y revenir. 

Le prince rentra tout soucieux au palais. Il perdit le sommeil et 
l'appétit, n'ayant plus qu'une pensée, qu'un désir, qu'une ambition : 
découvrir le château mystérieux et épouser la belle princesse. Parmi 
ses serviteurs, il s'en trouvait un, nommé Jean, qu'il aimait beaucoup 
et qu'il prenait pour confident â cause des nombreux témoignages de 
dévouement qu'il avait reçus de lui. 

— Jean, lui dit-il un jour, je suis bien malheureux et je sens que je 
mourrai bientôt, si avec ton aide je n'ai pas satisfaction prochaine. 

— De quoi s'agit-il, mon prince? demanda le fidèle Jean. 

Le prince lui révéla tout : son amour pour la princesse Emilienne, 
son désir de l'épouser, sa détermination d'aller la chercher à travers le 
monde, en dépit de toutes les difficultés. 

— Vous savez, mon prince, que je suis à vous à la vie et à la mort . 
Je vous suivrai partout où vous irez. 

— Eh bien ! Jean, ma décision est irrévocable. Garde le secret et 
prépare tout ce qu'il faut pour que nous puissions partir le plus tôt 
possible. 

Jean fit construire un grand chariot, tapissé et recouvert de peau. 
Par une nuit bien sombre, il y attela les deux plus forts chevaux de 
l'écurie, y mit des armes, des provisions de route. . . et voilà les deux 
compagnons partis à l'aventure, sans faire plus de bruit que des 
larrons qui s'évadent. 

Ils s'engagèrent dans un chemin qui traversait une immense forêt. 
La lourde voiture roulait depuis longtemps déjà dans les ornières, les 
chevaux s'arrêtèrent pour reprendre haleine. Il était convenu que le 
prince et Jean veilleraient à tour de rôle; le prince dormait et le ser- 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 29 

viteur, assis dans la carriole immobile, pensait tristement aux diffi- 
cultés d'un pareil voyage. Tdut à coup il entendit à peu de distance 
un bruit de voix : une trentaine de personnes parlaient en même 
temps : 

— Que savez-vous de nouveau, père Roquelaure ? disaient-elles. 

— Et vous, mes enfants ? répondait une grosse voix, qui résonnait 
au milieu des autres comme la maîtresse cloche de l'église au-dessus 
des clairinê de nos vaches. 

— Rien, rien, père Roquelaure, 

— Ëh bien ! moi, je sais quelque chose. 

— Dites, père Roquelaure. 

— Le prince Émilien est devenu si amoureux de la princesse Émi- 
lienne qu'il vient de partir pour se mettre à sa recherche. 

— La trouvera-t-il, père Roquelaure ? 

— Pas facilement, mes enfants. Pensez donc ! Il arrivera demain au 
bord de la rivière, et il n'y a pas de pont ! 

— Comment fera-t-il, père Roquelaure ? 

— Il n'aura qu'à frotter les moyeux de ses roues avec de la mousse 
de chêne; aussitôt un pont se formera, lui livrera passage et disparaîtra 
ensuite. Il pourra continuer sa roule vers la princesse, car il est dans 
le bon chemin. 

— Et i'aura-t-il, père Roquelaure ? 

— Pas facilement, mes enfants. 

— Pourquoi cela, père Roquelaure? 

— La princesse est gardée par une fée qui commande à cent sorciers 
ayant la forme de bétes féroces. La seule ressource qu'il ait, c'est 
d'amadouer la fée en lui offrant tout de suite une quenouille en or 
garnie d'éloupes en diamants, puis de verser dans son verre de Veau à 
dormir. Pendant son sommeil, il enlèvera la princesse. 

— Et l'aura-t-il, père Roquelaure? 

— Pas facilement, mes enfants ; car la fée s'éveillera et, furieuse 
d'avoir été dupée, elle mettra tous ses sorciers à la poursuite du ravis- 
seur. Et ces sorciers prendront diverses formes, auront recours à 
toutes les ruses possibles. Ainsi les chevaux du prince refuseront 
d'avancer : aussitôt il se présentera sur la route des voitures de toute 
espèce, dont les cochers inviteront à monter le prince et la princesse. 
11 faudra se précipiter sur ces cochers, les tuer et briser leurs équi- 
pages. Alors la princesse sera prise d'une soif qui lui fera endurer une 
véritable torture ; elle demandera à boire et il se trouvera près d'elle des 
marchands de liqueurs rafraîchissantes. Mais qu'elle se garde bien 
d'en boire ! Il faudra se jeter sur ces marchands, répandre à terre ces 
liqueurs qui sont empoisonnées, puis s'enfuir au plus vite. Un peu 



30 REVUE DES TRADITIONS POPULAUlES 

plu3 loin, le prince arrivera au bord d'un étang; il y verra un homme 
se débattre en criant au secours et son premier mouvement sera de 
courir à l'aide du noyé; mais au lieu de le tirer de l'eau, qu'il s'arme 
d'une gaule et le repousse au fond de l'éting. 

— Et pourquoi, père Roquelaure? 

— Mes enfants, toutes ces choses seront des artifices inventés parla 
fée pour perdre le prince et reprendre la princesse. . . S'ils échappent 
à ces dangers, ils arriveront a-i bord de la rivière ; le prince n'aura qu'à 
frotter avec de la mousse de chène les roues de la voiture pour que le 
pont reparaisse et il passera. . . 

— Aura-t-il la princesse, cette fois, père Roquelaure? 

— Oui, mes enfants, il l'aura, s'il fait ce que je viens de dire. . . Mais 
vous savez qu'il faut garder le secret de mes paroles ; 

Tous ceux qui le dévoileront, 
Pierres de marbre deviendront ! . . 

Le silence se rétablit dans la forêt et Jean excita les chevaux qui 
repartirent. Il avait tout entendu, tout compris : désolé qu'il était de 
ne pouvoir s'en confier à son maître, il se réjouissait en pensant qu'il 
était sûr du dénouement de cette périlleuse entreprise. Il se mit en 
mesure d'agir d'après les paroles du père Roquelaure. Au point du 
jour, les voyageurs sortirent de la forêt : devant eux s'étendait une 
vaste plaine, mais la rivière les en séparait. Jean prit la mousse qu'il 
avait recueillie et à peine en eut-il frotté les roues delà voiture qu'un 
pont se forma sur l'eau comme pour les inviter à la traverser. Ils pas- 
sèrent sans difficulté et continuèrent leur route, Le prince, tout entier 
à ses rêveries et a ses inquiétudes d'amoureux, ne s'occupait de rien, 
s'en remettant absolument à son serviteur. 

Après de longues heures de voyage, ils virent étinceler au soleil 
couchant un château tout en or. 

— Prince, dit Jean, je crois que nous touchons à notre but. 

— Quels que soient, dit le prince, les périls qui m'attendent, je veux 
me présenter sans retard et sans peur devant la princesse. 

— Laissez-moi faire, prince. . . 

Et comme ils arrivaient devant la porte du château où la fée, parlant 
à ses bêtes, semblait prête à les faire dévorer, Jean prit une belle que- 
nouille en or garnie d'étoupes en diamants, qu'il s'était procurée selon 
l'avis du père Roquelaure et, Rapprochant de la fée : — Madame, lui 
dit-il, voici un petit présent que le roi mon maître, avec lequel je 
voyage, me charge de vous offrir. 

La vieille fée fut enchantée d'un si brillant cadeau ; elle apaisa les 
bêtes, qui se rangèrent pour laisser passer le prince et son serviteur, et 



. REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 31 

introduisit les étrangers dans la salle où se tenait la princesse. Elle 
était cent fois plus belle que son portrait ne l'avait dit. Le prince en 
fut émerveillé ; elle-même parut sensible à ses attentions. On servit un 
magnifique repas ; au dessert, Jean trouva le moyen de verser de Veau 
à dormir dans le verre de la fée. Après le dîner, le prince et Jean furent 
conduits dans leurs appartements. 

— Eh bien ! mon prince, dit Jean, que pensez-vous faire ? 

— Je n'en sais rien. Et toi, as-tu dressé ton pian ? 

— Oui... et j'espère que nous réussirons. Dans une heure, tout le 
inonde au château dormira. Moi, j'attellerai les chevaux, auxquels j'ai 
donné une bonne ration d'avoine. Pendant ce temps-là, mon prince» 
c'est à vous d'enlever la princesse : elle ne demande, je crois, qu'à 
sortir de ce château qui est une prison pour elle. 

Ainsi se passèrent les choses : à minuit sonnant, la princesse et le 
prince montaient en voilure et Jean lançait les deux chevaux à fond 
de train. Ils galopèrent pendant quelque temps, puis tout à coup ils 
s'arrêtèrent et ni cris ni fouet ne purent leur détacher les pieds du sol 
où ils semblaient avoir pris racine. Le prince perdait patience, la 
princesse se lamentait, Jean seul gardait son sang-froid. 

— Prince, s'écria la princesse Emilienne, voici des voitures vides et 
des cochers qui nous font signe d'approcher. 

Il se trouvait là en eflet plusieurs belles voitures attelées de chevaux 
fringants et les cochers offraient poliment aux voyageurs de les con- 
duire où ils voudraient. 

— Descendons, princesse, dit le roi, nous monterons dans une de 
ces voitures. 

Mais au même instant Jean prit une arme, se précipita sur les 
cochers, les tua l'un après l'autre et frappa sur les voitures qui se 
mirent en pièces ; puis il remonta dans son chariot et ses chevaux 
s'ébranlèrent. 

—.Pourquoi a-t-il tué ces hommes qui nous offraient leurs services? 
demanda la princesse. 

— Je n'y comprends rien, répondit le prince. 

Le soleil s'était levé, la chaleur était déjà grande. 

— Que j'ai soif I dit la princesse. N'avez-vous rien que je puisse 
boire ? 

— Rien, mais nous ne tarderons pas à trouver quelque fontaine. 

— Je ne pourrai pas attendre jusque-là; cette soif me brûle, 
m'étouffe ! . . . 

— Qui veut boire ? Qui veut boire ?... Bonne liqueur bien fraivîie ! cria 
une voix près du chariot. 

— Voici de Veau de roche 1 



32 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Qui veut boire ? Qui veut boire ?. . . 

Il y avait bien autour de la voiture une dizaine d'hommes qui 
offraient ainsi leur remède contre la soif : on eût dit qu'ils sortaient de 
dessous terre. 

— Arrêtez, dit la princesse à Jean, et qu'on m'apporte à boire 

Jean arrêta, mais ce fut pour sautera bas de la voiture, se précipiter 
sur les marchands de boisson, les tuer sans pitié et renverser leurs 
vases pleins de liquide. 

— Que faites- vous? criait la princesse indignée ; donnez-moi plutôt 
à boire ! . . . Cet homme a donc pris à tâche de me déplaire? dit- elle au 
prince qui, stupéfait de la conduite de Jean, resta sans répondre. 

Mais la soif de la princesse s'était calmée, la voiture roulait tran- 
quillement et arrivait prés d'un étang d'où sortait un appel de détresse. 

— Ëntendez-vous ces cris ? demanda la princesse. 

— Ah ! c'est un homme qui se noie, dit le prince Emilien ; je vais 
lui porter. secours. 

Jean s'était déjà muni d'une longue perche et courait vers le noyé. 

— Bien! Jean, tends-lui la perche... il la prend... il la tient. .. 
tire! 

Au lieu de tirer, Jean repoussait de toutes ses forces le noyé, si bien 
qu'il ne tarda pas à se taire et à disparaître dans l'eau. 

— Prince, vous avez-là un méchant serviteur, dit la princesse. 

— Je crois qu'il est devenu fou. Je l'ai toujours connu bon et dévoué 
et j'avoue que je ne peux m'expliquer aujourd'hui sa conduite. 

Jean, toujours impassible, suivait de point en point les indications 
du père Roquelaure. Lorsque le chariot arriva près de la rivière, il se 
mit à frotter les roues avec la mousse de chêne et le pont se forma 
aussitôt pour laisser passer la voiture, au grand étonnement de la prin- 
cesse Émilicnne. 

— Quel est donc cet homme, pensait-elle, qui a un pareil sorcier à 
son service ?... Prince, dit-elle, votre Jean me fait peur. Si vous 
m'aimez comme vous le dites, promettez-moi de l'emprisonnera notre 
arrivée pour le restant de Bes jours. 

Le prince était tellement surpris de la conduite de Jean et si bien 
captivé par la princesse, qu'il lui promit tout ce qu'elle voulut. Dès le 
lendemain, ils arrivèrent à la capitale du roi. Quel étonnement de le 
voir revenir avec cette princesse d'une si rare beauté ! Sa disparition 
avait affligé tout le peuple ; on le croyait mort et l'on portait son deuil. 
Mais on prit une belle revanche à l'occasion de ses noces. Jamais, nulle 
part, il ne se fît pareilles réjouissances ! il y eut un massacre de bœufs, 
de porcs, de moutons ; on vida tous les tonneaux, on dansa nuit et 
jour pendant une semaine. . . Cependant le roi n'oubliait pas la pro- 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 33 

messe qu'il avait faite au sujet de Jean ; il le manda et, d'un (on sévère : 

— Jean, le moment est venu d'expliquer la conduite que tuas tenue 
pendant notre voyage. Tu as tué plusieurs hommes contre ma volonté 
et celle de la reine. J'espère que tu te justifieras et que tu me diras 
aussi par quel moyen tu as jeté sur la rivière le pont qui nous a per- 
mis de passer. 

— Prince, je n'ai rien à vous dire. J'ai mis tous mes soins à voua 
obéir, à vous satisfaire, à obtenir le résultat que vous désiriez. Vous 
êtes heureux, je suis content; je n'ai rien à vous dire. 

— Jean, tes paroles ne te justifient pas : au nom de tes bons services 
dont je me souviens, au nom du dévouement que tu m'as souvent 
témoigné, dis-moi pourquoi tu as agi d'une façon si contraire à les 
habitudes, comme un meurtrier ou un fou. 

— Prince, je n'ai pas un mot à ajouter. 

— Eh bien! puisque tu me braves, tu seras puni. Non seulement, je 
te relire ma confiance, mais demain tu seras jeté dans un cachot. 

Le malheureux Jean ne savait que faire. — Fallait-il se taire?., 
c'était encourir la disgrâce et la peine que son maître lui préparait. 
Parler?., mais il avait encore dans les oreilles la menace du père 
Roquelaure. Son affection pour le prince, la crainte de lui déplaire le 
décidèrent à raconter ce qu'il avait appris dans la forêt; il révéla tout, 
jusqu'aux dernières paroles du père Roquelaure. Le prince, ému jus- 
qu'aux larmes, courut pour embrasser son fidèle serviteur; mais il ne 
vit plus devant lui qu'une statue de marbre. 

Il maudit sa curiosité, sa défiance, son ingratitude. Je crois qu'il ne 
sVn serait jamais consolé sans l'amour que lui prodiguait sa femme. 
Avant la fin de Tannée, ils eurent un enfant, un garçon, que le roi 
voulut nommer Jean, en souvenir de son bon serviteur. Le jour du 
baptême, il invita à un grand festin tous les princes des environs, 
tous les nobles de sa cour. Au moment de se mettre à table, il aperçut 
dans un coin de la salle une vieille femme, couverte de guenilles» se 
dissimulant derrière les meubles. 

— Qui êtes-vous et que venez- vous faire ici ? lui demanda- t-il. 

— Je ne suis pas venue pour vous faire du mal, répondit la vieille ; 
ne me chassez pas, ne me maltraitez pas et vous n'aurez point à vous 
en repentir. 

— Je ne veux pas qu'à l'occasion du baptême de mon fils, il y ait 
ici personne de mécontent. Qu'on serve à boire et à manger à celte 
femme ; c'est un convive de plus. 

— Sire, que diriez-vous si je vous donnais le moyen d'en avoir encoro 
un autre, l'absent auquel vous pensez en ce moment? 

— Jean ? murmura le roi. 

Tous XXIII. — Jakyier 1008. 3 



3i REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

— Oui. II dépend de vous de le voir venir prendre ici la place à 
laquelle il a tant de droit. 

— C'est à lui que je dois mon bonheur; je donnerais tout, tout au 
monde, pour lui rendre la vie. 

— Eh bien! si vous parlez sincèrement, tuez votre fils et frottez de son 
sang les pieds de la statue de marbre. Aussitôt Jean vous sera rendu. 

Le prince devint pâle comme la mort. Tuer son fils !.. . Et pourtant 
à qui le devait-il, cet enfant, sinon à ce bon serviteur, si injustement 
puni? 11 courut au berceau de l'enfant, lui plongea son poignard dans 
le sein en détournant les yeux ; puis recueillant le sang dans sa main 
ouverte, il alla en frotter les pieds de la statue. A l'instant même, Jean 
se jeta dans ses bras, tandis que la vieille femme arrivait près d'eux, 
portant le pauvre enfant massacré. 

— Sire, vous avez agi selon toute justice; soyez-en récompensé. 
Voici votre fils. 

El prenant une baguette sous ses habits de pauvresse, elle en 
toucha l'enfant, qui rouvrit les yeux en souriant, pendant qu'elle- 
même se transformait en une belle dame vêtue de soie, resplendis- 
saule d'or et de diamants. La reine, qui avait assisté, sans y rien com- 
prendre et comme paralysée, à ces diverses scènes, reconnut la fée qui 
l'avait gardée dans le château et se jeta à ses pieds, 

— Pardonnez-moi de vous avoir quittée, de m'être enfuie, vous qui 
avez toujours été bonne pour moi ! 

La fée la releva et l'embrassa : 

— Ce qui s'est accompli devait s'accomplir, dit-elle. Maintenant 
soyez heureux. 

Et ils le furent. 

(Gonlé par Fr. Valarché, à Vauclaix-en-Morvan (Nièvre). 

Achille Mjlliek. 




fcEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 35 

LÉGENDES CONTEMPORAINES 
XVIII 

FAIDHERBE 



52^ 



aidhrrbe, avant de s'illuslrer par sa belle conduite 
à l'armée du Nord, avait été gouverneur du Sénégal 
où il était devenu populaire. Il s'était formé autour 
de son nom parmi les indigènes, une sorte de légende 
dont la durée a été sans doute éphémère, mais qui 
a été recueillie par un chirurgien de marine : 

Une vieille femme lui aurait prédit son élévation 
et ses succès ; il aurait fait un pacte avec le diable 
pour dominer la Sénégambie ; à un certain moment, 
«/ \i il avait eu l'intention de persécuter les Musulmans, 

mais un vieux marabout, mort depuis plusieurs siècles, lui était apparu, 
et l'avait tellement terrifié par ses menaces, qu'il était devenu un fer- 
vent sectateur de l'Islam. Des talismans lui avaient été donnés, par 
Dieu suivant les uns, par le diable suivant d'autres, ou par des griots 
ou des magiciens; grâce à eux la balle d'un ennemi, le poignard d'un 
conspirateur, le poison d'un rebelle était restés impuissants contre lui. 
(Bérrngbr-Fbraud, Superstitions et survivances, t. IV, p. 526.) 

P. S. 




- ■ *tfrwi^«w*- 



PETITES LÉGENDES LOCALES 
DGLVII 

LE TRÉSOR DU SOUTERRAIN 

La légende raconte qu'il existe dans un château de Bernières-sur-mer, 
un souterrain dont l'entrée est actuellement murée. Un seigneur, par- 
tant pour la conquête de l'Angleterre, aurait placé dans une salle de ce 
souterrain une poule et douze poussins en or. Personne n'ose s'aven- 
turer dans le souterrain pour ravir le trésor. 

Louis Quesnb ville* 



36 tlEVUE DES TRÀÎHTIONS POPULAIRES 

TRADITIONS ET SUPERSTITIONS DE LA HAUTE-BRETAGNE 

LXXVI 

INTERPRÉTÂTES DU CHANT DES OISEAUX 

Aux environs de Dinan, le chat-huant dit à la chouette : « Voulez- 
vous coucher do (avec) nous, hou ! hou ! » 

Ce à quoi la chouette répond : « Ah ! que oui ! oui ! oui ! » 

Au moi de mars le merle dit : « Gœuru ! cœuru ! j'ai tiré ma vieille 
et mes cinq petits d'hiver ! Je tommes tous sur un sicot (fragment 1 
d'épine blanche. Gœuru ! cœuru ! cœuru ! » 

Le rouge-gorge répète continuellement : « J 1 rus ! j'rus ! », ce qui 
veut dire : Jésus ! Cet oiseau passe pour avoir été compatissant envers 
Jésus au moment de la Passion. 

Lucie de V. II. 

LXXVII 

INVOCATION AU SOLEIL 

Quand vient le soir, les petits bergers chantent : 

Soula, couche ta, 
Que j'amène mon ava (mon bétail) 
A fils Bedou ; 
Fils Bedou n'est pas là, 
Je m'suis fourré dans un petit pertus, 
Comptant que le bon Dieu y fût ; 
Il y avait saint Tricot 
Qui graissait des coques ; 
Je lui en ai demandé 
Et il m'en a donné ; 
Le bout du nez m'en est resté. 

Dourdain (/ Ile-et-Vilaine). 

LXXVIII 
LES LITANIES POPULAIRES 

Il en existe plusieurs : les unes satiriques, les autres cachant un 
sens élevé sous une forme naïve. En voici que j'ai recueillies en 
Ille-et-Vilaine. 

Devant le cadavre d'un ami : 

Il est mort, il ne parlera plus ; 
C'est fini, on n'en parlera plus. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 37 

Plusieurs personnes s'étant réunies pour prier dans la maison mor- 
tuaire, les hommes commencent ainsi : 

Par où il a passé 
Il ne passera plus; 

Les femmes continuent : 

Par où il a passé 
Nous passerons tous ; 

Et tout le monde dit en chœur : 

Oh ! la triste affaire ! 

(A Sainl-Méen). 

Fra Deuni. 



ANCIENNES COUTUMES DU PAYS D'ARTOIS 

III 

LES MATINES DE BERGERS AU VALHUON (1) 

e vent du nord souillait encore avec violence 
et, malgré la difficulté des chemins, Ton aper- 
cevait à la faveur de la lune et du vif éclat 
des étoiles, une foule d'ombres noires qui, 
dans toutes les directions, cheminaient péni- 
blement sur le voile blanc qui couvrait la 
terre ; le bruit des pas et des conversations 
laissait cependant entendre, de loin en loin, 
les sons de la cornemuse que les échos 
d'alentour répétaient fidèlement dans le 
silence de la nuit. 

« C'était le 24 décembre 1807 ; il était minuit et la cloche du 
village cessait de se faire entendre... La foule se pressait déjà à 
l'entrée de l'église; la clarté des bougies arrivait à peine jusqu'au 
portail, où s'agitaient tumultueusement un grand nombre d'hommes. 
Dans l'étroite enceinte du temple les rangs étaient serrés, et c'était avec 
grande peine que des sergents armés de couteaux de chasse conte- 
naient l'impatiente curiosité des spectateurs qui, à chaque instant, 
envahissaient l'étroit passage conduisant du portail au chœur de 
l'église. 

(!) Canton d'Heuchio, arr. de Saint-Pol. 




38 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

« Plus d'une fois les nombreux enfants qui se pressaient sous 
le porche avaient tenté de pénétrer plus avant dans la nef, mais les 
efforts des sergents les avaient toujours refoulés. 

« Bientôt le vénérable prêtre qui desservait la paroisse parut à l'autel, 
et les chants liturgiques commencèrent... Au moment de l'Offrande, 
le prêtre descendit majestueusement les marches de l'autel et vint se 
placer à la balustrade, faisant face aux assistants ; à sa droite et à sa 
gauche étaient plusieurs enfants de chœur qui, de temps en temps, 
soufflaient sur leurs doigts pour essayer de réchaufler leurs petites 
rnains rougies par le froid; vers les extrémités de la balustrade 
étaient postés deux jeunes hommes très robustes, portant chacun à la 
main une énorme branche de houx. 

« Le préire avait à peine présenté la patène au lutrin que l'on 
entendit le son de la cornemuse résonner sous la voûte du temple. 
Dans cet instant, les spectateurs s'agitèrent, la foule fut contenue 
avec peine par les sergents, qui durent même faire usage du plat de 
leurs couteaux de chasse ; le calme se rétablit bientôt et l'on vit 
s'avancer un berger portant un gâteau au bout de sa houlette. Il 
était immédiatement suivi d'un individu qui, sans doute, pour mieux 
ressembler au symbole de la pureté et de l'innocence, s'était affublé 
de blanc des pieds à la tête ; il semblait s'être poudré la figure avec 
de la farine, et conduisait par le cou un agneau magnifique qui de 
toutes ses pal tes résistait à suivre le berger jouant de la cornemuse. 
Arrivé en face du prêtre, celui-ci s'agenouilla et baisa la patène ; en 
se relevant, il présenta son oQrande, qu'il retirait toujours au moment 
où. les enfants de chœur étaient sur le point de l'atteindre ; il mit enfin 
un peu de complaisance, et le gâteau fut à l'instant détaché de la 
houlette. Il enfla de nouveau sa cornemuse et fut reconduit cérémo- 
nieusement jusqu'au portail de l'église ; vinrent après lui les bergers 
d'Hucliers, de Belval, d'Hestrus, de Sains, de Tangry, de Bours et 
d'autres communes environnantes. 

« Les offrandes étaient déjà abondantes et plus d'un gâteau avait 
reçu les atteintes des doigts des enfants de chœur, quand parurent les 
bergers de Diéval. Quittant leurs coteaux blanchis par la neige et bra- 
vant un froid rigoureux, ils s'étaient frayé, non sans danger, un che- 
min à travers la plaine qui les séparait du Valhuon ; ils étaient deux; 
un troisième, attaibli par l'âge, avait voulu les accompagner, mais 
ses infirmités l'avaient contraint à retourner sur ses pas ; cependant* 
avant de quitter ses compagnons, il avait joint ses présents à ceux 
qu'ils allaient offrir. Le costume de ces deux bergers était magnifique : 
un large chapeau orné de rubans ombrageait leurs figures colorées; 
de longues guêtres blanches se fixaient au-dessus de leurs genoux avec 



revue des traditions populaires 39 

de jolis nœuds de rubans rouges et verts; leurs casaques et leurs 
culottes étaient d'étoffe noisette. Ils s'avançaient majestueusement en 
jouant de la cornemuse à ravir, et ne partirent point étonnés, comme les 
autres bergers, d'eutendre les voûtes du temple redire leurs accords : 
nés dans un pays où là nature s'est plu à embellir de riants coteaux, 
les échos avaient tant de fois répété leurs délicieuses pastorales qu'il 
leur semblait sans doute être encore sous le tilleul du Grand Herlin, 
ou sous les chênes du Bois-Robert. Les airs qu'ils jouaient pénétraient 
les coeurs de je ne sais quelle douce émotion ; à la houlette du premier 
était suspendu un énorme gâteau parfaitement doré et sur lequel des 
rubans artistement disposés formaient deux cœurs enflammés. 

« Le second, outre un gâteau sur lequel était tracé comme un bos- 
quet de roses, apportait un énorme lièvre, offrande du vieux berger 
que la rigueur de la saison et la difficulté des chemins avait retenu 
auprès de son troupeau. Mais ce que chacun voulait voir, c'était le chien 
de ce dernier, qui était venu remplacer sbn maître; il suivait respec- 
tueusement le cortège, et à son long poil gris et noir pendaient çà et là 
de petits glaçons brillants comme le cristal : il paraissait assez incom- 
modé de ceux qui étaient fixés autour de ses pattes, car elles se levaient 
plus que dé coutume et le petit bruit qu'il produisait en marchant 
n'avait pas peu contribué à le faire remarquer des assistants. 11 y avait 
dans la contenance.de ce chien un je ne sais quoi qui commandait le 
respect : pas un seul des enfants entassés sous le portail n'avait tenté 
de lui donner le moindre coup de pied; au contraire, plusieurs se van- 
taient à leurs camarades de l'avoir caressé. 

« A peine les deux bergers furent-ils arrivés à la balustrade, que la 
foule fit irruption et que bon nombre de ceux qui étaient rapprochés 
du chœur vinrent se heurter contre le pupitre : les deux hommes 
armés de houx les firent bientôt reculer, en les frappant sur les jambes, 
sur les mains et même sur la figure; beaucoup en éprouvèrent des 
égratignures, d'autant plus piquantes que le froid était très vif. Tous 
les yeux des enfants de chœur étaient tournés vers les gâteaux et le 
lièvre que les bergers apportaient, mais le prêtre conserva son attitude 
pleine de dignité en leur faisant baiser là patène. Plus de cinq minutes 
s'écoulèrent avant que les enfants de chœur pussent arriver à décro- 
cher et le lièvre et les gâteaux, et cette espièglerie eût duré plus long- 
temps encore si le curé n'y eût mis fin par un regard plein de bonté 
qui décida les bergers à faire acte de complaisance ; toutes les mains 
des enfants de chœur eurent bientôt couvert l'épaisse fourrure du lièvre. 
Et le murmure flatteur qui avait accueilli les bergers de Diéval les 
reconduisit jusqu'à la sortie de l'église. 

« D'autres bergers arrivèrent, et le calme qui jusqu'alors n'avait cessé 



40 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

de régner se rompit tout à coup ; les sergents furent un inslant con- 
traints de céder,* et dans le tumulte un enfant de dix à douze ans péné- 
tra jusque dans la chaire de vérité, et de là administra maints coups de 
fouet à ceux qui n'eurent pas la précaution de s'éloigner aussitôt. Ses 
camarades restés sous le portail applaudissaient à cette méchanceté; 
mais bientôt un magister vint le faire descendre en le tenant par 
l'oreille. Dans la bagarre, les sergents, ayant cédé à un mouvement de 
colère, avaient malheureusement blessé quelques assistants, peu griè- 
vement, il vrai. Toutefois, le calme s'était un peu rétabli; le prêtre saisit 
ce moment pour monter en chaire et reprocher vivement aux perturba- 
teurs le scandale qu'ils avaient occasionné ; son discours fut néanmoins 
empreint de cette bonté qui cherche à pardonner ; les paroles du pas- 
teur firent grande impression sur les audUeurs. En terminant, il déclara 
qu'il ne permettrait plus désormais une cérémonie qui était devenue un 
spectacle mondain ; ferme dans sa résolution, depuis cette époque, la 
cérémonie des Matines des Bergers fut abolie, aux grands regrets des 
bergers du canton, qui se plaisaient encore à raconter combien ils 
étaient fiers d'aller, chaque année, déposer leurs offrandes aux pieds 
de Jésus-Enfant. » 

(Journal d'annonces des Ville et Arrondissement de Saint-Pol, n 08 des 
23 février et 45 mars i834). 

Les airs de cornemuse (ou piposso) que jouaient jadis les bergers du 
pays de Saint-Pol n'ont pas été conservés ; j'ai vainement interrogé à 
ce sujet un certain nombre de vieillards, dont quelques-uns seulement 
n'avaient gardé qu'un vague souvenir des Matines de Bergers. 

Ed. Edmont. 




BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 41 



TRADITIONS ET SUPERSTITIONS DE BASSE-BRETAGNE 

XXXVI 

ANCIENS USAGES DE PLOUGASNOU 

Le Mercredi Saint les enfants de chœur s'en allaient le soir par 
groupes frapper à toutes les portes avec un petit marteau de bois. 

Le Jeudi Saint, les familles les plus rapprochées de l'église allaient 
1 au jardin des Oliviers » (autel orné où Ton met en ce jour le Saint- 
Sacrement). Ceux qui habitaient au loin se rendaient dans leur jardin 
réciter des prières. 

A Noël, au réveillon qui suit la messe de minuit, on donne à manger 
à toutes les bêtes de Fé table. 

Les enfants pauvres souhaitaient à cette époque la bonne année et 
recevaient une aumône de Noël appelée ann éguina (j'écris au plus 
près de la prononciation). 

Quand un marin mourait en mer, le dimanche qui suivait la récep- 
tion de la nouvelle, on faisait à la maison < la veillée des morts » en 
mettant un drap sur une table. 

XXXVII 

UN LUTIN DE LA NUIT 

Pot e voulou braz. — Le garçon aux grandes jambes. — Être fantas- 
tique qui se promène à partir du coucher du soleil, sans faire de mal 
à personne ; une sorte de juif-errant de la nuit. 

XXXVIII 

PROVERBES 

i. Le pauvre en s'enrichissant va avec le diable (f argent rend le 
pauvre détestable). 

2. Pol le diable s'est cassé le cou (se dit quand le guignon disparaît). 

3. Ce qui vient du diable sert le ferrer (bien mal acquis ne profile 
jamais). 

H. de Kerbeuzec. 



42 BEVUE DÈS TRADITIONS POPULAIRES 

DEVINETTES DE L'AUVERGNE 
(Puy-de-Dôme) 

Qu'est-ce qui quitte son ventre pour aller boire? 

— Le lit de plumes que Ton veut laver. 

Qu'est-ce qui te rechigne, quand tu entres dans la maison? 

— La crémaillère aux anneaux tordus. 

firanli, branlant, rose rouge au mitan? 

— Une lanterne allumée que l'on promène à la main» 

Qui boit son sang et mange ses boyaux? 

— Le chai il (lampe). 

C'est toujours bien petassé (raccommodé), et jamais l'aiguille n'y a 
passé. 

— Le ciel. 

C'est toujours bien labouré, et jamais l'araire n'y a passé. 

— Un toit couvert de tuiles. 

Bien relié, bien bandé, bien calfeutré et jamais la reliure, ni la ban- 
dure, ni la calfeutrure n'y ont passé. 

— Un œuf. 

Qu'est-ce qui quitte son cul pour aller danser ? 

— Le chardon desséché que le vent brise et fait rouler. 

Qu'aimes-tu mieux? Viron, virette, ou cent écus dans ta bourselte ? 

— Viron, virette, ce sont les yeux. 

D r Pommerol. 



Ces devinettes m'avaient été envoyées par notre regretté collègue, eu 
même temps que d'autres — presque toutes en patois, que J'ai données 
dans ma Lillèrature orale de i Auvergne. Paris, Maisonueuvé, 1898, in- 12 
elzôvir, p. 278-296. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 43 

LES 

TRADITIONS POPULAIRES ET LES ÉCRIVAINS FRANÇAIS 

LU 

JEAN DE BORDËNAVE 

La vache au clocher. — Vous vous souvenez de la Mule du Pape qui, 
un beau jour, ou plutôt, uq malheureux matin, se vit sur la tour d'Avi- 
gnon. Eh bien, cette charmante histoire d'Alphonse Daudet s'est 
réalisée. 

Au temps du restabiL 6 sèment de la religion catholique en Bearn, 
« une vache, au mois de juillet, monta d'elle-même et de son propre 
« mouvement, sans être poussée ny piquée de personne, sur Tare te, 
« voûte, ou arcade à demi ciel, ou globe hémisphérique de l'Église de m 
« Teze du diocèse de Lascar ; par les degrés du clocher iusqu'au 
• sommet qui est un des plus hauts et eminens du païs : et estant là 
t trouvée par le sonneur de cloches, le bouvier déclara qu'elle estoit 
< sortie de la bergerie, et avait quitté les autres, sans son apperce- 
« vance; comme il conste par une attestation que i'ay devers moy, 
c signée par Maistre Jean de Luger théologal en l'Eglise cathédrale de 
« Lascar, archipeestre dudit lieu, et par les iurats et notaire public de 
c ladite Parroisse. 

Cette sérieuse plaisanterie nous a été conservée par Jean de Borde- 
nave, homme débordant d'hébreu, de grec et de latin, source inépui- 
sable de plaisir pour ceux qui aiment les choses comiques gravement 
racontées) 1 ). 

H. de Kerbeuzec. 



(1) L'Estat des églises cathédrales et collégiales, par lean de Bordenave, chanoine de 
Lascar, grand vicaire. . . Paris, M.DC.XL11I, voyez chapit. XX. 

Puisque nous chassons en ce moment sur un domaine quelque peu ecclésiastique, je 
ferai remarquer aux folkloristes qu'ils pourraient étudier avec intérêt les Statuts syno- 
daux des anciens diocèses. Ainsi, dans les canons de Saint-Malo, l'article XXf est 
consacré aux Sorciers qui empeschent le beurre de prendre, charment les chiens, exci- 
tent des vents, gresles et lempesles... (Statuts... par Reverendissime Père eu Dieu 
Mgr Messire Guillaume le Gouverneur evesque de Sainct-Malo. .. MDCXX.) 



44 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



LES ENTRÉES FRAUDULEUSES EN PARADIS 

Vil 

LE PILOTE (\) 

n pilote de Saint-Castfit naufrage et se noya; 
ses papiers de bord étant en règle, saint 
Pierre lui ouvrit la grande porte du Paradis ; 
mais, après vérification, il s'aperçut qu'il y 
avait erreur de nom, notre pilote s'étant servi 
des papiers de son frère, bon et fervent catho- 
lique, tandis que lui n'était qu'un astucieux, 
un blasphémateur, un homme à tout faire ; 
il l'invita donc à déguerpir et aller demander 
asile à la maison en dessous qui était l'Enfer. 
Le Pilote s'y refusa, déclarant qu'il se trou- 
vait très bien où il était et qu'il y resterait 
jusqu'à son expulsion. 

Saint Pierre, ahuri, se mit à la recherche de gendarmes et d'huissiers 
pour procéder à cette formalité ; mais hélas ! il n'y en avait pas. 

Le Saint Esprit veillait et il s'en mêla; il ouvrit la porte du Paradis 
et cria: t Un navire en vue. » — A peine ces mots élaient-ils pro- 
noncés que le pilote se croyaut toujours à bord de son bateau ne fit 
qu'un bond pour franchir la porte et reconnaître le navire. 

La porte se referma sur lui et il dut aller se faire hospitaliser par le 
Diable. Elie Ménard. 




LÉGENDES ET SUPERSTITIONS PRÉHISTORIQUES 

CXLIV 

LA PIERRE QUI TOURNE 

On dit dans le pays que le menhir de Velaine-sur-Sambre (Namur) 
tourne avec le soleil sous l'influence de certaines conditions atmosphé- 
riques. La môme croyance merveilleuse est, comme on sait, attachée 
en France, à plusieurs menhirs. 

(Annales Société archéol. de Namur, 17, 284.) 

Alfred Harou. 



(1) Cf. t. XXII, p. 277. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 45 

BIBLIOGRAPHIE 



JANVIER 



A. Ermolov. — Narodndia selskokhozidisivenna'ia mudrosl' v poslovil- 
sakh, pogovorkakh i primiétakh. (La sagesse agricole populaire dans 
les proverbes, les dictons et les présages) : (T. I, Vscnarodnyi mlêsiatses- 
lov, [Calendrier international), 8°, 620 pages, Saint-Pétersbourg, 
1901, ,3 roubles. — T. II, Vsenarodnaïa agronomia (agronomie inter- 
nationale), 8°, 528 pages, ib., 1905, 3 roubles. — T. III, Jivotnyi mir v 
vozriéniakh naroda (le monde animal dans les croyances populaires), 8°, 
550 pages, ib., 1905. 1905, 2 roubles 50. — T. IV, Narodnoie pogodo- 
vièdiènie [la prévision populaire du temps), 8° 468 pages, ib., 1905. 
2 roubles 50. 

C'est un travail considérable qu'a entrepris M. A. Ycrmoloff, et qu'il a 
su mener à bien, malgré les occupations dont il fut accablé pendant son 
passage au Ministère de l'Agriculture. H s'est d'ailleurs trouvé à même, à 
ce moment, do mettre en pratique quelques-unes des idées qu'il expose 
dans ses préfaces, et de venir en aide, dans les limites du possible, & ces 
paysans russes dont il admire la sagesse calme, le bon sens un peu ironi- 
que et les connaissances techniques. 

Je ne chicanerai pas M. Yermoloffsur son enthousiasme pourles connais- 
sances agricoles des moujik» telles qu'elles s'expriment dans leurs croyan- 
ces et dans leurs gestes coutumiers. Leur folk-lore est, comme celui de tous 
les paysans du monde, l'expression d'innombrables convictions a prioriques 
et de tout aussi nombreuses expériences. Mais alors que dans la science, 
les faits reconnus faux grâce aux perfectionnements des moyens d'obser- 
vation et d'expérimentation sont rejetés comme déchets, autrefois utiles 
mais aujourd'hui superflus ou nuisibles, la « sagesse populaire » garde 
tout. Elle conserve pêle-mêle, entremêle, rarement combine toutes les 
divergences et superpose les contradictions, comme si chaque vérité parti- 
culière participait du caractère absolu d'une vérité totale. C'est là un phé- 
nomène universel, etle principal mérite des quatre volumes de M. Yermoloff 
est précisément de le mettre en lumière d'une manière frappante, puisque 
les folk-lores de presque tous les pays européens ont été mis à contribu- 
tion. 

On est ainsi à même de constater des concordances inattendues. D'une 
manière générale, par exemple, les dictons qui se rapportent à un même 
jour de l'année varient selon qu'ils ont cours dans un pays du nord ou du 
sud, dans une région de plaines ou de montagnes. Mais ces variations sont 
d'une amplitude bien moindre qu'on ne croirait a priori. Il semble que ces 
dictons ont passé du sud au nord et ont été admis sans grand examen, et 
sans qu'on ait eu l'idée d'en éprouver dans chaque cas la justesse. 

Les coïncidences sont plus nombreuses encore — mais ici elles s'expli- 
quent mieux — pour les dictons et présages relatifs au monde animal. 



46 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Enfin la prédiction du temps et de l'agronomie populaire donnent lieu à 
la même constatation. 

En dehors de ces remarques d'ordre général, il n'y a pas grand 1 cbose à 
dire de l'énorme collection de faits réunie par M. Yennoloff. Ses volumes 
sont avant tout des livres de référence. 

Us eussent été d'une plus grande utilité encore si les faits avaient été 
commentés. Je sais bien que dans ce cas il eût faUu non pas quatre volumes, 
mais douze au moins. Cependant on regrettera par exemple que nul compte 
n'a été tenu, dans l'exposition des croyances et des dictons relatifs au monde 
animal, des grandes recherches de l'école anthropologique, de Sidney Uar- 
tland, de J.-G. Frazer et pour la Russie au moins de Kharuzin. Ces ero.vances 
et dictons perdent toute leur portée si on les isole de l'ensemble auquel ils 
appartiennent. Les travaux de Mannhardt, et même le FoetUcheskia vomèna 
Slavian d'Afanassieff, ouvrage si utile dès qu'on en dédaigne les tendances 
mythologiques, prouvent quel parti on peut tirer des faits slaves pour com- 
prendre un grand nombre de faits populaires de l'Europe centrale. Notam- 
ment, un certain nombre de dictons ne sont compréhensibles que si on les 
rattache, soit au totémisme, soit aux cultes agraires. De même le volume 
sur l'agronomie fournit des éléments pour une étude approfondie des cultes 
agraires et peut-être pastoraux, des formes de la propriété territoriale, des 
régies de la technologie agricole chez les Slaves, étude qu'on voudrait voir 
entreprise, suivant les méthodes scientifiques actuelles, par quelque savant 
russe. 

A ce propos, je dois formuler une autre critique : M. Yennoloff a cité ses 
sources sous forme de listes bibliographiques, d'autant plus complètes pour 
les proverbes que M. Bernstein, le parémiologiste varsovien connu, a mis 
sa bibliothèque à la disposition de l'auteur. Ces listes sont d'une utilité 
incontestable. Mais combien plus utiles encore eussent été des références 
détaillées pour chaque fait en particulier ! Car nombre de proverbes, de 
dictons, de formules sont, dans les ouvrages mêmes d'où M. Yennoloff les a 
extraits, accompagnés de textes ou de commentaires qui en définissent le 
sens local ou général, et par suite en permettent la catégorisation théorique. 

Il n'en reste pas moins que l'œuvre de M. Yennoloff présente cet intérêt 
considérable de faciliter la rapide comparaison de milliers de faits apparte- 
nant au folk-lore des divers peuples de l'Europe. Seuls l'Espagne, le Portugal 
et les pays Balkaniques ont été presque entièrement laissés de côte ; eu 
revanche, de nombreux documents inédits, communiqués à l'auteur par 
divers correspondants, tant savants ou amateurs qu'enquêteurs directs, 
complètent notre connaissance du folk-lore lette, estonien, finnois, ouralo- 
altaïque, etc. et font de l'œuvre un livre de référence proprement indispen- 
sable aux folk-loristes et aux ethnographes, 

A. Van Gexnep. 



H. Le Garguet. — Enlèvement (Tune jeune fille à la pointe du fias, 
par les Hollandais, au commencement du XV 11* siècle. Quimper, 
Cotonec. In-8° de 18 p. [Exlr. du Bull, de la Soc. Arch. du 
Finistère.) 

Le gwerz dont notre collègue donne le texte breton avec la traduction 
française, est devenu une chanson à danser, et il est précédé de sa notation 



REVUS DES TRADITIONS POPULAIRES 4? 

musicale. Cette pièce de vers raconte l'enlèvement par les Hollandais — 
qui figurent dans plusieurs de nos chansons populaires — d'une jeune fille 
de Plogoff. On lui propose de choisir un mari parmi l'equipoge, et quand le 
capitaine se présente, elle lui dit qu'elle ne se mariera pas avec lui, parce 
qu'il est de la lignée des païens. Le capitaine lui ayant dit qu'il vivrait 
comme un chrétien, et que, s'il a des enfants, ils seront chrétiens aussi, 
elle se décide & l'épouser; la pièce se termine par ces deux vers : 

« Mes adieux au cimetière de PlogoflT. 
J'aurais une tombe en neuve Hollande. » 

U y a aussi une légende sur l'enlèvement de Jeanne Normand, héroïne 
de cette chanson, et de Marie Bourdon, dont on a les actes de naissance; 
d'après elle Marie Bourdon dut son salut à ce fait qu'en fuyant elle tomba 
sur l'aiguille de bois qui lui servait à tricoter de la laine ; elle lui perça la 
joue, et comme elle était évanouie et que son sang coulait en abondance, 
ses ravisseurs l'abandonnèrent. 

P. S. 



LIVRES REÇUS AUX BUREAUX DE LA REVUE 



Jacques Rougé. — La ville de Ligueil et le canton pendant la Révolu- 
tion. Paris, Lechevaiier, in-8 de 82 p. 

Cette monographie, très documentée, constitue une contribution fort 
curieuse à l'étude de la vie provinciale pendant la période révolutionnaire ; 
on y rencontre quelques traits qui se rattachent à nos études. C'est ainsi 
qu'en 1790, la corporation des bouchers de la ville de Ligueil montre, sui- 
vant la coutume traditionnelle, le bœuf gras sous la halle ; le maire de 
Ligueil attacha au bœuf ville, par distinction une couronne de < lorrier » 
Eq octobre 1792 la pluie qui tombait en abondance, empêchant les cultiva- 
teurs de labourer leurs terres, une adresse est envoyée au curé c pour faire 
une neuvaine ordinaire et donner la bénédiction avant et après la messe. » 

Jules Haiae. — Une commune bretonne pendant la Révolution. Saint- 
Servan. Paris, Champion, iu-8 de xi-281 p. (5 francs). 

C'est également l'époque révolutionnaire (fui a été étudiée par M. J. Haize. 
Dans son excellent ouvrage on peut glaner quelques faits en relation avec 
le Folk-Lore. C'est ainsi que dans les cimetières urbains existait encore 
l'usage des charniers ; la municipalité décida en 1794 de ne payer les anciens 
bedeaux que « quand ils auront enfoui les têtes de mort exposées à la vue 
des citoyens ». On y rencontre aussi, p» 76-77, une description détaillée du 
cérémonial usité pour la plantation des arbres de la Liberté. 



48 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Revue des études ethnographiques et sociologiques, publiée sous la direc- 
tion de Arnold van Gennep. Paris, Geulhner, 68, rue Mazarine (abon- 
nement 20 francs). 

Nous recevons le premier numéro de cette revue, que dirige notre collè- 
gue A. van Gennep, qui depuis six ans, donne à la Revue des Traditions 
populaires une active collaboration. Cette revue est internationale, et admet 
des articles en langue étrangère : Le premier est dû à M. S. G. Frazer : 
Saint Georges and the Parilla ; M. Maurice Del a fosse étudie le peuple Siena ou 
Senoufo; M. Charles Boreux : Les poteries décorées de f Egypte prédynastique. 
Cet article, ainsi que le précédent, est accompagné de gravures. Dans la 
bibliographie M. A. V. étudie plusieurs ouvrages parus récemment à l'étran- 
ger. Le fascicule se termine par des sommaires de revues françaises et 
étrangères. 



NOTES ET ENQUÊTES 

*** Nominations et distinctions. — Nos collègues Edouard Schuré et Jules 
Truffler, qui font partie de cotre société depuis sa fondation, ont été nommés 
chevaliers de la Légion d'honneur. Leurs titres h cette distinction sont trop 
connus pour que nous ayons à les énumérer. Ils sont de ceux dont Ton dit 
en les voyant nommer, non pas : déjà ; mais : enfin ! 

**» Lier quelque chose à sa jarretière. — A Liège pour dire : « Ce sera quelque 
chose de perdu à jamais », le peuple emploie l'expression : « Vous rattacherez 
à votre jarretière. » 

,** Ce qu'on dit cTune femme de petite taille. — Dans les Ardennes une 
femme de cette catégorie se nomme « Pote à hosettes », c'est-fc-lire poule 
patlue. 

*% Le Sou nommé pied de cochon. — A Liège, le Sou (cinq centimes) se 
nomme très fréquemment pid d*pourceai^ pied de cochon. 

*•* Ramasser un cJiapelet perdu. — Ne ramassez jamais un chapelet que 
vous trouveriez, car vous « ramasseriez les peines des autres. » (Liège.) 

«+* Les croix de pierre qui bordent les routes.— Dans tout le pays liégeois, c'est la 
coutume de placer une croix de pierre à l'endroit où une personne a trouvé 
la mort accidentellement. Nos routes et nos chemins sont parsemés de ces 
sortes de croix. 

Dans le pays de Hervé (Liège) les personnes souffrant de maux de dents, 
vont à minuit sonnant placer la joue endolorie sur la pierre de la croix, en 
récitant une prière. Le moyen est sans doute très efficace puisque la cou- 
tume n'est pas à la veille de tomber en désuétude. 

(Coin, de M. Alfred IIakou). 



Le Gérant : Fr. SlMON 



Imprimerie tï. SihOn. Kennes-Paris (167-08). 






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DES 



TRADITIONS POPULAIRES 



23 e Année. — Tome XXIII. — N" 2-3. — Février-Mars 1908. 



TRADITIONS ET COiNTES BAGHKIRS 




e groupe eihnique, connu sous le nom de Bach- 
kir, et qui compte un million et demi d'indivi- 
dus, habite le sud des Mont-* Ouraïs et ses ramifi- 
cations, et principalement les gouvernements de 
Perm, d'Oufa, d'Orenbourg et de Samara. 

Au point de vue ethnographique les Bachkirs 
appartiennent à la famille des peuples Ouralo- 
Altaïquts. 

On ne sait pas encore exactement d'où les Bach- 
kirs sont venus. En tout cas, à la fin du ix e siècle, 
selon le témoignage des écrivains arabes de ce 
temps -là, ils occupaient déjà à peu près la même région. On suppose 
que vers la même époque, un gioupe de Bachkirs s'est détaché du 
noyau principal, a traversé le sud de la Russie en se dirigeant vers 
TOuest en amont du Danube et s'est établi dans sa partie moyenne, 
dans le bassin de la Tneiss et de la Maras. 

^ missionnaire flamand S. Rubruquis qui visita la Bachkirie à la 
fin du xm e siècle trouva la langue des Bachkirs identique à celle des 
Madjiars. Et c'est pour cela qu'il déuomma cette région « Hongria 
major ». A présent ce peuple, encore demi -i-.omade il y a quelque 
temps, est devenu tout à fait sédentaire. La seule survivance de cette 
vie errante de naguère se manifeste chez les Bachkirs disséminés sur 
les crêtes des Monts Durais et ses ramifications oiienlales: ils ont 
conservé la coutume de partir l'été avec leurs petits troupeaux pour 
lasteppe, éloignée parfois de 20 ou 30 verstes de leur village. 
Au point de vue social c'est un peuple agriculteur, mais son agricul- 

Tomb XX III. — l'évHiKR-MAns 1008. 4 



SO hEVUE DÈS ÎRADlflONS POPULAIRES 

ture est encore très rudimentaire. L'art du labourage n'est pas encore 
développé et les Bacbkirs s'y résolvent avec beaucoup de peine. L'éle- 
vage des bestiaux, autrefois si florissant, grâce à la colonisation et à 
l'accaparement des terres par les Busses, n'a plus du tout d'impor- 
tance au point de vue commercial. 

Grâce à des conditions historiques particulières les Bacbkirs ont 
subi la grande influence des Tatares de Kasan à l'Ouest, et celle des 
Finnois au nord. Néanmoins ils ont gardé, surtout ceux qui peuplent 
les pentes orientales de l'Oural, la plupart de leurs traits nationaux : 
costumes, usages, langue. Au point de vue religieux, ce sont des 
mahoméians fervents. La majorité sait lire et écrire en tatar, beaucoup 
en arabe. Pourtant ils ont gardé beaucoup de croyances et de légendes 
étrangères â l'islamisme. 

Les documents ci-dessous, relatifs au folk-lore bachkir, à l'exception 
de deux où trois contes et légendes qui se rencontrent par hasard dans 
des notes de voyageurs, sont les premiers qui aient été publiés, bien 
que la littérature russe sur la Bacbkirie soit assez riche. 

Ils ont été recueillis oralement, et on a conservé la forme sous laquelle 
les dépositions ont été faites à l'enquêteur, et les demandes adressées 
par celui-ci pour obtenir plus de précision sur certains points. 



I 

LE DIABLE TUÉ 

Un vieillard alla à la chasse dans un « ourman > (forêt). Là il ren- 
contra un diable, transformé en homme, de telle sorte qu'on ne pou- 
vait pas le reconnaître tout d'abord. — « Viens avec moi », lui dit le 
diable, et ils se mirent en route. Cependant la nuit tomba. — « Allons 
nous coucher », dit le diable. Ils se couchèrent. Seulement le bachkir 
ne dormait pas. Tout à coup, il vit que de la bouche du diable 
endormi sortait du feu. 

Alors le bachkir comprit à qui il avait aflaire. Il se leva et couvrit 
un amas de broussailles avec son « siakmiane » (vêtement de drap que 
portent les bachkirs pardessus), se mit à l'écart et attendit pour voir ce 
qui s'en suivrait. 

Le feu sortit de la bouche du diable et brûla le « siakmiane ». 

Le bachkir prit son fusil et tira dans le « chaïtan » (diable). Le diable 
se leva et se mit à courir; le bachkir le suivit jusqu'à une caverne. 

Le bachkir entra dans cette caverne et y trouva deux femmes assises. 
— « Le maîlre est-il chez lui? » demanda le vieillard. — Oui, répon- 



ftKVUE t>ES ïfcADlîIOtfS POPULAIRES , 5>1 

dirent les femmes, mais il est malade et on ne peut pas le voir. » — a Je 
veux le guérir, reprit le vieux, menez- moi devant lui. » On l'y mena. 

Le diable ne reconnut pas le bachkir. Le vieillard examina le diable 
et lui dit : « Je te guérirai, mais à une condition, c'est que tu me don- 
neras ta jeune femme. » Le diable y consentit. Le bachkir ordonna aux 
femmes de sortir, étrangla le diable et quitta la maison. 

— « Le patron dort, dit-il à la vieille femme, il dormira longtemps 
et il ne faut pas le réveiller. > 

Cela dit, il prit la jeune femme et retourna dans son village, où il 
avait déjà une femme. 

Il vivait bien avec sa jeune femme ; seulement il remarqua qu'elle lui 
demandait toujours l'heure de son retour. 

Un jour, il revint inopinément et vit sa femme qui tenait ses cbeveux 
dans ses mains et les regardait. Le bachkir se souvint tout de suite que 
la jeune femme lui demandait de ne jamais la toucher à l'aisselle. 

Ils se couchèrent. La femme du diable s'endormit, mais le vieillard 
ne dormait pas. Il regarda sous l'aisselle gauche de sa femme et y vit 
un trou. Il y passa la main et arracha le cœur de la jeune femme. 

C'est pourquoi on nous a surnommés : « Chaùjtan-Koudeïsky » (prove- 
nant de Koudey). 



II 

LA FILLE DU DIABLE 

C'était il y a longtemps. Un vieillard entra dans notre forêt et décida 
d'y passer la nuit. Pendant son sommeil il entendit quelqu'un qui 
lui lirait de-dessous lui son « siakmian » (vêtement de drap). Il ouvrit 
les yeux et vit un « yarimtik » (ogre). 

Sans perdre de temps le vieillard prit son arc et visa le diable. Le 
diable saisit la flèche et lui demanda de tirer encore une fois. 

Mais le vieillard comprit, que, s'il tirait encore une fois, le diable 
ferait de la première flèche un arc et le tuerait avec l'autre. 

Ce bon sens du vieillard plut au diable, et il l'invita à venir chez 
lui. 

Us vinrent chez le diable et celui-ci proposa au vieillard (qui était 
jeune alors) de choisir une de ses 6lles pour femme. Le vieillard fit 
choix d'une des filles» on dit qu'elle était fort jolie, l'amena dans son 
village et vécut avec elle comme si c'était sa femme. 

Elle lui donna des enfants, dont les descendants vivent encore dans 
le village de Tanype. 



&2 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

III 

i 
LA MAISON QU'ON NE DOIT PAS BATIR 

Le « yarimtik » (ogre) aime à se promener sur lep chevaux qui 
paissent dans les champs. Un jour, un bachkir remarqua que Fyarim- 
tik montait son cheval qui était tiès beau. 

Alors le bachkir goudronna le dos de son cheval et le laissa aller 
dans les champs Le lendemain malin il entendit sou cheval courir en 

; hennissant. 11 sortit de son isba et vit un yarimtik collé au dos de son 
cheval. Le bacbkir le décolla, alluma le feu et se mit à brûler le diable. 
Et le diable de crier: « Je ne toucherai jamais à personne de la 
famille.» — « Bon, répondit le bachkir, je te laisserai t'en aller, mais 
d'abord tu dois me dire ce qui se passera dans noire ferme. » — « Il 
y a à présent deux maisons dans votre ferme, vous pouvez encore en 
bâtir quatre, pour qu'il y en ait six. Mais n'en bâtissez pas. une sep- 
tième, elle ne *e conserverait pas. » Et en eflet, nous n'avons jamais 

. que six bâtiments dans nos fermes; personne n'en bâtit une septième, 
elle prendrait feu, ou son propriétaire mou i rail. Il n'y en a jamais que 
six. 

IV 
l'endroit dangereux 

Il y a chez nous un endroit où, au dire des vieillards, étaient 
enterrés les gens de 60 a archines » (75 centimètres) de stature. 

Tu sais qu'il y avait autrefois des gens d'aussi haute taille. 

Eh bien ! les nôtres n'aiment pas aller à cet endroit. Il n'y a pas bien 
longtemps, un bachkir s'assit près de cet' endroit pour uriner, et quand 
il revint au village, il tomba malade. Au bout de trois mois il fut 
guéri. Alors il appela un mollah pour dire une prière au même 
endroit. 

Et voilà encore un autre incident. 

Un vieillard alla à cet endroit pour y couper furtivement un arbre ; 
il voulut l'apporter au village. 

Et qu-* penses-tu qu'il arriva? il tomba malade, et pendant trois 
années il fut aveugle. 

« Et qui donc habite cet endroit? » 

— « Je n'en sais rien. C'est peut-être un «avlia» (saint) ou peut-être 
quelqu'un autie. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 53 

Nos vieillards disent qu'autrefois le eoir, et même le jour, lorsque 
notre muedzine criait à la mosquée, on entendait crier d'un mue izin 
et de là- bas. Moi-même je l'ai entendu crier. 

— Et à présent tu l'en! ends ? 

— Non, maintenant je ne l'entends plus. 

Il ne faut jamais parler de ce que Ton n'entend pas. Moi j'en ai varié 
uce fois à mon ami et depuis je n'ai plus rien entendu. 

V 

LV.NDROIT SACRÉ 

Il y avait aussi chez nous un saint hacbkir. 11 alla à la Mecque et 
il y mourut. Et Ton dit qu'il revient la nuit à cet endroit, monte au 
sommet d'un pin et y fait ses prières comme un muedzin. 

En général cet endroit aime la prière. 

Et si l'on y va sans prier ou si l'on y dit des injures, on tombe malade. 

VI 

LU CAUCHEMAR 

Albasti (cauchemar) est une femme avec des mamelles si longues 
qu'elle peut les rejeter par dessus son épaule. Eh bien, c'est elle qui 
vous presse la poitrine pendant la nuit. Et quand elle vous presse 
ainsi, elle met une de ses mamelles dans votre bouche. 

VII 

LA PIE ET LE DIABLE 

' Tu sais qu'une pie ne crie jamais pendant la nuit. Eh bien! si tu 
entends la nuit le cri d'une pie, tu peux être sûr que ce sera un 
chaïtan (diable). 

VIII 

LE DIABLE AU BAIN 

Le diable aime beaucoup à se baigner ; seulement il ne se baigne que 
li nuit. C'est pour cela que nous n'aimons pas aller au bain trop tard. 

L'année dernière un vieillard resta longtemps dans un bain et le 
diable le tua. Lorsqu'on vint le chercher il était mort. 



54 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRE 

IX 
LA MALADIE PERSONNIFIÉE 

Il y a dix ans il nous arriva un accident. Le bétail tomba malade, 
les vaches surtout. La maladie atteignit notre village. 

Un jour, ma mère alla prendre un bain. Quand elle sortit du bain, 
elle vit sur le toit une pie qui ne jasait pas. Ma mère s'en approcha, 
la pie ne bougea pas. « Peut-être que c'est la maladie », pensa ma mère, 
et elle se mit à inviter la pie à venir prendre un bain chez elle. Ensuite 
elle retourna dans l'isba à bain, et prépara de l'eau et un « venik » (une 
botte de verges de bouleau). Elle mit ce « venik » 6ur le banc, en arra- 
cha une verge et la mit à travers le « venik » ; puis elle marqua la 
place et sortit. 

Le lendemain matin elle revint voir le bain et vit que l'eau était 
répandue et que quelqu'un avait touché au « venik ». 

Et que penses-tu qu'il arriva,? la maladie passa devant notre cour et 
pas une vache ne creva. Au bout de trois ans la même maladie revint 
dans notre contrée. Ma mère raconta à ses voisines comment elle avait 
traité la maladie. Toutes les femmes du village firent la même chose et 
la maladie passa sans atteindre leur troupeau. Seulement il fallait faire 
tout cela sans prière. La prière était inutile ; elle n'aurait servi qu'à 
effrayer et à. mettre en colère la maladie. 



LE LUTIN 

— As-tu jamais vu un chaïtan? « 

— Non, je n'ai jamais vu un chaïtan, mais j'ai vu une fois un ayourt- 
eïassy » (lutin, litt. maître de la maison). 

Un jour je pris un bain, il faisait déjà tard. Je sortis du bain et je 
me dirigeai vers ma maison. Mais quand j'approchai de mon isba, je 
remarquai que j'avais oublié ma cruche et je retournai aux bains. 
Mais à peine eus-je ouvert la porte que je vis un lutin s'enfuir du bain. 
Et moi aussi je pris la fuite. 

— Peut-être était-ce quelque homme qui était entré dans le bain 
après toi ? 

— Oh! non, je suis revenu si vite, que personne n'aurait eu le 
temps d'y entrer. Oh ! je suis sûr que c'était un lutin. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 55 

Les lutins demeurent partout. Dans mon ancienne isba il y en avait 
un qui habitait un poêle et y jetait souvent des cailloux. Seulement 
le lutin n'est pas un vrai diable, puisqu'il ne fait jamais de mai. La 
plupart du temps il garde le bétail. Quelquefois il s'amuse, monte sur 
les chevaux et tresse leurs crinières. 



XI 

L'AME SÉPARÉE DU CORPS ET LES VAMPIRES (1) 

Tu sais bien que tout homme a une âme. Eh bien, dès que l'homme 
s'endort, son âme va se promener. Et quand l'homme dort il sait bien 
ce que fait son âme, puisqu'il rêve. C'est pour cela qu'il ne faut pas 
réveiller un homme brusquement : son âme étant très loin, il mourrait. 

Seulement quelques hommes au lieu d'une âme ont un vampire. Et 
si l'un de ces hommes mange de la viande crue, le vampire commence à 
lui faire du mal. Ce vampire continue à vivre après la mort de son pro- 
priétaire et il fait beaucoup de mal à ses parents. 

Ce vampire boit aussi le sang des gens. Quelquefois on peut le 
voir se promener très loin de l'endroit où dort son propriétaire. — Et 
qui donc a un vampire au lieu d'une âme ? — Ce sont pour la plupart 
des sorciers ~- ceux-ci n'ont pas d'âme. 

*** 

Les sorciers n'ont pas d'âme puisqu'ils l'ont vendue au diable. Les 
sorciers peuvent donner des maladies. Si tu es mécontent de quel- 
qu'un, tu n'as qu'à aller chez un sorcier; l'honorer (le payer) quelque 
peu, et le sorcier enverra sur ton ennemi une maladie, quelquefois si 
dangereuse que l'homme en meurt en trois ou quatre jours. Et lors- 
qu'un sorcier meurt, son vampire continue à vivre et à nuire. 

Le jour, le vampire a l'air d'un vieillard et la nuit il se transforme 
en une chauve-souris. 

XII 

LKS NOYÉS 

Ouand un homme est noyé, son âme sort de son corps. Probablement 
elle reste dans l'eau. Mais pendant quelque temps elle ne s'éloigne pas 
du noyé et c'est pour cela, que si Ton commence à balancer un noyé 

(1) Cf. t. XV, p. 6S7, XVtll, p. 336, XIX, p. 371, XX, p. 162-489, XXI, p. 293, 



56 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRhS 

on peut le rappeler à la vie. Pour cela il faut mettre un noyé près de 
l'eau, tendre un fil de sa bouche jusqu'à l'eau, et par ce •fil l'âme 
revient dans son corp-. 

Voilà pourquoi nos maîtres flotteurs des « trains de bois » prennent 
avec eux des fils de soie. 

— Et quel aspect a l'âme quand elle sort du corps? 

— Cela je ne saurais pas le dire. 11 est très varié, je crois. Une fois, 
par exemple, j'ai vu, pendant le sommeil de mon « baja » (parent par 
alliance) une mouche sortir de sa bouche, prendre un peu de lait, et 
revenir rentrer aussitôt par le même chemin. 

XIII 

LE MAÎTRE DES VENTS 

C'était il y a longtemps, et je tiens ceci de mon vieux père qui est 
mort à présent. Il y avait dans noire village un vieux gardien. Tout le 
monde disait qu'il était en commerce avec Parey (maître des vents) et 
qu'il lui servait d'ouvrier. 

Il vivait à son aise : il était évident que Parey (Pharey ou Barey) 
subvenait à ses' besoins. 

Peu de temps avant sa mort, le gardien se maria avec une jeune 
fille de douze ou treize ans. Ayant su que son mari était lié avec Parey, 
la jeune femme l'obséda longtemps, pour qu'il lui montrât comment 
vivait Parey. Enfin le vieux consentit et ils partirent. Ils étaient loin 
de la maison et les montagnes paraissaient dans le lointain, lorsque le 
vieux mit ta femme sur son dos et lui ordonna de fermer les yeux. Elle les 
ferma. Après quelques moments, sur l'ordre du vieux, elle les ouvrit et 
se vit au commet d'une haute roche sur un vaste plateau. Là, 
plusieurs « koehes » (tentes en feutre) étaient rangées et beaucoup de 
poulains y étaient attachés. Aux environs erraient des troupeaux de 
toutes sortes de bétail. 

Après avoir tout vu en détail, la femme ferma les yeux et retourna 
sur la terre de la même manière. Peu de temps après le vieux mourut. 
La jeune femme se remaria avec un jeune bachkir. 

Une fois elle alla avec sa vieille parente cueillir des « saranas » 
(oignon d'une certaine plante que les bachkirs aiment beaucoup). 
Tout à coup le vent s'éleva, vint Parey. Il se fit un affreux fracas. 

Parey s'abattit sur les bachkiriennes, qui cueillaient des a saranas », 
et enleva la jeune femme. 

La vieille femme, effrayée, retourna dans son village et raconta à 
ses parents ce qui s'était passé. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 57 

Tout de ?uile les parents et les voisins, un mollah à leur tête, parti- 
rent pour la recherche de la jeune femme. 

Ils la cherchèrent un jour, deux jours, mais ils ne purent la trouver 
nulle part. 

Enfin' très loin de sa maison, sur le sommet d'une haute roche 
inaccessible, ils virent la jeune femme. 

Ils s'approchèrent de la roche et voulurent l'escalader. Mais la jeune 
femme leur demanda de ne pas s'approcher d'elle et de s'en 
retourner chez eux, puisqu'elle était hien là-haut. Mais ses amis ne 
l'écoutérent pas. lis montèrent sur la roche et ramenèrent la jeune 
femme chez elle. 

Je la connus déjà vieille femme. Et encore alors on disait que Parey 
l'aidait : elle faisait trop vite tous les travaux manuels. 



XIV 

LES DKUX FILS QUI VONT CHERCHER FORTUNE 

Un vieux bachkir avait deux fils. Un jour il les envoya au loin en 
disant à l'aîné de vendre un chat, et au cadet de vendre une palette/ 

L'aîné vint à la maison d'un garde forestier et lui offrit son chat. — 
« Et, combien veux-tu pour ton chat ? » lui demanda le garde fores- 
tier. — « Quatre roubles, lui répondit le fils du vieillard, puisque mon 
chat peut attraper les souris dans tous les quatre coins de la maison. » 

La réponse plut au garde forestier et il acheta le chat. 

Cependant le cadet erra longtemps et ne put pas trouver un ache- 
teur pour sa palette. Enfin, en traversant un bois, il rencontra un 
diable et lui dit : < Achète-moi cette palette. » — - « Attends un 
moment, lui répondit le diable, je vais consulter mon père. » Son père 
occupait un très joli logement (bick-aïbot) sous une pierre de notre lac. 

C'est dit, le diable courut chez son père, et le fils cadet se mit à 
attendre son retour. 

Le père du diable lui conseilla de proposer au gaillard de se mesurer 
avec lui en force, et de remettre la palette à celui qui aurait le dessus. 

Le diable revint au garçon et lui oflrit de mesurer sa force avec lui 
— le diable. « Au lieu de te mesurer avec moi, fouille un peu la feuille 
aciculaire sous ton pied ; là est couché mon frère aîné, c'est avec lui 
qu'il vaudra mieux que tu te mesures en force », lui répondit le fils 
cadet. A peine le diable eut-il fouillé la feuille, qu'un ours s'éleva de 
dessous et se mit à déchirer le diable. 

« Écoute, attends-moi encore un peu, » dit le diable, et il courut 



58 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

sous la pierre du lac chez son père. Il lui raconta ce qui s'était passé 
et lui demanda ce que faudrait-il faire maintenant. Le père-diable lui 
conseilla de se mesurer à la course avec le jeune homme. 

Le diable revint et dit : « Allons nous mesurer à la course ». — Au 
lieu de te mesurer avec moi, fouille un peu la feuille aciculaire sous 
ton pied, là est couché mon frère cadet. C'est avec lui qu'il vaudrait 
mieux que tu te mesures », répondit le gaillard. Le diable fouilla la 
feuille, de dessous laquelle s'éleva un lièvre qui se mit à courir à toutes 
jambes. 

— « Écoute, attends un peu », cria le diable ; mais le lièvre était 
déjà loin. Le diable courut de nouveau chez son père, lui conta son 
affaire et lui demanda conseil. 

Le père lui conseilla de jeter un poids de quatre ponds et de donner 
la palette à celui qui le jetterait le plus haut. 

Le diable apporta le poids au jeune homme et lui dit : « Celui qui 
jettera ce poids le plus haut aura la palette. » 

— « Jette d'abord toi, dit le fils cadet, puisque si c'est moi qui jetais 
le premier, le poids tomberait sur des nues et ne reviendrait plus. » 

Le diable ne voulut pas perdre le poids, et demanda au gaillard ce 
qu'il voudrait pour sa palette. — « Un chapeau plein d'or, » répondit 
le gaillard. 

Le diable courut chez son père pour chercher de l'or. 

Et le gaillard creusa une grande fosse, en y laissant, une ouverture 
toute petite, juste assez grande pour que le chapeau pût la fermer. 
Ensuite il mit son chapeau sur cette ouverture et y fit un trou. 
Le diable revint et apporta de l'or qu'il se mit à verser dans le chapeau. 
Mais l'or passa par le trou et dans le chapeau ne restèrent que quelques 
pièces d'or. 

Le diable alla chercher de l'or une seconde fois, une troisième, beau- 
coup de fois. Combien? — on ne peut pas le savoir, jusqu'à ce qu'il 
eût rempli d'or le chapeau du gaillard. 

Ensuite le fils cadet alla sur la route et demanda aux voyageurs de 
transporter son or chez son père ; mais personne ne voulait le croire. 

Enfin le garçon vit un vieillard avec deux charrettes et lui demanda 
de transporter son or. Le vieillard consentit, mit l'or sur ses deux 
charrettes et le mena chez le père du garçon. 

Cependant le père de ces deux fils restait chez lui, très content de 
son aîné qui avait su vendre son chat pour quatre roubles et qui avait 
su si bien répondre. 

Et lorsqu'on amena deux charrettes pleines d'or, le père ne put 
même pas en croire ses yeux ; et le fils aîné, tout confus, ne put non 
plus comprendre comment son cadet sut si bien vendre sa palette. 



BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 59 

XV 
LE VIEILLARD RUSÉ 

Ud vieux bachkir prit pour femme une jeune fille. Mais bientôt la 
jeune femme s'amouracha d'un jeune bachkir. Le vieux le remarqua, 
alla trouver sa vieille voisine et lui demanda de l'aider à sortir 
de cette situation. 

« Tout près, dans notre forêt, dit la vieille, est une clairière, au bord 
de laquelle se trouve un tout vieux pin avec un creux profond. Ce sera là, 
que j'enverrai ta jeune femme 'consulter un sorcier. Et toi, tu entreras 
dans le creux, et tu parleras comme si tu étais ce sorcier. » — « Bien », 
dit le vieux, et il s'en alla. 

Au bout de deux jouri, la jeune femme viat chez la vieille 
voisine, et lui demanda, si par hasard, sa poule ue s'y trouvait pas ? 
Ensuite, elles parlèrent d'autres choses et la vieille, lui dit : « II 
me semble qu'il est bien pénible pour toi de vivre avec un vieillard ; 
et moi je pourrais te donner un conseil pour te débarrasser de lui. » La 
jeune femme fut ravie et lui demanda ce conseil. 

— « Va, dit la vieille, jusqu'à la grande clairière qui se trouve au 
milieu do la forêt ; là tu verras un grand pin creux, dans ce creux est 
un vieillard. Tu lui demanderas ce qu'il faut faire. » 

Quelque temps après, la jeune femme demanda au vieux de la laisser 
aller avec ses amies cueillir des fraises. — a Bien, dit le vieux, si tu 
as des amies, va avec elles. » 

Et lui, il courut vers la forêt par le chemin le plus court, grimpa dans 
le creux et se mit à attendre. Au bout de peu de temps la jeune femme 
arriva et demanda au sorcier un conseil pourse débarrasserde son vieux. 
— «Traite, lui dit le sorcier, ton vieux de tout ton mieux, donne-lui de 
la crème, du beurre, etc. . . ce traitement le fera dans peu de temps 
devenir sourd et aveugle. » 

La jeune femme le remercia! cueillit des fraises, les vendit à un mar- 
chand, acheta du gruau et se mit à soigner le vieux et à le bien traiter, 
mais malgré cela le vieux se plaignait de plus en plus de sa surdité et 
de sa cécité. Eufin il ne répondait plus à ses questions, comme s'il 
ne les entendait pas. 

Quand la jeune femme vit que son vieux était devenu complè- 
tement sourd et aveugle, 'elle invita le jeune bachkir à venir dans son 
isba. 

Le vieux était couché sur le poêle et auprès de lui son fils de quatre 
aus. 



60 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Le vieux vit l'ami de sa femme et dit à son fils : c Je vais 
bientôt mourir, mou enfant, donne-moi mon fusil, je t'apprendrai 
à tirer ». 

11 prit le fusil, le chargea et dit à son fils : « Tu t'y prends mal 
comme ça; c'est comme ça qu'on le charge», puis y mettant un piston 
— « Mon enfant, puis on vise » et tuant l'ami de sa ft-rame. — 
o Maintenant, mon enfant, le fusil a fait feu. » 

La jeune femme prit peur et traîna son ami dans la forêt. Là, elle 
le fit asseoir sur une ruche. La nuit même le propriétaire de cette 
ruche vint voir celui qui volait son miel et vit un homme assis 
sur la ruche. Il rappela plusieurs fois, mais celui-ci resta silencieux. 
Alors le bachkir prit son fusil et tira. L'hemme tomba mort. Le bachkir 
prit peur et traîna le mort vers le lac où il le mit sur un radeau. 

A ce moment un chasseur guettait des canards. Il vit le radeau 
avec un homme qui se dirigeait vers ces canards. Le chasseur cria à 
l'homme de s'arrêter et de ne pas s'approcher trop près. Mais le radeau 
s'approcha des canards et les fit partir. Le chasseur se mit en colère 
et tira dans l'homme. 

Et c'est ainsi qu'un homme fut tué trois fois sans avoir une seule 
fois possédé la femme d'autrui. 



XVI 

l'uomme qui parle aux serpents 

Dans le villlage de Kousemiarovo vivait un vieillard que j'ai connu 
personnellement. Ce vieillard pouvait parler avec les serpents. Main- 
tenant il est mort. Il venait dans notre forêt, où il y avait une multi- 
tude de serpents, et appelait les serpents. Quelques-uns venaient à sa 
voix et il leur parlait. Et jamais les serpents ne le mordaient. 

XVII 
les enfants changés par lk diable 

Et le diable a-t-ii des enfants ? 

— Qui sait ! oui, il est bien probable qu'il en a. On dit que le diable 
change les enfants. Gela arrive quand les enfants naissent borgnes, ou 
infirmes; le diable prend les enfants des hommes et à leur place il 
met les siens. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 61 

XVIII 
L'AVARE puni 

Il y avait une fois deux amis ; l'un deux n'était pas riche, mais très 
hospitalier. 

11 arrivait qu'il tuait une brebis pour son ami et lui offrait tout ce 
qu'il avait. L'autre était très riche, mais encore plus avare. Le riche 
allait souvent chez celui qui élait pauvre, mais ne l'invitait pas chez lui. 

« Eh bien, pensa le pauvre, j'irai chez lui sans invitation. » 

II s'approcha de la maison de son ami (dousse), regarda par une 
fenêtre et aperçut : son « dousse » assis sur un banc et occupé à farcir 
des saucissons; à côlé de lui se trouvait une tête de bœuf. Sa femme 
massait la pâte à « salma » (vermicelle) et à côté d'elle se trouvait une 
grue déplumée. 

L'hôte frappa à la vitre avec le manche de son fouet et cria : Ho hé ! 
le maître est-il chez lui ? 

Le riche sursauta, mit les saucissons sous le banc et cacha la tête de 
veau dans le poêle ; et sa' femme, après avoir jeté la grue dans un 
eu veau, s'assit sur la pâle de « salma ». 

Ensuite le maître ouvrit la porte, fit entrer son hôte et ils se mirent 
à causer. 

Cependant on n'uflrait rien à l'hôte. «As- tu vu quelque chose de nou- 
veau, mon ami? lui demanda le riche, as-tu entendu quelque chose?» 

« Mais oui, répondit le pauvre, j'ai quelque chose à le raconter : 

Pendant mon voyage j'ai vu sur la route un serpent très gros, aussi 
gros que les saucissons qui sont sous ton banc. Je suis descendu de 
mon cheval, j'ai pris uneçierre, grande comme la tête de bœuf qui 
est cachée dans ton poêle, et je l'ai jetée sur le serpent qui est 
devenu plat comme la galette sur laquelle est assise ta femme. Et si 
je meus, tu pourras me déplumer comme cette grue qui est cachée 
dans ton cuveau. » 

Le maître vit que soq hôte savait tout, et qu'il ne lui restait plus 
rien à faire qu'à le bien traiter. 

Le pauvre resta chez le riche un jour ou deux. 

Une fois, le maître voulut manger un peu de beurre. Mais il ne vou- 
lut pas en donner à son hôte. Et dès que l'hôte eut paru se coucher, le 
maître alla dans la cave pour chercher du beurre. 

L'hôte le remarqua, prit un bâton et suivit le maître. Lorsqu'il fut 
dans la cave il saisit le maître au collet et se mit à le battre. Le maî- 
tre de crier: * G'est moi, le maître. » — « Je te demande pardon, dit 



62 REVUE DES TRADITIONS POPULAlfcES 

l'hôte ; j'ai cru que c'était un voleur, je ne savais pas que tu volais 
ton propre beurre pendant la nuit. » 

Ceci ne plut pas au maître et il décida de se venger de son hôte. 

Il alla chez sa femme et lui dit : « Tiens, celte nuit je tuerai son che- 
val avec une fourche et je lui dirai que sou cheval s'est enfourché lui- 
même. » 

L'hôte l'entendit et alla le soir donner à boire à son cheval. 

Son cheval était bai, avec une tache blanche au front. L'hôte 
souilla cette tache avec du fumier et au front du cheval du maître il 
fit une tache avec de la craie. 

Le lendemain matin l'hôte s'éveilla et le maître lui dit : « Tl est arrivé 
un malheur, mon ami, ton cheval est tombé cette nuit sur une 
fourche et il en creva ! » — « Bon, répondit l'hôte, si la lâche de ce 
cheval est souillée de fumier, c'est mon cheval, mais si cette Uche est 
faite avec de la craie, c'est que ce cheval n'est pas à moi. » 

Le maître alla vérifier et vit que c'était son propre cheval qu'il avait 
tué* 

— t Eh bien ! adieu, mon ami, dit l'hôte, il est temps de revenir chez 
moi. Je te remercie bien de ton hospitalité. > 

C'est ainsi que le riche se punit lui-môme de son avarice. Et de plus 
devant tout le monde il en avait très honte. 

XIX 

LES TRÉSORS 

Non loin de notre village il se trouve un magot. Au sommet de celte 
montagne est enterré un canot plein d'or. Mais dés qu'on le voit on 
devient fou et on ne peut plus retourner au village; et même si 
l'on retourne dans le village on ne peut plus retrouver le magot. 

Un autre trésor était dans un « souluk» (creux d'arbre habité par des 
abeilles sauvages). A cette époque « l'ourman » (forêt) était encore très 
épaisse. Et si Ton rencontrait ce c souluk » on errait dans la forêt et on 
ne pouvait pas retrouver le chemin menant au village. Mais si l'on 
revenait dans le village on ne pouvait plus retrouver la route menant 
au « sauluk ». 

XX 

l'œil arraché 

11 y a longtemps, dans notre village vivait un vieillard qui savait 
très bien jouer du violon, fit son violon aussi était excellent. Et voilà 
qu'il lui arriva l'incident que je vais vous conter. 



REVUE DES tRÀDiîIONS POPULAIRES 63 

Un soir, comme le vieillard allait se coucher, une « troïka » attelée 
de très beaux chevaux, s'arrêta à sa porte. Un bachkir, richement vêtu, 
descendit du traîneau, s'approcha de la fenêtre, y frappa et ordonna 
au vieillard de faire au plus vite ses préparatifs pour aller jouer à des 
noces. 

Le vieillard fit vite ses préparatifs, prit son violon, alla jusqu'au traî- 
neau, s'y assit et la « troïka » les emporta. 

Au bout de quelque temps ils arrivèrent près d'une belle maison, 
dont les fenêtres étaient éclairées. 

Beaucoup de convives assistaient à ces noces. 

Il était déjà tard, minuit environ. Le vieillard entra dans la maison, 
dont la richesse l'étonna. 

On le fit asseoir et il se mit à jouer du violon. Les convives s'amu- 
saient, mangeaient, dansaient. Seulement le vieillard remarqua que, 
les hôtes, aussi bien que les invités, s'approchaient à tout moment de 
certain vase et y prenaient quelque liquide avec lequel ils se mouil- 
laient les yeux. « Et si j'en faisais autant, pensa- t-il, qu'arriverait- 
il?» 

Il s'approcha du vase et y vit un liquide jaune. Il trempa son doigt 
dans ce liquide et se mouilla seulement un œil. 

Puis il se rassit à sa place et regarda. Tout était comme auparavant. 
Mais lorsqu'il regarda avec seulement son œil mouillé, il vit qu'il 
était assis dans un mauvais lieu, et qu'autour de lui dansaient de vilains 
monstres en haillons. 

Les noces finirent. Les invités s'en allèrent. Le vieillard partit aussi. 

La « troïka » allait au'galop. Mais lorsque le vieillard regarda de son 
œil mouillé, il vit qu'il n'y avait aucune troïka et qu'il était assis sur 
un manche à balai qui le portait chez lui. 

Beaucoup de temps s'écoula. 

Le vieillard commença à oublier ces noces. Seulement, une fois, à la 
foire, il lui vint l'idée de regarder avec son œil mouillé. Entre les gens 
et les charrettes il vit un homme se promener. Le vieillard le regarda 
fixement et reconnut le même bachkir qui l'avait invité aux noces. 

ïl s'approcha de lui et se mit à lui parler. 

Alors « Parey » (maîlre des vents) devina que le vieillard avait un 
œil mouillé et lui arracha cet oeil. 

S. Roudenko. 




64 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



LES STATUES QU'ON NE PEUT DÉPLACER (1) 

XVII 

I. — NOTRE-DAME DES DOULEURS, A MBRCHTEM (2) 

a tradition rapporte que la madone vénérée 
dans l'église paroissiale de Merchum était ori- 
ginairement destinée à une église, située plus 
au Nord. Les porteurs ayant déjà marché fort 
longtemps avec ce fardeau sur l'épaule, se sen- 
* tirent, bien fatigués quand ils arrivèrent dans 
le village de Mtrchtem et résolurent de se 
reposer un peu. Ils déposèrent donc l'image 
sur le mur qui entourait le cimetière. Mais 
quand ils vouluient continuer leur chemin ils 
ne parvinrent pas à soulever l'image ; ils eurent beau essayer de toutes 
leurs forces, rien n'y fît : elle ne bougea pas. Arrive le curé qui, de 
son habitation, avait observé la scène. Il fît comprendre aux porteurs 
la signification du fait miraculeux : « La Sainte Vieige, dit il, ne se 
laisse pas emporter plus loin, parce qu'elle désire être vénérée ici, 
dans l'église de notre paroisse. Portez l'image dans notre église et vous 
verrez que la résistance cessera. » Les hommes y consentirent et 
l'image était redevenue si légère, qu'ils la portèrent sans peine. Depuis 
lors la madone est restée à Merchtem, où elle a acquis une grande 
renommée en opérant beaucoup de miracles. 

XVIII 

II. — NOTRE-DAME DE MONTAIGU (BiabaiU). 

Moutaigu est le lieu de pèlerinage le plus célèbre de la Belgique. 
Sa grande célébrité ne date que du xvn e siècle ; mais déjà, au 
xiv° siècle, la statuette du vieux chêne qui se trouvait sur le Mont aigu 
était bien connue dans les alentours à cause du grand nombre de gué- 
risons et de miracles qu'on lui attribuait. 



il) Suite. Voir t. XXII, 104. 
(2) Dans le Bi'ubuut flamand. 



BEVUE DES TRADITIONS î>Ot>ULAIRES* 65 

Dans un acte public, les Echevins de Sichem, dont Monlaigu relevait 
alors, déclarèrent vers 1400 qu'ils tenaient de leurs parents et grands- 
parents que la madone du chêne dans le bois de Montaigu était connue 
depuis un temps immémorial pour le secours qu'y trouvaient les 
malades et surtout ceux qui soutiraient de la fièvre. 

Un fait mémorable allait encore augmenter la renommée de ce pèle- 
rinage. Vers 1514 un berger mena son troupeau au Mont aigu et y 
trouva la statuette du chêne tombée à terre. Il la ramassa et se pro- 
posa de l'emporter avec lui à la maison. Mais au même instant il sentit 
s'engourdir tous ses membres et fut dans l'impossibilité de faire un 
Heul pas. Il resta là jusqu'au crépuscule, immobile comme un pieu 
planté en terre. Sqp maître ne voyant pas revenir son berger avec le 
troupeau, se mit à sa recherche et le trouva dans cette position à côté 
du vieux chêne. Le berger raconta ce qui lui était arrivé, et le maître, 
y voyant le doigt de Dieu, lui reprit la statuette et l'attacha de nou- 
veau à l'arbre. Dès ce moment le berger se sentit libre et put ramener 
son troupeau à la maison. 

y XIX 

III. — NOTRE-DAME-AUX-F1ÈVRES OU DE LA CHAPELLE VLEMINCKX 

Là où s'élève aujourd'hui, à Louvain, la célèbre chapelle Yleminckx, 
on vénérait en 1535 une petite statuette représentant la Vierge Mère, 
avec le cadavre de son Fils sur les genoux. La statuette se trouvait 
dans un arbre creux et attirait beaucoup de monde à cause du grand 
nombre de miracles qu'elle opérait. 

Dans le voisinage habitait une fernme pieuse qui, les jours de fête 
de Marie, dressa un petit autel devant sa maison et y plaça la statuette 
miraculeuse. Les bons catholiques y trouvèrent du plaisir, mais les 
méchants le virent de mauvais œil. Un jour, quelques jeunes libertins, 
simulant l'ivresse, se dirigèrent vers le petit autel de la femme et 
voulurent enlever la statuette. Mais Dieu déjoua leur dessein : aucun 
d'eux ne parvint à arracher la statuette de son autel et les libertins 
partirent, tout penauds. 

Le Prélat de Park, Ambroise de Angelis, apprenant ce qui s'était 
passé et sachant que le nombre des pèlerins augmentait toujours, fit 
ériger un petit oratoire en briques, qui servit plus tard de portail à la 
seconde chapelle. Le sanctuaire actuel est la troisième chapelle ache- 
vée en 1705. Dans les pieux ménages de Louvain, les mères ont la cou- 
tume, lors de leurs relevailles, d'y aller consacrer leurs nouveau-nés 
à la sainte Vierge, 

ToUB XXHT. — Février-Mars 1906. ' 



66 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

XX 

IV. — NOTRE-DAME DE WYNEGHEM-LEZ-ANVERS 

Il y a des siècles, un paysan travaillant dans son. champ, entendit 
soudain un beau cantique frapper ses oreilles. Curieux, il s'en alla 
chercher d'où cela pouvait bien venir. Il arriva ainsi à un arbre creux, 
dans lequel il découvrit une petite madone. Il la prit et remporta à la 
maison et la mit dans un coffre. Le lendemain, étant de nouveau au 
champ, il entendit le même cantique. Il retourna à l'arbre creux et y 
retrouva la statuette. Mais, pour être sûr de son fait, il courut à la mai- 
son, ouvrit son coffre et la madone avait disparu. Alors il en informa 
le clergé du village qui vint prendre l'image miraculeuse et il la ramena 
processionnellement à l'église. Mais le jour suivant, l'image était 
encore une fois retournée dans le même arbre. Alors on prépara dans 
l'église une belle petite chapelle séparée et on y rapporta, avec beaucoup 
de solennité, la sainte statuette. Dès lors, elle sembla s'y plaire et resta. 
Elle attira beaucoup de monde et opéra bien des miracles. 

XXI 

V. — ■ LA CHAPELLE DE BASSE- WAVRE, A ASSCHE-LEZ-BRUXELLES 

La madone qu'on y vénère dans une jolie petite chapelle, située en 
un lieu très pittoresque, s'appelle aussi Notre-Dame de Basse- Wavre. 
Voici pourquoi. 

Il y a des centaines d'années, le berger d'une grande ferme faisait 
paître tous les jours son troupeau dans un bois appelé Montagne-aux- 
Cailloux et appartenant alors au seigneur d'Assche. A l'un des arbres du 
bois était attachée une petite statuette en pierre de Marie. Le berger 
avait la coutume d'aller journellement prier devant cette image, à telle 
enseigne que, quittant un jour son service à Assche, pour aller à Basse- 
Wavre(1), il ne put se séparer de sa madone et la prit avec lui. 

Quand il se réveilla le premier matin dans sa nouvelle habitation, ea 
première pensée fut pour sa chère image, et il voulut s'agenouiller pour 
prier devant elle. Quelle ne fut sa surprise, quand il constata qu'elle 
avait disparu. « Elle n'est cependant pas volée, se dit-il ; peut-être 
est-elle retournée à Assche. » Et aussitôt il se met en voyage, pour aller 
voir. Il retrouve effectivement la madone à son ancienne place. Très 

(i) La partie basse de la ville de Wavre, en Brabant. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 67 

heureux, il la détache de l'arbre et reprend avec elle le chemin de 
Wavre ; mais ayant acquis la conviction que Notre-Dame préférait être 
vénérée dans un arbre, il attache l'image à un beau chêne, non loin de 
sa maison, et s'endort tranquille. Le lendemain, sa surprise fut encore 
plus grande, quand il constata le nouveau départ de sa madone. Gomme 
elle était encore retournée à son ancienne habitation, et qu'il ne pouvait 
vivre aussi loin d'elle, il reprit son service à la ferme d'Assche et 
raconta le fait miraculeux à qui voulait l'entendre. Au moyen de ses 
petites économies, dit la tradition, le brave berger fit bâtir une chat- 
pelle en l'honneur de sa madone. Bientôt les fidèles y affluèrent et 
encore aujourd'hui, Notre-Dame de Basse-Wavre est fort vénérée. 



XXII 

VI. — NOTRE-DAME DE LA CHAPELLE D'ARGILE, A CAPRYCKE (i) 

Un soir, vers le milieu du xviii* siècle, les deux frères Glaeys, deux 
braves paysans de Caprycke, après avoir travaillé toute la journée dans 
leurs terres, s'en retournaient à la maison, lorsqu'ils trouvèrent au 
beau milieu de leur champ une petite statuette de la Sainte Vierge. 
Gomme l'image était bien visible et qu'ils avaient circulé par là pen- 
dant toute la journée, ils furent fort étonnés de ne pas l'avoir remar- 
quée plus tôt, d'autant plus que ce jour-là aucun autre homme n'avait 
paru en cet endroit. Pour eux, il n'y avait donc pas de doute : l'image 
n'était pas venue là par la voie naturelle. 

Pleins de respect, ils la prirent avec eux, et à la maison ils lui don- 
nèrent une place d'honneur. Mais ils se dirent bientôt que l'image 
n'avait peut-être pas été apportée là pour eux seuls et que Dieu l'avait 
probablement destinée à devenir un objet de vénération publique ; ils 
se décidèrent en conséquence à la reporter à la place où ils l'avaient 
trouvée. Ils firent donc faire une petite chapelle portative pour y pla- 
cer la statuette et l'attachèrent à un arbre du même champ. 

La trouvaille miraculeuse fit du bruit, et bientôt la madone y attira 
des visiteurs dont le nombre allait croissant. Plus d'un y trouva con- 
solation et guérison. Voyant cette affluence de monde, les frères 
Glaeys y firent construire une petite chapelle en lattis et torchis, appe- 
lée dès lors la chapelle d'Argile ; c'est là que l'image fut placée. 

Cependant la renommée de la madone de Gaprycke se propageait 
au loin, et attirait les pèlerins non seulement de la Flandre, mais 

(1) Nord de la Flandre Orientale. 



68 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

aussi de la Zélande. Le diable, l'ennemi juré de la Vierge, témoin du 
culte de Marie en ce coin de terre, cherchait à le détruire. Souvent 
des paysans calvinistes de Gadzant, passant en cet endroit, y consta- 
tèrent la grande aflluence de pèlerins et la profonde vénération des 
catholiques pour l'image de Marie ; ils ne manquèrent jamais de *e 
moquer des pieux visiteurs et de les vexer en toute occasion. 

Un jeudi, un de ces paysan a protestants s'en retourna du marché 
d'Ecloo et trouva l'occasion favorable pour enlever la statuette. Il la 
mit donc dans sa poche et, de retour à la maison, il dit à son épouse : 
a Femme, j'ai apporté la fameuse image de Maaiken de timmerman > 
(1) ; je vais te la montrer: sur ce, il mit la main dans sa poche pour 
en retirer la statuette, mais elle n'y était plus. Surpris et confus, il 
reprit de suite le chemin de la chapelle d'Argile. Stupéfait d'y retrou- 
ver l'image, il n'osa plus y toucher. 

Quelque temps après, d'autres protestants, passant par là, forcèrent 
la serrure du petit oratoire, y brisèrent tout, prirent la sainte image 
et la jetèrent plus loin dans l'eau. Heureusement le propriétaire par- 
vint à retrouver la madone et, après avoir tout restauré dans la cha- 
pelle, la replaça sur son trône. 

Du temps de la Révolution française, quelques cavaliers démolirent 
la pauvre chapelle et enlevèrent la madone vénérée. Le gardien de la 
chapelle, qui fut le témoin de cette scène, suivit, après quelques hési- 
tations, les soldais français, et les supplia avec tant d'insistance qu'ils 
lui rendirent la statuette. Il la rapporta chez le propriétaire, qui la 
garda pieusement. 

Après le Concordat, quand le culte fut rendu public, l'afQuence vers 
la Chapelle d'argile reprit de plus belle. Mais le curé de Caprycke 
d'alors, craignant que l'isolement de la chapelle ne donnât lieu à des 
abus, ordonna à son sacristain d'aller chercher la madone pour la 
placer dans l'église paroissiale. L'homme obéit et mit l'image à la place 
indiquée par le curé, mais le lendemain elle s'était envolée et on la 
retrouva à la pauvre chapelle. Le curé, ne pouvant croire que le sacris- 
tain eût exécuté son ordre, le renvoya à la chapelle, mais le jour sui- 
vant, l'image avait de nouveau quitté l'église. Sur l'ordre du curé, la 
madone fut enlevée une troisième fois du petit oratoire et replacée 
à l'église, le tout, cette fois-ci, sous la surveillance du curé. Le lende- 
main on la retrouva de nouveau dans sa petite chapelle et on constata 
qu'elle était toute couverte de boue. Des personnes honorables affir- 
ment l'avoir vue dans cet état. 



(i) Lillér. : « Marie le charpentier», sobriquet que les protestants donnent à la Mère 
de Dieu. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 69 

En 1874, la petite chapelle d'argile fut remplacée par une chapelle en 
briques, grande et belle, qui dut encore être agrandie -en 1894; cela 
n'empêche que le peuple continue à l'appeler la t chapelle d'argile ». 
L'affluence des pèlerins est surtout considérable durant l'octave de 
l'Assomption, pendant laquelle le clergé y célèbre solennellement les 
services religieux. 



XXIII 

VII. —LA CHAPELLE DE LAMBROEK, A AUDEGHEM (LeZ-TermOndo). ' 

D'après la tradition l'image de la Vierge, vénérée dans la Chapelle de 
Lambroek, à Audeghem, se trouvait originairement fixée à un arbre, 
où un passant la découvrit. Il en parla à ses connaissances, et bientôt 
une foule de fidèles y vint invoquer la Sainte Vierge et beaucoup de 
prières furent exaucées. L'image acquit même une certaine renommée. 
Le curé de la paroisse, désirant accorder à la madone une habitation 
plus convenable, là transporta dans g on église. Le lendemain, les 
cloches se mirent à sonner à une heure inaccoutumée. Les habitants, 
ignorant ce qui se passait, accoururent à l'église et là il apprirent que 
leur madone avait quitté l'église et que les cloches s'étaient mises à 
sonner d'elles-mêmes. Ils retrouvèrent la statuette au même arbre où 
on l'avait prise, et il fut décidé qu'en' cet endroit une chapelle serait 
érigée en l'onneur de la Mère de Dieu. La chapelle, appelée aussi la 
Chapelle de la Fièvre, — parce que la Vierge y est surtout invoquée pour 
la guérison des fièvres — existe toujours et attire une grande foule le 
15 août, fête de l'Assomption. Chaque dimanche du mois de mai, le 
curé de l'endroit s'y rend processionnellement avec ses paroissiens. 



XXIV 

VIII. — NOTRE-DAME DE MEULESCHETTE (1) A ALOST 

A Alost, au hameau de Schaerbeek, on a reconstruit en 1894 la cha- 
pelle de Notre-Dame de Meuleschette, l'ancienne, celle de 1693, bâtio 
en remplacement d'une autre beaucoup plus ancienne encore, étant 
devenue trop petite et menaçant ruine. Jadis Meuleschette était une 
seigneurie, appartenant aux seigneurs de Meire, Overharame, etc. La 

(1) Meulen, molen = moulin, 



70 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

chapelle se trouve tout près du ruisseau de Sieseghem, qui coule un 
peu plus loin dans la Dendre. 

Au ternes jadis, un homme avait construit sur ce ruisseau un mou- 
lin à eau. Un matin le domestique du meunier vit flotter devant le 
moulin une statuette de la Sainte Vierge. 11 la retira de l'eau et s'en 
fut la remettre à son maître. Celui-ci la plaça sur la cheminée de la 
cuisine. Mais voilà que le lendemain la madone était partie, et le 
domestique la retrouva sur l'eau devant le moulin. Le fait se renouvela 
encore deux fois, et le clergé, informé de la chose, fit bâtir au môme 
endroit une chapelle où l'image fut exposée à la vénération des fidèles 
et y attira bientôt beaucoup de pèlerins. 



XXV 

IX. — NOTRE- DAME-DBN-TUIMELAAR, A ZELE (1) 

Il y a bien longtemps un paysan de Zèle découvrit dans son champ 
une petite statuette en bois de la Vierge. L'ayant emportée à la maison, 
il la mit négligemment sur une petite armoire. Mais le lendemain elle 
n'était plus là, et à sa grande surprise il retrouva la madone à la même 
place dans son champ. Trois fois il rapporta ainsi l'image à sa maison, 
et trois fois elle retourna au champ, quoique la troisième fois le pay- 
san eût pris la précaution de l'enfermer dans un coffre de bois. Alors 
il s'en alla chez le curé pour lui raconter la chose. Celui-ci comprenant 
ce que la Vierge voulait, fit construire dans le dit champ, à l'endroit 
indiqué par la statuette, une petite chapelle et y plaça la madone 
miraculeuse, à laquelle le peuple donna le nom de « Onza-Lieve- 
Vrouwe-den-Tuimelaar », ce qui signifie : Noire- Dame -la- Rouleuse, 
parce qu'elle roulait toujours de la maison du paysan à son champ. 

XXVI 

X. — NOTRE-DAME DE MEETKERKE-LEZ-BRUGES 

Dans l'église paroissiale de Meetkerke, à 5 kilomètres de Bruges, se 
trouve une image miraculeuse de Notre-Dame qui est surtout vénérée 
par les pêcheurs de Blankenberghe. Voici la curieuse légende qui 
s'y rapporte, 

(1) Zèle, daos la Flandre-Orientale, au nord de Termonde. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 71 

Vers le milieu du xiv« siècle, des pécheurs de Blankenberghe virent 
flotter dans la mer du Nord une statuette de la Sainte Vierge ; ils la 
retirèrent de l'eau et la placèrent respectueusement dans leur chapelle 
de Scarphout. Le lendemain ils la retrouvèrent dans les dunes. Ils 
portèrent alors la statuette à l'église d'un village voisin, estimant que 
celte habitation lui agréerait mieux. Cependant, le jour suivant, 
l'image se retrouva encore à la même place daos les dunes. Ils la 
reprirent de nouveau pour aller la porter à une autre église voisine. 
Peine perdue, car pour la troisième fois, ils la retrouvèrent le lende- 
main dans les mêmes dunes. Que faire maintenant? A la fin les 
pêcheurs se mirent d'accord pour mettre la statuette sur le dos d'un 
jeune âne qui n'avait encore jamais porté de charge et par laisser aller 
l'animal où il lui plairait, bien convaincus que la Providence le condui- 
rait à l'endroit pour lequel l'image était destinée. Ainsi dit, ainsi fait. 
L'âne, portant la statuette, se dirigea tout droit vers le village de 
Meetkerke et s'arrêta devant l'église. La statuette y fut donc placée et 
elle y resta définitivement. Les pêcheurs décidèrent en outre d'affec- 
ter le produit de leur première pêche à l'achat de quelques ornements 
pour l'image de Marie. Et voilà que leur premier coup de filet leur 
apporta une boîte renfermant un beau manteau de mactone en soie 
verte, dont ils revêtirent la statuette de Meetkerke. Ce manteau existe 
encore aujourd'hui, dit-on, et les taches produites par l'eau de mer y 
sont encore visibles. 



XXVII 

XI. — NOTRE-DAME DE BON-SECOURS, A BILSEN (1) 

Deux légendes se rattachent à l'origine de la chapelle de Notre-Dame 
de Bon-Secours. D'après l'une, un comte de Schoombeek, retournant 
la nuit à la maison, fut attaqué par des malfaiteurs ; ils l'arrachèrent 
de son cheval et lui portèrent sept coups mortels. Dans cette extrémité, 
il invoqua la Mère de Dieu et promit, s"il échappait, d'ériger en cet 
endroit une chapelle en son honneur. Il guérit et tint parole. 

D'après la seconde légende, un berger découvrit en cet endroit, 
parmi les joncs une statuette de la Vierge. Il l'emporta dans sa maison, 
mais le lendemain elle avait disparu et fut retrouvée à la même place, 
au milieu des joncs. Ce prodige, une fois ééruité, engagea les fidèles 
à bâtir là un petit oratoire. 

(1) Dans le Limbourg belge. 



72 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Notre-Dame de Bon-Secours, de Bilsen, guérit surtout lôs maux 
d'yeux et les fièvres froides. Ordinairement, les pèlerins visitent la 
chapelle neuf jours consécutifs, et quand, dans les environs, quelqu'un 
est en danger de mort, neuf personnes — parents, amis ou voisins, — 
viennent implorer le secours de Marie. 



XXVIII 

XII. — NOTRE-DAME DE BON-CONSEIL, DE MAASBYCK(J) 

La petite statuette de Notre-Dame de Bon- Conseil, enfermée aujour- 
d'hui dans une bofte en argent, se trouvait autrefois dans l'église de 
l'ancien couvent des Capucins, habité maintenant par les Sœurs de 
charité. 

La légende rapporte qu'une femme découvrit la statuette dans un 
marais. Elle la mit dans sa poche et s'en fut à la maison. Le lende- 
main elle constata que la statuette était partie. Allant aux recherches, 
elle la retrouva à la même place dans le marais, et la rapporta respec- 
tueusement à l'église des Capucins. 

Notre-Dame de Bon-Conseil est surtout invoquée par les femmes en 
mal d'enfant. On y fait beaucoup de neuvaines : neuf filles viennent, 
pendant neuf jours de suite, prier devant la sainte image, allumant en 
môme temps de petites bougies. 

XXIX 

XIII. — NOTRE-DAME BRUNE, DE KERCKOM-LEZ-SAINT-TROND (2) 

Cette madone se trouve dans une chapelle, à 5 kilomètres de la 
petite ville de Saint-Trond. On raconte qu'elle fut trouvée dans un 
cbène. Des habitants d'un village voisin (Niel) l'emportèrent un jour 
chez eux et la placèrent dans leur église, mais pendant la nuit elle 
était retournée au chêne. Quand plus tard on la plaça dans une cha- 
pelle, elle retourna encore une fois, selon la tradition, à son arbre 
favori ; mais après y avoir été inaugurée solennellement elle se décida 
à rester. 



(1) Petite ville sur la Meuse dans le Limbourg belge. 

(2) Dans le Limbourg belge. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 73 

L'image est d'une couleur brune ; quand un jour on la peignit en 
blanc, elle avait repris le lendemain sa couleur primitive. 

Ici, comme à Bilsen, quand quelqu'un est gravement malade, les 
pèlerins — garçons ou filles — au nombre de neuf, viennent invoquer 
le secours de la madone brune. 



XXX 

XIV. — NOTRE-DAME DE PULDBRBOSCH (1) 

L'église de Pulderbosch possède une image miraculeuse de Notre- 
Dame ; c'est une petite statuette sculptée, de couleur noire et portant 
au cou un fil de soie. 

La légende rapporte qu'un homme de Santhoven trouva la statuette 
à Pulderboscb, à l'endroit nommé le « Heiblok », formant en ce 
temps-là une route bordée d'arbres. Il emporta l'image et, rentré chez 
lui, il l'enferma dans un coffre. A sa grande surprise il constata le 
lendemain qu'elle avait disparu. Quelque temps après, la giide de 
Santhoven vint à Pulderbosch et retrouva la statuette au même 
endroit, où le premier l'avait ramassée. Elle fut de nouveau rapportée 
à Santhoven, mais elle en disparut pour la seconde fois, retournant 
encore à sa place primitive ; et on constata en même temps qu'un fil 
de soie était tendu de cet endroit à l'emplacement de l'église actuelle. 
On se mit aussitôt à y construire une chapelle qui a disparu aujour- 
d'hui et où s'élève actuellement le chœur de l'église. La chapelle 
devint bientôt un lieu de pèlerinage très connu. 

XXXI 

XV. — NOTRE-DAME DE « BREMKAPEL, » A PUTTB (2) 

La légende qui se rattache à cette madone diffère un peu d'après 
l'explication qu'on donne au mot brem, soit dans le sens de genêt, soit 
dans le sens de ronce. 

Ceux qui tiennent pour Notre- Dame-au-Genêt, racontent qu'un berger 
découvrit la statuette dans une toufle de genêts, à l'endroit où il fai- 
sait paître son troupeau. Il remporta à la maison, mais le lendemain 
elle avait disparu, étant retournée à l'arbuste à balai. 



(1) Dans la Carapine anversoise. Voir Ons Volksleven, V. 196. 

(2) Près de Matines. 



74 



REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES 



Ceux qui parlent de Notre-Dame~aux-Ronces racontent que l'image 
fut découverte dans un buisson de ronces par des enfants jouant en 
cet endroit. Ceux-ci, prenant la statuette pour jouet, la rapportèrent 
à la maison. Les parents remarquant le saint objet avec lequel s'amu- 
saient leurs enfants, le leur enlevèrent et le mirent respectueusement 
de côté. Mais le lendemain la statuette était partie et personne ne 
savait comment elle avait disparu. Quelque temps après on la retrouva 
dans le même buisson de ronces. Le fait fut ébruité ; on bâtit alors 
une chapelle en cet endroit, et bientôt elle reçut beaucoup de visites. 

À. de Cock. 



CONTES ET LÉGENDES ARABES (1) 
DCGXXXV 

INNOCENT OU COUPABLE 



n amena à un gouverneur deux individus 
soupçonnés de vol et on les fit comparaître 
en sa présence. Il demanda une gorgée 
d'eau: on lui apporta une cruche qu'il jeta 
devant lui. L'un des deux individus se mit 
à trembler ; l'autre resta ferme. Le gouver- 
neur dit au premier : « Va-t'en à tes affai- 
res » et à l'autre: « C'est toi qui as pris l'argent 
et Tas employé à te divertir. » Il l'intimida 
et lui arracha un aveu. — On interrogea là-dessus le gouverneur ; il 
répondit : « Le coupable a le cœur ferme et l'innocent est intimidé : si 
un moineau remuait, il tremblerait ». (2) 




DCCXXXVI 

LE LANGAGE FIGURÉ 

Un individu des Benou-l'Anbar était prisonnier chez les Bakr ben 
Ouail. Il leur demanda un messager pour renvoyer à sa tribu. Ils lui 
dirent : a Tu ne renverras qu'en notre présence » car ils avaient pro- 
jeté une expédition contre les Benou-l'Anbar et ils craignaient qu'il ne 

(1) Suite. Voir t. XXH, p. 215. 

(2) El lbchihi, MostaVref, Boulaq, 1292 hég. 2 v. in-4, 1. 11, p. 3; 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 75 

les en prévint. On lui amena un esclave noir, a Es tu intelligent ? lui 
demanda-t-il — c Oui, je le suis. » — « Je ne pense pas que tu le sois, » 
dit le prisonnier. Puis il ajouta: « Qu'est-ce que ceci ?» en lui mon- 
tant la nuit avec la main — « C'est la nuit. » — « Je vois que tu es 
intelligent. » — Puis il remplit ses deux mains avec du Bable, et lui 
demanda: « Combien y en a-t-il ?» — « Je n'en sais rien ; il y en a 
beaucoup.» — «Qu'es! ce qui est le plus nombreux, les étoilesou les feux?» 
— t Tous sont nombreux.» — Le prisonnier reprit: « Fais parvenir mes 
salutations à ma tribu ; dis-lui de bien traiter un tel — c'est-à-dire un 
des B&kr ben Ouaïl qui était prisonnier entre leurs mains — car sa 
tribu a des égards pour moi; dis-lui que le 'arfadj (arbuste épineux) a 
produit des bourgeons et que les femmes se lamentent ; je leur recom- 
mande de laisser ma chamelle rouge» car ils l'ont montée longtemps, 
mais de monter mon chameau roux en reconnaissance de ce que j'ai 
mangé avec vous du h'als (dattes pétries avec du beurre, du lait caillé 
et un peu de farine) ; demandez des, renseignements sur moi à mon 
frère El Harith. 

Quand l'esclave apporta le message aux Benoù-l'Ànbar, ils dirent : 
tLe borgne est devenu fou ! Par Dieu nous ne lui connaissons ni cha- 
melle rouge ni chameau roux. » Puis ilsrenvoyèrentl'esclave, interrogè- 
rent El Harith et lui racontèrent l'affaire. Il leur dit : « Il vous a avertis; 
par ces mots: le 'Arfadj a bourgeonné, il veut dire que les guerriers se 
sont armés : les femmes se sont plaintes^ c'est-à-dire : elles poussent 
des gémissements à cause du départ. Par a chamelle rouge » il vous 
recommande de quitter la plaine et de monter sur des hauteurs pier- 
reuses qui sont désignées par le chameau roux. En reconnaissance de 
ce que fat mangé avec vous du h'ais signifie que des bandes de toute 
espèce de gens feront une incursion contre vous, car dans le h'ais on 
mélange des datte?, du beurre et du lait caillé. Ils firent ce qu'il disait 
et reconnurent le sens de ses paroles (1). 

DCCXXXVII 
l'avis déguisé 

Les Tayites firent prisonnier un jeune Arabe. Son père se présenta 
pour le racheter, mais ils lui firent des conditions trop dures et il dit : 
* Par celui qui fait se coucher et se lever les deux Farqads (les Gémeaux) 
sur la montagne des Tayites, je n'ai que ce que j'ai offert. • Puis il par- 
ti) Abou 'Ali el Qâli, Kitâb tl Amàli, Boulaq, 1324 hég. 3 v. in-8, t. 1, p. 8. Le 
même récit se trouve aussi avec quelques variantes dans El Ibchihi, Mostafref, t. • I, 
p. 53, reproduit par Beû Sedira, Cours de littérature arabe, 2« éd., Alger, 1891, in-8, 
!>• H3,p. 147. 



76 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

tit en disant : «Je lui ai dit une parole, s'il est bien doué, il la compren- 
dra. » C'est comme s'il lui avait dit : « Observe continuellement les 
Fargads, c'est-à-dire dans ta fuite sur la montagne des Tayites. » Le 
fils comprit ce que sigoifiaient les paroles de son père, il l'exécuta et 
se sauva (1). 

DCCXXXVIII 

L'ORQUBIL DU SANG 

Un homme des Benou Ghaïbând raconte ce qui suit : J'étais prison- 
nier entre les mains des Taglibites avec des cousins à moi et une 
troupe d'affranchis. Ils tranchèrent les lêles de mes cousins et celles 
des affranchis dans un terrain encaissé. Par Dieu l je vis le sang de 
l'Arabe libre se séparer du sang de l'affranchi,si bien que j'apercevais 
entre eux la blancheur du sol. Si c'eût été d'un métis, un sang serait 
monté sur l'autre et ne s'en serait pas séparé (2). 

DCCXXXIX 

LES SAUTERELLES PROTÉGÉES 

Des sauterelles s'abattirent près de la lêie d'un arabe. Les gens de 
sa tribu vinrent lui dire: «Est ce qu'elles réclament ta protection? » — 
«Puisque vous en faites mes protégées, leur dit-il, par Dieu, vous n'en 
approcherez pas», et il les protégea jusqu'à ce qu'elles se fussent en- 
volées. On lui donna le surnom de protecteur des sauterelles (3). 

René Basset. 

(1) El Ibohihi, Mottafref, t. 1, p. 53. 

(2) Abou'l faradj el Isbabani, Kitâb el aghâni, Boulaq et Leyde 1285-1305, hég. 21 
v. in-4, t. XXI, p. 209 : Perron. Lettre sur les poètes Tarafah et Al Moutalammis, 
Paris, 1841, in-8, p. 166. C^tte idée est exprimée par un poète anonyme, mais il s'agit 
de deux ennemis dont le sang ne se mélange pas : 

Par ta vie, Abou Riah' et moi, malgré la longueur de la séparation, depuis longtemps 

Il me hait et je le hais; 11 me regarde comme au-dessous de lui et ie le regarde 
comme au-dessous de moi. 

Si on nous égorgeait sur une pierre, nos deux sangs couleraient de façon qu'on pût 
sûrement les distinguer (Kitab el aghâni, t. XXI, p. 208). 

El Motalammis a employé une figure semblable ; 

H'arith, si on faisait bouillir ensemble nos deux sangs, ils se sépareraient de façon 
à ne pas se toucher. 

(Uiwdn, éd. Voilera, Leipzig, 1903, in-8, I. v. 3. p. 167). Celte métaphore, prise à la 
lettre, était condamnée par certains puristes arabes (cf. 1 n. Qotaïbah, Liber poesis et 
poetarum, éd. De Goeje, Leyde, 1902, in-8, p. 86). 

(3) El Ibchihi, Mostaïref, t. I, p. 164. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 1? 

LES PLUS JOLIES CHANSONS DES PAYS SCANDINAVES 

XVIII 

LA GESTE DE LOKKI 

Chanson des Féroè. 
(V. U. Hammèrshaimb. S K.) 



Avec le géant a jouté : 

Le paysan n'a point gagné. 

A quoi m 1 sert donc de manier la ha>-p\ 

Si nul là-bas ne veut m'accompagner I 

« Puisqu' mes épreuv' ai terminé, 
Ton fils maintenant faut me donner. 

Ton fils maintenant faut me donner : 
A moins qu' tu n' puisa 1 me le cacher ! » 

Dit P paysan & deux valets : 
« Priez Odin de v'nir m' trouver. 

App'lez Odin, le roi des A ses: 

Si longtemps faudra qu'il le cache ! 

Voudrais que mon Odin fût là : 
Savoir comment il le caclTra ! » 

Avait à pein' flnLd* parler, 
D'vant lui Odin s'est présenté. 

» Écoute, Odin, j' veux te d'mandcr : 
C'est mon enfant qu'il faut cacher ! » 

Odin avec l'enfant sortit : 

L' père et la mère ont tant d' souci ! 

C'était Odin, a bien prié : 

En une nuit 1' champ a poussé. 

Odin a prié que l'enfant 

Fût un épi de blé dans V champ. 

Fût dans le champ un épi d' blé, 
Dedans l'épi un grain caché. 

« Resteras là sans nul émoi : 
Quand j' t'appell'rai, viendras à mol ! 

Sans nulle crainte y resteras : 
Quand j 1 t'appell'rai, à mol viendras! » 



78 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

L' géant n'a point le cœur si doux : 
D'épis égrèn' ses pleins genoux. 

Ses genoux a tout pleins de grains : 
Tient son épée dans une main. 

D'une main son épée tenant, 
Espère bien tuer l'enfant. 

D'émoi Penfant se sent trembler : 
Dedans son poing 1' grain a passé. 

De craint 1 l'enfant se sent trembler : 
Odin à lui Ta appelé. 

Avec Penfant Odin est v'nu : 

V père et la mère si bien Pont r'çu. 

c Voici ton fils, que je te rends : 
Ne puis le cacher plus longtemps! » 

Dit 1' paysan à deux valets : 

« Priez Hœnir de v'nir m' trouver ! 

Je voudrais qu' mon Hœnir fût là : 
Savoir comment il le cach'ra ! » 

Avait à pein' uni d* parler, 
D'vant lui Hœnir s'est présenté. 

« Ecoute, Hœnir, j' veux te d' mander : 
C'est mon enfant, qu'il faut cacher ! » 

Hœnir avec l'enfant sortit : 

L' père et la mère ont tant d' souci ! 

Sur 1' rivag' vert Hœnir descend : 
Sept cygn' sur V Sund y sont volant. 

Voit de l'orient deux cygn' v' nir : 
Se sont posés aux pieds d' Hœnir. 

Que l'enfant Hœnir a prié 
Fût sur leur tête un fin duvet. 

c Resteras là sans nul émoi : 
Quand j* fappelP rai, viendras à moi. 

Sans nulle crainte y resteras : 
Quand j' t'appelP rai, à moi viendras ! » 

Au rivag' Skrioili va courant : 
Sept cygn, sur V Sund y sont volant. 

Le géant s'est agenouillé, 

Du premier cygn' s'est emparé. 

Du premier cygne à pleines dents 
A arraché le cou sanglaut. 

D'émoi l'enfant se sent trembler : 
De sa bouch' les plurn 1 s ont tombé, 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 70 

De craint' l'enfant se sent trembler : 
Hœriir à lui Ta appelé. 

Avec l'enfant Hœnir est v' nu ; 

L' père et la mer' si bien Pont r' çu. 

« Voici ton fils, que je te rends : 
Ne puis le cacher plus longtemps ! » 

Dit r paysan à deux valets : 

« Priez Lokki de v'nir m* trouver. 

Je voudrais qu' mon Lokki fût là : 
Savoir comment il le cach'ra ! » 

Avait à pein' fini d' parler : 
D'vant lui Lokki s'est présenté, 

Suis en si grand' nécessité : 
Skrymli mon enfant veut tuer. 

Êcout 1 , Lokki, j'veux te d'mander : 
C'est mon enfant qu'il faut cacher. 

Le mieux qu' tu peux faut le cacher : 
Que Skrymli ne puiss* le trouver ! > 

« Si ton enfant il faut cacher, 

Ne manqu' de fair' comm' je t 1 dirai* 

Un hangar tu vas élever, 
D'au tandis qu'absent je serai. 

Si large ouverture y aura : 

Un' barr' de fer au-d 1 ssus mettras ! » 

Lokki avec l'enfant sortit : 

L'père et la mère ont tant d' souci 1 

Lokki à la plage descend : 
Une barque les flots y fend. 

Au banc l'pius loin rame Lokki : 
Comm 1 dans les vieux chants il est dit. 

Lokki n'a point beaucoup parlé : 
Par-dessus bord sa ligne a j'té. 

Sa ligne au fond il a jeté : 
Une plie a bientôt tiré. 

Et une et deux il a tiré : 
La troisiènV tout 1 noire était. 

Que l'enfant Lokki a prié 
Fût dans le frai un œuf caché. 

« Resteras là sans nul émoi : 
Quand j 1 t'appell'rai, viendras à moi I 

Sans nulle crainte y resteras : 
Quand jVappel'rai, à moi viendras. » 



80 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

A tcrr' Lokkl revient ramant; 
S y t'nait l'géant sur l'sable blanc. 

Si rud'ment l'géant a parlé : 
« Où, Lokki, ta nuit as passé ï * 

« Dessus les mers J'ai bien passé 
D'ci de là ma nuit à ramer ! » 

Le géant met sa barque à Peau : 
« L'Ilot, crie Lokki, déferl' si haut ! » 

Lokki ainsi lui a parlé : 

« Géant, laiss-moî Raccompagner ! » 

Au gouvernail l'géant s'assied : 
Lokki aux ranV veut dériver. 

Lokki rame si fortement : 

La barqu' de fer ne boug' seul'ment. 

Lokki a juré sur sa foi : 

« Sais gouverner bien mieux que toi ! » 

C'est le géant, aux ram' s'assied ; 
La barqn' sur Feau s'met à voler. 

Le géant ram 1 si fortement : 
Tout près d'Lokki derrièr' séant. 

Au banc l'plus loin vient le géant, 
Comme il est dit dans les vieux chants. 

L'géant n'a point beaucoup parlé ; 
Par dessus bord sa ligne a j'Lé. 

Sa ligne au fond' il a jeté : 
Une plie a bientôt tiré. 

Et une et deux il a tiré : 
La troisièm' tout 9 noire était. 

C'était Lokki, dit, si rusé : 

« Géant, ce poisson faut mMonncr! » 

Répond l'géant, a refusé : 

« N'veux point» Lokki, te le donner. » 

Sur ses genoux l'poisson a mis ; 
Compt' dans le frai les œufs petits « 

Dedans le frai les œufs comptant, 
Espère bien y prendr* l'enfant. 

D'émoi l'enfant se sent trembler ; 
De son poing le frai est tombé. 

De craint' l'enfant se sent trembler; 
Lokki à lui Ta appelé. 

« Assieds-toi là, derrière-moi : 
Prends garde que l 1 géant ne t'voie l 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 81 

Courras à terr\ si légèr'ment : 
Ne marqueras sur l'sable blanc. 

Vers le rivag 1 ram' le géant, 
A devant lui le sable blanc. 

L* géant à terre est arrivé ; 
Lokki la barque a fait virer. 

L' géant à terre a abordé : 

Si vit* l'enfant d' là s'est sauvé. 

Le géant à terr' regardant, 

D'vant lui sur 1' sable il voit l'enfant. 

L'enfant, il court si légèr'ment: 

Ses pas sur 1' sabl' ne marqu' seulement. 

Le géant court si lourdement : 
Jusqu'aux genoux dans 1' sable entrant. 

L'enfant s'enfuit, est si pressé, 
Vers le hangar qu' son père a fait. 

Vers le hangar qu 1 son père a fait : 
V géaut le suit, sans guèr' tarder. 

Dans la porte 1' géant se prend ; 
La barr' de fer le front lui fend. 

Lokki n'a point perdu de temps, 

A coupé un' jambe au géant. # 

Le géant n' s'en est tourmenté : 
Vit' les morceaux s' sont rapprochés. 

Lokki n'a point perdu de temps: 
A coupé Tuutr' jambe au géant. 

Au géant l'autr' jambe a coupé : 
Fer et pierre entre deux a j'té. 

L'enfant, ça l'a tant amusé, 

D 1 voir au géant la jamb' pousser î 

Avec l'enfant Lokki est v'nu : 

L' père et la mèr' si bien l'ont r'e.u ! 

« Voici ton ûls que je te rends : 
Ne puis le cacher plus longtemps ! 

Ne puis plus longtemps le cacher ; 
Ai fait ce que tu m'as d'mandô. 

Ai bien tenu ma foi, vraiment: 
Puisque 1' géant est mort maint'nant ! » 

Léon Pineau. 



Ton* XXIII. - Février-Mars 1908. 



82 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



CONTES ET LÉGENDES DE LA. HAUTE-BRETAGNE 

LXXII 

LA BÊTE A SEPT TÊTES 




l y avait une fois un petit garçon qui gardait la vache de 
sa mère sur le bord de la route. 

Un monsieur qui passait par là en revenant de la chasse 
lui dit : 

— Veux-tu changer ta vache avec mes sept chiens ? 

— Non, dit-il, ma mère me battrait, et cela me ferait mal. 
Cependant le petit gars finit par consentir à réchange, 

et le monsieur emmena la vache. En s'en allant il passa 
dans Taire de la maison où demeurait la vieille, et lui dit : 

— J'ai échangé mes sept chiens contre la vache que 
gardait votre petit gars; il ne faudra pas le gronder ou 

le frapper, car mes chiens sont jeunes et beaux, et un seul d'entre eux 
m'a coûté cent franco. 

La mère fut contente du marché, et le lendemain le petit gars alla 
faire un tour à la chasse : devant ses chiens se leva une bête à sept 
têtes. Il tira dessus, et ne la tua point; mais il lui coupa une tête 
qu'il emporta. En revenant, il rencontra une belle jeune femme qui 
était mariée avec un vieux monsieur, et il lui dit qu'il voudrait bien 
aller à la chasse avec elle. 

La bête blessée disait en s'enfuyant : 

— Hier, j'avais sept têtes, et je n'en ai plus que six aujourd'hui. 

Le lendemain, le petit gars retourna encore à la chasse et les chiens 
retrouvèrent la bête : avec son fusil chargé à balle, il fit tomber une 
tête qu'il emporta, et il rencontra la belle dame en s'en allant. 

Et la bête disait : 

— Me voilà encore plus mal qu'hier, je n'ai plus que cinq têtes au 
lieu de six. 

Le troisième jour, le petit gars se leva de bon matin et partit pour la 
chasse en disant : 

— Je vais faire un tour avant midi et tâcher d'abattre une autre 
tête. 

Il y réussit^ et retrouva la belle dame qui lui dit de ne pas trop se 
lasser à la chasse. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 83 

Et la bête disait : 

— Je suis encore plus mal passée aujourd'hui qu'hier : je n'ai plus 
que quatre têtes au lieu de cinq. 

Le quatrième jour, il partit de bonne heure pour la chasse et coupa 
encore une tête, puis il s'en retourna pour déjeuner. 
Et la bète disait : 

— Je n*ai plus maintenant que trois lêtes, et autrefois j'en avais sept. 

Après son déjeuner, le petit gars retourna à la chasse, et ayant ren- 
contré la bête, il lui abattit cette fois deux têtes d'un seul coup. Ce 
jour-là, il ne revit point la dame. 

Et la bête disait : 

— Il ne me reste plus maintenant qu'une seule tête. 

Après avoir dîné, le petit gars voulut retrouver la bêle ; mais au lieu 
de lui couper la tête qui lui restait, il lui trancha un bout de la queue 
et l'emporta. 

Et la bête disait : 

— Hier j'avais une queue entière, et aujourd'hui je n'en ai plus qu'un 
petit bout. 

Il rentra» un peu pour manger sa collation — c'est le goûter — et 
comme le soleil était encore haut, et qu'il ne se sentait pas lassé, il 
retourna à la chasse avec ses chiens, et coupa le bout du nez & la tête 
qui restait à la bète ; puis il le ramassa en disant que le morceau 
n'était pas lourd. 

Le lendemain, il abattit les deux oreilles de la bête, et en les em- 
portant, il rencontra la belle dame à qui il montra les oreilles en lui 
disant: 

— Voici une belle paire d'oreilles. 

— Bois, dit la dame, un coup de vin et retourne à la chasse. 

La bête avait la gueule ouverte et le coup de fusil lui coupa la 
langue. 

— Je ne peux plus parler, disait la bête. 
Le petit gars rencontra la dame et lui dit : 

— Àvez-vous une langue ? 

— Oui. 

— Si vous n'en aviez pas eu une, je vous aurais donné celle-ci. 

Il mangea encore une bouchée, mit trois balles daus son fusil et 
déchira la tête de la bête. 

Ici la mémoire faisant défaut à mon conteur, il dit : Je le rencontrai 
comme il s'en revenait, et il fit un grand repas, et moi qui y étais, on 
me mit à m'en aller au soir, et c'est tout ce que j'en eus. 

[Conté en 4878, par Aimé Pierre, de Liffré.) 



84 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

LXXIII 
LE CHIEN TROP FIDÈLE 

Il y avait une fois un bourgeois qui avait un chien avisé et fidèle 
que Ton appelait à cause de cela Subtil. Il lui élait dû douze mille 
francs, qu'il alla chercher, et quand on lui eut compté son argent, 
il le mit dans un sac, monta à cheval et» accompagné de son chien, se 
mit en route pour retourner à la maison. Il eut besoin de descen- 
dre, et laissa tomber son sac à l'endroit où il s'était arrôlé. Le chien 
saisit le sac avec les dents, et essaya de le traîner; mais comme 
il était trop lourd, il courut après son maître, sauta à la tète du che- 
val, et mordit même aux habits de son maître. Celui-ci essaya de le 
chasser et de lui faire lâcher prise ; mais le chien tenait bon. Le 
maître se dit alors : «c Mon chien est enragé, je vais le tuer. » Et il lui 
tira un coup de pistolet ; le chien s'enfuit en hurlant de douleur. Le 
maître pensa alors à son sac, qu'il ne trouvait plus sur son cheval. Il 
revint sur ses pas, en suivant la trace de sang que le chien avait 
laissée derrière lui. Il retrouva son sac près duquel le fidèle animal 
était venu mourir, et il pleura son chien qui était mort à cause de sa 
fidélité. 

[Conté en 4877, par Aimé Pierre, de Liffré, I Ile-et-Vilaine.} 

LXXIV 

LES TROIS FRÈRES 

Il était une fois trois frères qui étaient chasseurs ; les deux aînés 
conçurent de la jalousie envers le plus jeune, et un jour qu'ils étaient 
au plus épais d'une forêt, ils l'abandonnèrent. 

Il resta trois jours à errer ça et là, et le troisième jour il aperçut trois 
géants qui rôtissaient un bœuf entier devant un brasier composé de 
gros troncs d'arbres ; il avait à la main une arbalète, et se cachant 
derrière un buisson, il décocha à l'un des géants une flèche qui 
l'atteignit au talon. 

— Qu'est-ce que j'ai là qui me pique? dit le géant, sans se préoccuper 
beaucoup. 

Le chasseur lança une seconde flèche, puis une troisième qui ne 
firent pas grand mal au géant; toutefois, comme il élait agacé de ses 
piqûres, il regarda d'où partaient les flèches, et il découvrit le chas- 
seur qu'il prit dans la main en disant : 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 85 

— Ah ! petit bonhomme, est-ce toi qui viens de me piquer ? laisse là 
ton arc, et tu vas manger ta part de notre bœuf. 

Le chasseur, qui s'attendait à être tué, fut bien content d'échapper à 
la mort, il s'assit à côté des géants et ils lui donnèrent une cuisse 
entière. 

Ils le menèrent ensuite à un château où trois princesses étaient 
enchantées, et le soulevant sur leurs épaules, ils l'y firent entrer par 
une ouverture étroite qu'ils lui ordonnèrent d'élargir. Quand elle fut 
assez grande pour livrer passage aux géants, il coupa la tète avec une 
hache bien aiguisée au premier qui se présenta, et rejeta bien vile 
son cadavre dans l'intérieur du château ; il tua pareillement le second 
et le troisième, puis il se mit à la recherche des trois princesses qui 
étaient endormies. L'une avait au doigt une bague d'or, l'autre portait 
une croix d'or et la troisième un cœur en or. 

Le chasseur leur enleva ces objets, et à mesure qu'il les leur ôtait, il 
les voyait se réveiller. Toutefois, il quitta le château sans être vu 
d'elles, et ayant retrouvé la route qui conduisait chez ses frères, il 
revint à la maison et leur dit : 

— Je connais une forêt bien giboyeuse, et un beau château où il y 
a trois belles princesses. 

Ils allèrent tous les trois au château, et virent les princesses qui leur 
plurent beaucoup, et les deux aînés auraient bien voulu se marier 
avec elles. 

— Nous avons, dit l'une des princesses, été délivrées par une per- 
sonne que nous ne connaissons pas ; si je trouvais mon libérateur, je 
me marierais volontiers avec lui. 

— C'est moi, belle demoiselle, qui vous ai délivrée, dit l'aîné des 
chasseurs. 

— Si c'est vous, je veux bien vous épouser. 

On fit les préparatifs pour le mariage, et quand le jour fut arrivé, le 
plus jeune dit à la demoiselle : 

— Savez-vous qui vous a délivrée ? 

— C'est votre frère. 

— En avez-vous la preuve ? 

— Non, mais il le prétend. 

Le jeune garçon fouilla dans sa poche, et en retira une boîte où 
étaient la bague, la croix et le cœur en or. Les princesses reconnurent 
que c'était vraiment là leur libérateur, le mariage fut rompu, et le jeune 
garçon épousa celle des princesses qui lui plaisait le mieux. 

• [Conté par Pierre Devou, de Collinée, 1879.) 



8fi REVUE DB8 TRADITIONS POPULAIRES 

LXXV 

LE LIS ROUGE 

Il était une fois un homme tout à fait pauvre qui avait deux enfants, 
un garçon et une fille, et il allait souvent dans la forêt ramasser du 
bois mort pour chaufier sa famille. 

Un jour, il trouva au plus épais du bois un lis rouge, qui lui sembla 
si beau, qu'il creusa tout autour aûn de L'emporter avec toutes ses 
racines. 

— Je le planterai, dit-il, dans mon jardin : sa fleur est d'une belle 
couleur, et si je puis en recueillir de la graine, je le vendrai à de6 
bourgeois, et j'en tirerai certainement quelque argent. 

Quand le lis eut été mis en terre, loin de dépérir, il poussait tous 
les jours à vue d'œil, et en peu de temps il atteignit la taille des plus 
grands chênes, et il grossissait à proportion. Le bonhomme allait le 
regarder tous les matins : — S'il continue à pousser, disait-il, bientôt 
il touchera le ciel. 

— Vous êtes fou, disait sa femme, de penser à cela. 

Cependant le lis monta si haut que sa tête se perdit dans les nua- 
ges. Le bonhomme résolut de se hisser jusqu'au sommet de sa tige; 
il grimpa sur la première feuille qui se rompit, et tomba avec lui par 
terre ; mais il ne se découragea pas, et continuant à monter, il finit 
par arriver à la porte du Paradis où il frappa. 

— Qui est là, demanda la Sainte Vierge? 

— C'est un pauvre homme qui est venu jusqu'ici en grimpant tout 
le long de la tige du lis rouge. On dit que le ciel est bien beau : avec 
votre permission, je voudrais bien le visiter. 

La Vierge lui ouvrit la porte, et lui montra en détail le Paradis et 
ses merveilles. 

— On a bien raison de dire que rien n'est comparable au Paradis; 
mais, ajouta-t-il, la vue de ces belles choses ne m'empêche pas de songer 
à mes enfants qui ne sont pas aussi bien habillés que je le désirerais. 

— Si tu peux descendre le long du lis et remonter sans tomber, dit 
la Vierge, je te donnerai des vêlements pour tes enfants. 

Le bonhomme descendit et remonta sans encombre, et la Vierge 
lui fit cadeau pour sa fille d'une robe de soie, d'un mouchoir de cou 
tout brodé et d'un tablier en étofle voyante ; le petit garçon eut pour 
sa part un chapeau de velours, des culottes et une veste de bon drap; 
la bonne femme et son mari chacun un manteau que la pluie ne tra- 
versait point. 



REVUE DBS TRADITION! POPULAIRES 87 

Le bonhomme, tout joyeux, se hâta de redescendre avec ces présents, 
et sa famille se réjouit fort de ce qu'il avait rapporté. 

Peu après le fils du Roi qui passa par là en allant & la chasse, vit la 
jeune fille qui avait bonne mine dans ses vêtements, et elle lui plut 
tant qu'il la demanda en mariage. 

— J'y consens, dit le bonhomme, à la condition que vous me donne- 
rez un chapeau de velours pareil à celui que porte mon gars. 

Quand le prince eut apporté le chapeau, il emmena la fille sans 
faire de noces, prétendant qu'elle était de famille si obscure qu'elle 
n'en valait pas la peine. 

— Ah ! s'écria le bonhomme, on n'aura pas mon gars aux mêmes 
conditions. 

La fille d'un cordonnier, qui avait remarqué la bonne mine du gar- 
çon, vint dire à son père : 

— Je voudrais me marier avec votre gars qui porte un chapeau de 
velours : si vous consentez, je voua fournirai tous les souliers dont 
vour aurez besoin, et je ferai de vous un cordonnier. 

Le bonhomme ne refusa pas : le lendemain des noces, il demanda à 
sa bru des souliers dont il avait besoin ; mais elle lui dit d'attendre 
parce qu'elle avait de l'ouvrage pressé. 

Les souliers qu'elle lui fit étaient en cuir non tanné avec des semelles 
de carton, et quand son beau-père lui rappela qu'elle avait promis de 
faire de lui un cordonnier, elle l'employa à frapper avec un marteau 
sur le cuir des semelles. 

— Ah ! disait le bonhomme, j'ai été bien attrapé. Si jamais je rede- 
viens jeune et que j'ai des enfants, je les garderai pour moi. 

[Conté par Marie- Joseph Gréai, tfEroé, 4878.) 



LXXVI 

LE NEVEU DU RECTEUR 

Il y avait une fois un recteur qui avait pour neveu un garçon espiègle 
qui à chaque instant lui jouait des tours pendables* 

Un jour qu'il avait encore plus mal agi que de coutume, son oncle 
lui dit : 

— Si tu continues, je te mettrai à t'en aller. 

— Je vais partir tout de suite si vous voulez, répondit le neveu ; 
mais donnez-moi pour dernier cadeau votre vieille étole et ce pied de 
croix hors d'usage. 



88 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Le neveu du recteur se mit en roule, et au soir il arriva près d'ua 
vieux château où il demanda l'hospitalité. 

— Nous voudrions bien vous loger, lui répondit-on, mais on ne 
retrouve plus le matin ceux qui passent la nuit dans ce château. 

— Je n'ai pas peur d'y aller, moi ; donnez-moi seulement à boire et à 
manger, et un peu de bois pour me chaufïer. 

Il s'installa dans la chambre la plus mal famée, et mit son pied de 
croix à portée de la main. À minuit, il entendit un grand bruit, et vit 
descendre par la cheminée un diable qu'il frappa à coups de pied de 
croix et contraignit à se placer derrière la porte. Il fit la même chose à 
un second, puis à un troisième ; il en vint une vingtaine qui se pla- 
cèrent de force à côté du premier arrivé, et à chaque diable qui descen- 
dait, il criait tout en frappant : 

— Y en a-t-il d'autres? 

Quand ils furent tous ainsi mis en pénitence, il demanda à leur chef 
pourquoi ils venaient au château. 

— C'est, dit-il, pour garder un trésor qui est sous la pierre de la che- 
minée. 

Il leur déclara qu'il les retiendrait prisonniers où ils étaient, s'ils ne 
signaient un écrit par lequel ils renonceraient à tout droit sur le 
château. 

Ils obéirent et il les laissa s'en aller ; le matin les gens vinrent voir 
ce qu'il était devenu, croyant ne plus le revoir. Il leur indiqua le tré- 
sor et ils lui dirent : 

— Il y a encore une autre chambre hantée : voulez- vous y passer la 
nuit? 

Il y consentit, et à minuit, il vit venir un fantôme qui lui dit : 

— Te voilà, la Feillarde? 

— Oui, si tu es un homme, j'en suis un, si tu es un fantôme, je n'ai 
pas peur de toi. 

— As-tu des cartes ? 

— Oui. 

— Jouons un peu tous les deux. 

La Feillarde gagnait toujours, et le fantôme lui dit en déposant les 
cartes : 

— Viens avec moi, je vais te payer. 

La Feillarde le suivit, et en descendant un escalier qui descendait à 
la cave, sa chandelle s'éteignit, et il remonta pour la rallumer. 

— Tu as peur, la Feillarde ? 

— Non, si tu es un homme, j'en suis un, si tu es un fantôme, je n'ai 
pas peur de toi. 

Il arriva à la cave ; le fantôme lui dit de creuser; ayant fouillé la 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 89 

terre, il découvrit des ossements; c'étaient ceux du fanlôme qui lui dit: 

— Il y a longtemps que j'attendais un homme aussi courageux que 
toi; maintenant je ne reviendrai plus, car mon temps est fini. Creuse 
à côté, il y a un trésor qui est pour te récompenser du service que tu 
m'as rendu. (Conté par Pierre Derou^ de Coltinée, 4879.) 

Paul Sébillot. 

LXXVII 

LA BONNE SŒUR FACÉTIEUSE 

Il y avait jadis dans le pays de Dol une « bonne sœur en plein vent » 
d'une malice incroyable (1). Elle avait la langue bien affilée et beau • 
coup d'autres qualités. 

Un jour que, montée sur son âne, elle passait devant trois farceurs, 
ceux-ci se promirent de voir si la voyageuse avait bon caractère. 

— Veux-tu nous embrasser, lui dirent-ils ? 

— Pourquoi donc? 

— Ça délasse ! 

— Ah bien ! rendez-moi donc le service d'embrasser le derrière de 
mon âne qui est si lassé ! 

On devine la léte des farceurs. — La tradition populaire attribue à 
cette bonne sœur une foule d'autres historiettes, trop gauloises pour 
que j'ose les écrire. Fra Deuni. 

LXXVIII 

LE PÉCHEUR DU CAP FRÉHEL 

Un vieux pécheur, veuf depuis longtemps, mourut, laissant à son 
fils, âgé de 20 ans, son canot, ses lignes et ses filets ; celui-ci continua 
la profession du père jusqu'au jour où, péchant le maquereau à l'ouest 
de la pointe du cap Fréhel, il aperçut un beau brick goélette qui, toutes 
voiles carguées, tanguait sur ses amarres. 

— Ah ! dît-il, je vendrais ma peau (2) et mon âme au diable pour 
commander un pareil navire ! 

(1) Congrégation fondée par les Eudistes. Elle se compose de vieilles filles qui s'en- 
gagent à observer les trois vœux, tout en restant dans le monde. 

(2) Il est assez rare que la vente de la peau soit faite au diable par celui qui conclut 
un pacte avec lui ; ici-, il s'agit de la peau et de l'âme ; dans un conte que j'ai recueilli 
au Gouray, dans la partie centrale des Côtes-du-Nord, c'est la peau seule qui est vendue 
au diable (Paul Sébillot, Contes des Landes et des Grèves, Rennes, 1900, in-8°,p. 239). 



90 REVUE DES TRAE11KNS POPULAIRES 

Aussitôt dit, comme par enchantement , il fut transporté à bord du 
brick où il trouva un vieux cormoran qui lui dit : < J'ai entendu ton 
souhait ; ce navire et son équipage sont à toi, ce que tu commanderas 
sera exécuté, tes désirs seront accomplis ; en revanche, dans dix ans, 
jour pour jour, corps et âme, lu m'appartiendras. 

— Soit, répondit notre jeune pêcheur; — Marins, à vos postes; — 
Toutes voiles dehors ; — Timonnier vent arrière, commanda-t-il, et 
le navire, les voiles gonflées par une bonne brise, fila comme une 
flèche. 

Quelques jours après il laissait tomber ses ancres en rade du port de 
Trieste, congédiait son équipage qui n'était composé que de diablotins 
et de lutins, descendait à terre, formait un équipage choisi parmi les 
vieux loups de mer de la Dalmalie, exerça la piraterie et le commerce 
des nègres, mena joyeuse vie, enrichit tous ses matelots qui lui étaient 
dévoués corps et âme ; puis un beau jour, il y avait alors cinq ans 
qu'il était parti, il revint au pays natal, vendit son navire et se maria 
avec la ûlle d'un capitaine au long cours, qui donna le jour à deux 
enfants, un garçon et une fille. 

Plusieurs années s'étaient écoulées; il vivait très heureux avec sa 
famille, ayant complètement oublié le marché passé avec le diable, 
quand la passion des voyages et des aventures le reprit ; il acheta un 
trois-mâts, engagea son ancien équipage, embrassa sa femme et ses 
deux enfants qui lui remirent un chapelet, un scapulaire et une mé- 
daille de Notre-Dame de la Garde, bénis à la chapelle de Nazareth. 

Après plusieurs mois de navigation, se trouvant à plus de cinq cents 
lieues de toute terre, il vit un vieux cormoran qui se dirigeait sur son 
navire où il s'abattit. « Ouf ! dit-il! que de mal j'ai eu pour te rejoindre, 
mais te voilà, je viens réclamer l'exécution de notre marché : voilà dix 
ans, jour pour jour, que tu m'as vendu ta peau et ton âme, t'en sou- 
viens-tu ? — Hélas 1 je n'y pensais plus, accorde-moi le temps néces- 
saire pour faire mes adieux à ma femme et à mes enfants ; — Que 
nenni, répondit le diable, tu m'appartiens ; je t'emporte ! 

11 allait le faire quand le marin, prestement, lui passa au cou son 
scapulaire et sa médaille. Le diable se mit à hurler et à se rouler sur 
le pont ; son poil était rou&si, sa chair grillée, brûlée, il demandait 
grâce, promettant d'accorder un délai pour l'exécution du marché ; les 
matelots accourus prêtèrent main forte à leur capitaine ; le diable, au 
moyen du chapelet fut ligolté sur la plus grosse ancre qui fut coulée' 
à fond; nos marins n'entendirent jamais plus parler de lui et vécurent 
tous heureux ; et voilà pourquoi les marins n'ont pas peur de l'enfer 
puisqu'ils ont noyé le diable, disent-ils. 



REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES 91 

LXXIX 
LE LOUP ET LE RENARD 

Par un hiver très rigoureux, compère le loup ne trouvant rien à se 
mettre sous la dent fit la rencontre de compère le renard à qui il don- 
na la chasse sans toutefois pouvoir l'atteindre. 

L'hiver passa, les beaux jours revinrent et avec eux les troupeaux 
de moutons dans les champs; le loup, qui ne manquait plus de nour- 
riture, vivait en grand seigneur de la forêt, ayant complètement oublié 
les mauvaises nuits d'hiver passées sans manger, et la chasse qu'il 
avait donnée à compère le renard, son ami de maraude ; il n'en était 
pas de même de ce dernier, qui s'était juré de se venger, et, par une 
belle nuit, il fit la rencontre de compère le loup, quêtant un mauvais 
coup. 

Les deux compères sabordèrent, et après s'être salués à leur façon. 
le renard dit au loup : « Je connais une bergerie pleine de beaux 
et gras moutons qui feraient très bien ton aflaire, si tu as appétit et 
l'intention de faire un bon repas ; je t'y conduirai si tu veux, car tu as 
toujours été un bon ami pour moi, tu n'as môme jamais essayé de me 
faire de mal; quand bien même tu aurais eu faim tu n'aurais jamais 
songé à me manger. — Tant qu'à tout cela, c'est vrai 1 répondit le 
loup. 

Tout en devisant, ils étaient arrivés à la porte de la bergerie, laquelle 
était pourvue d'une porte pleine et fermée et d'une petite fenêtre à 
jourtrôs étroite. — Je ne pourrai jamais passer par cette ouverture, 
remarqua le loup ; — Ah ! que si 1 objecta le renard, tiens, je passe le 
premier, et d'un bond il fut dans retable. — À ton tour, compère. 

Celui-ci engagea la tète, le cou, le corps ; il se trouvait un peu serré, 
mais il passa. 

Compère le renard se léchait les babines de contentement et pensait; 
« Tu ' es passé, mais tu ne repasseras pas, tu fieras trop gros, on 
engraisse vite dans une bergerie garnie comme est celle-ci, c'est dan- 
gereux pour un loup. » 

Pendant ce monologue le loup avait étranglé un mouton et le man- 
geait avec voracité, puis un deuxième; le renard agitait sa queue en 
signe de satisfaction; enfin un troisième mouton eut le même sort que 
les deux premiers ; le loup, repu et satisfait, s'allongea sur la paille 
fraîche de l'étable ; le jour arrivait, on entendait déjà des bruits dans 
la maison, les fermiers se levaient pour aller vaquer à leurs travaux; 
le renard ne fit qu'un saut et sortit, le loup voulut en faire autant, 



92 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

mais hélas 1 impossible de passer par la fenêtre, il avait grossi de moi- 
tié, ayant mangé trop de moutons ; il se lamentait, et pour le consoler 
le renard lui dit : « Rappelle-toi l'hiver passé; tu avais faim alors, tan- 
dis qu'aujourd'hui tu as trop mangé. Bonne chance, compère, tire-toi 
de là si tu peux. J'avais prémédité mon coup, je voulais me venger. » 
Et il détala à toutes jambes. 

Les fermiers étaient levés et avaient vu le renard s'enfuir, ils pen- 
sèrent qu'il sortait de la bergerie et regardèrent par la fenêtre : Ah ! 
dirent-ils ! un loup, il est de bonne prise, ne le tuons pas, emparons- 
nous de lui tout vivant. » <--• 

Il furent chercher des cordes, montèrent dans le paillis au-dessus 
de Tétable, et au moyen de nœuds coulants paralysèrent tous les 
mouvements du loup, puis ils entrèrent dans la bergerie. Le maréchal 
ferrant du village prévenu arriva avec un fer rouge qu'il fourra sous 
la queue du loup, pendant que celui-ci se tordait sur la paille, mau- 
dissant tous les renards. 

L'opération faite, les liens furent enlevés, et quand il se trouva libre, 
il décampa de toute la vitesse de ses jambes. 

Plusieurs semaines s'écoulèrent sans qu'il pût rencontrer son bour- 
reau. A son tour il .voulait se venger; or, un jour, dans une clairière de 
la forêt il rencontra le renard qui détala de toute l'agilité dont il était 
capable, poursuivi par le loup qui allait l'atteindre quand il trouva sur 
son passage un rocher très haut sur lequel il grimpa. Le loup voulut 
en faire autant, mais ne réussit pas; il se mit alors à pousser des hur- 
lements qui' rassemblèrent tous les loups de la forêt. Ils décidèrent 
que pour atteindre le renard il fallait qu'ils montassent les uns sur les 
autres ; la victime du renard étant la plus forte se mit la première, et 
les autres de monter, monter toujours; il n'en fallait plus que deux 
avant de pouvoir arriver au sommet du rocher quand le renard s'écria : 
« Maréchaux, apportez des fers chauds pour fourrer dans... sous la 
queue à Courtaud. » Le loup eut tellement peur qu'il se sauva à toutes 
jambes. Les autres dégringolèrent pêle-mêle et se relevèrent plus ou 
moins endommagés pendant que le renard filait sous bois. Le loup 
avait eu tellement peur qu'il ne reparut pas dans la contrée. 

Élie Ménard. 




KïV 




REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 93 



LE FOLKLORE DU GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG (1) 

LÉGENDES 

I. — ORIGINE LÉGENDAIRE DU PREMIER CHATEAU DE LUXEMBOURG 

s château s'élevaitsurle rocher appelé Bock. 
D'après la légende, Siegfried, premier 
comte de Luxembourg, ayant reçu de 
l'empereur d'Allemagne le territoire envi- 
ronnant le Bock, résolut de s'y établir et 
d'y bâtir un château fortifié. 

Un jour donc, il quitta le château de 
Beaufort, emportant tous ses biens et 
suivi d'une suite nombreuse. Mais com- 
ment se rendre en pareil équipage au 
Bock, à travers un pays où il n'existait aucune route. Ce problème, 
difficile à résoudre, le rendait fort perplexe, et il ne savait à quel 
saint se vouer pour mener à bien une entreprise qu'il avait si témé- 
rairement commencée. 

Siegfried songeait continuellement au moyen de se tirer de ce mau- 
vais pas, lorsqu'une nuit maître Satanas lui apparut, en disant : 
• Comte, je te construirai la route que tu désires et je te bâtirai un 
château sur le Bock, à une condition : tu me livreras ton âme. » 

Le comte refusa d'abord les propositions de Satan, mais bientôt sa 
résolution faiblit et il se mit d'accord avec le diable, aux conditions 
suivantes : son âme appartiendrait au diable dans vingt ans, jour 
pour jour, à minuit sonnant, â condition que celui-ci pût le trouver à 
l'expiration du contrat. 
Satan accepta ces conditions. 

Siegfried trouva donc une bonne route s'ouvrant devant lui, et au 
bout de celle-ci un magnifique château, avec tours menaçantes 
et altières, se profilant au sommet du Bock. 

Pendant vingt ans le bonheur du comte fut sans nuage, mais l'heure 
de l'échéance approchait. Siegfried ne paraissait guère s'en préoccu- 
per... il avait son plan, celui de tromper le diable. Il fit donc venir 
son intendant, lui révéla le pacte qu'il avait fait avec Satan, et lui 
proposa, pour la nuit fatale, de se substituer â lui dans son lit. Ce que 
l'intendant accepta, devant les promesses brillantes du comte. 

(i) Cf. t. XXir, p. 362, 412, 467. 



94 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Àu coup de minuit, Satan apparut dans la chambre du comte et mit 
la main sur l'épaule de sa victime, en disant : « Comte» les vingt ans 
sont écoulés, tu m'appartiens!» 

L'intendant à ces mots se dressa sur son séant et montra au diable 
un visage qui n'était pas celui du Comte. 

Satan était dupé et le Comte sauvé. Le diable, pour se venger, em- 
porta néanmoins l'âme du pauvre intendant, dont les restes mortels 
furent déposés dans la grande tour du château qui existe encore. 

(Recueilli à Luxembourg.) 



II. — LE FANTOME D UN SOLDAT FRANÇAIS 

Les républicains français venaient de s'emparer de la forteresse de 
Luxembourg, lorsque, le soir de cette victoire, un soldat français mon- 
tra à ses camarades une croix en or, qu'il avait dérobée dans l'église 
consacrée à la Vierge. Cette exhibition était accompagnée d'aflreux 
blasphèmes à l'adresse de ce signe vénéré de la Rédemption. Tout à 
coup un ange apparut et foudroya le blasphémateur. 

Ceci se passait dans le réduit de Berlayement, Barlayemont. 

Depuis ce jour, on aperçoit souvent, le soir, un spectre enveloppé 
d'un linceul blanc se promenant autour du réduit, en pleurant et en 
se lamentant. 

C'est, dit-on, le spectre du soldat français. {Recueilli à Luxembourg.) 

III. — LE DIABLK ET LE FAUX MONNAYEUR 

Il y a bien longtemps, un faux monnayeur se livrait à sa coupable 
industrie dans une caverne, située près le village de Bartrange aux 
environs de Luxembourg. 

A la suite de l'aventure qui va suivre, cette caverne n'est plus connue 
dans le pays que sous le nom de Feufelshôhle (caverne, antre du Diable). 

Or donc, il advint certain jour que les fourneaux de notre faux-mon- 
nayeur ne donnant qu'une faible chaleur, le métal ne se liquéfiait 
pas. impatienté, il fit, inconsciemment, un appel au diable sous forme 
de juron. 

Maître Satanas ayant l'ouïe fine, l'appel fut aussitôt entendu. 

Voilà donc le diable activant le feu des fourneaux et coulant un 
métal limpide dans les formes ! Bientôt la caverne se trouva remplie 
de pièces de monnaie... puis, sans mot dire, l'infernal ouvrier disparut. 

Noire faux-monnayeur tenta alors d'écouler ses monnaies à Luxem- 
bourg, mais il fut arrêté, obligé d'avouer son crime et il fut pendu. Chose 



REVUS DES TRADITIONS POPULAIRES 98 

curieuse : dès qu'il écoulait ces pièces fausses, l'effigie des pièces 
luxembourgeoises se transformait en une tête de diable. C'est ce qui 
causa sa perte. (Recueilli à Luxembourg.) 

IV. — UN ASSASSIN PÉTRIFIÉ 

On montre à Simmern, canton de Copellen, une vieille tombe, et à 
peu de distance de celle-ci une haute pierre, fichée en terre, présentant 
une vague ressemblance avec la forme humaine. 

Un jour un brave curé portait les derniers sacrements à un pauvre 
charbonnier, habitant au milieu d'un bois. Gomme il arrivait à l'en- 
droit figuré par cette tombe et cette pierre, un brigand surgit tout à 
coup d'un fourré, et asséna un coup mortel au prêtre. 

Au même instant le ciel se teinta d'une couleur rouge de sang et le 
soleil s'obscurcit (devint tout noir, disent les paysans). Saisi de ter- 
reur, le meurtrier Se mit à trembler, son sang se glaça et son corps se 
transforma en un bloc de pierre. Quant à la vieille tombe, elle renferme 
les restes mortels du pauvre curé. 

V. — LES SEPT PETITS DORMEURS DE HOLLERICIl(l) 

Dans le cimetière de Hollerich, on aperçoit une tombe sur laquelle 
se trouvent fichées sept petites croix noires en bois. Ces croix ont 
donné naissance à la légende suivante : 

Il y avait une fois une pauvre veuve, affligée d'une famille composée 
de sept petits enfants. Un jour le pain vint à manquer, les enfants 
eurent faim. 

La mère croyant calmer la faim des petits par le sommeil, les mit 
coucher, puis se jetant à genoux, elle pria Dieu d'accorder à ses enfants 
ce qui ferait leur bonheur. 

Sa prière terminée, la brave femme se rendit chez le curé, et elle 
lui fit part de sa détresse. Le digne pasteur alla sur-le-champ frapper 
aux portes de ses ouailles, sollicitant leur aide en cette triste occur- 
rence. Son appel fut entendu, et bientôt tout le village accourut chez 
la veuve avec des aliments, de l'argent, des vêtements. 

La mère voulut alors éveiller les petits, mais ils. . . étaient endormis 
pour toujours. Dieu avait exaucé sa prière, et leur aVait accordé ce qui 
ferait leur bonheur. (Recueilli à Luxembourg.) 

Alfred Harou. 

(1) Faubourg de Luxembourg* 



96 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



PETITES LÉGENDES CHRÉTIENNES 




LXXX 

L'OURS db saint-vaast 

ans l'ancienne église abbatiale de Saint- Vaast 
d'Arras, le pupitre portant les livres de chant 
au milieu du chœur était soutenu par deux 
ours entourés de leurs oursons. L'abbaye 
avait en outre un ours vivant qu'elle nourris- 
sait dans une grande cage placée prés de 
l'église, et qu'on remplaçait au fur et à me- 
sure qu'il venait à mourir. 
Il ne me paraît pas douteux que le choix de 
cet animal si peu élégant n'ait été dicté par cet épisode de la vie de 
saint Vaast que nous ont raconté les chroniqueurs : Un ours colossal, 
caché dans les ruines de l'ancienne basilique de la cité, voulut s'op- 
poser au saint apôtre, qui allait les visiler pour lés ré édifier ensuite. 
Le poil hérissé, l'œil en feu, il poussait de terribles hurlements qui 
terrifiaient ceux qui accompagnaient l'évoque ; mais un simple geste 
de celui-ci suffit pour faire cesser ces vaines démonstrations, et quand 
il eut ordonné au monstre de se retirer, on le vit, la tête basse, fuir par 
l'autre extrémité de la ville, et aller cacher sa défaite dans les vastes 
forêts qui couvraient les environs. 

Les moines auront voulu perpétuer le souvenir de cette victoire de 
leur saint patron, en nourrissant en cage cet ennemi vaincu, que l'on 
montrait à tous les étrangers. Ainsi Gérard Robert, ce chroniqueur si 
naïf, mais si consciencieux, nous raconte comme suit la visite que fit 
à cet animal le roi Louis XI : 

« Il voult veoir Tours de l'église ; auquel ours nostre sire le roy fist 
plusieurs esbatements luy mesme, d'ung baston par dehors le logis 
dudict ours. Et fist nostre dict sire le roy mectre ung chien avecq 
ledict ours ; mais ledict chien n'osa oocques remeuvoir d'ung ongue- 
let ; et quand le roy vit ce, dict : on fâche que mon chien n'ait nul 
mal, a ung nommé Jehan Haret, dict Goquillart, varlet des œuvres de 
ladicte église, et garde dudict ours. Il entra dedans en donnant a man* 
gier a l'ours et en tant le chien sali hors du logis, et le roy donna au- 
dict Haret ung escu d'or. » (Aug. Terninck, Recherches sur les Monu- 
ments relatifs à ï Abbaye de Saint- Vaast). 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 97 

LXXXI 

LA CHASSE DE SAINT KILIEN, A AUBIGNY-EN-ARTOJS 

« Et comme pour lors ladite esglise (tVAublgny) estoit mal desservie 
par ses ministres. Dieu fit apparoistre par un singulier miracle les 
cbangemens qu'il vouloit estre faicts de leurs personnes; qui fut tel : 
L'an 1130, ou environ la fin du pontificat de Robert, evesque d'Arras, il 
se fit sur le midy en l'esglise d'Aubigny, un son éclatant et épouvan- 
table qui étonna merveilleusement les babitans dud. lieu, par ce 
qu'estans accourus à ce bruit, pour en sçavoir la cause, ils virent que 
la cbasse dud. S. Kilien s'estoit transporté du tabernacle où elle 
reposoit au lieu où jadis son sacré corps avoit esté inbumé. De quoy en 
estant adverty, led. evesque ordonna que led. lieu seroit couvert 
d'ung lapis et que lad. cbasse seroit mise sur le grand autel. Mais 
comme le sacristain, peu soigneux de ce commandement, s'absentoit 
et s'eloignoit de son esglise, il fut divinement battu et fouetté jusqu'à 
la mort ; toutes fois estant rapporté au pied d'icelle esglise, il fut aussi- 
tost guery. Peu de tems après, lad. cbasse se retrouva de recbef 
posée sur led. lieu, le tapis osté. Ce que sçachant, led. evesque 
voulut qu'on y bastit quelque beau assemblement de pierres ; mais 
comme on perçoit les fondations, on y trouva plusieurs belles reliques 
de saints et quelque bonne parcelle de la vraye Croix de Nostre Sei- 
gneur, qu'iceluy Evesque nettoia d'eau très claire, dont ceux qui en 
burent avecq foy et dévotion furent guéris de diverses maladies. On 
trouve aussy que led. Sainct Bois se retira arrière d'ung Cbevalier 
mal vivant quy le vouloit baiser, et au contraire qu'il se dressa et pré- 
senta a ung aultre quy s'approcboit tout humble et contrit. Lad. par- 
celle de bois est à présent en lad. cbasse avec le cbef et la plus grande 
partie de son corps. Les babitans dud. bourg vont racontant n'avoir 
iatnais veu ny leurs devanciers tomber le tonnerre sur le terroir 
d'Aubigny depuis ce transport miraculeux. Davantage, comme on 
prélendoit faire une fosse prés le marbre quy est au-dessus de l'an- 
cienne sépulture dud. sainct, pour y mettre le corps d'ung prieur nou^ 
vellement decedé, qu'on en fut empescbé à raison d'une clairté et 
• odeur quy en sortit subitement. » [Chronique manuscrite du prieuré 
(TAubigny.) Ed. Edmont. 



Toms XXIII. — FÊVRIER-MàRS 19US. 



t>8 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

LA MER ET LES EAUX 
CXLVII 

LES NOYÉS 

Un nommé Henri Thoreux, de Plévenon, péchant, un jour de grande 
marée, des ormets dans la baie de l'Ésévenier, tomba à la mer et se 
noya. Son cadavre fût retiré des flots et transporté dans une grotte de 
la falaise ; quelques heures plus tard, sa mère vint et aussitôt le 
cadavre se mit à saigner abondamment. 

Des pécheurs de Granville avaient fait naufrage à la pointe du cap 
Fréhel, un des noyés fut retrouvé à la Teignouse et transporté à la 
mairie de Plévenon. Le lendemain, la veuve du pécheur, prévenue télé- 
graphiquement par le syndic des gens de mer, arriva et aussitôt qu'elle 
fut mise en présence de son mari, le corps se mit à saigner si abon- 
damment qu'il en était tout rouge ainsi que le parquet de la chambre 
où il avait été déposé. 

CXLV1II 

SAUVÉS PAR NOTRE-DAME DE NAZARETH 

• 

Un capitaine de navire, qui malgré l'absence d'un pilote voulut 
rentrer dans le port de Saint-Malo, fut surpris par un brouillard si 
épais qu'il ne Voyait pas le bout de son nez; il allait infailliblement 
faire naufrage sur un des nombreux récifs semés dans les passes de 
Saint-Malo, lorsqu'il se voua à Notre-Dame de Nazareth; aussitôt une 
éclaircie partielle se produisit, représentant un chenal dans lequel il 
s'engagea ; il put conduire son bâtiment à bon port. 

Huit jours plus tard les gens de Plancoët pouvaient remarquer un 
groupe d'hommes, à Jeun, pieds nus et têtes nues, agenouillés dans 
la Chapelle de Nazareth, aux pieds de la Vierge qui porte ce nom. 

CXLIX 

LES RENCONTRES 

Les pêcheurs du Gap Fréhel croient que la rencontre d'une bonne 
sœur ou d'un prêtre leur apporte une mauvaise chance ; beaucoup 
allant à la pêche font demi-tour quand ils font pareille rencontre. 

Au contraire, s'ils croisent une femme légère, ils sont certains d'une 
bonne pèche ; — et cela arrive toujours, disent-ils. 

ËLIE MÉNARD. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 99 



LE FOLK-LORE EN SOMMEIL 
II 

LES ÉVANGILES DES QUENOUILLES EN FLANDRE 

1. — Interdictions pendant la grossesse (Revue des Traditions populaires 
(XXII, 386). Je puis citer le fait suivant, fait qui s'est passé il y a deux 
ans à Schaerbeek (faubourg de Bruxelles) que j'habitais alors : 

Une femme enceinte — c'était au commencement du printemps — 
entre cbez un marchand de légumes et, à sa grande surprise, elle y 
trouve déjà des fraises. « Oh, ob ! dit-elle, en portant involontaire- 
ment la main à la figure, y a-t-il déjà des fraises ? » Et l'envie lui 
prit d'en manger, mais elles coûtaient trop cher. Au retour elle com- 
prit qu'elle avait été imprudente et elle raconta la chose à son mari, 
qui lui dit : t Retour nés -y, et acbéte de ces fraises, sans cela l'enfant 
portera peut-être à la joue la marque d'une fraise. » La femme le fit, 
mais la marchande lui apprit que, pour détourner toute suite fàcbeuse, 
il fallait en un pareil cas manger des fraises durant tout un mois. Et 
effectivement la jeune femme en mangea un certain temps, mais ces 
fruits coûtant encore trop cher, elle dut y renoncer. 

Qu'arriva-t-il ? L'enfant qu'elle mit au monde était marqué à la 
joue, juste à l'endroit où la femme s'était touché la figure, d'une tache 
caractéristique, représentant une fraise. 

2. Les signes de croix et le diable. — La croyance que le signe de croix 
éloigne le diable subsiste encore partout dans la très catholique 
Flandre, et surtout à la campagne. À cela rien d'étonnant ; la 2"* leçon 
Au catéchisme de Matines n'enseigne- t-el le pas aux enfants qui se pré- 
parent à la première communion, que ■ le signe de la Croix ». « est une 
profession publique de la Foi ; secondement, qu'il est une courte prière 
faite à Dieu. . . ; troisièmement, qu'il chasse le démon et dissipe toutes ses 
embûches. » Le même catéchisme enseigne « qu'on fait le signe de la 
Croix en portant la main droite d'abord au front, puis à !a poitrine, 
ensuite à l'épaule gauche et de là à l'épaule droite. » Il est donc bien 
entendu que, pour que le signe de croix produise tout son eflet, il faut 
se servir de la main droite. Se signer de la main gauche serait regardé 
comme une chose irrévérencieuse, comme une sorte de blasphème qui 
serait de nature à appeler le diable au lieu de le chasser. 



100 REVUE DES TRÀD1TJONS POPULAIRES 

3. Veau bénite et le diable. — Pour éloigner tous les maléfices, Peau 
bénite est d'un usage constant dans la Belgique flamande. Le soir, à 
son coucher, le matin, à son lever, le paysan flamand ne négligera 
jamais de se signer avec de l'eau bénile (1). Il en répand dans ses 
étables et sur son bétail, dans sa pâte à pain, dans ses semailles ; le 
dimanche des Rameaux il va planter dans ses champs une petite 
branche de buis bénit trempée d'abord dans de l'eau bénite. Il en 
répand aussi, quand un orage éclate, autour de sa maison à l'extérieur, 
dans les quatre coins à l'intérieur et dans le foyer. Une branche de 
buis, identique à la précédente, se plante également sur la cheminée 
de chaque habitation neuve. Se préserver par là, soi et les siens, et 
tous ses biens, du malin esprit et de toutes les mauvaises influences, 
voilà le but du paysan. 

La légende suivante, que je tiens de ma grand'mére — celle-ci pré- 
tendait l'avoir recueillie de la bouche de la personne en question — 
montre quel pouvoir est attribué à Peau bénite. D'après ma grand'mére 
c'était un fait vraiment arrivé. Deux connaissances à elle — un homme 
et une femme - s'étaient levés de grand inatin pour faire ensemble un 
petit voyage. Le chemin passait par un bois, où nos voyageurs arri- 
vent bientôt. Tout à coup la femme est jetée à droite et à gauche, 
tombant ici dans les buissons, heurtant là un gros arbre. La malheu- 
reuse poussa des cris terribles. Son compagnon, saisi de frayeur, prit 
la poudre d'escampette et courut jusqu'à la lisière du bois. Là il atten- 
dit. Très curieux, il demanda à la femme, aussitôt qu'elle reparut 
devant lui : c Mais, dis-donc, Françoise, que s'est-il passé là, avec 
toi ? » 

« Jean, mon ami, répondit-elle, je te le dirai, si tu me promets de 
n'en parler à âme qui vive. » 

« Tu peux y compter, Françoise. » 

« Eh bien, ce matin, tu as oublié, dans ta hâte, de prendre de l'eau 
bénite, ce qui m'obligeait de le jeter un sort ; mais comme tu es un 
bon voisin pour moi, je n'ai pas voulu le faire, et voilà ce que j'ai dû 
expier... » 

4. Défenses d'uriner en certaines circonstances. — A quelqu'un qui 
porte un orgelet sur la paupière (compère loriot), on dit : « Tu ajs sans 
doute uriné dans une ornière » (Flandre Orientale) ; « tu as fait quel- 
que chose sur le chemin » (Maeslricht) ; « tu as uriné sur le chemin 
de l'église » (environs de MalinesJ ; « tu as uriné sur le cimetière, » 

(1) L'eau bénile de la Pentecôte a un plus grand pouvoir que celle des Paquet. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 101 

ou t contre l'église » (Gampine anversoise) ; « tu as pissé dans la 
lune » (Anvers). Le vieux recueil de proverbes néerlandais de Car. 
Tuinman (Middelburg, 1726) donne à la p. 14 du 1 er volume cette 
expression proverbiale : Hij heeft tegen de maan gepist (littér.. Il a pissé 
contre la lune) pour dire : Il est malheureux, il éprouve toutes sortes 
de revers. On était puni pour s'être montré plein d'irrévérence à l'égard 
de ce corps céleste. L'expression s'emploie encore actuellement à 
Anvers (1). Non moins coupable est le paysan flamand ou campinois 
qui s'oublierait à aller uriner sur le cimetière ; cela produit des orge- 
lets sur la paupière. 

Ces croyances populaires ont longtemps existé, mais ont disparu ou 
tendent à disparaître partout; les expressions proverbiales qui s'y 
rapportent subsistent encore, mais ne s'emploient presque plus jamais 
qu'en plaisantant. A dis Cock, 



LE PEUPLE ET L'HISTOIRE 
L 

LÉGENDE HUGUENOTE 

A Vitré, vers la mi-novembre 1905, dans la rue Bertrand d'Argentré, 
en déblayant la terre de quelques jardins, on a découvert plusieurs 
tombes, formées par de larges morceaux de pierre d'ardoise. Ce sont 
des restes de l'ancien cimetière buguenot. 

D'après la tradition populaire, ce lieu était appelé « le cimetière des 
saints » ; et les catholiques, voulant profaner cet endroit si cher à leurs 
rivaux, y encavèrent un cheval. Alors (je parle toujours d'après la tra- 
dition populaire), les protestants auraient relevé quantité d'ossements, 
qu'ils transportèrent au Château-Marie, maison voisine et occupée par 
des religionnaires. — De fait, il y a quelques années, on voyait encore, 
paraît-il, une multitude d'os humains dans le Château-Marie. 

.H, de Krrbkuzeg. 

(i) Cf. Paul Sbbillot, Folk-Lore de France, I, 41-42. 




102 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



FOLKLORE DU LIMBOURG HOLLANDAIS (1) 



XI 

AMOUR ET MARIAGE 




uand une jeune fille allure e la lampe, et 
souffle ensuite l'allumette, elle consent taci- 
tement à se laisser embrasser par un jeune 
homme de la société. 

(Eindhoven, Brabant hollandais.) 

Quand un jeune homme, en allumant sa 
pipe ou son cigare, laisse éteindre l'allu- 
mette par une jeune fille, celle dernière 
in vile le fumeur à l'embrasser. 

(Veert Limbourg.j 

La jeune fille en boulonnant le dos du corsage de sa compagne, dit 
à chaque bouton qu'elle place dans la boutonnière : 

Edclman (gentilhomme), Bedelman (mendiant), Doctoor (docteur), 
Snyder (tailleur-coupeur), Apotheker (pharmacien), Sergeant (sergent). 

Le nom qui tombe sur le dernier bouton, sera le nom de la profes- 
sion de son futur mari (2). (Maeseyck.) 

La jeune fille qui boit dans une tasse ébréchée épousera un veuf. 

(Sainte-Gertrude.) 

Quand une jeune fille perd son tablier, son amoureux pense à elle. 

(Sainte-Gertrude.) 

Dans quelques villages de l'Est du Limbourg belge, le jeune homme 
qui a remarqué une jeune tille et qui en a été remarqué s'en va, le 



(1) Suite, v. t. XXIII, p. 7. 

(2) Dans une comédie de Regnard, le Divorce, 1688, acte I« T , se. 1. Arlequin comptant 
les boutons de son justaucorps, dit : « Je l'aurai, je ne l'aurai pas ; je l'aurai, je ne 
l'aurai pas, je ne l'aurai pas (Il pleure). — Mezzetin. Qu'est-ce? qu'avez- vous? pour- 
quoi pleurez-vous ? — Arlequin. Je n'aurai pas Colombioe, hi, hi ! — Mezzetin. 
Qu'est-ce qui vous a dit cela ! Arlequin. C'est la boutonomancie. En reproduisant ce pas- 
sage dans le Folk-Lore de France (t. III, p. 502), j'avais supposé que la boutonomancie 
était une sorte de parodie de la consultation par l'effeuillement. Il est possible que He- 
gnard, qui, comme on sait, a beaucoup voyagé, se soit inspiré d'une coutume populaire 
française ou étrangère, qui sera peut-être relevée ailleurs par nos lecteurs (P. §.). 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 103 

i 

soir, après avoir averti sa belle, frapper au volet ou à la fenêtre de 
celle-ci. Si celle-ci entr'ouvre le volet, ou lève le rideau, il est agréé. 
Dans le cas contraire, tout reste hermétiquement clos. 

— A Tongres, à Sainte-Gertrude, etc., on organise, malgré la surveil- 
lance des autorités, des charivaris lorsqu'un veuf ou une veuve se 
remarie. 

Les maris trompés jouissent aussi quelquefois de cet honneur que 
tout le monde ne sait pas apprécier. 

A Canne (Limbourg belge) on allume des petits feux sur le parcours 
du cortège nuptial. 

Les cabaretiers qui se trouvent sur la voie suivie par ce cortège, 
o firent une consommation aux époux et gens de la noce. Le verre des 
mariés est orné de fleurs artificielles. 

Lorsqu'il n'y a pas de cabaret sur la route, les habitants placent une 
table sur le chemin devant leur maison avec des consommations et 
des verres et ofFrent aussi le vin d'honneur à la noce. 

— A Canne la mariée en rentrant à la maison paternelle, après la 
bénédiction nuptiale, jetait, il y a quelques années encore, un pain 
au peuple, dans lequel se trouvait une pièce de monnaie, variant sui- 
vant l'importance de la fortune des conjoints. 

Quand les mariés vont à Vautel(\) et qu'il pleut, ce sera un mauvais 
mariage. (Sainte-Gertrude.) 



XII 

REPAS, METS, ALIMENTS 

Avant et après les repas, on dit un Pater, en guise de Bénédicte et 
des Grâces. (Sainte-Gertrude.) 

Pain. — Avant d'entamer un nouveau pain, on fait avec le couteau 
une croix sur la croûte (partout). 

Oignon. — Lorsque les ménagères pèlent des oignons, elles ont soin 
de placer un morceau de pain à la pointe du couteau, afin que le pain 
« prenne le piquant » de l'oignon et ne les fasse pas pleurer. 

(Sainte-Gertrude et Liège.) 



(1) Ici, c'est seulement s'il pleut pendant qu'ils soptà l'église, que l'augure est défa- 
vorable; en Wallonie c'est le jour qui doit être pluvieux pour qu'ils aient enfants. On 
dit se marier par un temps de pluie. Il y a une nuance. 



104 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



XIII 
DIVERS 

Le bœuf de Pâques. — Le Jeudi Saint, à Maastricht, les bouchers de 
la ville promènent à travers les rues de la ville les bœufs (Paasch os, 
bœuf de Pâques) qu'ils tueront pour la fôte de Pâques. Ces animaux 
sont ornés dé fleurs et de banderoles. 

Don de houille. — Ne donnez jamais de la houille, soit en guise d'au* 
mône, soit autrement, c'est très mauvais. (Sainte-Gerlrude.) 

Comment on meurt. — Lorsqu'un homme est à l'agonie et qu'il va 
mourir, c'est par les pieds, qui se refroidissent graduellement, que la 
mort commence son œuvre. Pour la femme, c'est le contraire, c'est 
par la tête qu'elle meurt. (Id.) 

Alfred Harou. 



ROBIN 



CHANSON DU MAINE 

Robin a une vache, 
Qui danse sur la glace 
En robe de satin. 

— Maman, je veux Robin. 

Robin a une bique, 
Qui fait de la musique 
Et qui chante au lutrin. 

— Maman, je veux Robin. 

Robin a sur sa nuque 
Une vieille perruque 
Quijpue comme un rouçin. 

— Maman, je veux Robin. 

Autour de sa jaquette 
Robin a des sonnettes 
Qui font derlin dindin 

— Maman, je veux Robin. 

Allons, partons, ma mère, 
Allons chez le notaire ; 
Car c'est demain matin 
Que j'épouse Robin. 



M m « DBSTRICHfe. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 105 



LÉGENDES ET SUPERSTITIONS PRÉHISTORIQUES 

CXLV 

QUESTIONNAIRE SUR LES MENHIRS 

1. A-t-on découvert des statues au pied du menhir ou dans les 
environs? Lesquelles? Y avait-il dés Mercures ou dès divinités phal- 
liques? Préciser la divinité mâle ou femelle ? 

2. Peut-on dans la forme du menhir ou dans les dessins gravés à 
la surface reconnaître un phallus ou les organes féminins? Si le cas 
peut se produire, seràiuil possible d'envoyer un dessin ou une carte 
du menhir ? 

3. La position exacte du menhir (a Est-il sur le sommet d'une hau* 
teur, à quelle altitude ; (6 est-il sur le flanc de la hauteur etc., (c le 
menhir est-il ailleurs que sur une hauteur ? 

4. 1° Les menhirs isolés forment-ils une ligne jalonnant un chemin 
ou sentier possible? 2° Les alignements sont-ils en rapport avec des 
accidents topographiques, cours de rivières ou autres? 

5. A-t-on découvert des monnaies au pied du menhir et quelles en 
seraient les dates ? 

6. Y-a-t-il une chapelle auprès du menhir et sous quel vocable ? — Y 
a-t-il une croix sur le menhir ou d'autres emblèmes religieux sculptés? 

7. Gomment le menhir, s'il est détruit, l'a-t-il été, et comment la des- 
truction s'est-elle exercée? A-l-on voulu faire disparaître certains 
signes caractéristiques? Hauteur de la décapitation ? 

8. Si le menhir porte le nom d'un saint, quel est-il et pourquoi ? Saint 
Michel et saint Georges ont-ils un rôle spécial ? 

9. Légendes relatives au menhir : les rappeler sommairement. Quels 
sont les menhirs tourneurs ou valseurs ? 

10. Les pratiques actuelles ; les classer soigneusement sous ces ru- 
briques (a danses en rond, avec caractère honnête ou déshonnôte, (6 
glissade à nu ou non, (c friction de telle ou telle partie du corps et 
pourquoi : (d raclures de menhir prises en boisson, [e autres pratiques. 

11. Y a-t-il des invocations au menhir ? 

12. Qu'est le menhir par rapport à Gargantua? 

H. Guenin. 




106 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



La vingt-troisième assemblée générale a eu lieu le 31 janvier, sous 
la présidence de M. Charles Beauquier, Président de la Société. 

Le Secrétaire général expose la situation de la Société ; les prévi- 
sions en recette pour 1907 sont loin d'avoir été réalisées, puisque au 
lieu de 3.786 fr. 85, il n'a été encaissé que 2.433 fr. 85, suivant le 
compte arrêté au 31 décembre. Cette moins-value tient à ce que la 
vente des années écoulées qui, en 1696, s'était élevée à plus de 600 francs, 
n'a produit que 30 francs en 1907. Il y a un certain nombre de cotisations 
en relard; et la publication tardive du numéro de décembre, due à la 
lenteur de l'impression — fait qui ne se reproduira pas— a été cause 
que les renouvellements des abonnements qui se faisaient en décem- 
bre n'ont eu lieu qu'en janvier. Si le numéro avait paru à sa date, il 
y aurait lieu de les ajouter à la somme perçue au 31 décembre, et nos 
recettes auraient été égales aux prévisions, déduction faite de la vente 
des années écoulées qui n'ont pas donné en 1907 des résultats aussi 
satisfaisants qu'en 1906. 11 y aura sur ce chapitre en 1908 un relève- 
ment certain, puisqu'il a été vendu en janvier une collection entière, 
et qu'une seconde nous est demandée. 

Les dépenses ont été aussi inférieures aux chiffres prévus au bud- 
get : 2.383 fr. 35 au lieu de 3.360 francs. 

Elles laissent un excédent de recettes, de 50 fr. 50 seulement ; mais 
on peut y ajouter ce qui a été encaissé en janvier, et qui était ordinai- 
rement encaissé en décembre. 

La situation est donc satisfaisante ; il y a eu plusieurs abonnements 
nouveaux. 

La Société a perdu par suite de décès deux membres qui en fai- 
saient partie depuis la fondation : René Kerviler, dont les travaux sur 
l'histoire bretonne sont universellement connus, et le peintre Félix 
Régamey, auquel nous devons beaucoup de nos illustrations. Il a été 
admis quatre membres nouveaux. 

Pour 1908, il y a lieu de prévoir en recettes 2.335 fr. 50, et en 
dépenses 1.800 francs, qui donneraient un excédent de recettes en fin 
d'années de 535 fr. 50. 

Si cet excédent se réalisait, on pourrait imprimer la table analytique 
de la seconde décade de la Revue qui est actuellement en préparation, 
et qui ne dépasserait pas sensiblement ce chiffre. 

L'Assemblée renouvelle à M. Paul Sébillot, secrétaire général, le 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 107 

pouvoir de toucher au trésor la subvention annuelle, ainsi que les 
autres sommes qui pourraient être attribuées à la Société. 

M. A. van Gennep parle d'un mouvement traditionniste qui se 
produit en Savoie sous les auspices de la Société florimontane, et 
il demande si Ton ne pourrait pas faire dans ce pays un Congrès de 
traditions populaire?. M. Sébillot rappelle que celui d'Abbeville, qui fut 
organisé de concert avec la Société d'Excursions préhistoriques, fut 
très intéressant. Il pense que Ton pourrait agir de la même façon en 
1907, où cette Société tient ses assises à Chambéry. M. A. van Gennep 
pourrait s'aboucher avec les traditionnistes de la Savoie, pour savoir 
quel accueil serait fait à cette proposition! et aussi avec la Société 
d'Excursions préhistoriques. 

Le Bureau pour 1908 est ainsi composé : 

Présidents honoraires: MM. d'Arbois de Juba'NVIlle, Michel Bréal, 
Frédéric Mistral. 

Ancien président : M. E. T. Hamy. 

Président : M. Charles Beauquikr . 

Vice-Présidents : MM. Emile Blémont, Henri Cordier, Paul Guieyssk. 

Secrétaire général ; M. Paul Sébillot. 

Secrétaires-adjoints : MM. Gaudefroy-Demonbynes, Alexandre Taus- 
serat, A. Van Gennep. 

COMMISSION DE RÉDACTION 

MM. Emile Blémont, Gaudefroy-Demonbynes, A. Van Gennep, 
Alexandre Tausserat, Julien Tiersot. 

comité central 

Membres résidant à Paris. 

MM. Charles Beauquibr, Raphaël Blanchard, Emile Blémont, 
Prince Roland Bonaparte, Loys Brueyre, François Carnot, Comte 
deCharencey, H. Cordier, Gustave Fouju, Gaudefroy-Demonbynes, 
A. Van Gennep, Paul Guieysse, Hugues Krafft, Charles le Goffic, 
F. Macler, L. Marin, Arthur Rhoné, Paul Sébillot, Alexandre 
Tausserat, Julien Tiersot. 

Membres ne résidant pas à Paris. 

MM. René Basset, Emmanuel Cosquin, Alcius Ledibu, Achille 
MjujEN, Léon Pineau. 



108 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



BIBLIOGRAPHIE 



Karl Knortz. Was ixl das Volkskundc, 3« éd. Iéna, Schmidt/e Verlags- 
buchhandlung, 1900, 212 p. in- 8*. 

Il existe déjà un certain nombre de manuels où la science du folk-lore 
est bien définie et où Ton trouve toutes les indications sur la méthode à 
suivre pour les enquêtes et la classification des résultats (1). M. Knortz a 
repris cette tâche dans son ouvrage. Après avoir défini et délimité la 
science du folk-lore, ses divisions (anthropologie, archéologie et ethnologie, 
cette dernière comprenant les chansons, contes, Jeux, etc.}» il passe à l'ap- 
plication des règles qu'il a énoncées. On trouve ensuite rénumération des 
principaux thèmes (ou, pour employer son expression, des principales 
formules), tels que Hahn les avait conçus. Le reste du livre (p. 32-207) est 
consacré à des appendices destinés à éclairer les principes qu'il a posés. 
Mais, et Ton se rappellera que M. Knortz est Fauteur d'un bon recueil de 
traditions indiennes (2), la place prépondérante dans ces appendices est 
attribuée à l'Amérique du Nord (3). Si le cadre est universel, les exemples 
sont loin de l'être, exception faite pour quelques références à Pancien 
monde empruntées pour la plupart à l'histoire de Constance par Laible (4). 
Quelques autres, d'origines diverses, sont citées d'après l'ouvrage vieilli 
de Ziegler (5). Restreint au domaine américain, le livre de M. Knortz est 
intéressant et utile à consulter (6). 

René Bassbt. 



(1) Voir app. I, p. 33, rémunération de ces manuels. 

(2) Màrchen und Sagen der nord-amerikanischen Indianer. lena, 1871, in-8°. 

(3) Encore s'étonnera-t-on de ne pas voir citer le Journal of American Folk-lore, 
ni le précieux recueil de Silas Rand, Legends of the Micmacs (New York, 1894, 
in-8°), ou celui de George Grinnel, Patente hei*o stories (Londres, 1893, in*8«). 

(4) Getchichte von Konslanz, Constance, 1896, in-8°. 

(5) Heilige Seelen-Vergniigung im Grùnen, Leipzig, 1692. 11 était possible, par 
exemple, de puiser directement aux sources latines, plutôt que chez Ziegler, la tradition 
sur la mort de Regulus (p. 54). 

(6) L'appendice 7 (p. 39-41) sur les rites de la construction (l'emmurement ou le 
sacrifice de la victime humaine) aurait été agrandi si l'auteur avait consulté l'enquête 
poursuivie sur ce sujet dans la Revue des Traditions populaires» 

Les formulettes enfantines données en français (p. 197) renferment plusieurs fautes 
d'impression. Vers 1, lire je l'ai dit ; v. 2, couchés ; v. 7, Les Saints mes frères ; 
v. 14, qui mettez l'âme (1). — II. v. 4, lire si je vis, La source n'est pas indiquée. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 109 

E. Siecke.— Mythen, Sage, Mârchen in ihren Beziehungen zur GegenwarU 
Leipzig, Hinrich, 29 p. in-8. 

Dans cette conférence, l'auteur, connu par un certain nombre de publica- 
tions^), essaie de résumer & son point de vue, les rapports du folk-lore avec 
ce qui nous entoure. Il appartient à l'école mythologique : le mythe du dieu 
Tbor, la saga de Siegfried-Brunhild, le conte de la Belle au bois dormant, 
représentent les actes et les souffrances du soleil et de la lune : les mythes 
ne sont pas des inventions poétiques, mais de naïves imaginations en vue 
de répondre & de courtes questions. Il en voit la preuve dans l'extension de 
ces légendes et n'admet pas d'emprunts. La théorie n'est pas nouvelle : elle 
est même quelque peu démodée. Ce système, poussé aux dernières consé- 
quences par l'un de ses partisans les plus brillants, M. de Gubernatis, est 
antérieur à M. Siecke : avant lui on a considéré les récits sur la guerre de 
Troie, sur Adam et Eve, Abraham, Moïse et Cyrus comme des légendes astro- 
nomiques. Un passage curieux est celui (p. 15-16) où l'auteur essaie de con- 
cilier le protestantisme, tel qu'il l'entend, avec ce système. Les arguments 
qu'il présente à l'appui de sa théorie ne sont pas nouveaux non plus et je 

doute qu'ils réussissent à convaincre ses adversaires. 

René Bassbt. 



Docteur Louis Dubreuil-Chambardel. — Figures médicales 
tourangelles. Tours. Péricat ; in-12, 149 pages ; photos. 

En Touraine, les études tradi Honnis tes deviennent moins rares. Les 
chansons, les dires, les coutumes, les parlers, toutes choses qui s'en vont, 
sont prises et retenues au fll de la plume. Mais, après avoir analysé l'âme 
des vieilles gens, les littérateurs provinciaux, à présent, cherchent, au-delà 
du terroir, quels sont ceux qui portent glorieusement le nom de leur petite 
patrie. En cet ordre d'idées, le docteur Louis Dubreuil-Chambardel, l'un 
des conférenciers de la Société d'anthropologie, vient de présenter au grand 
public des : Figures médicales tourangelles. 

La Touraine, comme on le sait, n'a point produit que vins, pruneaux et 
rillettes... Pour remédier aux dits liquides, fruits et compositions culi- 
naires, cette province a donné à la grande patrie d'illustres médecins. 

La préface du livre : Figures médicales tourangelles est écrite par M. Louis 
de Grandmaison. Rabelais et Descartes et bien d'autres vieux médecins sont 
évoqués en cette préface où resplendit la trinité traditionnelle : Bretonneau, 
Velpeau, Trousseau. 

A regret, nous ne suivrons pas le docteur Louis Dubreuil-Chambardel 
dans toutes ses études. Mais la Revue des Traditions Populaires étant toute 
spéciale, nous rappellerons les noms des seuls doctes tourangeaux ayant 
un titre de vrai traditionnisme. 

Citons : Tourlet, ex-pharmacien à Chinon, mort récemment, auteur d'une 
flore tourangelle qui va bientôt paraître ; Ledouble (La Grotte des Fées de 
Me«ray, reconstitution à l'exposition universelle de Tours (1892). Verneau 
(Us Grottes de Grimaldi). R. Blanchard {Persistance du culte phallique. — 

Traditions et superstitions en Touraine, 4889-1890). 

Jacques Rougè. 

Il) Voir la liste* p. 6, note* 



110 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

.Martin. — Folk-Lore de Saint- Remy (Vosges). Croyances, coutumes 
et patois ; éd. du Pays Lorrain, Nancy, in-8 a de 27 pages. 

Cette brochure, à côté de faits déjà connus, en enregistre d'autres qui en 
constituent des variantes curieuses, et qui montrent la mentalité des 
paysans vosgiens, leurs croyances et leurs superstitions. Le pouvoir des 
sorciers y est redouté ; ils peuvent, au moyen de conjurations, fasciner les 
animaux de toute une ferme; heureusement, il existe des sorciers bienfai- 
sants qui détournent les maléfices des autres. Les fées avaient parfois des 
divertissements étranges, dont l'un consistait à allumer un grand feu sur 
le grenier à foin. Ceux qui les laissaient faire n'éprouvaient aucun dom- 
mage, la flamme ne se communiquait pas au foin, et de plus leur maison 
était à tout jamais préservée de l'incendie, comme celles de plusieurs 
autres pays, elles formaient un minuscule état et obéissaient à une reine. 
Ou trouvera aussi dans cette brochure de curieux détails sur les coutumes, 
de la naissance à la mort. Elle se termine par des récits comiques en 
patois, dont l'un intitulé «Le Malin bougre » contient à la fois des épisodes 
du Fin voleur et de Jean le sot. P. S. 

O . Golsou. — Table générale systématique des publications de la Société 
liégeoise de littérature wallonne (1856-1906). Liège, Vaillant-Cariuane, 
in- 8° de 300 pages. 

Ce volume a été composé à l'occasion du cinquantenaire de la fondation 
de cette société, qui dès 1863, mettait au concours des sujets d'ethnographie 
traditionnelle et de littérature orale (n oa 20-54). Ils ont provoqué, outre 
des notes intéressantes sur des sujets variés, des ouvrages qui sont indis- 
pensables aux folk- loris tes, comme les Croyances et remèdes populaii-es au 
pays de Liège par Auguste Hock (1870). Le Recueil d'airs de cramignons liégeois 
(1889); les Enfantines liégeoises par Joseph Defrécheux (1889). Les cris des rues 
de Liège, par Joseph Kinable (1889). Le Glossaire des jeux wallons par Julien 
Delaite (1889). La Société a aussi publié des articles sur le dialecte wallon, 
accompagnés de textes anciens et modernes et plusieurs vocabulaires 
généraux ou locaux, et même des vocabulaires de métiers. Plusieurs con- 
cours donnaient comme sujets des contes ou des légendes en prose ou en 
vers, des recueils de proverbes. C'est à celui de 186), que fut présenté le 
Dictionnaire des sports wallons (1861), par Dejardin, qui a été l'objet d'une 
édition augmentée et le Recueil de comparaisons populaires par Joseph Defré- 
cheux (1886). Cette table analytique, rédigée avec grand soin, fait honneur 
à M. O. Colson, et elle met en lumière le rôle considérable, scientifique et 
littéraire, de cette très vivante société. Un index alphabétique permet de 
retrouver facilement les titres — même des petites pièces — citées au cours 
du volume dans les diverses sections par ordre systématique de matières. 

P. S. 

Jehan de la Chesnaye. — Au pays des Choiwis, iii-8° de 37 pages. 
Fontenay, imp/ Marquet. 

Cette brochure se divise en trois parties : 1° Les superstitions, la tradi- 
tion, l'esprit gaulois. Il contient un curieux récit de loup-garou, une des- 
cription de la coutume du nouvel an appelée la grillannû ; 2° Du feu, du 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



111 



sang, des larmes, raconte des légendes de la Vendée insurgée ; c'est sur- 
tout celle de Goule d'Aspic, un des compagnons de Charette qui prit part à 
la grande insurrection, à celle de la fin de l'empire et à la prise d'armes 
de 1832. P. S. 



Jehan de la Chesnaye. Formuleltes enfantines. Extrait de la Revue 
du Traditionnisme, in-8° de iv. 32 p. 2 fr. 

Cette intéressante contribution au folk-lore de l'enfance comprend : I. 
(pages 1-18) de nombreuses formulettes éliminatoires des jeux. — II. Les 
jour?. — III. Divination. — IV. Les gages. — V. Papa et maman Tutu tes. 
— VI. Les serments. — VII. Les insultes que les enfants s'adressent. — 
VIII. Invocations et incantations. On y rencontre plusieurs formulettes à 
ajouter à celles déjà si nombreuses de l'arc-en-ciel; l'une d'elles est destinée 
à le faire paraître : 

Arc, en ciel, arc-en-ciel, lève-toi, 

Le fils du Roi n'est pus si beau que toi. 

qui appartient à une série beaucoup moins riche que celles qui sont desti- 
nées a le couper ou à le dissiper. p. S. 



NOTES ET ENQUÊTES 

»*# Dîner de Ma Mère COye. — 
Le 127» Dîner a eu lieu le 31 jan- 
vier sous la présidence de M. 
Charles Beauquier, président de 
la Société ; plusieurs de nos col- 
lègues, et parmi eux MM. de Cha- 
rencey, Gustave Fouju, Paul 
Guieysse, Alcius Ledieu, s'étaient 
excusés de ne pouvoir y assister. 
Une conversation à laquelle ont 
pris part MM. Emile Blémont, 
Henri Cordier, Charles Beauquier, 
s'est engagée sur plusieurs sujets; 
on a parle de la variété des an- 
ciennes cuisines provinciales, au 
sujet desquelles il serait intéres- 
sant d'ouvrir une enquête, et 
M. Sébillot rappelle que l'énumé- 
ration des mets locaux du seul 
~ pays de Bretagne remplit quatie 

pages dans l'Annuaire de Bretagne de 1894. Plusieurs convives rappellent 
aussi que lorsqu'ils étaient étudiants à Paris, les uns vers 1858, les autres dix 
années plus tard, il était de coutume dans les tables d'hôte de chanter des 
chansons populaires. Le dîner du samedi à la pension Laveur, qui était 
d'ordinaire présidé par Gustave Courbet, se terminait par des chansons, et 
l'illustre peintre lui-même donnait l'exemple en chantant quelques-unes de 
celles de la Franohe-Comté. 




112 REVUE D£S TRADITIONS POPULAIRE!; 

« * * Nominations et Distinctions. — Noire collaborateur R.-M. Lacuve vient 
d'être promu Officier d'Académie ; et par arrêté de M. le Ministre de l'Ins- 
truction publique, des Beaux- Arts et des Cultes, il a été nommé membre 
du Comité départemental des Deux-Sèvres, pour la recherche et la publi- 
cation des documents d'archives relatifs à l'histoire de la Révolution 
française. 

*% Broyer du charbon. — On entend souvent diro on Wallonie : 

Broyer du cbarboo 
N'annonce rien de boo. 

En français, on dit broyer du noir, lorsqu'on a des pensées tristes et qu'on 

se laisse aller à la mélancolie. 

(Corn, de M. Alfred Harou.) 



RÉPONSES 



Centre (Hainaut) le paysan qui rencontre plusieurs personnes, les salue en 
ces termes : « Bonjour la Compagnie ! » 

— Deux amis, qui s'abordent disent : Quelle nouvelle ? 

' L'autre de dire : Les voilà toutes! (Wallonie.) 

A Anvers et à Maastricht j'ai entendu souvent ce salut facétieux : 
< Salut en de Kost (1) en de wint van achter » 

— Bonjour, sois rassasié et puisses-tu avoir le vent derrière toi (le vent 
qui te pousse) pour t'en retourner (aller) ! (Com. de M. alfr^bd Harou.) 

*** Le nombre 365 et les Monuments (Rev. des Trad. pop.,, t. IX, p. 719). — 
On dit que le château du Roeulx (Hainaut), propriété des princes de Croy, 
a 365 fenêtres. Ce qui semble quelque peu exagéré. 

(Com. de M. Alfrbd Harou.) 

**» Mont de piété {Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 231). — En pays flamand le 
mont de piété se nomme « de Berg > (La montagne). 

(Coin, de M. Alfrbd Harou.) 
* *t Lier quelque chose à sa jarretière (Rev. Trad. pop., XXIII, 48). — Lorsque 
quelqu'un perd une partie de cartes, son adversaire lui dit souvent : < Vous 
avez la partie à vos guêtres », c'est-à-dire vous Pavez perdue. (Wallonie. 

(Com. de M. Alfrbd Harou.) 



ERRATUM 

,** Notes et Enquêtes, t. XXII. Décembre, dernière ligne : 11 faut lire : 
la Meuse vient rechercher ' (reprendre) ses os f et non pas : reposer ses os. 
(R'quéri = reprendre, rechercher.) 



Le Gérant : Fiu SlMOK 



lttkprimerie Fr. Simon, Hennes-Paris (979-08). 









RE VI I 






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URAPHIK TRAUlTIi 

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10 ru* do Savaic 28, rue Bonaparte 



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SOMMAI! 


















Adreaat cerne lu rédaction et l'administration à M Paul 

SébUlot, HO, bucilevard Saint-Mai 

ftation de» ra donnant droit à l'envoi nratuit de 

REVUE *et fizèe a «5 franc* par an (France et Union postale). L* 
de Cm bon neni r lee non sociétaires, est de I m par an j 

U France et de i: uion post 

AVIS IMPORTANT 







REVUE 



DES 



TRADITIONS POPULAIRES 



23» Année. — Tome XXIII. — N° 4. — Avril 1908. 



LA MER ET LES EAUX 



CL 



I.KS NAVIRES CONSACRÉS 



es navigateurs anciens avaient la coutume de 
consacrer aux Dieux la représentation en pierre 
du navire qui les avait portés dans le cours d'un 
périlleux voyage (1). 

Ce n'est plus son modèle, probablement de 
petites dimensions, mais un monument tout 
entier que contruisaient plusieurs peuples fort 
éloignés les uns des autres. 

Les hommes du Nord *e plaisaient à reproduire 
l'image du bateau par des monuments grossiers 
ou par des ébauches de sculpture. Dans les 
îles suédoises de Gothland et d'Œland, anciens rendez-vous des vikin- 
gues, des assemblages de pierres brutes ont été disposés en forme 
de grands bateaux. A Œland, il y a un navire monumental de quatre- 
viugts pieds de loog ; de hautes pierres calcaires représentent la poupe 
et la proue ; les bancs des rameurs sont indiqués par de gros cailloux; 
un granit isolé au milieu de l'enceinte figure le mât. Sur la plage 
d'Apenrade en Sleswig, on voyait autrefois une flotte entière, composée 
d'une vingtaine de bateaux grands et petits, représentés par des 
pierres brutes (2). 




(1) Salyertf., Etreurs et préjugés, p. 17. 

2) Depptng, Histoire des expédition* des Normands, t. I. p. 2. 

Tome XX1M. — Atpii 1908. 



114 UEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

A environ un mille d'Apcnrade sur lacôle du Sleswig, on voit encore 
les restes d'un ancien monument appelé les Navires de Dannebrog. On 
dit qu'à l'origine il se composait de vingt pierres petites ou grandes, 
disposées en forme de navire. On disait qu'elles avaient été érigées 
en mémoire de la victoire du roi Valdemar sur les Livoniens (1 j. 

En Chine, on voit un bateau sacré bâti en pierres ; la photographie 
qui est reproduite par Bassett, Legends ofthe Sca, p. 371, montre qu'il 
était d'assez grandes dimensions. On retrouve en Océanie des blocs de 
pierre affectant la forme de navires, et qui passent pour avoir servi à 
des personnages surnaturels. Oh sait qu'en France plusieurs de ces 
jeux de nature ont servi d'embarcation à des saints. Dans l'île Upolu, 
on montrait sur le rivage un bloc de pierre, ressemblant à un canot, 
qui est appelé le canot de Rata, un héros navigateur (2). 

Dans l'Europe catholique beaucoup d'églises situées au bord de la 
mer ont, ordinairement suspendus à leur voûte, parfois placés près 
d'un sanctuaire, des navires avec tout leur gréement; dans quelques- 
unes de celles de Bretagne, il en est qui remontent à plusieurs siècles, 
. et qu'il serait intéressant de dessiner ou de photographier. Cet usage 
existait au commencement du siècle dernier en Holstein, dû dans 
quelques villages habités par des marins, élaient suspendus de petits 
navires qui, au printemps, au moment où la navigation recommence, 
étaient décorés de rubans et de fleurs (3). 

Parfois ces bateaux constituent des ex-voto, et ont été offerts à la 
suite de vœux formulés pendant les tempêtes. L'usage de ces modèles 
de petit format est ancien; les Romains déposaient dans les temples 
de Jupiter Redux, de petits navires en marbre. 

On voit à Rome, sur la façade de l'église de Santa Maria délia Navi- 
cella, un pelit naVire en marbre qui fut offert par le pape Léon X, 
après qu'il eut échappé à un naufrage (4). 

Les ex-voto étaient assez souvent en matières précieuses; dans la vie 
de Godehard d'Hildesheim, on dit que des marins en danger promirent à 
ce bienheureux un navire en argent (5). 

Saint Louis, à la suite d'un vœu, fit faire un navire d'argent que 
Joinville alla déposer près de la statue de saint Nicolas. En 1397, le 
capitaine du navire anglais la Trinité, offrit à la Vierge d'Anger un 
pelit navire en argent(6). Au moment des dangers les matelots italiens 



(1) Thorpe, Northern Mythoîogy, t. 11, p. 21H. 

(2) WyattGill, Mythsand songs from South Pacific, p. 149. 

(3) Grimm, Teutonic Mythology, p. 26i-265 n. 

(4) Bassett, Legends of the Sea, p. 394. 

(5) Grimm, 1. c. 

(6) Bassett, 1. c. 



REVUÇ DES TRADITIONS POPULAIRES 115 

prometlent de faire faire un petit navire et de le consacrer à un 
saint (1). 

En quelques pays de Basse-Bretagne, c'est à la maison que se 
trouve une représentation de navire. Dans chaque ménage on suspend 
au-dessus de la sa' le à manger, un petit navire en croûte de pain. 
Le jeudi saint, ce navire est descendu solennellement à la fin du 
repas; puis chacun se découvre, et le chef de la famille entonne le 
Vent Creator, auquel l'assistance répond en chœur. Un autre petit 
vaisseau viendra alors remplacer l'ancien et celui-ci sera brûlé. La 
prière qui accompagne le repas du navire a pour but d'appeler la 
protection du ciel sur le bateau de pêche qui nourrit la famille. 
Le navire façonné en forme de pain est un emblème de foi et d'es- 
pérance, parce que les paroles de la Cène ont fait du pain un aliment 
sacré (2). > 

Le navire qui avait porté Thésée en Crète fut conservé à Athènes 
jusqu'au temps de Démétrius de Phalère. Quand l'ancien bois était usé, 
on le remplaçait par du neuf, et comme on l'appelait toujours le navire 
de Thésée, les Sophistes posaient la question de savoir si c'était tou- 
jours le même navire ou un autre (3). 

D'après Diodore de Sicile (IV, 14), Jason, à son retour, consacra le 
navire Argo à Neptune ; les Athéniens lui en consacrèrent également 
un sur le rivage après la bataille de Hhion (XII, 19) et Timoléon ayant 
effectué son voyage de Sicile sous la protection de Gérés et de Proser- 
pine, du consentement de tout son équipage, consacra aux déesses le 
plus beau de ses vaisseaux (XVI, 21). 



CLE 

PROCESSIONS DE NAVIRES 

Dans l'antiquité on portait en procession des simulacres de navires: 
le 5 Mars, on célébrait le Navigium d'Isis. Dès le matin une procession 
se dirigeait vers le bord de la mer, à la lueur des flambeaux et des 
lampes, au son des hymnes et de la musique, avec les prêtres, les 
attributs et les images des dieux: le grand prêtre fermait la marche. 
On consacrait à Isis un vaisseau peint à la mode égyptienne, on le 
chargeait d'ornements et de marchandises, on l'arrosait de lait, on 



(1) (ÎRrMM, 1. c. 

(2) H. Violbau, cité p. ïoannc, Guide de Bretagne, p. 569. 

(3 y Alexandeh au Alexandro, Genialium dierum, lib. 111, c. 1. 



116 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

attendait qu'il eût disparu à l'horizon et on revenait alors vers la ville. 
Cette fête d'Isis, protectrice de la navigation, semble avoir été en honneur 
sur toutes les côtes de la Méditerranée (1). 

Les Grecs ne dédiaient pas seulement des navires à Isis, mais à 
Minerve ; aux Panathénées son péplum sacré était porté dans un 
bateau à l'Acropole : le bateau auquel le péplum était suspendu au 
mât comme une voile, était construit sur le Céramique et mis en 
mouvement par un mécanisme caché (2). 

Vers Tan 1133, dans une forêt près d'Inda, un navire fut construit, 
placé sur des roues et conduit à travers le pays par des hommes qui 
étaient yoker à lui, d'abord à Aix-la-Chapelle, puisàMaestricht, où on 
y ajouta un mât et une voile, puis ensuite sur la rivière à Tongres, 
Looz, etc., au milieu d'un grand concours de peuple. Où il s'arrêtait, 
le peuple criait, chantait et dansait autour... On peut trouver d'autres 
traces en Allemagne de semblables processions de navires, surtout en 
Souabe; un arrêt du conseil municipal d'Uim, 1530, défend de promener 
en procession le navire (3). 

La fête des Champs Golot, dans les Vosges, où on lance un petit 
vaisseau, paraît aussi remonter à celle d'Isis (4}. 

Dans le temple de la déesse Tien-how aux iles Pescadores est un 
grand modèle de jonque chinoise que les insulaires promènent dans 
les rues, lorsqu'ils célèbrent l'anniversaire de la naissance de Tien- 
how (5). 

Au Para (Brésil) a lieu, la veille de la Toussaint, la fête du Cério, dont 
l'origine remonte à 1793. Un bateau qui s'était mis sous la protection 
de Nossa Senhora, alors fort peu connue, se perdit après vingt-trois 
jours de navigation. L'équipage de lagoôMte revint au Para sain et 
sauf dans un canot du bord. On cria au miracle et les matelots firent 
cadeau à la Mère miraculeuse de l'embarcation qui les avait ramenés. 
'On fait précéder le cortège par une figuration plastique du miracle: 
sur une voiture traînée par huit bœufs enguirlandés apparaît le simu- 
lacre, en carton-pâie, d'un canot sur une mer agitée et de Notre-Dame 
veillant à la sécurité des marins: de petites filles montées sur des 
chevaux richement harnachés accompagnent ce char ; elles ont des 
ailes et ce sont des anges. Puis vient le canot repeint à neuf, rempli 
d'une grappe d'enfants, blancs, bruns, noirs, couronnés de roses et 



(1) Piielmui, L r s Dieux de l'ancienne Rome, p. 481. 
! 2\ Grimm, Teuionic Mylhology, ch. xni, p. 205. 
(3 Grimm, eh. xm, p. 265. 
•i; Malrv, La Magie. y p. 179. 
-5; Jones, Credulities. 



REVUE DE8 TRADITIONS POPULAIRES 117 

ahuris, enchantés, jouant dans les fleurs qui débordent de tous côtés. 
Ce bouquet de fleurs et d'enfants est porté par une cinquantaine de 
marins relayés de temps en temps (1). 

Cet usage existe en nombre de pays maritimes de France; j'em- 
prunte à l'Illustration, 1882, p. 92, la description de la promenade qui 
suivait les régates de Brest. Les vainqueurs se mirent en marche; les 
deux premiers portaient lepittoresque costume des pécheurs bas-bretons 
et étaient accompagnés des bannières des régates; elles précédaient le 
roi de la fête, modèle microscopique d'une embarcation pavoisée, montée 
de deux mousses lilliputiens tenant la barre, et portée sur les épaules de 
quatre vigoureux matelots ; ce cortège se rendit à l'estrade élevée à l'ex- 
trémité du Cours d'Ajot pour y recevoir les prix. 

À la Jamaïque, le premier jour de l'an, le cortège de Jean Canot te 
rend à la ville de Black-Rive pour y célébrer l'ouverture de la nou- 
velle année. Le Jean Canot est un paillasse, vêtu d'un pourpoint rayé 
etqui porte sur la tête une espèce de bateau de carton rempli de poupées 
ou de bonshommes représentant, les uns des matelots, les autres des 
soldats, et d'autres encore des esclaves occupés aux travaux d'une 
plantation. Les nègres réservent leurs plus beaux habits pour accom- 
pagner Jean Canot, qui devient à cette fête le personnage essentiel et 
indispensable (2). 

CLII 

LES NAVIRES TOMBEAUX 

L'usage d'ensevelir dans les navires ou d'y brûler les héros de mer 
ou les capitaines a été assez fort répandu. Une épigramme de Y Antho- 
logie grecque (xxx, trad. Falconnet) y fait allusion: H iéroclide navigua 
et vieillit sur son navire ; quand il fut mort, il servit à l'inhumer ; 
ainsi ils naviguèrent ensemble jusqu'aux enfers. 

Cette coutume parait avoir surtout été florissante dans les pays Scan- 
dinaves. Dans les anciennes sagas, on voit de temps à, autre la mention 
de guerriers enterrés avec leurs navires pendant la période dite des 
Vikings (700-1000}. Ainsi il est raconté que Haakon le Bon, après avoir 
battu à Bastarkalv les fils de Gunhild, fit traîner les vaisseaux 
pris jusque sur la plage. On y plaça les morts et on amoncela par- 
dessus des pierres et de la terre : en d'autres mots, des tumuli furent 
élevés sur les cadavres des ennemis morts et sur leurs vaisseaux. De 

(1) WiBifER, Tour du Monde, t. XLVI, p. 28<». 
2) Revue britannique, t. XXIX (1835\ 457. 



118 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

temps à autre l'ouverture des tombeaux du Nord permet- de recueillir 
des débris ayant appartenu à des embarcations (1). A la mort de Balder, 
les Ases placent son corps à bord d'un uavire, sur lequel ils érigent un 
bûcber funéraire auquel ils mettent le feu, et l'abandonnent à la mer 
au moment du plein. Le corps du héros déifié Scild est traité de la 
môme manière et porté sur un navire qui s'en va sur la mer, personne 
ne sait où. Sigmundr porte le corps de son fils bien-aimé Sinfiotie sur 
le rivage de la mer, où un étranger l'attend avec un canot et lui oflre le 
passage. Sigmundr met le corps dans le bateau qui a sa cargaison pleine, 
et Tinconnu s'éloîgne avec le cadavre. D'après la loi de Frotho, il y avait 
pour ces funérailles des distinctions de rang; le capitaine ou le gou- 
verneur avait son bûcber sur son propre navire, deux corps d'officiers 
étaient brûlés sur le môme navire ; le roi ou le général était brûlé avec 
son propre navire. On trouve encore d'autres exemples dans le Nord. 
Dans le roman de Lancelot du Lac, la demoiselle d'Escalot prie « que 
son corps soit mis en une nef richement équipée, que Ton laisserait 
aller au gré du vent sans conduite ». Groyait-on que le corps, aban- 
donné à la mer sacrée et aux vents arriverait de lui-môme à la terre de 
la mort où il ne pourrait aborder sous la conduite humaine? Une preuve 
que cette coutume était très répandue dans le Nord, c'est qu'à terre 
môme les corps étaient aussi inhumés dans des navires (2). 

A Veryan Beacon, dans la Gornouaille, on voit un gigantesque 
tumulus, qu'on dit couvrir les restes du roi Gerennius. La tradition 
locale ajoute qu'avec ce roi ont été enterrés un bateau d'or et des rames 
d'argent (3). 

Les Araucans plaçaient les cadavres dans de petits canots construits 
avec le plus grand soin, pour que l'eau ne pût pénétrer, et nous avons 
constaté que cette coutume existait aux Marquises. Ces précautions 
étaient inspirées par la croyance à la migration des corps vers le 
séjour du soleil, que les Américains plaçaient à l'ouest de leur conti- 
nent, et vers lequel ils pensaient que le voyage devait se faire par 
mer. En vue de ce voyage, ils plaçaient à côté du cadavre un panier 
de farine rôtie, ainsi que divers ustensiles de ménage. Les mômes 
soins étaient observés en Océanie. Ce n'était pas seulement pour le 
mort que des vivres étaient déposés dans les cercueils en Océanie, 
mais aussi pour la Tempulagy ou nautonnière, chargée de la direction 
de la traversée vers la terre des âmes (4). 



(1) Magasin pittoresque, 1882, p. 31. 

(2) Grimm, Teutonic Mythology, p. 830. 

(3) Dr Chesîckl, Dict. des superstitions, c. 410. 

(4) Lassât, Les Polynésiens, t. I, p. 479. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 110 

GLIII 
NAVIRES PROPITIATOIRES OU EXPIATOIRES 

Sur la côte du Decan (Inde), les Gentils offrent des sacrifices à la 
mer, particulièrement quand quelques-uns de leurs parents sont en 
voyage. J'ai vu ce sacrifice. Une femme portoit en ses mains un vais- 
seau fait de paille, long d'environ deux pieds ; il estoit couvert d'un 
voile; trois hommes jouant de la flûte et du tambour l'accompagnoient 
et deux avoient chacun sur leur teste un panier plein de viande et de 
fruits ; estant arrivés à la marine, ils jetèrent en mer le vaisseau de 
paille, après quelques prières, et laissèrent sur le rivage les viandes 
qu'ils avoient portées; afin que les pauvres et autres gens vinssent les 
manger. J'ai vu faire ce même sacrifice parles Mahomélans(l). D'après 
les Lettres édifiantes, t. IV, 714, citées dans Mélusine, c. 238, les 
matelots mahomélans de Malacca pour obtenir un vent favorable 
jetaient à la mer, au milieu des exclamations de l'équipage, un petit 
navire chargé de riz. A Tikopia, on n'entreprend jamais une expédition 
maritime sans avoir lancé à la mer une pirogue couverte de fleurs et 
ornée de plumes pour conjurer les esprits delà tempête (2). Pour calmer 
les tempêtes, les Ghinyalais lancent aussi à la mer un petit navire orné 
de fleurs (3). 

Aux iles Nicobar, on construit parfois un canot fétiche, puiF, après 
avoir brisé tou3 les objets que l'on croit hantés, on pousse les mauvais 
esprits dans le canot au moyen d'un simulacre de combat ; des 
rameurs remorquent l'embarcation à une grande distance du rivage, 
l'abandonnent sur les flots et s'enfuient en touie hâte. Mais si les 
tempêtes ou la boule ramènent près d'un village le bateau fétiche 
avec son chargement d'esprits, les indigènes qui viennent de recevoir 
le dangereux présent déclarent la guerre à la tribu coupable (4). En 
Chine les habitants du littoral de la mer ou des fleuves se réunis* 
sent dans une fête commune, à laquelle chaque village emporte une 
barque armée de ses avirons, pour juger par le résultat quel est le 
village dont l'esprit tutélaire est le plus puissant ; lorsqu'on voit ces 
barques posées sur la terre s'agiter d'elles-mêmes, avancer sous le jeu 
des avirons qu'aucune main ne remue, et glisser comme sur les flots, 
peut-on supposer quelque supercherie (5)? 

(1} Thevenot, Voyage dans Vlnd>nistan, p. 245, cité dans Mélusine, t. II, c. 230. 

(2) Lecanu, Hist. de Satan, p. 146. 

' H 3) D'Crvillb, Voyage autour du Monde, t. Il, p. 192. 

(4; Riîclus, Géographie, t. VIII, p. 744. 

IÔ Lkca.nu, p. 153. 



120 KEVUE DES TRADITIONS POPULAIKKS 

Quand une épidémie s'étend sur une bourgade d'Ainboine, les habi- 
tants construisent un petit navire de gabba gabba, et font entre eux 
une collecte de riz, de haricots, de tabac et d'oeufs. Après avoir cuit ces 
aliments, ils les déposent dans le navire, qu'ils couvrent d'une toile 
blanche et de drapeaux ornés de fleurs. Puis le jour de la cérémonie 
du lancement un des malades qui a le plus souffert, s'écrie? « vous, 
maladies, vous lièvres, dysenterie, petite vérole, rougeole, qui nous 
avez si longtemps visités, et qui cessez maintenant de nous tour- 
menter, nous vous avons préparé ce navire où vous ne manquerez de 
rien ; partez d'ici et mettez à la voile au plus tôt, ne nous approchez 
plus jamais, mais gagnez une contrée éloignée de nous. » Après cette 
prière, dix ou douze hommes enlèvent le petit navire, le portent au 
rivage, le lancent dans la mer et le regardent flotter par un vent de 
terre et disparaître à l'horizon. Ils retournent à leur village en disant : 
Les maladies sont maintenant loin de nous, elles ont disparu, disparu 
et voguent au loin(l). A l'époque du départ du capitaine Dillon, beau- 
coup de Tikopiens furent pris d'une toux épidémique. Us s'imaginèrent 
que le capitaine leur avait apporté cette maladie. Quelque temps après 
son départ, ils construisirent une petite pirogue, la garnirent de bou- 
quets; les quatre fils des premiers chefs la portèrent tout autour de l'île. 
Toute la population assistait à cette cérémonie ; les uns frappaient les 
broussailles, les autres poussaient de grands cris ; revenus au lieu du 
départ, à Faéa, ils lancèrent la pirogue à la mer. Cette cérémonie a lieu 
toutes les fois qu'une épidémie exerce ses ravages à Tikopia (2). 

GLIV 
Varia. Images 

En Eubée on voyait des navires sculptés sur les tombes de ceux qui 
avaient été pécheurs ou marins (3). 

Au Japon on représente tous les sept esprits avec Ben-ten, déesse de 
la mer, de la prospérité, dans un bateau naviguant sur la mer de la 
fortune. Ce bateau ne touche au port que dans la nuit du nouvel an(4). 

Pour montrer la douleur qu'on a à la mort de quelqu'un, les Idarian- 
nais brisent les bateaux, déchirent les voiles et les attachent par lam- 
beaux au devant des maisons (5). 

(1) L. de Backbr, L'Archipel Indien, p. 378. 

(2) Ribnzi, VOcéanie, t. 111, p. 264. 

(3) Philostrate, Vie d'Apolloniès, Paul Skbillot, 1. 37 

(4) Metchnikoff, L'empire du Japon, 281. 

-5) Laharpe, Hist. gén. des Voyages, 1. 111, p. iî>5. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 121 

Les images d'Isis à Corinthe étaient souvent accompagnées d'un 
vaisseau. C'est celui des Constellations placé au midi de la Vierge ou 
de Flsis d'Ératosthène. C'est ce môme vaisseau que les Romains unis- 
saient aux figures de Janus, ou de l'Étoile de la Constellation de la 
Vierge Céleste, dans laquelle, suivant Plutarque, ils placèrent Janus. 
C'est encore ce même vaisseau qui accompagaait la statue d'Isis chez 
les Suèves, peuple de Germanie qui, si nous en croyons Tacite, adorè- 
rent Isis sous cette forme symbolique < v l). 



CLV 

JEUX DU NAVIRE OU DE LA NAVIGATION 

« En voicy encore un autre assez beau. C'est celui du navire, ou plus- 
lost de la navigation. Chacun a un signe, comme pour représenter que 
la mer est agitée, c'est de remuer la main à la manière des ondes ; 
pour la mer calme, d'avoir la main doucement estendue, et pour 
signifier le vent; la tempeste, le navire et toutes ses parties, il y a 
diverses postures. Cela sert à dire le nom et faire les postures de ses 
compagnons, ou bien c'est le Maistre qui fait celle de chacun et qui 
prend des gages, de ceux qui ne lui répondent point par les mesmes 
signes. C'est de vray la mesme chose qu'en d'autres Ieux, mais il y a 
cette diversité d'avoir représenté ce qui se trouve dans la navigation (2). » 

Le jeu de croix ou pile s'appelait chez les Latins, tèle ou navire, 
CajnU aul navis, parce que la monnaie portait d'un côté la tète de 
Janus et de l'autre un vaisseau [Dictionnaire des Jeux de l'enfance % Paris, 
1807, in- 121. 

CLVI 

LKS REVES ET LES NAVIRES 

Hèver qu'on gouverne un navire sans périls, signifie prospérité; 
Qu'on en gouverne un au milieu des tempêtes signifie grand mal- 
heur. 
Voir des navires sur mer, prospérité. 
Des navires chargés, bon temps. 
Des navires assaillis par la tempête, péril (3). 



Paul Sébillot. 



(!) Dopuis, Origine de tous les cultes, IV, 275-6. 

(2) Les récréations galantes. Paris, Loyson, 1672, in-12. 

(3) Jacob, Dictionnaire des Songes. 



122 RKVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

CLVII 
POURQUOI LA MER EST SALÉE 

Au bon temps où vivaient les fées et les génies, un paysan de Pen- 

uiarc'li avait deux fils, Yann et Yvonnik ; ce dernier eut pour parrain 

et marraine un génie et une fée. Quand Yvonnik arriva à l'âge de 

naviguer, sa marraine lui fit cadeau d'un moulin à café qui avait le 

pouvoir de donner, quand on le tournait, tout ce que Ton voulait avoir. 

Un jour Yann jaloux de son frère, lui vola son moulin et formula le 

souhait d'avoir du bouillon. Il tourna le moulin et aussitôt le bouillon 

arriva en si grande abondance que Yann se fût infailliblement noyé^ 

s'il n'avait pas été excellent nageur. Une autre fois que Yann était en 

mer et qu'il se trouvait sans argent, il tourna le moulin pour avoir du 

sel qu'il comptait vendre très cher sur la côte. Le sel se forma sur le 

bateau et il en vint tant que le bateau coula au fond de l'eau. Et comme 

le moulin tourne toujours et tournera, le sel continue à se former, et 

c'est pourquoi la mer est salée. 

J. Calloc'h. 



LA TRANSMISSION DE LA PROPRIÉTÉ 

DANS LES ANCIENNES COUTUMES 



La Vente. — En Flandre, dit le chanoine Wendelin (mort en 1660), 
lorsqu'on vend un fonds de terre, l'ancien maître coupe dans son champ 
un morceau de gazon, arrondi et large de quatre doigts ; si la terre est 
en prairie, il enfonce dans ce morceau une touffe d'herbe ; si elle est 
labourée, il y place un rameau d'arbre haut de quatre doigts. Porteur 
de cette image de son fonds, il se présente devant le seigneur ou le 
mayeur, et la lui met dans les mains en disant: « Seigneur, ou 
mayeur, je transporte en tes mains ce fonds qui m'appartient, et qui 
est situé en tel lieu, pour le transmettre à N... à titre de vente, et pour 
tel prix. » Alors le mayeur remet le morceau de gazon à l'acheteur en 
prononçant cette formule : « Je te délivre ce fonds qui a été placé 
entre mes mains par N..., et je te mets en possession réelle, actuelle 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 123 

el corporelle de ce fonds, suivant la loi de telle Salle ou de telle Cour, 
et sauf le droit d'autrui. » 

La tradition symbolique parla délivrance à l'acheteur d'un morceau 
de gazon ou d'un rameau d'arbre, se retrouve dans plusieurs coutumes 
écrites du pays. La coutume de Douai, notamment, parle de la vente 
par rame et bâton (I), et celle de la Salle de Lille ordonne au bailli, 
qui doit prononcer la réunion d'un fief saisi à la terre seigneuriale, de 
se transporter sur l'héritage, et d'y lever une pelUe de gazon (tit. 1 er , 
art. 4o) 

La Donation. — c A l'audience indiquée, on élèvera un bouclier, et 
on appellera trois causes ; après quoi on introduira dans l'assemblée 
le donateur et celui à qui la donation doit être faite ; le premier jet- 
tera une paille dans le sein de celui qu'il veut gratifier, en nommant 
en même temps les choses qu'il lui donne. Puis celui qui a reçu la 
paille dans son sein, ira s'établir dans la maison du donateur, y don- 
nera a3ile à trois personnes, et se mettra en possession des choses 
qui lui ont été données, le tout en présence de témoins, etc. » 

Ces formes de la donation sont celles de la loi salique, mais elles 
étaient encore observées en Flandre dans le xm e siècle. Plusieurs char- 
tes de cette époque mentionnent la tradition par le fétu (2). C'est de 
cet usage qu'est né le mot d'insinuation, Pro)icere festucam in sinu 
donatarii. 

Testament. — A Douai, jusque dans le xvi e siècle, nul ne pouvait 
aire de testament valable s'il n'avait d'abord passé le ruisseau devant 
sa demeure, en présence des témoins et du notaire : l'acte devait 
mentionner que le testateur avait passé le riot. 

Puffendorf cite une autre loi locale qui ne permettait à l'homme 
malade de lester, que lorsqu'il avait d'abord eu la force de se lever et 
de peser lui-même un marc d'argent. 

Succession, Renonciation. — c Le plus ancien des Eschevins plaça 
un bonnet au milieu des héritiers légitimes et leur donna à chacun 

(1) «... Cum ramo et cespile jure rituque populari, idem sanctum est et ralioûabililer 
fîrmatum. » (A/iV. no t. Belg. 435). 

«... Chose par lui acquise par rain et baslon. » (Lille, ch. vu, etc. — Orchies, cb. 
xi, art. 4. — Armentières % art. 3. — [imiens, art. 33. — Douai, ch. in, art. 2 ; cb. 
xiif, art. 4). 

(2) « Per banc charlulam donationis, sive per festucam ad opus sanctorum tradidi- 
mus, etc. » (Charte de 950 en faveur du monastère de Gembloux, près Bruxelles). 

« Triginla septem mensuras, quas a me tenebat, in m an us meas reddidit et festuça- 
vit. » (Charte de 1159, doonée par Philippe, comte de Flandre). 

« Et per judicium hominum e/festucavimus. » (Donation de 1236 faite par Jean 
Briennp). 



124 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

une paille ou fétu, en les prévenant qu'en signe de renonciation cha- 
cun d'eux devrait jeter la paille dans le bonnet ; et, suivant ce qui 
leur avait été prescrit, chacun des légitimâmes jeta sa paille dan» le 
bonnet (1). » 

À G and, un héritier apparent veut-il purger une succession à 
laquelle d'autres parents du défunt peuvent avoir des droits, il se pré- 
sente, après trois publications faites le dimanche dans l'imérieur des 
églises, devant le tribunal de la Vierschare. L'un des bedeaux de la loi 
(sergents), se plaçant au balcon de l'hôtel des Ëchevins, crie lente- 
ment et à voix distincte : a Y a-t-il quelqu'un qui se dise avoir quel- 
que droit dans la maison mortuaire de tel, ou qui à l'avenir voudrait 
s'en vanter, je l'appelle. » Le même cri est trois fois répété, et si per- 
sonne ne répond, le magistrat prononce la contumace et déclare ceux 
qui ne se sont pas présentés déchus de leurs droits (2). 

Cession de biens. — D'après la loi salique, celui qui aura tué un 
homme et n'aura pas de quoi payer toute la composition, devra pré- 
senter douze personnes qui affirment par serment qu'il ne possède 
rien autre que ce qu'il a payé. Puis il entrera chez lui, arrachera de 
la terre aux quatre coins de sa maison ; ensuite il se tiendra debout, 
à la porte et sur le seuil, le visage tourné du côté de l'intérieur, et de 
la main gauche lancera cette terre, par dessus son épaule, à son plus 
proche parent Enfin il devra, déchaussé et en chemise, franchir à 
l'aide d'un pieu, la haie dont la maison* est entourée. Ces formalités 
remplies, les parents devenaient propriétaires de l'héritage et devaient 
payer la composition. 

A ces formes toutes barbares et qui n'étaient suivies que dans un 
cas particulier, l'ancienne jurisprudence en substitua d'autres plus 
générales, qui n'étaient pas moins curieuses : Celui qui voulait faire 
cession de biens devait se présenter devant le juge, et là, délier sa 
ceinture et l'abandonner à ses créanciers (3). Ensuite il devait se ren- 
dre au pilori des halles, et y recevoir un bonnet vert de la main du 
bourreau (4) . L'obligation de prendre le bonnet vert a subsisté jusqu'à 
la Révolution, et beaucoup de jurisconsultes ont regretté que les fail- 
lis ne soient pas tenus de le porter (5). 

Ed. Edmont. 

(1) Gud. cod. diplom., 3.155. G ri mm, p. 148. 

(2) Coût, de Gand, rubr. 2f, art. 18 et ss. 

(3) Ord. de Louis XH, 1510, art. 70. 

(4) Sadval, Anliq. de Paris, t. II. 

(5) Méra. de la Soc. centrale du dép. du Nord, 183*2. — Cf. Dict. de Trévoux et la 
Grande Encyclopédie. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



125 



CONTES ET LÉGENDES DE BASSE-BRETAGNE (1) 



LXXIII 



LE MEUNIER ET L'OIE 




utrefois il y avait un vieux meunier 
ayant un fils âgé de vingt ans. Et il 
n'était pas encore marié. Un jour, il 
alla à la fête d'un village des environs, 
il resta à jouer aux cartes et aux domi- 
nos jusqu'à deux heures de l'après- 
minuit, et de retour à la maison il alla 
moudre du blé pour pouvoir aller encore 
le lendemain. Au moment où il allait 
laisser l'eau aller au moulin, il vit une oie qui nageait sur l'eau. Le 
meunier prit aussitôt son fusil et tira sur l'oie, mais il manqua son 
coup et l'oiseau s'enfuit épouvanté. Le lendemain, vers la même 
heure, notre meunier est de retour, il va voir si l'oie est encore revenue ; 
la voilà qui nageait gaiement sur l'eau, il prend son fusil et Pan...! 
Pan!..., mais l'oie n'est pas atteinte et s'enfuit le plus vite possible. 

Le lendemain il resta à la maison et lorsque la nuit arriva, il longea 
la rivière pour voir si l'oie arrivait; la voilà qui vient tranquillement; 
cette fois notre homme visa bien et il atteignit l'oie sans la tuer; aus- 
sitôt elle se jette sur la poitrine du meunier et lui dit : « Maintenant 
que tu m'as blessée, tu me nourriras. » 
— « Je veux bien, dit celui-ci, si je n'ai que ça à faire. » 
Alors il retourna à la maison ; arrivé dans sa chambre il voit à côté 
de lui une princesse, un lit de plumes très doux et très joli, c C'est 
moi l'oie que tu as vue, dit la princesse, et si tu veux je deviendrai 
ta femme : le jour je suis sous forme d'une oie, et la nuit, d'une prin- 
cesse ; mais ne dis rien à personne, ni même à tes parents. » — Non, 
dit le meunier. 

Le lendemain ils allèrent tous les deux se marier à la mairie, car ils 
voulaient faire comme les autres. L'oie prit la plume dans son bec et 



(1; Ces contes, de m«*me que ceux dfs t. XXI, p. 4G7 et XXII, p. 22, m'ont été 
communiqués par M. A. Dagoel, professeur de sixième au collège de Morlaix, qui les 
tenait dft ses élèves. 



126 revue des Traditions populaires 

signa sous le nom du meunier. Le maire ne les croyait pas, il prit 
cela pour une farce et les laissa signer. 

Dés lors, notre meunier était très heureux. Un jour, il alla comme 
d'habitude porter la farine à domicile; ce jour-là il passa par le bourg 
et resta à boire avec ses camarades. Gomme en entrant chez lui il était 
un peu ivre il ne put s'empêcher de raconter à ses parents ce que lui 
avait dit l'oie. Il n'avait pas encore terminé son récit quand il enten- 
dit un bruit, frou! frou! Il sortit et vit une voilure attelée de douze 
chevaux qui s'en allait au grand trot. C'était sa princesse qui partait. 
Il regretta ce qu'il avait.dit, mais elle était déjà loin. 

Quelques jours après il était seul à la maison, son père et sa mère 
étant partis à une foire. Il ne cessait de penser à sa princesse. Il résolut 
d'aller à sa recherche et prit l'argent qui se trouvait dans la maison. 
11 partit dans la direction prise par sa princesse, et à force de marcher 
il se trouva dans un bois et ne savait par où en sortir. La nuit tomba, 
et il se réfugia dans un arbre pour se cacher des bêtes féroces. Bientôt 
il entendit du bruit dans la forêt ; il croyait que c'étaient les bêtes sau- 
vages, mais il ne tarda pas à voir des hommes et des ânes chargés 
d'or et d'argent. C'étaient les voleurs qui venaient faire leur souper 
dans la forêt. Ils placèrent leur marmite juste au-dessous du meu- 
nier; on alluma du feu et la fumée étouffait notre pauvre homme qui 
craignait de dire un mot. Les voleurs ne parlèrent pas d'abord, mais 
au bout de quelque temps le capitaine donna ordre à ses hommes de 
dire ce qu'ils avaient volé : « Moi, dit l'un, j'ai volé des bottts, et quand 
je dis cent, je suis à cent lieues. » — « Moi, dit un second, j'ai volé un 
manteau, et quand je le mets on ne me voit pas. p — t Moi, dit un troi- 
sième, j'ai volé un fusil, et quand je dis : pend, tous ceux qui sont là 
tombent et quand je dis dépend, ils se relèvent sans mal. » Les voleurs 
accrochèrent à un arbre leurs merveilleux objets, ils se mirent à 
manger. 

Tout à coup, le sabot du meunier tomba dans la marmite et le3 vo- 
leurs s'enfuirent épouvantés, croyant qu'on les avait poursuivis. Le 
meunier descendit de l'arbre, prit le fusil, le manteau et les bottes et 
mangea ce qu'il trouva de meilleur, but du vin, du cidre et de la bière 
tant qu'il voulu. « Oh ! dit- il, c'est maintenant que je pourrai voyag' r 
sans me gêner. » Il dit « cent » et se trouva hors de la forêt dans un 
champ au bord de la route à cent lieues de là. Il vit passer deux gen- 
darmes et il mil son manteau et passa entre les deux gendarmes sans 
être vu. « C'est bien, dit-il; il dit c cent » et le voilà à cent lieues 
de là. 

11 se trouva près d'une maison souterraine ; il y entra, une vieille 
femme assise près du feu faisait la bouillie pour ses enfants. La vieille 



. RËVL'E DES TRADITIONS POPULAIRES 127 

lui demanda ce qu'il venait faire et elle lui dit de s'en aller ou que ses 
fils le mangeraient. — « Pas possible, je suis venu les voir, je suis leur 
cousin. » — a Et de quelle part es-lu leur cousin? » — a Tu sais bien, 
dit le meunier, que leur grand'inère et la mienne avaient quatre jambes 
entre les deux. » — « Eh bien ! asseyez-vous, pour vous chauffer un 
peu. » Un peu après, la vieille lui dit : a Cache-toi au dessous du lit, 
de peur que mes fils ne te mangent. » Peu de temps après il entend : 
« Boum, boum ! c'était son petit-fils qui arrivait ; la vieille se plaça près 
de la porte : « Doucement, mon fils, dit la vieille. » — a Qu'est-ce que 
vou3 dites, ma mère? Je sens du chrétien, si je le trouve, je le mange- 
rai. » — « Non, dit-elle, il n'y a personne ici que ton cousin qui est 
venu te voir. » — « Où est-il? » — « Il est ici, tu ne lui feras pas de 
mal alors ? » — « Non, dit-il, » puis le meunier se montra, a Bon, dit 
le géant, et de quelle part es-.tu mon cousin? » — « Tu sais bien, dit 
le meunier, ta grandmère et la mienne avaient quatre jambes entre 
les deux. » Puis la vieille lui dit de se cacher de nouveau, car il y avait 
encore deux autres fils à venir. Un instant après il entend : « Boum, 
boum! » mais beaucoup plus lourd. La vieille se place encore sur 
le seuil et lui dit : « Doucement, mon fils. > — « Qu'est-ce que vous 
dites, ma mère? Je sens du chrétien, si je le trouve, je le mangerai. » 
— a Non, non, mon fils? il n'y a personne ici, que ton cousin qui est 
venu te voir. » — a Où est-il, il faut que je le voie. » — « Tu ne lui 
feras pas de mal? • — a Non, si c'est mon cousin. » Et ce géant lui 
demanda comme l'autre de quelle part il était son cousin. » a Tu sais, 
dit le meunier, que ta grand'mère et la mienne avaient quatre jambes 
entre les deux. » Puis on lui dit de se cacher encore, car il y avait 
encore un autre fils, le plus terrible de tous. Dix minutes après il 
entend : « Boum, boum ! » mais beaucoup plus fort. La vieille se place 
de nouveau sur le seuil de la porte et dit : « Doucement, mon fils, tu 
jetteras bas cette petite loge d'ici. » — « Qu'est-ce que vous dites, ma 
mère. Je sens du chrétien, et si je le trouve, je le mangerai. » — a Non, 
non, mon fils, il n'y a personne ici que ton cousin qui est venu le 
voir. » — « Où est-il, demanda le géant. » — « Il est ici. » — « Montrez- 
moi le tout de suite. » — « Tu ne lui feras pas de mal alors ? » — 
« Non, si c'çst mon cousin. » Le meunier se montra. — a De quelle 
part es-tu mon cousin? » — « Tu tais bien, dit le meunier, que ta 
grand'mère et la mienne avaient quatre jambes entre les deux. » — 
c Oui, oui, dit le géant. » 

t Allons, mangeons l » dit la vieille, et ils s'assirent tous les cinq à 
table. Le dîner fini, la mère demanda à son fils où il irait demain. « Moi, 
dit-il, je vais à Naples finir mon travail et après j'irai à la noce qui y a 
lieu. » — « Moi, j'ai envie d'aller aussi, dit le meunier, d — « C'est trop 



J28 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

loin, et moi je marche vite. » — « Moi, je marche bien aussi, répondit le 
meunier. » — « Eh ! bien, si tu veux, tu viendras, il y a six cents lieues 
d'ici à Naples. » — « Qu'importe, dit le meunier, j'irai si je peux. — « H 
y a deux cents lieues de plaine, deux cents lieues de montée et deux 
cents lieues de mer. » — « Peu importe, j'essayerai toujours, dit le 
meunier. » 

Le lendemain, ils partirent de très bon malin. Cent et cent, dit le 
meunier, au bord de la mer, le géant allait aussi vite que lui et il 
allait avec le vent. « Maintenant, dit le géant, si tu peux poser ton pied 
sur ce rocher qui se trouve au milieu de la mer tu es de l'autre côté : » 
« Cent et cent » dit le meunier; les voilà de l'autre côté, « cent et cent 
et à Naples. » — « Va par là, dit le géaut au meunier, tu ne tarderas 
pas à trouver la maison des mariés, moi, je vais fiuir mon travail et 
après j'irai te rejoindre. » 

Il arriva bientôt pris de la maison des mariés, mit son manteau, 
entra, et courut de toutes parts chercher la mariée, mais ne la vit point 
d'abord. Enfin il la trouva dans une chambre où on était en train d'a- 
chever sa toilette et de lui mettre des fleurs; mais le meunier, sans être 
vu, les tirait et on avait beau les mettre elles tombaient à terre. Enfin 
la mariée ditxle la laisser seule dans sa chambre. C'était la princesse 
qui avait été la femme du meunier pendant quelque temps, et quand 
il retira son manteau la princesse le reconnut. » 

« Eh ! comment as-tu pu venir jusqu'ici? » dit-elle. — Tu vois bien 
que je l'ai pu. — Eh bien! j'allais me remarier, mais maintenant je ne 
le ferai pas. » Et elle donna Tordre de le dire à ceux qui étaient dans 
la chambre à côté, et à ceux qui étaient en bas. Ah ! quelle surprise ! 
et personne ne savait pourquoi. A midi on alla se mettre à table et à 
la fin du dîner la princesse se leva et dit : & Je veux vous demander un 
conseil; j'ai une armoire et j'ai perdu sa clef; j'en ai fait faire une autre, 
elle est faite, mais n'a pas encore servi; j'ai retrouvé la vieille qui était 
très bonne, laquelle me diriez-vous de prendre. » — c La vieille, » dit 
toute l'assemblée, « C'est ainsi que j'ai fait, moi, j'ai été mariée et j a- 
vais perdu mon premier mari, mais maintenant je l'ai retrouvé, lorsque 
j'allais me marier à un autre. » C'est alors qu'il y a eu du bruit tt du 
tapage. «Pend, dit le meunier, les voilà tous à terre. Maintenant, dit-il, 
allez-vous-en à la maison sans dire un mot ou bien vous êtes morte. 
Dépend, dit-il ! » et chacun s'en allait de son côté tout étonné sans dire 
un mot. 

Le meunier et sa princesse revinrent au moulin, le vendirent et. ils 
vinrent à Naples où ils passèrent d'heureux jours. 

Ckvaer. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 129 

LXXIV 
LA DAME BLANCHE DU RELECQ il) 

Au Relecq, il y a un grand élang. Par une belle matinée d'été, un 
enfant s'amusait à courir après un papillon qui voltigeait de fleur en 
fleur. Se voyant sur le point d'être pris, le papillon alla se réfugier 
sur un nénuphar qui se trouvait sur le bord de l'étang. L'enfant, 
entraîné dans sa course, ne put s'arrêter à temps et tomba dans l'eau. 
Aussitôt il disparut pour toujours. Lorsque la mère vint le chercher, 
ne le voyant pas, elle se douta de ce qui était arrivé et se mit à 
pleurer. Après avoir vainement cherché son fils, elle revint au bord de 
l'étang. Alors une voix venant du rameau d'un saule lui dit : 
« Pauvre mère, ne pleure plus ton cher petit, car j'ai vu un bel ange 
qui l'emportait dans son sommeil, bien loin de la terre. > 

Depuis ce jour, à l'heure de minuit, les feux-follets reluisent au 
bord du nénuphar. Et l'on voit une belle dame tout habillée de blanc 
sortir de dessous les roseaux et conter ses chagrins au rameau du 
vieux saule pleureur : c'est la mère de l'enfant. 

Les enfants des environs ont une grande peur de cet étang, car 
on leur a raconté cette histoire bien des fois, et on les menace de les 
y conduire lorsqu'ils sont méchants. Fouillard. 

LXXV 

LA FEMME ENLEVÉE PAR LA SORCIÈRE 

Il était une fois un jeune homme de Moêlan nommé Pierre-Marie. 
Le jour même de ses noces sa femme avait disparu. Or, un jour qu'il 
se lamentait sur la perte de sa femme, une colombe tomba à ses 
pieds. L'ayant prise, il vit sous son aile un papier ainsi conçu, c Une 
sorcière me retient prisonnière dans l'île de Trigolaine, mon cher 
mari, viens me délivrer ; prends une plume du fidèle messager et mets- 
la à ton chapeau. » 

L'ayant fait, il fut aussitôt transporté dans un pays inconnu où 
croissaient des fleurs magnifiques. L'une d'elles semblait se pencher 
vers lui ; il la cueillit et elle se transforma en une belle jeune femme 
qui lui dit : % Je suis la fée Bon-Cœur et ne devais reprendre ma 
forme première que le jour où l'on me séparerait de ma tige. J'ai été 

'1) Ce récit, ainsi que le suivant, a pu être influencé par des lectures. 

Tout XXIH. — Avhil 1!H«. 9 



1H0 HEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

métamorphosée par une sorcière qui retient la femme prisonuière à 
Trigolaine. Tu vas la voir, mais ne dis pas un seul mot devant elle, ou 
lu subiras le môme sort que moi. Si tu réussis, l'horrible mégère 
mourra quand le soleil aura quitté l'horizon. » Puis elle disparut. 

Alors Pierre-Marie entendit une voix qui disait : « Bonjour ! ne 
viens-tu pas chercher la femme ? » C'était la sorcière. 

Mais le jeune homme n'eut garde de répondre, et avec le dernier 
r oint de l'astre du jour, la sorcière disparut sous la forme d'une 
chauve-souris. 

A sa place apparut la fée iBon Cœur * montée dans un beau char que 
traînaient deux colombes. La fée invita Pierre-Marie à y prendre place. 
Le char traversa monts, vaux et mers et arriva enfin à l'île Trigolaine. 

Là, Pierre-Marie trouva sa femme dans un beau château, plein de 
bijoux, qui avaient appartenu à la vieille sorcière. Il y vécut heureux 
jusqu'à la fin de ses jours ; et sa vieillesse ainsi que celle de sa femme 
fut adoucie par des visites de la bonne fée. Louis Le Fur. 

LXXVI 

LES TROIS LÉONARDS 

Il y avait une fois trois Léonards qui ne savaient pas un mot de 
français. Ils entreprirent un voyage, et l'aîné dit aux autres : « Sur 
notre route nous aurons occasion de l'apprendre. » 

Cela dit, il? partirent et passèrent par une ville, où ils virent des 
f nfanls qui revenaient de l'école. En passant par un groupe d'élèves, 
ils entendirent l'un d'eux qui disait : * Trois Léonards ». Alors ils se 
dirent « Maintenant nous savons du français, » et ces deux mots-là 
furent pour l'aîné des trois. Quelques instanls après, ils virent deux 
enfants qui entraient dans une épicerie, et l'un d'eux dit : « Pour deux 
sous de figues ». — Ah! voilà mes mots à moi ! » dit le cadet. Après 
qu'on eut pesé les figues, comme la balance restait très bien en équi- 
libre, l'autre enfant dit : « Comme c'est juste !» — « Voilà mes mots », 
dit alors le plus petit des Léonards. 

A quatre lieues plus loin, ils rencontrèrent au bord de la route un 
homme qu'on venait d'assassiner et les gendarmes survenant au même 
instant leur demandèrent : « Qu'est-ce qui a tué cet homme-là? — Trois 
Léonards, dit le plus grand, — Pourquoi? demaude de nouveau le gen- 
darme. — Pour deux sous de figues, dit le cadet. — C'est bien, vous 
irez en prison. — Comme c'e^ juste! » dit le plus petit, et les gendarmes 
emmenèrent les trois hommes en prison, les mains liées derrière le dos. 

Jean Huon. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 131 

LXXVII 
LA POMME ROUGE (1) 

Une femme dit une fois à son garçon et à sa fille d'aller chercher des 
morceaux de bois dans la forêt et elle promit une belle pomme rouge 
du bank (coffre) à qui reviendrait le plus vite. 

La fille se hâta pendant que son frère restait à jouer aux canetles 
(billes), mais celui-ci prit une corde et attacha sa sœur à un arbre. Le 
jeune garçon arriva le premier, et commo il prenait une pomme dans 
le coffre, la mère laissa tomber le couvercle sur son cou, puis elle mit 
la léte de son fils à cuire dans la marmite. 

La sainte Vierge avait pendant ce temps détaché la petite tille qui 
retourna à la maison. Sa mère lui dit de faire le feu, mais le petit frère 

disait : 

Me hoër, gredt ket dein tan, 
Car hui losk me inéan. 
Ce qui veut dire : 

Ma sœur, ne me faites pas de feu, 
Car vous brûlez mon âme. 

Quand ce .fut prêt, la petite fille alla porter à dîner à son père. 
Celui-ci se débarrassait des os en les jetant à terre. La sainte Vierge 
qui se trouvait là recommandait à la petite de les laver dans la fontaine 
sans laisser tomber aucun d'eux. La petite qui n'avait que des moi- 
gnons (2) eut deux belles mains et le petit frère s'élança vers 1? ciel en 

disant : 

Me mamm en dès me lahet, 
Me sad en dès me débet, 
Me hoer en dès me gorhlet 
Ken kaer, ken kaer, 
liarh fetan Jan Pier. 



Ce qui signifie : 

Ma mère m'a tué, 

Mon père m'a mangé, 

Ma sœur m'a lavé 

Tant et mieux 

Dans la fontaine de Jean Pierre 
Puis il dit aussi : 

Ma sœur donnez-moi votre main 

Je vous mettrai en Paradis. 

La mère alla plus tard en enfer. 

il) Cf. l'os qui chaote, t. XXII, p. 28 29, conte recueilli aussi dans le Morbihan. 
(2) Cet épisode, qui 9e rattache au conte de la Fille aux mains coupées, a éti introduit 
ici sans être motivé. 



132 REVUE DES TRADITJONS POPULAIRES 



LXXVIII 

LK PKTIT HOUDEtR 

Uû petil garçon ne voulut pas manger et alla bouder un soir dans 
une carrière de pierres. On partit à sa recherche et on finit par le voir 
en croupe avec le hugul noz qui s'éloignait parfois pour revenir près 
de la carrière. 

Quand il fut un peu éloigné on entendait l'enfant gémir. Le len- 
demain on trouva l'enfant mort dans la carrière. 

LXXIX 

LK DÏÀULK CHASSÉ 

Une fois une femme voulait mettre du sel dans sa soupe, mais elle 
n'y parvenait pas. Enfin elle put le faire. Elle ôta le couvercle de la 
marmite et la suie de la cheminée tomba dedans. Elle voulut regarder 
à l'intérieur de la cheminée. Alors le diable lui posa un de ses pieds 
de cheval sur la figure. 

— Le diable est dans la maison, dit-elle. Je vais te brûler, diable, et 
elle alla pour prendre des fagots auxquels elle mit le feu. 

Mais le diable descendit au milieu de la flamme sans être le moin- 
drement gêné. 

Alors lafemmese mit à crier fort que le diable était dans lamaison. 

Une voisine l'enlendit et Ee proposa pour aller chercher un prêtre au 
presbytère. 

Le prôire vinl. 

— Tu n'es pas prêtre, dit le diable, car tu n'as pas ton rabat. 

— Si, je suis prêtre, j'ai mon rabat. 

Forcé de partir, le diable le fit en faisant pour s'échapper un grand 
trou dans le mur. Le soir on dansa tard. Au coup de dix heures une 
femme qui était assise près du feu avec un enfant dans les bras aper- 
çut le diable. L'enfant tremblait, quelqu'un alla chercher le même 
prêtre au presbytère. 

— Tu n'es pas prêtre, dit le diable. 

— Si, je suis prêtre. Tu vas partir. 

Le diable partit en faisant trois trous énormes dans les murs. La 
maison fut abattue par le tonnerre et celles qui étaient à côté aussi. 

J. Frison. 



HEVUK DES TRADITIONS POPULAIRES 



133 



PÈLERINS ET PÈLERINAGES 
GCXXXI 

LA JARRETIÈRE DANS LA MÉDECINE POPULAIRE EN FLANDRE 
(V. Revue des Trad. pop. % X, 16-17.. 

our se défaire de la fièvre, la paysanne 
flamande lie une de ses jarretières 
au treillage de certaines petites cha- 
pelles appelées pour cela « chapelles 
à la fièvre ». Un bout de cordon ou de 
laine, ayant été enroulé autour de la 
jambe, s'emploie également. Cet usage 
est répandu dans toute la Belgique 
flamande. 

La dite opération n'est qu'une mo- 
dification d'un usage beaucoup plus 
ancien, celui de transplanter une maladie sur un arbre sacré (fétiche), 
en y enroulant une bande d'étofle ou en y fichant un clou qui a été 
en contact avec le malade (ou la partie du corps où réside le mal). Cet 
usage primitif se retrouve encore dans quelques villages flamands : 
ici, on lie la jarretière à un arbre déterminé, un arbre sacré, abri- 
tant la chapelle du vénéré patron ; là, à l'un ou l'autre des arbres qui 
entourent un sanctuaire; ailleurs à un arbre quelconque. Dans la 
Hollande on emploie ordinairement un lien de paille, ce qui se voit 
aussi aux environs de Liège (1). 

Partout il est enjoint, une fois l'opération faite, de s'éloigner rapide- 
ment et sans se retourner. Celui ou celle qui enlèverait ces jarretières 
gagnerait la fièvre dont le malade s'est défait ; aussi, les mères recom- 
mandent-elles bien à leurs enfants de n'y pas toucher. 

A. de Cock. 

GGXXXII 

LES KX-VOTO 




A Andenne(2), les pèlerins déposaient aux pieds de Madame Sainte 
Begge des offrandes en nature : « pour de le lavmc (laum, miel, en 
patois local) xviu aidans(3) », (poste de 1489). 



:I Wollonia, l. 43. 
2 Chapitre de Darnes Nobles. 
M Ancienne monnaie. 



134 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Avec le miel figuraient d'autres offrandes, telles que des « cocqs » 
(coqs), pœlhs (poules), cappons (chapons), veau, pourcheau, voire même 
des cotte et collereau, qu'on déposait aux pieds de Madame Sainte Begge. 

On réalisait ces oflrandes et le produit en était versé dans la cause 
des Reliques. 

[Le trésor et le Sacristie de la Collégiale d'Andenne (Namur), dïaprès les inven- 
taires du xv* et xviil* siècle, dans les Annales de la Société archéol. de Namur, 
XXI, 46.] 

— Parmi les ex-volo, figurant dans le trésor d'Andenne et offertes à 
sainle Begge, on trouve, c quatre cœurs figurés de sainte Begge, deux 
béquilles, un marteau, figure d'un enfant, une jambe, le tout en argent. 

[Le trésor et la sacristie, etc.. . ouv. cité, 13.] 

— En note, même ouvrage, p. 41, on trouve la mention précédente, 
mieux expliquée : 

« L'inventaire de 1764 porte à cet article : « Quatre cœurs, une mé- 
daille avec l'Effigie de sainte Begge (encore aujourd'hui attachée à la 
châsse de la sainte), la représentation d'un enfant maliolé, une jambe, 
deux béquilles, un marteau et un cercle, le tout d'argent, offerts à 
Madame Sainte Begge pour les grâces obtenues en forme de miracles. » 

Alfred Harou. 



LE PEUPLE ET L'HISTOIRE 
LI 

MARLBOROUGH 

Ce général anglais a laissé des souvenirs dans le peuple, en Belgique. 

A Maeseyck (Limbourg belge), le dernier jour de la kermesse on 
brûle un mannequin, appelé Marlborough, et ses cendres sont jetées 
à la Meuse. 

Alfred Harou. 




IŒVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 135 



PETITES LÉGENDES CHRÉTIENNES 
LXXXII 

SAINTE MARIE DES PLEURS, A WORMHOUT (NORD) 

Au commencement du xv e siècle, il se produisit un miracle dans 
l'église de Wormhout. On raconte que le 25 avril 1406, la figure de la 
statue de la sainle Vierge exposée dans sa chapelle de la nef de droite, 
prit la physionomie d'une femme en larmes, et que des pleurs sem- 
blèrent couler de ses yeux depuis le matin de très bonne heure jus- 
qu'après les vêpres, à la vue des curés de Wormhout, de Ledringhem, 
d'Ekelsbeke, ainsi que de leurs paroissiens. 

Depuis ce jour, Notre-Dame de Wormhout fut appelée Heilige Maria 
van Traenen ou Sainte Marie des Pleurs et devint l'objet d'un pèlerinage 
plus important que jamais. 

LXXXIII 

UNE PÊCHE MIRACULEUSE A DUNKKRQUE 

En 1642, des pêcheurs de Dunkerque étaient à la mer. Dans l'un de 
leurs coups de filet ils amenèrent à bord une énorme quantité de poissons 
et, à leur grande surprise, uue statuette de la Vierge. Dès le retour du 
bateau, le bruit de cette bonne fortune se répandit en ville, et bientôt 
la précieuse statuette fut portée processionnellement à l'église des 
Capucins, où elle obtint instantanément une vogue inouïe. Faulcon- 
nier raconte que plusieurs personnes en reçurent des faveurs et qu'un 
des pêcheurs de l'heureux équipage, ayant été pris quelque temps 
après par les Hollandais, fit un vœu à la sainte madone des Capucins, 
et qu'aussitôt les chaîues dont il était garrotté lui tombant des mains, 
il sortit du cachot où il avait été enfermé. 

Ed. Edmont. 





136 REVUE DES TKADITIONS POPULAIRES 

LES STATUES QU'ON NE PEUT DÉPLACER (1) 
XXXII 

XVIII. — NOTBE-DAME DE REMÈDE, A LIERRE (2) 

côlé de la porte de Béguinage, dans 
une niche fermée par un châssis de 
verre, se trouve une grande el très 
vieille image de la mère de Dieu, 
nommée Noire-Dame de Remède, et 
toujours éclairée par la lumière 
d'une bougie. Selon la légende ri- 
mage est arrivée à Lierre d'une fa- 
çon miraculeuse, ce dont témoigne 
également l'inscription suivante : 

O honigh zoete Beld uyt Holland langs de baeren 

Der zee hier aengespoelt en in ons?stad gevaeren, 

Ons tegcn oorlog en tegen pest bevryt 

In allen noot ons Moeder van Remedi zyt. 
(Traduction : O douce Image apportée ici de la Hollande par les flots de 
la mer et arrivée en notre ville, qui nous délivrez de la guerre et de la 
peste, qui, dans tous nos besoins êtes notre Mère de remède.) 

La tradition rapporte qu'anciennement l'image élait placée dans 
une niche pratiquée à l'intérieur de la porte, ayant alors le Béguinage 
devant elle ; mais par trois fois on la trouva changée de pose, tour- 
nant le dos au couvent et le visage vers la rue. Ayant acquis ainsi la 
conviction que telle était la volonié de Dieu, on ferma la niche à l'in- 
térieur de la porte et en fit une nouvelle du côté de la rue; on y plaça 
la statuette miraculeuse et elle y est encore aujourd'hui. 

XXXIII 

XIV. — NOTRE-DAME DE WUESTWEZEL (3) 

Selon une vieille tradition, datant de plusieurs siècles, mais vivant 
encore aujourd'hui dans la bouche du peuple à Wuestwezel, une sta- 

(i) Suite, cf. t. XX11I, p. 6i. 

(2) Cette légende, ainsi que plusieurs autres de cette petite série de variantes 
flamandes sur le thème des Statues qui ne se laissent pas déplacer, sont tirées des 
recueils de Saint Schoutens, Mariais Anlwerpen, MarUïs Vlaandtren, Maria'* Bra- 
bant, M aria* s Limbuvg. 

(3) Au nord-Cbl d'Anvers. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 137 

tuette de Notre-Dame, poussée par les eaux de la petite rivière l'Aa, 
arriva en ce village campinois. On prit l'image et on la plaça dans l'é- 
glise paroissiale, d'où elle disparut pendant la nuit. Le lendemain on la 
retrouva au même endroit du bord de la rivière. Ce fait miraculeux se 
renouvela plusieurs fois. Alors les pieux habitants du village se 
dirent ; « Il est évident que Dieu veut que sa mère soit vénérée en 
cet endroit même ; construisons-y une église. » La situation de cette 
église corrobore l'existence de la légende, car le terrain, très bas, près 
de la rivière, semble mal choisi pour porter une construction aussi 
lourde. Déjà au XV e siècle Wuestwezel était connu comme un lieu 
de pèlerinage, où Ton vint invoquer la mère de Dieu ; celle-ci est 
encore aujourd'hui la patronne de l'église, mais il n'en resté rien 
d'autre. 



XXXIV 

XX. — NOTRE-DAME DK BREEDANE (1) 

Dans les dunes à Breedane, à quinze minutes de l'église, il y a une 
petite chapelle, où les pèlerins, surtout les pêcheurs d'Ostende, vien- 
nent implorer le secours de la sainte Vierge. La tradition rapporte que 
l'image qui y est vénérée, fut trouvée par quelques personnes pieu* es 
près d'un puits existant encore aujourd'hui à côté de la chapelle. 
Elles firent connaître leur trouvaille au clergé du village qui vint pro- 
cès sionnellement chercher la statuette pour la porter à l'église. Le 
lendemain elle y avait disparu et fut retrouvée près du puits. Gela 
arriva plusieurs fois et fut la cause qu'on y bâtit uu petit sanctuaire 
où affluèrent bientôt les pèlerins. L'eau du puits s'emploie surtout 
pour les maladies des yeux. 



XXXV 

XXI. — NOTRE-DAME DE SECOURS, à LISSE WEG HE (2) 

La statuette de Notre-Dame de Secours, vénérée en l'église de Lis- 
seweghe, est très ancienne. On raconte qu'elle fut découverte parmi 
les joncs ou les roseaux d'un puils et que les bateliers de Heyst-Sur- 

(1) Près d'Ostende. 
(2 } Au nord de Bruges. 



138 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Mer la revendiquèrent comme leur appartenant. Les habitants de 
Lisseweghe craignant les gens de Hey s leur cédèrent la statuette : mais, 
le lendemain ils la retrouvèrent sur l'autel de leur église. D'autres 
disent qu'au-dessus du puits on érigea une chapelle qui fut l'origine 
de la célèbre abbaye de Ter Doest et sur l'emplacement de laquelle 
se trouve aujourd'hui la grande nef de l'église. Il n'y a toutefois 
pas de certitude quant à l'existence du puits. « Pour consacrer le 
souvenir de ce fait miraculeux, dit Eug. van Bemmel (Belgique illus- 
trée, I. 371-372), on creusa un puit3 au milieu de l'église. • 



XXXVI 

XXII. — NOTRE-DAME DE TRONCHIKNNES (1) 

L'image de Notre-Dame, vénérée aujourd'hui dans l'église parois- 
siale de Tronchiennes, se trouvait anciennement dans une petite cha- 
pelle du couvent de Thérouanne, où elle fut, de la part d'un certain 
religieux, un objet de profonde vénération. Mais celui-ci étant devenu 
évêque, oublia l'image. Cela déplut tellement à la sainte Vierge qu'elle 
ne voulut pas y laisser son image, elle jour de la Pentecôte on trouva 
celle-ci placée au haut du mur de l'église. L'image se tournait vers 
l'Orient et de ce point de l'horizon on vit arriver deux pigeons blancs, 
apportant de l'enceps dans leur bec ; et bientôt les fumées de l'encens 
se répandirent autour de l'image. Les religieux et le peuple accourus 
de partout furent les témoins de ce prodige. Ils allèrent, très respec- 
tueusement, prendre l'image pour la reporter à la petite chapelle du 
couvent, mais le lendemain on la retrouva sur le même mur d'église. 
On comprit alors que Dieu ne voulait pas laisser l'image de sa mère en 
cet endroit et on lui adressa des prières pourqu'il voulût bien indi- 
quer par un signe quelconque où elle désirait être poriée. A la fin on 
décida de suivre le vol des deux pigeons et de porter l'image là où ils 
s'arrêteraient. Un prêtre aveugle qui, en louchant les pigeons, venait 
de recouvrer la vue, prit l'image et suivit ceufc-ci dans leur vol. Ils 
passèrent d'abord par Courtrai, puis par Gand et continuant dans 
cette direction ils s'arrêtèrent à Hulsterloo, (2) un hameau de Kiel- 
drecht, au nord de Saint-Nicolas. Là, dans un lieu désert, les pigeons 
s'installèrent sur un arbre et se mirent à y former un nid. Ce que 

; 

(1) Près de Gand. 

(2) 11 est question de ce hameau dans l'épopée flamande de Renarl le Goupil 
{lietnaert de Vos). 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 139 

voyant, le prêtre y attacha l'image de la Vierge, se construisit là un 
ermitage et y passa le reste de ses jours. D'autres ermites vinrent 
s'y fixer et plus tard on y bâtit une église, confiée à des Religieux de 
l'Abbaye de Tronchiennes. Les Gueux du XVI« siècle voulurent brû- 
ler l'image — une statuette de bois — mais ils n'y réussirent pas. 
Quand Hulslerioo fut envahi par les eaux, on dut quitter ce pays, 
transportant en même temps l'image miraculeuse à l'Abbaye de Tron- 
chiennes. Surtout les femmes en travail d'enfant vinrent l'y invoquer. 
Aujourd'hui l'image se trouve &ur l'autel de Notre-Dame à l'église 
paroissiale de Tronchiennes. 



XXXVII 

XXIII. — NOTRE-DAME AUX SEPT- DOULEURS, A GAND 

En l'église du Saint- Sauveur, à Gand, on vénère une image de la 
Mère de Dieu, connue sous le nom de Notre-Dame aux Sept Douleurs. 
Voici ce que la tradition rapporte. A la fin de 1584 quelques passants, 
non loin de la Porte de Muide, remarquèrent une statuette de bois de 
Notre-Dame flottant sur l'eau de la Lys. Ils la retirèrent de la. rivière 
et furent fort étonnés de ce qu'une statuette aussi lourde pût flotter 
sur l'eau. Ils allèrent déposer l'image contre la façade d'une église 
voisine, dans la conviction que lee prêtres ou les bedeaux la trouve- 
raient bien là. Le lendemain matin on retrouva la statuette dans 
l'église à côté de la porte de la sacristie. On la plaça ailleurs, croyant lui 
accorder une place plus convenable, mais le lendemain elle se retrouva 
encore près de la même porte, et le fait se renouvela encore plus d'une 
fois. Ce miracle s'ébruita en ville et dans les environs, et aussitôt que 
la statuette obtint sa place définitive dans l'église de Saint- Sauveur, 
on y vit affluer les pèlerins. 



XXXVIII 

XXIV. — LA CHAPELLE DE L' « OOSTBROEK », A NEVELE (1) 

A Nevele, près du centre du village, se trouve une prairie, nommée 
VOaslbroek. Il n'y a pas encore longtemps, tout le monde pouvait y 
faire paître ses vaches. Or, au temps jadis, un vacher trouva en cet 

(1) Flandre Orientale, au sud-ouest de Gancl. 



140 BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

endroit, dans un buisson d'épines, une petite statuette en bois de la 
Sainte-Vierge qu'il prit avec lui à la maison. Mais le lendemain elle 
avait disparu pour retourner au buisson, où le vacher la retrouva. Ce 
fait merveilleux se renouvela par trois fois. Des personnes pieuses y 
érigèrent alors une petite chapelle, agrandie et embellie plus tard, où 
l'image miraculeuse est encore vénérée aujourd'hui. 



XXXIX 

XXV. — LE SAINT PUITS d'BXAERDE(I) 

Le seigneur de Hontenisse (2} fit abattre un arbre d'une de ses 
propriétés à Exaerde. En creusant en terre, l'ouvrier découvrit un 
crucifix, puis un deuxième et il les mit de côté. Continuant son 
travail, il heurta de la bêche un troisième crucifix et il vit avec 
stupéfaction que celui-ci saignait. Mais quand il voulut prendre ce 
crucifix, il s'enfonça et devint invisible. Notre homme se remit à 
fouiller la terre, mais à chaque coup de bêche le crucifix s'enfonça 
plus profondjnent de sorte que, après avoir creusé inutilement un 
puits très profond, il cessa ses recherches. Le lendemain l'ouvrier 
remit les deux crucifix au seigneur de Hontenisse, mais voilà que le 
matin suivant, ils avaient disparu et notre homme les retrouva à 
Exaerde, à côté du puits. Une deuxième et une troisième fois l'ouvrier 
reporta les saintes croix à Hontenisse, mais en vain, elles retournaient 
toujours à Exaerde. Alors le propriétaire fit ériger près du puits une 
petite chapelle où les croix miraculeuses furent placées. Depuis ce 
temps une foule de personnes, parmi lesquelles beaucoup de Hollan- 
dais, y viennent vénérer les crucifix. 

Plus tard on a entouré le puits d'une margelle en pierres de taille, à 
hauteur d'homme. Le populaire raconte qu on n'a jamais su mesurer 
la profondeur du saint puils. Les pèlerins font trois fois, en priant, le 
tour de la chapelle, et ensuite celui du puits. Si je ne me trompe, on 
bénit chaque année l'eau du puits, et les jours des Rogations on place 
à côté de la margelle un seau d'eau, dont le pèlerin se sert en se signant. ' 

À. de Cock. 



(1) Au nord d« la Flandre Orientale. 
(2i En Zélande. 



REVIT R DES TRADITIONS POPULAIRES 141 

LE FOLKLORE DU LIMBOURG HOLLANDAIS 

» (Suite). 

XIV 

PROVERBES ET DICTONS (1) 

Recueillis à Maastricht. 

1. Es me van den duvel sprikt, zuut me zienc slarl. 
Lorsqu'on parle du diable, on voit sa queue. 

2. Den appel vilt ncel wiei van de boum, 
La pomme ne tombe pas loin de l'arbre. 

3. Eue môrgesregcn doort zoe lang es ene auwe wieverdans. 

Une pluie du matin dure aussi longtemps qu'une danse de vieille 
femme. 

4. Zoe zak, zoe zaadgood. 
Tel le sac, tel le contenu. 

. 5. Dee lank heefù, liet lank hangen. 
Qui a beaucoup, peut beaucoup dépenser. 

6. Es de vos de Passie preekt, boer^ pas op den ganzen . 

Lorsque le renard prêche la Passion, paysan, gare (attention) à tes 
oies. 

7. Dee good smeert, dee good veurt. 

Qui graisse bien — roule bien (En d'autres termes : la roue, bien 
graissée, roule bien). 

8. Enejonge schilder en ene jonge musikanl zien auw bedeleers. 

Un jeune peintre et un jeune musicien sont (deviendront) de vieux 
mendiants. 

9. Wie de auwe fluilen, zoe pitpen de jonge. 

Gomme les vieux sifflent (chantent), les jeunes crient. 

10. Kinder en zaate lui zecken altied de wœrhctU. 

Les enfants et les ivrognes disent toujours la vérité. 

1) Ces dictons sont écrits en patois liinbourgoois. 



Ml . REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

41. Vriedays weer, zondags weer. 
Temps de vendredi, temps de dimanche. 

12. Zoe bang es enen ezel dee de zak afvilt. 

Avoir peur comme un âne qui laisse tomber, son sac. 

13. Es /tel régent, en de zon scheint, is het kermis in de hel. 

S'il pleut, et si le soleil luit, en môme temps, c'est kermesse en enfer. 

14. Wal de boer neet kint, dot vrit heer neet. 

Ce que le paysan ne connaît pas, il ne le mange pas. 

45. De beste peerd sloan op stal. 

Les meilleurs chevaux se trouvent à l'écurie. 

16. Dee heet het achler de mouw zilten. 

Il Ta derrière sa manche (c'est un hypocrite). 

47. Niks zoe aerm uls een kerkemoes. 
Rien de si pauvre qu'une souris d'église. 

18. Dee kômt nog ins te laal op het leste oordeel. 
Il arrive encore trop tard au dernier jugement [se dit à an retar- 
dataire, à celui qui arrive après les autres}. 

49. Met Saint-Jaant vink me ene ves ofene maan, 
A la Saint-Jean, on pèche un poisson ou un homme. 

20. Dee stinkt nao de scheup. 

Il sent la pelle (il a une mauvaise odeur, il sent la pelle du fossoyeur, 
i! va mourir). 

21. Dee de scheun past, dee treek 't hem aon. 

Celui à qui le soulier va, il le chausse (se dit de celui qui se formalise 
d'une allusion.) 

22. Wie den duvel is, zoe trowt heer zen gasten. 

Comme le diable est lui-même, ainsi il marie ses hôtes (Le diable 
juge les autres d'après lui-même). 

23. Van de vreun, mos te het hubbe. 

Quand vous avez des désagréments, ils viennent toujours de vos 
amis, ou : ne vous fiez pas à vos amis. 

24. Krollende /momi, 
Krollende ziïQien. 

Cheveux bouclés, idées bouclées (saugrenues). 

25. Kranke wagens loupen het langs. 

Les chariots malades (vieux, détériorés) roulent le plus longtemps 
(Se dit d'une personne atteinte d'une maladie qui lui permet d'arriver à 
une vieillesse avancée'. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 1 i3 

26. Kinder en gekken, 

Kinnen mie vraogen as tien iveize, 
Kinne béant ivoorden. 

Les enfants et les fous peuvent poser plus de questions que dix 
savants ne pourraient résoudre. 

27. Eiene waol maakt mie leven es tien fatsoenlyke lai. 

Un Wallon fait plus de tapage que dix personnes convenables, bien 
élevées. 

28. Zou gauw es de Kruin geschoren. 
In de gicrigaard drin geboren. 

Liit. : Aussitôt la tonsure rasée, aussitôt un avare est né (le prêtre 
passe pour être avare. L'homme change d'après sa position, ou l'habit 
fait le moine). 

29. Wach dich veur ailes wat van God geteikent. 

Fais attention à tout personne masquée de Dieu (défie-toi de toute 
personne conformée autrement que les autres, des personnes anor- 
males). 

30 Dao, bin ich zonder zeip geschoren gewoorden. 

Là, on m'a rasé sans savon (1) (on m'a dit brutalement la vérité). 

31 . Laot eeder veur zien eigen deur Keeren. 

Que chacun balaie devant sa porte (qu'on ne s'occupe pas de ses 
voisins.) 

32. Lank en smaal % 

Steel zoe kaal, 

Kort en dik f 

ls neet geschih, 

Middelmaot dat 

Seerl de slraat. 

Long et mince, 

C'est laid, 

Court et gros, 

N'est pas commode, 

La mesure moyenne 

Ça honore la rue (chant d'enfant). 
Il faut en tout prendre la bonne moyenne. 

33. Dee zouw s'ieeven hier van V kruits af beien. 
Celui-ci serait capable de faire descendre le Christ de sa croix, par 
ses prières. Il vous ferait croire le3 choses les plus invraisemblables. 

(1) En Wallonie raser sans savon, c'est ennuyer quelqu'un de foIs propos, le raser 
au moral). 



1M HEVUE DES TRUSTIONS POPULAIRES 

34. Den aap kômt altied oui de mow kieken, (i) 

Le singe sort toujours de la manche (chassez le naturel, il revient au 
galop). 

35. Dee is den duvel le plat aof. 

Il est plus malin que le diable; ou bien : Dee is out de hel gekropen 
wie den duvel sleep, celui-là est sorti de l'Enfer lorsque le diable dormait. 

36. Kraeinde hinne en fluilende vrouwlui dougen ntet. 

Les poules qui chantent et les femmes qui sifflent ne valent rien. 

37. Ins kômt hel manncke veur zie geld (un jour le bonhomme viendra 
réclamer son argent). 

Se dit souvent aux jeunes gens, qui ont une mauvaise conduite; 
tôt ou tard, la maladie ou la pauvreté viendra les atteindre. 

38. De pastoor zegent sich altied het iersl. 
Le curé se signe toujours le premier. 

39. De Kerk in 7 midden von 9 t deurp laolen. 
Il faut laisser l'église au milieu du village. 

40. Dee souws te de communie geven zonder te beechten. 
On lui donnerait la communion sans confession. 

41. Dee luigt wie gedrukt, wat heer z'-ch beit. 

Il ment presque autant qu'où imprime, (on imprime aujourd'hui 
beaucoup, il ment autant.) 

42. Dot dich God betoaart dan bis le van den duvel bevreidt. 
Si Dieu te garde tu es préservé du diable. 

43. Die liet sich liel graas onder de veuj wegmeien. 
Celui-là se laisse couper l'herbe sous les pieds. 

44. Eder huiske heet zie kruiskr. 
Chaque maison a sa croix. 

45. Twie han op eine buik. 

Deux mains sur un ventre. Ce sont deux compères. 

46. Ou bien encore dans le même sens : Die likken ondcv ein deken 

(Ils sont couchés sous la même couverture}. ! 

47. Vraag aan mie broov, nf ich eine schelm ben. 

Demande à mon frère, si je suis un voleur (a pris le même sens ' 

que les précédents). Alfred Iïarou. I 

(1) Le» saltimbanques, joueurs d'orgue, etc. sont souvent accompagnés de petits 
singes qu'ils portent sous leurs vêtements, afin de les prémunir contre le froid. Ces i 

singes, curieux de leur naturel, passent souvent la tête par un interstice des vêtements 
pour voir ce qui se passe à l'extérieur. | 



RKVUE DKS TRADITIONS POPULAIRES 141) 



TRADITIONS ET SUPERSTITIONS DE BASSE-BRETAGNE 

XXXIX 

l'oignon fatal 

« Ne laissez jamais dans une maison une moite d'oignon épluché, 
t inutilisée, vous seriez certain dy voir entrer la maladie et le 
« malheur. » 

Cet apophtegme m'a été dit par une femme de Sarzeau Morbihan , 
qui n'était jamais sortie de Sarzeau. Elle m'a donné « la preuve > de ce 
qu'elle avançait. Son défunt grand-père, pendant sa dernière maladie, 
ayant vu un morceau d'oignon, oublié par mégarde, avait crié : « C*est 
donc comme çà que vous voulez ma mort ! » Le pauvre cher homme ! 
C'est arrivé comme il l'avait prévu : il est décédé ! 

H. de Kerbbuzbc. 
XL 

LA BAGUETTE DIVINATOIRE 

La baguette divinatoire a pour but de découvrir ce que Ton cherche: 
sources, trésors cachés, repaires de voleurs, objets perdus, etc., etc. 

Pour se la procurer, on opère de cette manière: On cherche au lever 
du soleil, une tige fourchue de noisetier sauvage, appelé Keneneu garh. 
Il faut que cette tige n'ait jamais porté de fruits; on la saisit de la main 
gauche et on la coupe en trois avec un couteau neuf et en prononçant 
en même temps certaines paroles magiques. Quand on veut se servir 
de la baguette, on la prend par les deux branches et on lui commande 
de tourner à l'endroit voulu. Ce fait m'a été raconté par une vieille 
femme, réputée sorcière, à qui j'avais fait la charité, et qui possède, 
assure-t-on, des recettes extraordinaires, 

J. Calloc'h. 



Tome XXIII. - Avril 1903. K> 



1 W REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



PETITES LÉGENDES LOCALES 



DCLVIII 

LES PAINS CHANGÉS EN PIERRES 
{Légende flamande). 

Un jour, une femme demanda un pain à prêter à sa voisine, qui 
répondit qu'elle n'en avait pas : « Cependant, reprit la première, vous 
avez cuit du pain cette semaine. » 

— « Il m'est impossible de vous rendre ce service; dit de nouveau 
sa voisine, et je veux que Dieu et sainte PharaïLde changent tous nos 
pains en pierres, si j'en ai plus d'un demi dans la maison. » 

Cette imprécation fut entendue du Ciel. Au lieu de pains, la voisine 
ne trouva plus dans son coflre que trois pierres et demie. 

Le peuple connut bientôt ce miraole, et les pierres furent portées à 
la chapelle de Sainte- Pharaïlde, à Gteetbroeck, où elles restèrent en 
grande vénération jusqu'au moment où l'église de Sainte -Pharaïlde, 
à Gand, en devint dépositaire. 

(Annal, de la Soc. royale des Beaux- A ris et de Littérature de Gand, I, -201 , 202. ) 



DCLIX 

LE RAVISSEUR PUNI 
[Légende ardennaise). 

A une époque que la tradition ne s'est pas donné la peine de pré- 
ciser, le château de Montjardin (Ardennes belges) était la propriété 
d'un de ces tyrans féodaux, sur la rapacité desquels les souvenirs 
populaires ne tarissent pas. Celui-ci laissait loin derrière lui tous les 
brigands, ses confrères, et il pouvait se vanter d'ôtre devenu la terreur 
et l'exécration de la contrée. Un jour il enleva de vive force, d'un 
monastère voisin, une religieuse dont la beauté avait allumé dans son 
cœur une passion brutale et l'entraîna dans son repaire. Ses sollici- 
tations restant sans succès, il allait ajouter un nouveau crime à la 
longue liste de ses méfaits, quand la pauvre jeune fille lui présente 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 147 

une image de la sainte Vierge qu'elle tire de son sein. Le ravisseur, 
un instant indécis, retrouve bientôt sa première audace, et repoussant 
avec violence l'emblème vénéré, met la main sur sa victime. Tout à 
coup le tonnerre retentit et le château s'écroule sur tous ceux qu'il 
renferme. 

(J. Pi m pur m ux, Guide du voyageur en Ardcnnes, t. I, p. 51.) 

Alfred Harou. 



LEGENDES ET SUPERSTITIONS PRÉHISTORIQUES 

CXLVI 

ILB DE GUERNESEY 

En arrivant près d'un cromlech assez remarquable, et d'environ dix 
pieds de haut, j'ai demandé à un vieux berger d'où venait cette roche ; 
voici sa réponse : « Mais vère, j'ai ouï dire à des vieilles gens que 
t'ché du temps des fês, et que t'ché une petite femme qui l'porti là 
dans son devanti (tablier) ; épi d'o très disentque chô là que les petit's 
gens (les fées) jouaient aux platles (quilles), et picquirent chette roc 
pour la merque assai. » 

(Adolphe Dblahaye, Journal d'un aspirant de marine adressé à sa sœur. 
Journal des Jeunes filles, 15 septembre 1849.) 
Pierre Laurent. 

CXLVH 

UNE PIERRE A GLISSADE EN BOLIVIE 

Une des grandes pierres taillées des ruines de Puma-punco, à Tiahua- 
naco (Bolivie — Haut plateau) aujourd'hui déplacée et inclinée. Les 
enfants y vont glisser et ont laissé des traces très marquées qui mon- 
trent que cet usage doit être ancien. Les grandes personnes aussi, m'a- 
t-on dit, y vont glisser dans une intention que l'on ne m'a pas précisée. 

A. DE MORTILLET. 



1 18 HEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

LES BOHÉMIENS (1) 
III 

EN WALLONIE 

Prés de Grand-Leez (Namur), se trouve un chemin appelé Ruelle 
Egyptienne. 

La tradition rapporte que des familles bohémiennes y avaient établi 
leurs tentes, et baptisaient leurs enfants en faisant un bruit épouvantable. 
Leur empereur, dit-on, les fit déguerpir de là. 

{Annales Société arehéol. de Namur, t. XVI, p. 9.) 

Alfred Harou. 



LES MÉTIERS ET LES PROFESSIONS 

G 
cris des rues a SOTTEVILLE-LES-ROURN (Seine-Inférieure). 

Maquereau. Qui veut du beau chasse vie, chasse ire. 

Rocaille. Salicoque, coque, coque, coque, salicoque. 

Merlan. Cailleux du gros, du bon gros. 

Marrons. Marrons cuits, marrons rôtis. Marronner, Messieurs, faites 
marron ner vos Dames. 

Merlan. Du beau merlan dur. 

Les railleurs ajoutent à ce cri: IL faut que tu l'endures ; ou encore : 
Ta mère l'endure. 

Marie Chevallier. 

(1; Cf. t. III, p. 648. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 14 ( J 

LES 

TRADITIONS POPULAIRES & LES ÉCRIVAINS FRANÇAIS (1 ) 

lui 

Ambroise Paré 



Introduction — Ghap. III. — On dit en commun proverbe : 

Le chirurgien ayant la face piteuse 
Rend & son malade la plaie venimeuse. 



Dos animaux et de Vexcellence de l'homme. 

Ghap. i. — L'ibis et semblablement la cigogne nous a montré l'usage 
des ely stères... 

L'hippopotame nous a enseigné la pblébotomie, lequel se sentant 
agravé de plénitude de sang se frotte contre les roseaux rompus et s'ou- 
vre une veine de la cuisse pour se décharger autant que besoin lui est, 
et puis se vautrant dans la fange pour étancher le sang. 

La tortue lorsqu'elle a mangé de la chair de serpent, mange de l'ori- 
gan, autrement marj oléine sauvage. 

Les anciens ont expérimenté certaines choses qui résistent aux ton- 
nerres ou foudres, et entre les autres, les plumes d'aigle portées on 
panache ; aussi la ceinture de veau marin empêche que ceux qui l'ont 
en soient jamais atteints. 

Les os et mouelle de brebis servent à. faire fards pour embellir les 
femmes ; mêmes les cornes servent à faire produire des asperges en abon- 
dance, étant enterrées avec leurs racines. 

Ghap. ii. — Les béliers et agneaux lorsqu'ils s'entre- heurtent et cho- 
quent les pieds en l'air, signifient changement de temps. Le péril nous 
est démontré par le bœuf, lorsqu'il se lèche à contre-poil, hausse le 
muffle contre le ciel, mugit, flaire la terre et s'efforce de manger avi- 
dement. Aussi quand les fourmis plus dru, s'en tre-ren contrent comme 
étourdies, elles dénotent la pluie prochaine. De même, si les taupes 
besognent plus que de coutume, si le chat se passe la patte sur le col, 

(1) Œuvres d' Ambroise Paré, 9 e édition, Lyon, veuve Cl. Rigaud et Cl. Obert, 
1G33. In-folio. 



150 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

comme s'il se peignait, si les poissons sautent. Quand les dauphins et 
marsouins sautent, c'est signe de grande tempête, de même quand les 
orties de mer nagent sur l'eau : elles sont de couleur de cristal relui- 
sant avec du pers mêlé. Si on en frotte un bâton, il brille la nuit comme 
une torche allumée. 

Autres signes de pluie : Quand la grenouille chante et crie plus fort 
que de coutume. Quand les oiseaux de mer viennent assez avant sur 
terre. Quand les grues crient en volant. Quand les oies et canes se bai- 
gnent, s'épluchent et jargonnent ensemble. Quand les hirondelles 
volent près de terre. Quand le roitelet se réjouit plus que coutume. 
Quand le coq chante d'une voix enrouée après le soleil couché. Quand 
les pigeons se retirent en leur colombier plus tard que de coutume, 
Quand la lune est pâle ; rouge elle signifie vents ; claire, beau 
temps. Quand le héron vole bas en criant. Quand les mouches et puces 
piquent plus fort. 

Quand la chevêche chante en temps de pluie, c'est que le temps veut 
s'éclaircir. Quand les hirondelles et le héron volent haut, signe de beau 
temps, etc., etc. 

Quand la pie crie, c'est qu'elle voit un loup, un renard ou 
un serpent (I). 

Chap. iv. — Proverbe. — Les hommes savent tout faire, sinon les 
nids des oiseaux. 

Ch\p. vu. — Les abeilles en dehors de leurs ruches, si de fortune il 
s'élève du vent, et qu'il dure trop et leur soit contraire, se chargent 
d'une petite pierre et volent bas, de peur d'être emportées. 

Chap. vu. — Les fourmis travaillent la nuit au clair de la lune, elles 
ensevelissent leurs morts et enlèvent le germe du grain pour qu'il se 
conserve. 

Chap. x. — Les lièvres cachent leurs petits en des lieux différents, 
afin qu'ils ne soient pas tous en même danger. 

Les biches font leurs faons près des grands chemins, parce que les 
bêtes ravissantes n'y viennent pas communément. 

Chap. xii. — La cigogne nourrit son père et sa mère en leur vieillesse, 
et les petits sachant bien voler aident à ceux qui sont moins avancés. 

La colombe ne commet point d'adultère. Les tourterelles, en signe de 
viduité, jamais ne couchent sur branche verte, après qu'elles ont perdu 
leur parti, et n'en prennent pas d'autre. 

Chap. xrv. — Les lamproies avalent leurs petits pour leur donner à 
repaître dans leur ventre. 

(1) Ou un lièvre, ajoute-t*on en Poitou. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 151 

Chap. xvi. - Le coq donne, par son courage, crainte et peur au lion. 

Le renard chassé, sentant les chiens près de sa queue, leur jette ses 
excréments au museau et aux yeux et les ayant ainsi éblouis et éton- 
nés, il gagne le devant. Pour dénicher les poules, il feint de leur jeter 
sa queue, et par cette peur les déniche et k la descente en prend une 
et remporte. 

Pareillement s'il veut passer une rivière, encore qu'elle soit gelée et 
prise, marche doucement sur la glace et approche son oreille, et s'il 
peut entendre aucunement le bruit de Peau cachée, il connaît que la 
glace n'est pas épaisse ni assez ferme, par quoi il s'arrête et ne passe 
outre, et ainsi, s'il ne peut entendre de bruit, il passe de l'autre côté 
hardiment. Or, ne saurait-on dire que cela soit seulement une vivacité 
de sentiment de l'ouïe sans aucun discours de raison, car c'est une 
ratiocination et conséquence tirée du sens naturel en cette sorte : qui 
fait bruit se remue, ce qui remue n'est pas gelé, ce qui n'est pas 
gelé est liquide, ce qui est liquide ploie sous le faix et ne tient pas 
ferme : ergo, etc. 

Si les pourceaux oient crier en une forêt l'un d'entre eux, ils s'assem- 
blent tous pour le secourir, comme si une trompette avait sonné pour 
assembler une compagnie de gens d'armes, afin d'aller au secours de 
leur compagnon en bataillant pour lui. 

Paré dit que la baleine a un pilote et ne parle pas de celui du requin. 
Il appelle gouverneur celui de la baleine. S'il se veut reposer, il se met 
dans sa gueule et y dort, ne se laissant jamais, ni de jour ni de nuit. 

Poisson appelé pêcheur qui a une petite poche qui lui pend au cou, 
laquelle il relire et lâche comme il lui plaît, ainsi que le coq d'Inde fait 
de sa crête. Il l'allonge en forme d'un hameçon, et la présente à mâcher 
aux petits poissons, puis il la retire peu à peu et les happe. 

Chap. xviii. — Le singe s'efforce d'imiter tous actes de l'homme. 

Le héron dominé par le faucon, met quelquefois son long bec sous 
l'aile, la pointe en haut, de sorte que le faucon s'embroche et que tous 
les deux tombent morts à la fois. 

Chap. xxi. — L'éléphant a peur du pourceau comme le lion du coq; 
il abandonne sa nourriture quand les rais et les soucis l'ont touchée ; 
en colère il se calme à la vue d'un mouton. 

Le cheval ne peut supporter la vue du chameau ; la couleuvre fuit 
l'homme nu et le poursuit vêtu. . 

L'aspic est en guerre perpétuelle contre le rat d'Inde qui s'enduit de 
limon de terre grasse et se sèche au soleil, puis, ainsi armé, marche 
au combat la queue levée en présentant toujours le do3 jusqu'à ce 
qu'il se jette à la gorge, ce qu'il fait pareillement au crocodile. 



152 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Le lézard est ennemi des serpents, et grand ami de l'homme. 

Si le loup voit l'Homme le premier, il lui fait perdre la voix et l'em- 
pêche de crier. 

La belette qui veut combattre l'aspic se prémunit avec la nie. 

Le singe a horreur de la tortue. 

Mortelle inimitié entre l'araignée, le serpent et le crapaud, entre le 
chat-huant et les corneilles. L'oiseau de rivière craint si-fort le faucon 
que s'il le sent ou ouït ses sonnettes, il se laisse souvent assommer à 
coups de bâton ou de pierre plutôt que de s'élever. L'alouette sembla- 
blement se laisse prendre à la main de peur de l'émérillon ou épervier. 
L'aigle a pour ennemi mortel l'oiseau de proie, la crécerelle épou- 
vante les éperviers. Le corbeau et le milan ont toujours guerre. Les 
poules haïssent le renard ; le petit poulet à peine éclos ne craint ni le 
cheval, ni l'éléphant, mais à la vue du milan, il se cache sous l'aile 
de sa mère. L'agneau et le chevreau s'enfuient à l'odeur du loup sans 
l'avoir jamais vu. Le cerf passant sur le trou du serpent s'arrête, l'at- 
tire par son halène et le lue. 

Si deux tambours sont faits, l'un de la peau d'une brebis, l'autre de 
celle d'un loup et qu'on les frappe ensemble, à peine pourra-t-on en- 
tendre le son de celui de la brebis. De même si un luth ou autre ins- 
trument est monté de cordes faites de boyaux de brebis et de loup, 
il sera impossible de les accorder. Si la tête ou la queue du loup sont 
pendues sur la mangeoire des brebis ou cachées en leur étable, elles 
ne pourront manger et ne feront que se mouvoir et pétiller, tant sont 
immortelles les inimitiés entre ces animaux qu'elles persistent après 
la mort. 

Tant est grande l'inimitié entre les rats et les belettes que si on met 
un peu de cervelle de belette dans le fromage, les rats ne l'attaque- 
ront plus. La linotte haït le bruant au point que leur sang ne se peut 
mêler. Si des peaux de panthère et de hyène sont pendues ensemble, 
tout le poil de la panthère cherra, demeurant en son entier celui de 
la hyène. De même si on mêle d'autres plumes à celles de l'aigle, 
celles-ci les consomment et mettentànéant en demeurant entières. Un 
taureau furieux attaché à un figuier s'adoucit. Les escargots meu- 
rent à l'odeur des roses. Si on tire avec la main la barbe d'une chèvre, 
tout le troupeau cessera de manger jusqu'à ce qu'on Tait laissée aller. 

Le chou et la vigne se nuisent, les racines de la vigne retournent en 
arrière. La vigne au contraire se fait plantureuse en présence des 
peupliers et des ormeaux. Si des palmiers mâles et femelles sont plan- 
tés l'un près de l'autre, leurs feuilles et leurs branches se mêlent si 
étroitement qu'à peine les pourrait-on disjoindre sans les rompre. 

Si on met un vaisseau plein d'eau sous une citrouille pendue à sa 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 153 

tige, celle-ci s'allongera pour aller à l'eau. Les aulx et les oignons 
pendus en l'air, germent et sentent très fort lorsque ceux qu'on a mis en 
terre commencent à germer. Quand le cerf et le sanglier sont en rut, 
leur salaison mise au feu, s'enfle si fort qu'elle sort du pot s'il n'est 
qu'à demi plein, jetant une écume de mauvaise odeur. La peau de bouc 
sèche et tannée sent le bouquin ainsi qu'un bouc vivant à la saison des 
amours. L'onguent rosat et l'eau de roses perdent leur odeur quand les 
roses sont en fleur. 

Ghap. xxv. — Chant de l'allouelte : Tire, lire, alire et tire lirant tire. 
Adieu, adieu, adieu (Du Barta*, 5 e jour de la semaine). 
On a dit à tort que l'éléphant adorait le soleil et la lune. 

Prépacu du XI e ' livre. — Seul l'homme ne meurt toujours étant 
frappé de la foudre, au contraire pour peu que les autres animaux en 
soient touchés, ils meurent soudain. L'homme n'en meurt que s'il 
tombe du côté frappé par la foudre ou s'il est tourné par force du coté 
d'où elle vient. 

On ne vit jamais la foudre descendre plus de cinq pieds en terre. 

Le veau-marin et l'aigle ne sont jamais frappés par la foudre. 

Contre l'artillerie rien ne peuvent le laurier, les tentes de veau-marin, 
les paroles et incantations, pas même le son des cloches et des bassins 
d'airain qui dissipent le tonnerre. 

Discours i. — On crut jusqu'à Ambroise Paré que la poudre infectait 
les plaies d'armes à feu; il raconte comment le hasard lui fit découvrir 
que le fait était inexact et cessa de les cautériser à l'huile bouillante 
comme on avait fait jusqu'alors, mais il admet encore à tort l'action 
du projectile à distance, ce qu'on a appelé le vent du boulet. 

xii a livre, Chap. vu. — Mumie (Momie) donne à boire et à man- 
ger dans les contusions. Ambroise Paré proteste contre cette habitude. 

xvii» livre. — Ambroise Paré croyait encore qu'on trouvait des vers 
aux racines des dents. 

xix e livre, Ghap. i. — Parler Renaud, c'est parler du nez. 

xxi* livre. — Herbes contraires aux venins : aurosne, calament, 
rue,béthoine, moulaine blanche, marrubin, poulliot, laurier, scordium, 
âche, scabieuse, menthe, valériane, etc. 

Il y a des venins artificiels et si cruels que si on en met sur une 
selle de cheval, font mourir celui qui aura été quelque temps dessus, 
et autres que si on en frotte les étriers, percent les bottes de ceux qui 
ont les pieds dedans, desquels venins les Turcs et autres barbares 
usent souvent en leurs flèches pour faire mourir leurs ennemis, les 
cerfs et autres bètes sauvages, qui est une chose difficile à croire pour 



154 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

la selle et les étriers, la commotion de la torpille qui agit à distance 
laisse toutefois l'auteur indécis. 

Pape Clément empoisonné par la vapeur d'une torche envenimée, 
fleurs empoisonnées. 

Le venin de ranimai vif est plus dangereux que celui de ranimai 
mort. 

La succion recommandée, plantes utiles contre les venins. Ail, 
oignons, poireau, rue, scordium, die lame, pelite centaurée, pravium, 
roquette, lait de figues non mûres, vipérine ou buglose sauvage. 

xxi 6 livre, Chap. xx. — Rage. Remèdes. On s'étonne de voir encore 
recommander la fiente de cbèvre (1) bouillie dans le vinaigre, la salive 
d'homme; le poil du chien enragé, appliqué dessus' la plaie tout seul, 
a vertu d'attirer le venin par quelque similitude, ce qu'on a plusieurs fois 
expérimenté ainsi que fait le scorpion écrasé mis sur la blessure qu'il 
a faite. Aucuns auteurs ont écrit que ledit poil de chien brûlé et pul- 
vérisé donné k boire avec du vin, préserve de la rage. 

Manger un ail avec un peu de pain et boire un peu de vin; manger 
foie rôti du chien enragé ou du foie de bouc. L'auteur ne se fie pas à 
l'efficacité des bains de mer. Limons, oranges, citrons, racines de gen- 
tiane, angélique, tormentille, pimprenelle, bouillon blanc, chardon 
bénit, bourrache, buglose. 

La salamandre ne fait pas seulement mourir de sa morsure, elle 
infeste les fruits et les herbes de sa bave et de certaine humeur qui lui 
sort du corps, au grand danger de ceux qui mangent de ces herbes et 
de ces fruits. 

Aucuns modernes ont dit que si elle tombe dans un puits, l'eau eu 
est infectée et fait périr ceux qui en boivent. 

L'urine d'homme bien sain entre dans la composition de certains 
médicaments. 

Scorpions volants. 

La piqûre du bupreste donne la tympanite aux animaux. 

La murène s'accouple avec l'anguille comme la grenouille avec le 
crapaud; sa morsure donne lieu à des accidents analogues à ceux de la 
vipère. 

L'aiguillon enlevé sur la queue de la pastenaque piqué dans la racine 
d'un arbre le fait mourir. Si on en socriûe les gencives, il fait tomber 
les dents sans douleur. 

La cervelle du chat est un poison, son haleine et son poil sont dan- 
gereux. 

(1) Alias : ia bouse de vache eD topique. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 155 

Le contre-poison des champignons sont les pommes et poires avec 
lesquelles on les fera cuire ; à leur défaut on emploiera les feuilles de 
poirier — ail et viuaigre. 

Les médecins donnaient autrefois de la mandragore pour ôter le 
sentiment de la douleur lorsqu'ils voulaient brûler ou couper un 
membre. 

L'odeur de l'aconit tue rats et souris. 

L'homme qui dort sous l'if en meurt souvent. Le noyer est sembla- 
blement vénéneux, comme l'if. 

Àmbroise Paré montre que le bezahar n'a aucune influence contre 
les poisons. 

L'aimant rend fou ; contre-poison, l'or pulvérisé. 

L'argent vif est ainsi nommé parce qu'il est presque en continuel 
mouvement. 

Nulle béte venimeuse n'ose approcher du frêne, aussi sa vapeur est- 
elle bonne contre la peste. Saumure d'anchois. 

Fendre un cheval ou mulet, enlever les intestins et mettre en 
leur place le malade, la tête en dehors ; la chaleur de ces bêtes attire les 
poisons. 

« Quand l'air est corrompu s'engendrent plusieurs maladies épidé- 
n.iales, c'est-à-dire populaires ou vulgaires ainsi qu'en l'an 1510 survint 
une maladie par tout le royaume de France, tant es ville qu'es cam- 
pagnes, nommée par le commun coqueluche : parce que quand aucuns 
estaient espris de cette maladie, ils sentaient grande douleur en la 
teste, ensemble en l'estomac, es reins et es jambes et avoient fièvre 
continue avec délire et frénésie et lorsqu'on les purgeoit ou saignoit, 
on abrégeait leurs jours. Et d'icelle mourut un bien grand nombre 
d'hommes, tant riches que pauvres [lnfluenza]. 

Aussi l'an 1528, survint une autre maladie en Angleterre et es basses 
Allemagnes, qui fut nommée du peuple laiSiieUe pour ce que les pa- 
tiens avaient une bien grande sueur partout le corp3, avec un grand 
frisson, tremblement et palpitation de cœur, accompagnée de fièvre 
continue et mouroient en peu de jours et cette maladie tua aussi un 
bien grand nombre de personnes. 

Pareillement l'an 1546, régna en la ville du Puy en Auvergoe, une 
autre maladie nommée du peuple Trousse-galand, pour ce que peu de 
ceux qui en estoient espris, eschappoient, ains mouroient en deux ou 
trois jours ou moins et plutôt les robustes que les débiles et les riches 
que les pauvres. Au commencement les patiens avoient grande pe- 
santeur de tout le corps avec une extrême douleur de teste et fièvre 
continue et perdoient* toute cognoissance et faisoient tous leurs excré- 
mens involontairement sous eux et avoient grand délire, de sorte qu'il 



156 BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

les falloit lier et attacher. Que si aucuns eschappoiènt, leurs cheveux 
tomboient et la dicte maladie estoit fort contagieuse. 

L'année suivante vint en la dite ville une autre plus grande peste 
accompagnée de bubons et charbons qui fit aussi mourir un grand 
nombre de peuple : ce que j'ay bien voulu en annoter afin que le chi- 
rurgien prenne garde à la grande diversité et malignité de cette mala- 
die pestilente pour y obvier, l'advertissant davantage qu'en certains 
temps adviennent plusieurs autres maladies populaires comme tièvres 
putrides, flux de ventre, rheumes, toux, trénésies, squinancies, pleu- 
résies, pérîpneumonies, ophtalmies, apoplexies, léthargies, pourpre, 
rougeole, petite vérolle, galles, entbrax ou charbons et autres pus- 
tules malignes, lesquelles prennent en même temps. Partant la peste 
n'est pas toujours, ny en tout temps d'une même sorte mais diverse 
Tune de l'autre qui a esté cause qu'on lui a donné divers noms selon 
les effects et accidens qu'elle produit, ce qui provient principalement 
pour la diversité du venin qui est en l'air. 

Par quoi l'air pourri et pestiféré tire non seulement le genre humain 
mais aussi les bestes de la terre et les oyseaux du ciel. 

Ambroise Paré raconte l'histoire d'une femme qui tint une gre- 
nouille dans ses mains jusqu'à ce qu'elle fût crevée pour se guérir de 
la fièvre. 

Des monstres, chap. xxxiii, mains lavées en plomb fondu. 

Poisson rémora qui arrête les navires, chap. xxxiv. 

Haiit, mammifère d'Amérique qui ne vit que de vent, chap. xxxiv. 

L'œil droit du caméléon, arraché quand il est en vie, fait disparaître 
les taies de la cornée mêlé avait du lait de chèvre, son fiel fait dispa- 
raître les cataractes des yeux ; si on se frotte de son corps, le poil tombe. 

Chap. xxvii. — Bruits étranges dans les mines. 

Chap. xxxi. — Hist. de possédé. 

Léo Dbsaivre. 




HEVUK DES TRADITIONS POPULAIRES 157 



BIBLIOGRAPHIE 



Paul Sébillot. — Le FolkLore de France, t. IV, le peuple et l'histoire. 
Paris, K. Guilmoto, in-8 de 499 p. (16 francs). 

La grande tâche de M. Sébillot est achevée, et nous avons enfin en quatre 
volumes in-8, un bel et complet exposé du felk-lore de la France et des 
peuples parlant français. L'intérêt de la collection n'a aucunement diminué 
en approchant de son terme. Au contraire, plusieurs des chapitres du 
volume final sont parmi les plus captivants. Tels sont, par exemple, ceux 
qui se rapportent aux observances en relation avec les restes mégalithiques, 
les rites de la construction, les églises, et toute la troisième partie qui a 
trait aux divers ordres de la société et aux traditions historiques. 

Il est très difficile d'en choisir quelques-unes pour une mention spéciale, 
tant réminent auteur a admirablement disposé ses matériaux, tant il les a 
présentés avec soin et avec sobriété. IL ne s'est pas contenté de faire une 
simple compilation ; il a de plus exercé sur plusieurs sujets ses facultés de 
critique avisé, et a ainsi augmenté la très considérable valeur de son ouvra- 
ge. Un excellent exemple de sa méthode critique nous est fourni par la sec- 
tion des légendes des sacrifices humains. Nous savons par César {De Bell. 
Gall. t VI, 16) que les druides offraient des sacrifices humains et parfois de 
grands holocaustes, et il est naturel de supposer que ces rites sanglants de- 
vaient frapper l'imagination du peuple, et que leur mémoire serait conservée 
avec horreur par les générations après qu'ils eurent cessé. En effet, nous trou- 
vons en diverses parties de la France des pierres que l'on désigne comme les 
autels sur lesquels des sacrifices humains avaient été offerts. M. Sébillot suit 
ces traditions depuis leur plus ancienne mention et il arrive à la conclusion 
qu'elles ne sont rien moins qu'originales. Aussi loin que l'évidence se mon- 
tre à présent, elles dérivent toutes de théories d'antiquaires, qui ayant, au 
XVIII siècle, découvert une vague mention de sacrifices (ne mentionnent 
pas des sacrifices humains toutefois) en ont pris le prétexte, au commence- 
mont du siècle dernier, pour localiser près de ces pierres non seulement les 
sacrifices, mais les sacrifices humains. C'est de là. que ces idées se sont 
répandues dans la campagne, sous l'influence, conjecture M. Sébillot, des 
touristes et des savants qui, en les visitant, ont répété devant les paysans 
les théories en faveur sur ce sujet pendant la première moitié du siècle 
dernier. 

La description des anciennes villes de France qui, jusqu'à une époque 
récente, avaient éprouvé peu de changements par la marche des événe- 
ments, avec les anciennes constructions, dont plusieurs passaient pour 



158 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

avoir été le théâtre d'étranges et merveilleuses légendes, et les veil- 
lées pendant lesquelles on racontait ces traditions et d'autres chroniques 
locales, charmeront le lecteur, parce que l'auteur leur a donné une 
certaine extension d'après ses réminiscences personnelles. Le lecteur 
anglais s'attachera aux pages où sont rapportées les traditions dont 
les Anglais sont l'objet, et il se plaira à voir comment ses compa- 
triotes et les guerres qu'ils ont faites pendant si longtemps en France sont 
envisagés par les paysans français. Un des points les plus intéressants 
constatés par M. Sebillot est celui-ci : alors que la mémoire de Guillaume 
le Conquérant est encore vivante en Normandie, où maint objet ancien est 
dit remonter au roi Guillemot» où une ancienne statue est celle du duc 
Guillaume, alors que subsiste le souvenir de sa naissance» et de ses actes 
de violence — et parmi eux la tradition de ses sauvages caresses — son 
expédition en Angleterre, si remarquable dans ses circonstances et dont la 
réussite fut presque miraculeuse, aussi bien qu'importante par ses résul- 
tats, n'a pas laissé la moindre trace dans la mémoire populaire. Henri IV, 
la Révolution, sont encore connus ; mais M. Sebillot n'a pu trouver aucun 
épisode de la guerre désastreuse de 1870, qui ait pris une forme légendaire 
certaine. Il a fait une enquête diligente (portant sur l'époque la plus 
récente) sur le folk-lore qui pouvait être en rapport avec la séparation de 
l'Église et de l'État, il y a un ou deux ans, et sur les fameux inventaires, 
pour savoir si les statues avaient sué ou pleuré, s'il y avait eu des appa- 
ritions de saints et des prodiges analogues à ceux qui accompagnent d'ordi- 
naire les événements dans lesquels le clergé est intéressé; mais il n'a rien 
trouvé se rattachant à ces ordres d'idées. L'imagination du peuple sur ce 
sujet est affaiblie, et plus d'une influence y a sans doute contribué. 

Le volume se termine par un index très détaillé de l'ouvrage entier; je 
n'y ai pas sans doute trouvé tout ce que j'aurais désiré, mais je puis attes- 
ter par mon expérience personnelle la difficulté de faire un index absolu- 
ment complet d'un livre de folk-lore; quoiqu'il eût pu être plus détaillé, il 
sera d'une grande utilité pour tous ceux qui voudront consulter ce livre qui 
est indispensable aux savants. Ces volumes sont un monument d'érudition 
et de recherches, guidées par l'expérience et le jugement d'un homme qui 
a lui-même contribué, dans une proportion considérable, aux meilleures 
récoltes du folk-lore en France. Cette collection devra être consultée comme 
une autorité pour la plupart des faits qui y sont constatés. Nous aurons 
recours au Folk-lore de France non pas seulement comme à un catalogue 
raisonné, mais aussi parce qu'il contient les conclusions mûries de 
M. Sebillot sur beaucoup de questions controversées, qui ont été données 
après trente ans d'études sur ce sujet, par un homme auquel ces études 
sont si redevables. 

tTraduit de K. Sidnry Mabtland, Folk-Lore, mars 1908, p. 111-113). 



Paul Eudel. — Trucs et Tnecqueurs, Paris, librairie Molière, in- 18 de 
580 pages. 

Le nom de Paul Eudel est bien connu de tous ceux qui s'occupent de la 
curiosité, et quelques-uns de ses livres constituent des documents de pre- 
mier ordre sur les ventes publiques et les objets de toute sorte qui y ont 
passé. Collectionneur avisé, il a écrit d'intéressantes pages sur les collée- 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 159 

Honneurs de son temps. Dans le livre qu'il vient de publier, il a eu pour 
but de dévoiler les procédés grâce auxquels on fait passer pour anciens des 
objets de fabrication récente. Pour satisfaire le goût des amateurs qui 
s'écrieraient volontiers : 

Il nous finit de l'ancien, n>n fût-il plustiu monde, 

on s'est mis à en créer, et les faussaires ont parfois montré une telle ingé- 
niosité, une telle perfection dans l'imitation, qu'ils ont pu tromper des 
experts réputés, des savants dont l'opinion fait autorité en matière d'art 
ancien. La tiare de Saïtapbernès est le plus retentissant exemple de la 
réussite d'un faux ; mais le Musée du Louvre n'a pas le privilège des 
« tiares » puisque le nom est devenu synonyme de truquage ayant réussi. 
On pourrait même dire qu'il n'y a guère de collection particulière qui puisse 
se flatter d'être composée uniquement d'objets authentiques. Le livre très 
compact, très documenté de Paul Eudel leur fournira matière à réflexion et 
Us préservera peut-être de quelques déconvenues. L'auteur, aussi maître 
de son sujet que l'on peut l'être, a parsemé son ouvrage, sorte de Bible du 
collectionneur, d'anecdotes et de traits plaisants racontés avec humour, qui 
rendent facile la lecture de ces 580 pages qui apportent à l'histoire de la 
curiosité une contribution de premier ordre. 

P. S. 



Louis Morin. — Edition Iroyenne des petits métiers et Cris de Paris, 
Paris, Leclerc, in-8 de 13 p % (Ext. du Bull, du Bibliophile). 

Les Cris de Paris ont été souvent imprimés et réimprimés dans la célèbre 
bibliothèque Bleue aux xvu* et xviii* siècles, et peut-être même auparavant. 
Après avoir cité plusieurs de ces éditions, M. L. M. décrit un Almanach pour 
fan de grâce mil six cens vingt et neuf, récemment offert à la Bibliothèque de 
Troyes par un bibliophile rémois, M. Henri Menu. Ce précieux livret est 
orné de gravures en taille-douce, et de chaque côté du calendrier se trou- 
vent six petits tableaux contenant chacun trois personnages personnifiant 
trois cris différents, soient trente-six cris que l'auteur reproduit avec leur 
orthographe fantaisiste. Cette brochure se termine par une notice sur les 
Thomassin, graveurs, qui apporte des documents nouveaux à l'histoire de 
ces artistes qui travaillèrent pour la bibliothèque Bleue. 



E. Renart. — Répertoire général des collectionneurs de la France et de 
PÊtranger. In 16, de 828 page?. Paris, chez l'auteur, rue Jacob, 30. 
(12 francs.) 

Celte quatorzième édition, beaucoup plus complète, plus rationnellement 
classée que les précédentes, comprend la liste des Bibliothèques et des 
Musées avec leur personnel, des Archivistes, des Commissaires- Priseurs ; 
des Sociétés Savantes et Artistiques ; des Collectionneurs et Curieux avec 
leur adresse et la nature de leurs collections ou de leurs recherches en tous 
genres : Sciences naturelles, Botanique, Conchyliologie, Entomologie, Pré- 



160 REVUE DE9 TRADITIONS POPULAIRES 

historique, Bibliophiles et Amateur» d'autographes, dessins, eaux-fortes, 
gravures anciennes et modernes, Affiches, Timbres-poste, Numismatique, 
Céramique, Ivoires, Armes, Tapisseries, Tableaux, Sculptures et Objets 
d'Art ou de Curiosité. Ce répertoire donne aussi l'adresse des marchands 
d'antiquités et Libraires antiquaires. Quoique les folk-loristes n'y occupent 
pas une section à part, on trouve dans cet ouvrage l'indication d'une 
cinquantaine de collectionneurs ayant cette spécialité. On jugera de l'im- 
portance de ce répertoire par le chiffre de 16.718 numéros. Fort bien disposé, 
et ayant en outre des tables de classement par spécialités des collections 
des provinces et des colonies, il constitue un document de premier ordre 
pour les chercheurs, et il leur facilitera des relations utiles avec ceux qui 
s'occupent des mêmes sujets qu'eux. 

P. S. 



NOTES ET ENQUÊTES 



damné par la faculté, on dit : En voilà encore un *poC cove à pètlouc » (pour 
la cave à pelures de pommes de terre). 

On emploie souvent la même expression lorsqu'on voit passer un cortège 
funèbre. 

*** Lorsqu'on retrouve un objet perdu. — A quelqu'un qui a retrouvé un 
objet qu'il croyait perdu, on dit : « I deu l'vôïe a sin Lind » (il doit le 
chemin à saint Léonard). (Liège.) 

(Corn, de M. Alfred Harou). 




Le Gérant : Fr. Si MON 



Impriment- l r. Simon. Kennos- Paris (i%N-08). 







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TRADITIONS NHUIRB 

RECUEIL MENSI EL M 

uttérati rNAUrnoxrrpxLK 

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PAR 



LECUEVALIEK 

i de Savoie 






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28 rue Bon»^ 
I ILMO 






Prix .ttfttrro i t % Ir.i.ic *lt.yi*4lu<| 



SOMMAIRE 




Adresuer tout ce qui concerna la rédaction et l'administration a M Paul 
SthiUot, 80, boulevard Saint- Mot 

La cotisation des aociètairea donnant il' envoi gj 

lUTVUE «et s par an (France cl Union postale). La j 

de l'jbonncinrfi^ pour les non sociétaires,, est de 15 fiance par i 
la France et nca pour l'union postale, 



AVIS IMPORTANT 




REVUE 



DES 



TRADITIONS POPULAIRES 



23* Année. - Tome XXIII. - N° 5. — Mai 1908. 



VARIANTE TCHÈQUE DU TRÉSOR DE RHAMP3INITE 

l y avait une fois un berger, nommé Jean, 
que Ton croyait stupide, maladroit et lâche ; 
mais il ne tarda pas à donner des preuves 
de sa ruse et de son courage. Un jour, mé- 
content de sa condition, il abandonna son 
troupeau et se mit à errer dans les forêts. 
Là, il tomba entre les mains de brigands 
qui, reconnaissant sa force et son intelli- 
gence, l'admirent bientôt dans leur compa- 
gnie. Il fit si bien qu'il devint la terreur du 
pays et qu'après la mort de l'ancien chef il 
fut placé à la tête de la bande. Le roi de Bohême et ses sujets, conti- 
nuellement inquiétés par ces vauriens, résolurent d'en finir et de cap- 
turer les bandits, surtout leur chef Jean. On envoya contre eux des 
soldats, qui réussirent à s'emparer de la bande, à l'exception de Jean, 
qui avait eu l'habileté de se cacher dans le tronc creux d'un vieux 
chêne. Apprenant que Jean avait réussi à s'échapper, le roi résolut 
d'avoir recours à la ruse. Il fit placer sur une des portes de la ville un 
diamant de grande valeur; seulement, le diamant était en communi- 
cation avec un appareil, un piège, qui devait saisir la personne qui 
touchait au joyau et la décapiter. 

Jean se rendit à la ville pour voler le diamant, mais, flairant une 
ruse, il s'allia avec un paysan et sa femme. Le campagnard se chargea 
d'enlever le diamant; à peine avait-il touché l'appareil que la pierre 
précieuse tomba, mais, avec elle, la tête du pauvre hère. Le voleur 
consola la paysanne en lui promettant de partager avec elle le prix du 
diamant et d'enterrer le cadavre décapité du mari (1). Par ordre royal, 

(1) Il est évidemment sous-entendu que ce corps était resté au piège. 

Tom« XXIII. - Mai 1908. i\ 




162 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

le corps fut attaché à une potence; ce gibet était gardé par des soldats 
qui devaient se saisir des passants qui pleureraient en voyant le pendu. 
Jean, à rapproche de la nuit, se déguisa en marchand de vin, prit un 
véhicule qu'il chargea de quelques barils de vin et de douze soutanes. 
Ainsi équipé, il s'approcha de la potence. Arrivé là, il feignit un acci- 
dent; les soldats vinrent à son secours; par reconnaissance, il les ré- 
gala de tant de vin qu'ils tombèrent ivres-morts. Après avoir tonsuré 
les douze soldats, il leur mit les soutanes et vola le pendu. 

Grande fut la surprise du roi, trouvant, au lieu des soldats, des prê- 
tres près du gibet, déchargé de son fardeau. 11 promit de pardonner 
au chef des bandits et de lui donner même la main de sa tille, s'il se 
faisait connaître. Par précaution, Jean coupa la main du cadavre qu'il 
avait volé et s'en alla au palais du roi; la princesse parut, saisit la 
main que Jean lui tendit : son but était de l'arrêter pour le livrer aux 
gendarmes; mais Jean s'esquiva en laissant la main du pendu dans 
celle de la princesse. On inventa une autre ruse pour s'emparer de 
Jean : le roi invita le bas peuple à un banquet; dans la salle du festin 
il fit mettre une grande table sur laquelle se trouvait un gobelet en 
or. On prévoyait que Jean se présenterait, déguisé, pour voler le 
gobelet. Au moment où tous les hôtes étaient à table, Jean, qui en 
effet était venu, cria subitement: « Au feu! Au feu! La princesse 
brûle ! > Aussitôt, les invités ahuris se ruèrent dans la chambre de la 
princesse, qui était saine et sauve, et vit Jean prendre le gobelet. Elle 
s'approcha de lui et lui fit avec de la craie une marque dans le dos. 
Mais Jean s'en aperçut, signa avec de la craie toutes les personnes 
présentes, après avoir mis lé gobelet dans la poche d'un curé qui était 
aussi venu à la fête. Le roi, voyant un homme avec une marque de 
craie dans le dos, ordonna de l'arrêter ; celui-ci protestant de son inno- 
cence, on arrêta d'autres personnes marquées et, à la fin, on arrêta et 
on fouilla tout le monde, tout le monde étant marqué. On s'abstint 
cependant de fouiller le curé qui, le lendemain, vint rapporter le gobe- 
let au roi, fort surpris. Désespérant de s'emparer jamais de l'astucieux 
brigand, il jura de lui pardonner et de faire de lui son gendre; et, 
cette fois, il tint parole. 

*** 

Cette version a été trouvée par M. Paul Meyer dans les papiers de 
Gaston Paris. Elle lui avait été communiquée, traduite en français, en 
novembre 1879, par un M. Franz Hirster, de Vienne (Autriche). Je 
donne naturellement la traduction telle que je l'ai trouvée, sauf 
quelques corrections dans le style. Le correspondant ajoutait que ce 
conte, originairement tchèque, bien que connu également des Aile- 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 163 

mands de Bohème, n'avait, à sa connaissance, été publié, ni en 
tchèque, ni en allemand. IL avait recueilli le conle à Taus (Domaslice), 
ville tchèque, à Theresienstadt, ville allemande, et à Vienne môme, 
où le conté doit avoir été apporté par des Tchèques qui viennent s'y 
établir comme apprentis ou domestiques. En revanche, le conle ne 
serait pas connu en Moravie. 

Cette version est intéressante, comme contenant l'épisode de la 
princesse sous sa double forme : main coupée et marque ; la main 
coupée manque dans les autres versions européennes. Ce fait n'est pas 
un argument absolu contre la théorie de G. Paris, qui admettait 
(Revue de Vhistoire des religions, m ai- juin 1907, p. 290) une divergence 
fort ancienne entre les versions européennes et les versions asiatiques 
du conte, se basant entre autres sur le détail de la main coupée. Les 
Tchèques étant Slaves et la masse slave étant directement en contact 
avec l'Asie (sans oublier les invasions et la domination des Mongols 
au moyen-âge), il est toujours possible que la forme tchèque du conte 
soit un dérivé relativement récent de quelque source asiatique. 

En même temps que cette version, M. P. Meyer en trouva, dans les 
papiers de 6. Paris, une autre qui a cours chez les Ossètes du Caucase 
et qui a été publiée dans un ouvrage russe (Sbornik svédéniî o Kav- 
kasé, Tiûis, 1873, t. VU). Malheureusement, la version ossète, d'ailleurs 
très altérée, est loin d'être claire dans la traduction française trouvée 
dans les papiers de G. Paris ; comme la Bibliothèque Nationale ne 
possède pas le volume du recueil russe où se trouve le conte, je me 
borne à signaler cette version ; elle n'est pas mentionnée dans la riche 
bibliographie du Conte du Trésor, chez R. Kôhler, Kleinere Schriflen, 
éd. Boite, I, 209 ; cette bibliographie ne mentionne pas non plus de 
version tchèque. G. Huet. 



LA FRATERNISATION PAR LE SANG 
XLIII 

DANS LES ATELIERS PARISIENS DE COUTURIÈRES 

Dans les ateliers de couture à Paris, lorsqu'une ouvrière se pique 
avec une aiguille ou une épingle, et que de sa piqûre sort une goutte 
de sang, elle met parfois un peu de ce sang sur l'extrémité d'un doigt 
et en trace une raie sur la main d'une camarade en lui disant: Désor- 
mais tu seras ma cousine 1 

A été entendu notamment dans un Ouvroir dirigé par des Sœurs. 

P. Gutot Daubes. 



164 



T*EVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



CONTES ET LÉGENDES DE LA GRÈGE ANCIENNE (l) 



LXVII 

EUTHYMOS ET LE GÉNIE 




uthymos, fils du fleuve Kaikinos et vain- 
queurs aux jeux olympiques, retourna en 
Italie où il eut à combattre contre un génie. 
Voici comme cela arriva. On raconte qu'a- 
près la chute d'Ilion, Odysseus errant fut 
poussé par les vents vers diverses villes 
en Italie et en Sicile, puis qu'il aborda à 
Témesse avec ses matelots. L'un d'eux 
s'étant enivré, fit violence à une jeune 



R^^PLj y^J *** le et ^ ut * a P ic ^ p ar * es ^ ens ^ u p avs i en 

f- — ^ ^^ r> 7 punition de cet attentat. Odysseus, ne fai- 



sant pas attention à sa mort, s'embarqua et partit. Mais le génie de 
celui qui était mort ne laissa échapper aucune occasion de tuer les 
gens de Témesse, sans épargner aucun âge, jusqu'à ce que la Pythie 
défendit aux habitants de quitter l'Italie, comme ils se préparaient à le 
faire, et leur ordonna d'apaiser le génie, en lui consacrant une enceinte, 
en lui élevant un temple et lui offrant chaque année pour femme la plus 
belle des jeunes filles de Témesse. S'ils exécutaient ce qui leur avait été 
prescrit par le dieu, ils n'auraient plus désormais rien à craindre du 
génie. Euthymos, étant arrivé dans cette ville à l'époque où l'on faisait 
l'offrande accoutumée au génie, demanda ce qui se passait et désira 
pénétrer dans le temple et voir la jeune fille. — Lorsqu'il l'eut vue, il 
fut d'abord saisi de pitié, puis d'amour. Elle lui jura de l'épouser s'il 
la sauvait : alors Euthymos s'étant armé, attendit l'arrivée du génie 
et, l'ayant vaincu, le chassa de la terre. Le génie disparut en se plon- 
geant dans la mer. Le mariage d'Euthymos fut célébré et les habitants 
furent désormais délivrés du génie (2). 



(1) Suite, voir t. XXII, p. 258 

(2) Pausanias, Description de la Grèce, éd. Clavier, t. III, Paris, 1820, p. 267-268. 
Pausanias ajoute qu'il vit un tableau où le génie était représenté ; il avait la figure très 
noire, était vêtu d'une peau de loup et avait un aspect très effrayant. Sur le tableau 
une inscription lui donnait le nom de Libas. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 165 

LXVIII 
LES AMANTS SURPRIS 

Alors le musicien commença un chant gracieux sur les amours 
d'Ares et d'Aphrodite, à la belle ceinture d'abord, comment ils s'unirent 
en secret dans la demeure d'Héphœstos, comment Ares fit de nom- 
breux présents et déshonora la couche d'Héphœstos. Hélios vint le 
prévenir qu'il les avait surpris unis dans le commerce amoureux. En 
apprenant ce récit pénible, Héphœstos, cachant de mauvais desseins 
dans son cœur, partit pour sa forge» plaça sur le billot une forte 
enclume et fabriqua des liens qu'on ne pouvait rompre ni dénouer pour 
les tenir attachés. Ensuite, dés que, plein de colère contre Ares, il eut 
préparé le piège, il alla dans la chambre nuptiale où était sa couche, 
étendit en cercle ces liens, qui d'en haut descendaient des poutres 
comme des fils ténus d'araignée, et que nul, même parmi les dieux, ne 
pouvait voir : ils enveloppaient le tout. Après qu'il eut disposé le 
piège autour de sa couche, il feignit d'aller à Lemnos, la ville bien 
bâtie, qui lui était de beaucoup la plus chère sur la terre. Le brillant 
Ares ne l'épia pas en vain : quand il vit s'éloigner Héphœstos, 
l'habile ouvrier, il alla vers la demeure de ce dieu illustre, plein du 
désir de l'amour de Cythérée à la belle couronne. Celle-ci, revenue de 
chez son père, le puissant fils de Kronos, était assise ; Ares pénétra 
dans sa demeure, la prit par la main et lui adressa ces paroles : 
« Allons, ma chère ! au lit ; divertissons-nous sur ta couche ; Héphœstos 
n'est plus ici ; il doit être quelque part à Lemnos, parmi lesSinthiens 
au langage barbare, i — 11 parla ainsi et il parut agréable à la déesse 
de coucher avec lui. Tous deux montent sur le lit et s'endorment : les 
liens préparés habilement par l'ingénieux Héphœstos les enveloppent 
de tout côté : il ne leur est pas permis de se mouvoir ni de se déga- 
ger. Ils reconnurent alors qu'il n'y avait pas pour eux de fuite 
possible. 

Alors l'illustre dieu au bras puissant arriva aussitôt après, revenant 
sur ses pas avant même de parvenir à Lemnos, car Hélios avait veillé 
pour lui et lui avait raconté l'aventure. Il vint à sa demeure, le cœur 
tourmenté. Il s'arrêta sous le vestibule, transporté d'une colère sauvage, 
appelant tous les dieux par des cris furieux :« Puissant Zeus, dit-il, et vous 
tous, dieux bienheureux et éternels*, accourez pour voir un spectacle 
risible et incroyable ; comment ma difformité nie fait mépriser par 
Aphrodite, fille de Zeus» qui aime Ares le destructeur, parce qu'il est 
beau et leste ; moi je suis infirme : je n'en suis pas cause, mais mes 



166 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

parents qui n'auraient pas dû m'enfanter. Voyez comme ils se sont 
endormis dans l'amour, après être montés sur mon lit, spectacle dou- 
loureux pour moi. Assurément, je ne pense pas que bientôt ils vou- 
dront être couchés ainsi, bien qu'ils s'aiment, et ils ne désireront plus 
dormir; mais le piège et les filets les retiendront jusqu'à ce que le père 
de mon épouse me rende entièrement les présents de noces que je lui 
ai remis pour obtenir sa fille impudente, qui est aussi belle qu'inca- 
pable de retenue. » 

Il parla ainsi : les dieux se rassemblèrent vers la demeure au seuil 
d'airain; arrivèrent Poséidon qui entoure la terre, l'utile Hermès et le 
roi Apollon qui lauce au loin les traits. Par pudeur, les déesses restè- 
rent chacune dans sa demeure. Les dieux, dispensateurs des biens, se 
tenaient dans le vestibule; un rire inextinguible s'éleva parmi les 
bienheureux, quand ils virent l'ouvrage de l'ingénieux Héphœstos; 
chacun s'adressant à son voisin lui disait : « Les mauvaises actions 
ne profitent pas; le lent a atteint l'agile; le lourd Héphœstos, tout 
boiteux qu'il est, a surpris par son art Ares, bien qu'étant le plus ra- 
pide des dieux qui possèdent l'Olympe : aussi celui-ci paiera l'amende 
de l'adultère. » Tels étaient les propos qu'ils tenaient; mais le roi 
Apollon, fils de Zeus, s'adresse à Hermès : « Fils de Zeus, Hermès, 
porteur de messages, dispensateur des biens, assurément tu consen- 
tirais à être enchaîné par des liens pesants pour dormir sur une couche 
à côté d'Aphrodite aux parures d'or? » Le porteur de messages, meur- 
trier d'Argos, lui répond : « Si cela arrivait, roi Apollon qui lance au 
loin les traits, que je sois attaché par trois fois autant de liens nom- 
breux, dussé-je être vu de vous, tous les dieux et toutes les déesses, 
pourvu que je repose à côté d'Aphrodite aux parures d'or! » — Il dit, 
et le rire des dieux immortels redoubla. Mais Poséidon ne riait pas ; 
il conjurait toujours Héphœstos, l'illustre artisan, de délivrer Ares. 
Il lui adressa alors ces paroles ailées : c Délivre-le et je te promets 
qu'il te paiera, comme tu le voudras, toute l'amende due parmi les 
dieux immortels ». Alors l'illustre maître au bras puissant lui répon- 
dit : a Ne me donne pas de tels ordres, Poséidon qui embrasse la 
terre; les cautions n'ont aucune valeur avec les misérables. Gomment 
tWchaînerai-je au milieu des dieux immortels si Ares s'enfuit, débar- 
rassé de sa dette et de ses liens? » — Alors Poséidon qui ébranle la 
terre lui répondit : « Héphœstos, si Ares prend la fuite pour se sous- 
traire à sa dette, moi-même je te paierai. » « Il ne m'est pas possible, 
dit l'illustre maître au bras puissant, il n'est pas convenable de re- 
pousser ta parole ». Ayant ainsi parlé, il détend Je filet. Dès qu'ils fu- 
rent délivrés, l'un se précipita vers la Thrace et Aphrodite, qui aime 
les sourires, alla à Paphos, en Chypre, où elle a un bois sacré et un 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 167 

autel embaumé d'encens. lia, les Kharites la baignent et l'oignent 
d'une buile incorruptible, comme celle dont se servent les dieux im- 
mortels ; elles la couvrent de vêtements précieux, admirables à voir (1). 

LXIX 

LA PIÉTÉ RÉCOMPENSÉE 

Lorsque, réalisant le destin de Zeus, Sardes fut conquise par l'armée 
perse, Apollon à Tépée d'or protégea Erœsos. Quand arriva le jour 
inattendu, le roi ne voulut pas subir la déplorable servitude. Il fit 
dresser un bûcber devant les murailles d'airain de sa cour; il y monta 
avec sa fidèle épouse et ses filles aux belles tresses, qui gémissaient 
sans interruption. Levant les mains vers l'éther inaccessible, il s'é- 
cria : Destin cruel, où est la reconnaissance des dieux ? Où est le roi, 
fils de Létô. La demeure d'Alyatte a péri. . . Le Paktole aux belles eaux 
est rougi de sang; les femmes sont emmenées ignominieusement des 
palais bien bâtis. Ce qui m'était odieux auparavant m'est cher: mourir 
m'est le plus doux. 11 parla ainsi et ordonna à un Lydien à la démarche 
efféminée d'allumer l'édifice de bois. Les jeunes filles poussèrent des 
cris et jetèrent leurs bras autour du cou de leur mère; devant elles se 
dressait la mort la plus cruelle pour les mortels. Mais lorsque brillait 
la violence du feu terrible, Zeus, par une sombre nuée, éteignit la 
flamme dorée. Rien n'est incroyable de ce qu'invente la pensée divine. 
Apollon, né à Délos, emporta chez les Tlyperboréens le vieillard avec 
ses filles à la taille élancée, et l'y établit pour prix de sa piété, car il 
avait, parmi les mortels, envoyé les plus riches dons à l'illustre 
Py tho (2] . René Basset. 

(1) Homère, Odyssée, cb. vin, v. 266-366, éd. Dindorf. Leipzig, 1888, in-12, p. 
121-124. Sor la question relative à l'authenticité de ce morceau, cf. I. Anhang d'A- 
mew-Hentz et les auteurs cités, Leipzig, 1889, fasc. II, p. 34-35. Il y est fait allusion 
dans la Thébàide de Stace, ch. m, v. 273-274, et vir, v. 62. Cf. aussi les commen- 
taires de Lac tan li us Placidus, éd. Jahnke, Leipzig, 1896, in-12, p. 155, 345, 494; le 
poème de Reposianus, De concubitu Marti* et Vénerie, et particulièrement les vers 
136-182 (Baehrens, Poetse latin* minores, t.. IV, Leipzig, 1882, in-12, p. 354-356). On 
représentait l'union d'Aphrodite et d'Ares par deux statuettes, Tune d'aimant, Pautre 
de fer, cf. dans les Idylles de Claudien, V. Magnes, vers 23*40, CEuvres % éd. Héguin 
de Guérie, Paris, 1865, in- 18 jés., p. 533 534. L'aventure est sommairement racontée 
dans les Poslhomerica de Quintus de Smyrne, ch. xiv, v. 47 54, et il y est fait allu- 
sion dans les Dionysiaques de Nonnos, ch. xxxm, v. 308-309 (éd. Marcellus, Paris, 
1856, in-4% p. 212). 

(2) Baccbylides, Carmina, éd. Blass, Leipzig, 1898, in-12, ch. m, v. 25-62, p. 33- 
37. On reconnaît ici une légende différente de celle consacrée par le récit d'Hérodote. 
Dans le poème, Krcesos, comme Sardanapale, veut se brûler pour ne pas tomber au 



168 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

LES MINÉRAUX ET LES MÉTAUX 
XIX 

<< A Beauvoir, près Niort (Beauvoir-sur-Niort) sur la route d'Angély- 
Boutonne (Saint-Jean d'Angely), on trouve dans les champs une quan- 
tité considérable de pyrites ferrugineuses ; plusieurs ressemblent si 
bien à des parties de boulets et à de grosses balles en fer, que l'opinion 
populaire est qu'il y a quelques milliers de siècles le Diable et les 
Anges se sont livrés, dans ce lieu même, un combat sanglant et que 
ces prétendus boulets sont les restes de leur bruyante artillerie. » 
{Bulletin du département des Deux-Sèvres, an VI (4798), n° Ai.) 

LÉO Desatvre. 



pouvoir des ennemis, et Apollon, pour prix de sa piété et de sa générosité, le trans- 
porte chez les Hyperboréens, c'esl-à-dire dans le séjour des bienheureux. D'après l'his- 
torien grec (I. 86-87), ce serait Kyros qui aurait voulu faire brûler Krœsos : une pluie 
envoyée par Apollon éteignit le bûcher. Cette dernière légende, qui avait cours chez 
les Lydiens, a été amplifiée par Nicolas de Damas (frag. 68, Fragmenta hist. Grœc, 
t. III, p. 406-409), et il est encore question de bûcher dans Lucien {Le Som/e,23, et 
Charon, 13) ; dans Ptolémée, fils d'Héphaeslion (Photios, Bibliotlieca, éd. Btkker, 
Berlin, 1824, p. 146), sans qu'on puisse reconnaître si cette mention se rattache à la légende 
d'Hérodote ou à celle de Bacchylide. Celle-ci cependant, comme le fait remarquer H. Weil 
(Études sur l % antiquité grecque, Paris, 1900, iu-16, p. 219-220) et Desrous seaux (Les poè- 
mes de Bacchylide de Céos, Paris, 1898, in- 16, p. 97) n'était pas absolument inconnue. Un 
vase, désigné sous le nom de vase Durand, amphore à figures rouges du Musée du 
Louvre, décrit par le duc de Luyoes (Annali delV Instituto archeologico, t. V, 1833, 
p. 237-251, et reproduit dans les Monumenti delV Instituto archeologico^ t. I, 1827- 
33, pi. LIV) représentait Krœsos assis sur un trône, au haut d'un bûcher, et faisaol 
des libations avec une coupe. Radel (La Lydie et le monde grec, Paris, 1892, in-8, 
p. 254 et suiv.) qui discute longuement la question de savoir si le roi de Lydie faillit 
être brûlé et se prononce pour l'affirmative, voit dans ce vase une preuve en laveur du 
récit d'Hérodote, sans être arrêté par des différences de détails : il est vrai que la 
découverte des fragments de Bacchylide est postérieure à son livre. Je crois que nous 
avons affaire, aussi bien chez le poète grec que chez l'historien, à une légende qu'on 
rattacha ensuite à l'histoire de Sol on, sans bien entendu faire entrer en ligne de compte 
le silence d'un faussaire comme Ctésias ou d'un romancier comme Xénophon, dont la 
Cyropédie a tout juste la même valeur historique que le Télémaque de Féneton ou le 
Séthos de l'abbé Terrasson. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 169 



LA LÉGENDE DE DIDON(l) 

XVI 
DÉLIMITATION PAR LE VOL DE L'OIE (IRLANDE) 

Voici comment, d'après la tradition, saint Kevin devint propriétaire 
de la Vallée de Glendalough. Il alla trouver le roi OToole et lui de- 
manda la concession d'un coin de terre pour bâtir une église en l'hon- 
neur de saint Pierre et saint Paul. Le prince était alors occupé à regar- 
der une oie qui barbotait au bord du lac. 11 leva la tête, en entendant 
la requête que lui adressait le saint, réfléchit quelques instants, puis, 
comme il était apparemment d'un caractère peu généreux, il répondit : 
« Je te donne tout le terrain que pourra franchir au vol cette oie que tu 
vois devant nous ». 

Kevin dit au monarque : « Vous engagez votre parole royale que vous 
me donnerez tout V espace compris entre l'endroit où se trouve l'oie, et celui 
ou elle s' 'arrêtera sans loucher terre ? » 

— Tu as ma parole, reprit le roi. 

À ces mots, Kevin saisit l'oie par les deux ailes, fit, sans s'arrêter, 
tout le tour de la vallée, revint au point d'où il était parti et, là, laissa 
le volatile se plonger à son aise dans l'eau fangeuse. 

Le roi resta confondu de la ruse du saint homme et reconnut loya- 
lemeut que la vallée tout entière était acquise légitimement à Kevin. 
(J. J. PUbvost, Un Tour en Mande, Paris, 1846, in-8°, 170-171.) 

XVII 

DÉLIMITATION PAR LE CHALE (IRLANDE) 

Le roi de Leinster n'avait voulu accorder à sainte Brigitte, pour fon- 
der un couvent dans le comté de Kildare (Irlande), que l'espace de 
terre que pourrait recouvrir son châle. Au lieu de murmurer contre 
cette décision, Brigitte se montra satisfaite et remercia le prince. Elle 
ordonna aussitôt à toutes ses nonnes, qui étaient au nombre de trois 
cents, de travailler pendant un an sans relâche à la confection d'un 
immense châle avec lequel elle alla ensuite réclamer l'exécution de la 
promesse*royale. On développa le châle devant le roi et on trouva 
qu'il couvrait cinq mille carrés de terre, qui furent adjugés par consé- 
quent à sainte Brigitte et à ses religieuses. 

(ID., ibid. t p. 171-172.) ALFRED HaROU. 

(1) CM. XIX, p. 172. 




170 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



L'ÉVOLUTION DU COSTUME 

armi les questions mises à Tordre du jour par le pro- 
gramme du Congrès des Traditions populaires de 
1900, s'en trouvait une assez neuve, et tout particu- 
lièrement intéressante, celle de l'origine et de révo- 
lution du costume populaire. Je reproduis avec 
quelques additions le Mémoire que je lus à Tune des 
séances, parce que les exemplaires contenant les actes 
du Congrès sont devenus assez rares, et qu'en m'adres- 
sant aux lecteurs de la Revue des Traditions populaires, 
il y a quelque chance de provoquer des enquêtes et des recherches. 



J'ai, à diverses reprises, écrit à plusieurs des membres de la Société 
des Traditions populaires qui habitent la province pour leur demander 
de traiter cette question ; mais tous m'ont répondu que, quant aux 
origines, les éléments de comparaison faisaient défaut, et que, pour les 
évolutions contemporaines, il était malaisé de les suivre. 

J'avais pensé être plus heureux en m'adressant à l'abbé Abgrall, qui 
dans un très intéressant mémoire sur les Costumes et les usages bre- 
tons s'était occupé incidemment de l'évolution du costume, et avait 
émis sur ce sujet des idées judicieuses. Il disait : que le costume 
est un art, qu'il comporte un changement, un mouvement continuel, 
comme tout ce qui est du ressort de l'intelligence et de l'activité 
humaine. En l'espace de 50 à 80 ans, on peut constater des écarts pro- 
fondément marqués. Dans les albums d'Olivier Perrin (de Rostrenen), 
dessinés vers 1830, et dans son tableau de la foire de Quimper, au 
Musée de cette ville (daté 1820), on trouve les mêmes éléments dans 
les habillements rustiques, mais aussi bien des détails modifiés, des 
perfectionnements dans la coupe, dans les formes générales, chaque 
région tendant à une plus grande élégance, sinon à une plus grande 
richesse dans l'ornementation (1). 

Lorsque je lui demandai, sachant qu'il a fait, avec un grand soin 
et une parfaite intelligence, d'innombrables photographies des statues 
et des vitraux que l'on rencontre dans les églises et Les chapelles du 
Finistère, de préciser et de me dire si, dans les verrières anciennes ou 
dans des groupes sculptés, il avait rencontré des personnages ayant 

(1) Mémoire présenté au Congrès de l'Association bretonne de Vannes, en 1898, et 
imprimé dans le Bulletin de l'Association, 1899, p. 154. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 171 

un costume apparenté à ceux que l'on voit dans le bel ensemble de 
mannequins babilles du Musée de Quimper, ou à ceux encore en usage 
à l'heure actuelle, il me répondit qu'il ne pouvait rien ajouter aux idées 
générales exposées dans son mémoire. 

En réalité, les documents certains et datés ne remontent guère, 
en ce qui eonceroe la Bretagae, qu'à Tannée 1820, et le plus curieux 
est en effet, parce qu'il est à peu près localisé, le tableau assez naïf, 
mais très sincère, d'Olivier Perrin, qui représente un marché de 
Quimper et qui figure au Musée de celte ville. Olivier Perrin est l'au- 
teur de la Galerie Bretonne, publiée un peu plus tard, et les costumes 
bretons y abondent; mais presque tous rentrent dans un même type, 
qui paraît être celui de la Gornouaille à cette époque et qui est carac- 
térisé par le grand chapeau, les bragou-braz ou larges culottes, la 
ceinture de cuir avec une grande boucle, mais non le costume breton 
d'un pays déterminé. Celte sorte de moyenne ne permet pas des com- 
paraisons aussi précises que si l'auteur avait, par exemple, revêtu ses 
personnages du costume de Pontaven ou de celui de Pont- l'Abbé. 

En ce qui concerne la Basse-Bretagoe, la question de l'évolution 
aurait pu être traitée avec de nombreuses pièces à l'appui, par notre 
regretté collègue Morel-Retz, universellement connu sous le pseudo- 
nyme de Stop ; il avait dessiné en 1848 les costumes de la partie sud 
(Morbihan et Finistère), de la péninsule armoricaine, et un peu plus 
de vingt ans après il avait fait, dans la même région, un autre album 
de costumes qui constatait la modification profonde qu'ils avaient su- 
bie. Maisjen'ai pu savoir ce que ces albums sont devenus après sa mort. 

Depuis que nous possédons des documents certains, et je n'en con- 
nais pas d'antérieurs au xix 6 siècle, le costume du Finistère a subi une 
évolution considérable ; pour le moment je ne m'occupe que de celui 
des hommes. Dans certains pays le changement a été si radical que les 
grands-pères, s'ils revenaient au monde, ne reconnaîtraient plus, dans 
l'habillement de leurs petits-fils, que des fragments de ce qu'il était 
autrefois. 

JM. Abgrall dit que le bragou qui, il y a quarante ans, était en usage 
dans la plus grande partie de la Gornouaille, a maintenant disparu. La 
conclusion est, ce me semble, un peu absolue ; le bragou devient sans 
doute rare, mais on le retrouve encore dans le Finistère même. Je ne 
crois pas toutefois que maintenant il y ait des communes où le costu- 
me soit aussi bien conservé qu'il Tétait, en 1874, dans la commune de 
Nevé, canton de Pontaven. Elle avait une population rurale qui formait 
la majorité, et comprenait aussi des marins ; ceux-ci se distinguaient 
à première vue des paysans : au lieu de bragous blancs, plissés depuis 
la poche jusqu'au genou, et au-dessous desquels venaient s'agrafer des 
guêtres noires, ils portaient de longs pantalons rappelant par leur for- 



172 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

me les anciennes chausses à la marinière, et leur veste était d'un bleu 
foncé, alors que celle des laboureurs était bleu clair. 

Dés cette époque, un changement s'opérait, et il a dû s'accentuer 
depuis ; parmi les jeunes, surtout aux environs du bourg, beaucoup 
avaient renoncé au bragou et portaient des pantalons modernes, sou- 
vent de couleur noire, mais aussi de couleurs diverses, comme ceux 
des habitants des villes ; à la ceinture de cuir avait succédé la ceinture 
d'étoffe faisant plusieurs fois le tour du corps, et le gilet à petits bou- 
tons avait fait place à un gilet ordinaire ; le chapeau ancien, le grand 
feutre noir avec le ruban et la boucle, s'était apetissé, et parfois même 
avait été remplacé par un chapeau mou. Ils ne gardaient guère du cos- 
tume primitif que la veste, et encore il y avait une tendance à adopter 
la couleur et la forme de celles que portaient les gens de Pontaven. 

Je crois qu'en Bretagne révolution du costume à l'époque moderne 
suit à peu près le même processus qu'à Nevé : c'est le bragou qui dis- 
paraît le premier, pour des raisons de mode ou de commodité, peut-être 
d'économie ; pour des causes analogues, l'ancien chapeau cède la place à 
un chapeau plus moderne. 

En Haute-Bretagne, le bragou a disparu depuis de longues années, 
mais dans mon enfance, vers 1850, j'ai encore vu de vieux paysans qui 
portaient une culotte courte, serrée comme au siècle dernier, et des bas 
de laine, généralement roux. Mon père avait à Merdrignac, à la limite 
des Côtes-du-Nord et du Morbihan, des fermes dont les chefs, âgés alors 
de 60 ans environ, avaient encore des culottes courtes, survivance pro- 
bable du xvi il* siècle, et une veste en laine rousse avec des sou taches 
rouges. Leurs petits-fils, restés mes fermiers jusqu'en 1890, n'avaient 
gardé aucun vestige de l'ancien costume. 

Sur la côle, daus le pays de Matignon (Côtes-du-Nord), où j'ai passé 
mon enfance, je me souviens très bien d'avoir vu les vieillards porter une 
veste courte appelée lou t-rond, qui avait le haut collet piqué et rigide que 
l'on voit encore dans certains costumes d'officiers de l'Empire ; c'était pro- 
bablement une survivance d'une époque pourtant peu éloignée, et dès 
1860 elle s'était éteinte. Vers 1850, beaucoup de laboureurs portaient 
des chapeaux en feutre verni, de forme assez semblable à ceux des 
matelots du premier Empire, et c'était aussi vraisemblablement une 
survivance. 

Pour les matelots, au lieu de la vareuse actuelle, ils avaient de longs 
vêtements de laine qui leur tombaient jusqu'à mi-cuisse, avec deux 
fentes longitudinales qui commençaient un peu plus bas que les poches. 
Ces vêtements, qu'on ne voit plus aujourd'hui, étaient en général bleus, 
mais il y en avait des jaunes, et plus rarement des rouges. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 173 

Pour le costume des femmes l'évolution n'est pas tout à fait la même 
que pour ceux des hommes; bien que la coifle subisse des transfor- 
mations, elle survit, la plupart du temps, aux robes et aux corsages 
anciens, qui peu à peu sont remplacés par des vêtements plus voisins 
de ceux des villes que des habillements même du milieu de ce siècle. 

Ici je m'occuperai surtout de la Haute-Bretagne, parce que c'est un 
pays moyen, un pays demi-sang, pour employer l'heureuse expression 
que Bourgault-Ducoudray a appliquée aux chansons populaires, et que 
c'est aussi celui où j'ai pu observer les changements de visu, et je par- 
lerai des femmes de la côte, entre le cap Préhelet Saint-Malo, dont j'ai 
suivi J'évolution pendant près d'un demi-siècle, et surtout de celles du 
canton de Matignon où je suis né. 

Des douze communes qui le composent, six sont baignées par la 
mer, mais trois seulement ont une population de marins et de pêcheurs 
de quelque importance; les six autres sont tout à fait rurales. Dans 
mon enfance, les six communes littorales portaient une coiffure appe- 
lée (kilet, qui présentait des variantes peu importantes de commune à 
commune : dans trois communes de l'intérieur, on trouvait une coif- 
fure apparentée, mais plus grande et moins élégante ; les trois autres 
avaient la caunette % corruption vraisemblable de cornette, qui en diffé- 
rait radicalement. Les femmes de ces trois groupes portaient des cotil- 
lons de rayé, étoffe fabriquée par les tisserands locaux, et qui, sur une 
trame de fil, avait été recouverte d'un tissu de laine; elle présentait 
des rayures verticales alternées, les unes claires, les autres fon- 
cées : c'est de cette particularité que l'étoffe tirait son nom. Vers 1850, 
ces raies étaient alternativement bleu foncé ou bleu clair, ou vert clair, 
souvent larges de l'épaisseur du doigt environ ; cette couleur bleue, 
qui probablement avait toujours été dominante, avait peu à peu rem- 
placé les cotillons rouges rayés de blanc, qu'on ne portait plus guère 
que comme jupe de dessous et qu'on ne fabriquait plus; ceux en laine 
grise ou rousse, qui n'ayant point été teints, gardaient la couleur de 
la toison du mouton, étaient d'un usage plus courant que les cotillons 
rouges, mais les paysannes qui se piquaient de quelque élégance, les 
considéraient déjà comme démodés, et c'était surtout les femmes d'un 
certain âge qui les portaient. Ils sont rares aujourd'hui, et le cotillon 
bleu lui-même a une tendance à disparaître : les femmes jeunes le 
remplacent, tout au moins les dimanches, par des robes noires ou 
grise?, de fabrication étrangère au pays. 

Des femmes âgées conservaient seules une sorte de veste, de la même 
étoffe que le cotillon, qui avait, à deux ou trois doigts au-dessous de 
la taille, une bande plissée, et qui s'ouvrait sur le devant ; mais le 
corps, sorte de corsage qui dessinait mieux la taille, était déjà plus en 



174 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

usage, et il est encore porté les jours de travail, et même les diman- 
ches, par les paysannes qui ont conservé le cotillon ou qui n'ont pas 
une robe complète faite comme celle des ouvrières des villes. 

C'était à ce corsage qu'était attachée la devantière^ tablier surmonté 
d'une large pièce carrée, nommée piécette, piquée sur le corsage 
par des épingles à grosse tête, dites épiogles à piécette; en dessous 
passait le mouchoir de cou, qui était une sorte de châle très court. La 
devanlière, qui souvent ne différait du cotillon que par la couleur, 
couvrait tout le devant de la robe et était ornée de poches saillantes, 
hautes de 20 centimètres environ et larges à l'avenant, qui permet- 
taient d'y mettre beaucoup de choses. Les élégantes commencèrent 
par le diminuer en longueur et en largeur, rétrécirent les poches, et à 
la forme primitive, qui était carrée, substituèrent la piécette amincie 
vers la taille; elles rétrécirent aussi vers le haut sa largeur, et Tan- 
tique devanlière devint presque un tablier de soubrette, à la réserve 
qu'il garda toujours au bas des coins coupés carrément. Cette forme, 
due peut-être à l'influence des tabliers coquets des femmes de la côte 
aux environs de Saint-Malo, amena peu à peu les simples paysannes, 
non à adopter les tabliers des élégantes, mais à diminuer la longueur' 
et l'ampleur de leur devantière. 

Le mouchoir de cou, que Ton appelait ainsi pour le distinguer du 
mouchoir de pouchette, ou mouchoir de poche, qui était presque un objet 
de luxe et dont on se servait le moins possible, était croisé sur la 
poitrine, qu'il dessinait très peu, et par derrière sa pointe dépassait à 
peine le haut du cotillon. Les élégantes le firent bouffer sur la poitrine 
en dégageant le cou et en laissant voir, au lieu de l'ancien col de che- 
mise ou du simple fichu de cou, un fichu brodé ou une collerette; 
progressivement il s'allongea par derrière jusqu'à ressembler aux 
châles du temps de Louis-Philippe, dont il était au reste une imi- 
tation, avec cette circonstance qu'ils ne furent adoptés à la campagne 
qu'après être devenus rares à la ville. Toutefois, peut-être pour des 
raisons de commodité, la plupart des paysannes se contentèrent de 
draper sur le devant leur mouchoir de cou, à la nouvelle mode, et de 
l'allonger par derrière, sans lui donner la longueur des châles des 
grosses fermières ou des élégantes de bourg. 

En hiver, tout ce costume disparaissait presque sous un manteau 
de couleur brune ou noire, formant de grands plis rigides et d'un tissu 
assez serré pour braver la pluie : la coiffe était protégée par un four- 
reau de même étoffe, qui portait le nom de capot et qui se terminait 
sur le dos par une sorte de carrick cache-nuque, qui tombait sur les 
épaules et recouvrait le haut du manteau, appelé grande devantière, 
pour le distinguer de la petite devantière ou tablier. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 175 

Pour la coiffure, dont je parle en dernier lieu, parce qu'elle est plus 
intéressante au point de vue de révolution que le reste de l'habille- 
ment, il y en avait, dans ce canton, ainsi que je lai dit, trois variétés 
principales; niais dans les trois groupes la coiffure de dessous était 
sensiblement la même; elle se composait d'un serre-tête qui prenait à 
peu prés toute la boite crânienne et laissait à peine voir par devant la 
naissance des cheveux, divisés en deux par une raie. Par derrière, les 
cheveux qui étaient abondants et fort longs, formaient, lorsqu'ils 
étaient détachés, une sorte de crinière que Ton peignait avee soin et 
qui, à partir de la nuque, était repliée sur le serre-tête. C'est par-des- 
sus que la coiffe, attachée avec des épingles, était posée. 

Le dalet, avec des variantes légères, était porté dans six communes 
et était la coiffe, mais seulement apparentée, de trois autres; elle était 
en toile unie et on la portait même écrue, lorsqu'elle était neuve. Elle 
se composait d'une extrémilé triangulaire plissée qui partait du serre* 
têle et était nommée chupiron; elle s'attachait à une large bande em- 
pesée de toile, qui, lorsqu'elle était dépliée, retombait sur les épaules; 
quand ses ailes avaient été attachées sur le haut de la tête avee des 
épingles, elles ressemblaient assez à des gouttières en toile. Cette 
coiffure dépassait le front de quelques centimètres dans les communes 
de la côte; elle s'avançait plus dans les trois communes rurales. C'é- 
tait la forme en usage vers 1850; elle était probablement ancienne, et 
elle était sensiblement la même chez les vieilles femmes et chez les 
jeunes tilles, ce qui semble montrer que dans le commencement du 
siècle elle était à peu près la même qu'à cette époque. 

Vers ce moment se produisit une évolution qui scandalisa tout d'à* 
bord les femmes âgées; quelques jeunes femmes, qui peut-être avaient 
vu ailleurs des coi fies un peu diflérentes et couvrant moins le front, 
commencèrent à diminuer le devant de la coifle, de façon à laisser voir 
le haut de la figure, et il se produisit un rétrécissement dans le sens 
de la longueur; en même temps elles firent sortir du serre-tête qui les 
emprisonnait et les cachait presque entièrement, les bandeaux de 
cheveux qui, partagés par une raie, ornèrent les deux côtés du front. 

Actuellement, la pointe de derrière, qui d'abord avait été diminuée 
et qui, de rigide, était devenue plissée, presque flottante, à peine em- 
pesée, a complètement disparu; elle n'est plus représentée que par un 
ruban croisé tout petit, qui fait partie du serre-tête. Les élégantes ont 
même renoncé au serre- tête et aux cheveux relevés à partir de la nu- 
que, et elles l'ont remplacé par une résille. 

Dans ce groupe on peut constater la tendance à montrer les cheveux 
et le front, autrefois ombragés par la coiffe, la diminution de la gran- 
deur de la coiffe et la substitution de la toile brodée à la toile simple 
d'autrefois. 



176 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRE * 

Dans les groupes voisins s'est produite une évolution analogue : 
c'est ainsi que sur la côte*, de l'embouchure de la Rance à l'Arguenon, 
le coq plissé, autrefois très apparent, a été presque recouvert par les 
ailes de lacoiflure, et celle-ci, très grande autrefois, est devenue assez 
petite. Je crois qu'il ne faut accepter que sous bénéfice d'inventaire la 
gravure des Départements de France, de Girault de Saint-Fargeau, qui 
représente une femme de Dinard; toutefois, on peut considérer comme 
exacte la dimension considérable de l'ornement plissé, dit coq. On doit 
faire les mêmes réserves pour le costume de Cancale, qui, de la forme 
monumentale de 1829, est devenue le coquet papillon d'aujourd'hui. 

On peut constater la même évolution pour la caunette, qui grande et 
couvrant le front, s'est rétrécie et s'est éloignée de la forme géométrique 
qu'elle avait il y a quarante ans. 

Dans une grande partie de la Bretagne du Nord, dans l'intérieur du 
pays parlant français et dans les environs de Lan vo lion et de Paimpol, 
il y avait autrefois une coiffure, aussi ample que celle des Cauchoises, 
et que certaines coiffes de l'Eure dessinées par Philippe en 4834, aussi 
encombrantes que les hennins du xv e siècle. Ces coiffes étaient désignées 
sous lé nom de « catioles » : elles n'étaient pas particulières à une 
commune, mais constituaient une sorte de coiffure aristocratique ; 
elles n'étaient portées que par des femmes riches ou se rappro- 
chant de la petite bourgeoisie : une paysanne ordinaire n'aurait osé 
s'en parer. Les fillettes la prenaient, le dimanche, après la première com- 
munion, et en 4875 j'ai encore vu dans la grande commune de Plou- 
bazlanec, canton de Paimpol, des fillettes dont la coiffe était presque 
aussi longue qu'elles étaient hautes. 

Dans l'Ille- et- Vilaine, cette coiffe monumentale s'est rétrécie peu à 
peu, comme la peau de chagrin du roman de Balzac, et à l'heure actuelle, 
presque partout, elle est remplacée par deux cylindres en dentelles, 
un peu plus gros qu'un doigt, que l'on voit, avec quelque surprise, 
posés sur les cheveux des élégantes et des grosses fermières (1). 

En résumé, dans la Haute-Bretagne, la coiffure s'est peu à peu rétrécie 
en dégageant le front, et aux coiffes monumentales ont succédé des 
coiffes plus petites, rejetées en arrière, bien plus ornées, et qui ne rap- 
pellent les anciennes que par des traits parfois presque effacés. 



Les anciennes coiffures avaient une aire géographique assez bien 
déterminée, et, tout au moins, sur la côte, elles correspondaient à des 

(1) J'ai acquis dans ces dernières années (1903-1907) une série de coiffes du canton de 
Liflré, qui va de 1808 à nos jours, et grâce à laquelle il est facile de suivre cette évo- 
lution. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 177 

groupes présentant dans la physionomie ou les proportions, des carac- 
tères très différents de la population de l'intérieur, et parfois de celle 
du littoral qui l'avoisinait. Ils n'étaient pas aussi tranchés que ceux 
des Bigoudens de Pont-Labbé (Finislère), qui diffèrent autant des habi- 
tants de Fouesnant, séparés seulement par la rivière de l'Odet, qu'un 
Norvégien du Nord, métissé de Lapon, d'un Français de la Saintonge. 

Toutefois, en ce qui concerne mon canton natal, celui de Matignon, 
il était facile, il y a trente ans, tout costume à part, de faire, à 
première vue, la différence entre les trois groupes qui le composaient. 
Je parle des femmes seulement. Les Capresses, ou femmes de la 
péninsule de Fréhel, qui n'étaient pas métissées, se distinguaient par la 
coupe régulière de leur figure, leur teint mat, le nez bien dessiné, et 
presque dans le prolongement du front, comme celui de certaines statues 
grecques, l'ampleur de leur chevelure noire — plus rarement, mais 
parfois rousse, — - leurs yeux noirs, et aussi par la longueur de leurs 
proportions et l'élégance de leurs attaches. Elles ne travaillaient pas 
autant à la terre que leurs voisines, mais se livraient aux travaux du 
ménage ou à la pêche. Dans d'autres communes maritimes, le type 
était moins bien conservé. 

Pour les communes ne touchant pas à la mer, dans trois, les femmes 
étaient grandes, mais peu élégantes, et dans trois autres — celles qui 
portaient les caunettes — le type devenait généralement lourd, et les 
attaches assez grossières ; il n'y avait plus là que des personnes occupées 
à la terre. 

Le long de la côte, le premier type, plus ou moins bien conservé, 
avait, de l'E. àl'0.,des limites naturelles: à l'O. l'embouchure du Goues- 
sant, à l'E. celle de l'Arguenon. 

Les femmes qui portaient le Coq se voyaient de l'embouchure de 
l'Arguenon à celle de la Rance : plus élégantes sur le bord de la mer et 
des fleuves, plus lourdes, dans l'intérieur ; il en était de même pour les 
pignons, sur la rive droite de la Rance, pour le groupe portant la coiffure 
de Cancale, qui finissait à peu prés à un ruisseau venant de Dol pour 
se jeter à la mer ; de là jusqu'à l'embouchure du Couesnon, c'était une 
autre coiffure, et un type voisin, mais présentant pourtant des 
différences. On peut remarquer que ces coiffures s'éloignent peu de la 
mer, de 3 à G kilomètres, à moins que, comme sur les deux rives de la 
Rance, l'estuaire du fleuve ne soit un véritable prolongement de la mer; 
dans ce cas, elles s'arrêtent à peu près à l'endroit où la marée cesse de 
se faire sentir. 

Il est peut-être permis d'en conclure que ces coiffures correspondent 
à des tribus venant de la Bretagne insulaire, et qui ont refoulé du rivage 
les anciens habitants; et peut-être quelques particularités de la coiffure 

Tout XX III. — Mai 1908. 12 



178 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

remontent-elles jusqu'à cette époque éloignée, le coq par exemple, dont 
je ne connais pas de similaire, et même le dalet, qui a quelque 
ressemblance avec la coiffe des femmes d'Ouessant. Malheureusement, 
les dessins anciens, ou les descriptions, ne nous permettent que de 
poser cette hypothèse. 



Cette monographie était suivie d'un mémoire sur le Costume poitevin, dû 
& M. Henri Geiin, Conservateur du Musée du Costume poitevin, & Niort, où 
sont réunies des séries de coiffes et de costumes très importantes. Je repro- 
duis la partie qui correspond à quelques-uns des sujets traités dans ma 
communication, et dont les conclusions peuvent en être rapprochées. 

Si les documents sont insuffisants pour l'étude du costume poitevin 
dans les siècles passés, ils abondent, en revanche» pour le xix e siècle. 

A partir de 1830 et de l'éclosion romantique, nous voyons tous ceux 
qui manient le crayon ou le pinceau s'intéresser vivement à l'éclat et 
à la diversité du costume féminin. De plus, l'organisation du Musée 
du Costume poitevin m'a permis, personnellement, de recueillir des 
pièces de vêtements, des coiffes surtout; provenant de toute la région 
comprise entre la Loire, et la Garonue, et d'étudier la caractéristique 
de leurs formes, ainsi que leur évolution au cours du xix* siècle. 

Le Poitou ne le cède à aucune province pour la diversité de ses cos- 
tumes féminins. Cette diversité apparaît surtout dans la coiffe blanche, 
aux longs rubans flottants, qui jette une note si claire et si gaie, dans 
toutes nos fôtes populaires, parmi la terne monotonie des paletots et 
des blouses de cotonnade bleue. 

La coiffe type du Poitou est le béguin, c'est-à-dire une coiffure for- 
mée de l'assemblage de parties distinctes, ornées et repassées séparé- 
ment, qui s'arrangent ensuite et se reploient sur un bonnet fait de 
carton ou d'étoffe matelassée, tantôt formant casques, tantôt ayant le 
fond seulement soutenu par un écusson de carton ou par une armature 
en fil métallique. 

Les béguins se répartissent en une quarantaiue de circonscriptions, 
dont j'ai tracé la carte, et qui paraissent correspondre à des récrions 
ethniques distinctes, où l'on parle les mômes variétés de patois avec des 
accents et des intonations analogues. 

Dans chacune de ces circonscriptions se portent généralement trois 
variétés de la même coiffe, correspondant aux costumes de la femme de 
vingt ans, de la femme de quarante ans et de celle qui a dépassé la 
soixantaine. Leur juxtaposition permet de suivre en un même lieu 
révolution du costume — car les autres pièces de ce costume n'affec- 
tent que des variations beaucoup moins sensibles à l'œil. 



hEVUE DES TRÀDltlONS POPULAIRES 179 

J'ai étudié par le détail dans diverses publications : Costumes poite- 
vins, avec eaux-fortes de M. Escudier, Ethnographie poitevine (1890), 
celte évolution pour les petites circonscriptions ethniques du Poitou. 
Je ne retiendrai ici que les conclusions. 

Jusqu'aux environs de 18îK), le costume du paysan propriétaire 
reproduisit, avec des étoffes de fabrication locale, l'habit bourgeois, qui 
lui-même imitait celui de la noblesse. La culotte, les vestes plus ou 
moins longues — lévites, angrelines, justaucorps, robes volantes — 
parées de longues files de boulons et de boutonnières très largement 
bordées ou soutachées, les souliers à boucle d'argent, le chapeau à cla- 
que, tout s'y trouve. 

Mais, à côté et au-dessous de cette demi-bourgeoisie, les travailleurs 
des champs portaient la blouse ou grand'chemise de toile écrue, le 
chapeau de feutre à larges bords, dit Chapeau à la grelle, ou le bonnet 
conique, de laine tantôt blanche, tantôt bleue, avec l'extrémité recour- 
bée et une houppette pendant sur l'oreille ; la chemise de toile de 
chanvre, à col droit plus ou moins orné de broderies blanches sur fond 
blanc, sans cravate ; les culottes et guêtres de boulanger — étoffe locale 
moitié fil, moitié laine — pour l'hiver, de simple toile de chanvre pour 
Tété ; le pegnon, sensiblement modifié. Le pantalon a définitivement 
pris la place de la culotte et des ganaches (guêtres) ; l'usage de la cravate 
s'est répandu ; enfin, aux blouses de toile, aux longues lévites plissées, 
aux vestes de toutes dimensions, s'est complètement substituée la 
blouse de cotonnade bleue, lustrée et reluisante en son état de neuf. 

Ajoutons qu'après un règne à peu près exclusif, et qui aura duré plus 
de soixante années, la blouse bleue tend, elle aussi, à disparaître, 
remplacée par de bourgeois paletots. 

Il est heureux que, malgré la tendance actuelle à l'uniformisation, le 
costume féminin évolue avec une moindre rapidité, et garde, au moins 
par la variété de ses coiffes, comme une floraison distinctive des vieux 
groupements ethniques. 

Au siècle dernier, et dans le commencement de celui-ci, les pièces 
servaut à la coiffure des femmes étaient faites du tissu blanc le plus fin 
que pouvait donner l'industrie locale utilisant les lins filés par les 
ménagères. Des linons produits par l'industrie, puis des mousselines et 
des tulles, sont venus, entre 1815 et 1830, lui apporter des éléments plus 
souples et d'aspect plus gracieux. 

Aux environs de 1840 les coiffes poitevines acquièrent un merveil- 
leux développement. Les béguins des mariées, amples de formes, 
ornés de broderies et de dentelles, garnis d'ailes et de pans volants, 
rivalisent entre eux de richesse et d'élégance ; et ce souci de coquette- 
rie, puissant mobile de l'art féminin, s'étend du costume des fêtes les 



180 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

plus solennelles à celui des simples dimanches. Seulement les pans 
volants, mobiles et gênants, sont retournés sur le sommet de la coiffe ; 
les replis bouffants qu'ils forment sur les côtés donnent alors 
naissance aux rampomieaux, dont quelques-uns subsistent encore ; les 
saillies de leurs extrémités aux angle* supérieurs engendrent les 
cornettes, coiffes à cornes ou à oreillons. Puis, peu à peu, ces appendices 
eux-mêmes disparaissent. 

Dans les coiffes du premier tiers du siècle, telles qu'elles apparais- 
sent dans nos collections et dans quelques lithographies de Gellé, la 
partie visible en avant est formée par des replis assez mal définis de 
mousseline ou de tulle, variables telon les cantons, mais qui, généra- 
lement, partent du sommet de la tète, descendent jusqu'au niveau du 
menton, pour revenir au sommet où ils s'épiuglent et se fixent. Les 
cotitoyrs latéraux sont arrondis. A partir de 1830, le sommet de la 
coiffure est généralement marqué par trois angles ou prinques, une en 
haut du front, les deux autres au niveau des tempes. Ces angles rem- 
placent le contour arrondi par quatre plans, dont deux surmontent le 
visage à la façon des pans d'une toiture, et les deux autres descendent 
en s'infléchissant légèrement vers le menton. Cette disposition, dont le 
but principal parait avoir été de donner à l'étoffe plus de résistance, se 
trouve déjà dans certaines coiffures d'Holbein et des peintres flamands. 
Elle n'a persisté jusqu'à nos jours que dans un petit nombre de types 
poitevins, du moins dans son intégralité, car les angles latéraux se 
maintiennent dans certains béguins qui ont perdu l'angle frontal 
supérieur. 

Aujourd'hui la tendance générale consiste à amincir, à alléger la 
coiffe proprement dite, et à donner aux nœuds de tête qui ornent le fond, 
ainsi qu'aux rubans qui pendent de ce nœud, un développement qui 
menacerait de devenir exagéré si les variations de la mode ne 
corrigeaient d'elles-mêmes les erreurs possibles de l'esthétique 
féminine. 

Les vêtements proprement dits ont obéi, dans toutes leurs parties, aux 
mêmes tendances évolutives. 

La Poitevine de 1815 à 1830 nous apparait avec de lourds jupons, que 
l'introduction du coton dans les étoffes allège un peu. Sa corselette, 
évidée autour des épaules de façon à ne plus y former que de minces 
brassières, est armée inférieurement d'un épais bourrelet rempli de 
filasse, dont la saillie élargit les hanches et soutient les jupes. Peu à 
peu la partie antérieure et baleinée du corset se développe, et, à certaine 
époque, remonte tout droit jusqu'au niveau du menton, comprimant au- 
delà de toute raison des poitrines déjà trop indigentes. Tout le devant 
du buste est garni d'une pièce rectangulaire, bordée de larges livrées 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 181 

de soie aux couleurs voyantes ; et le corsage — gilotinjustin, Manchet 
— est recouvert, sur les épaules et le dos, par un mouchoir de cou, sorte 
de fichu aux longues franges pendantes, dont la pointe postérieure 
descend en triangle dans le dos, où elle s'épingle, alors que les deux 
pointes antérieures vont se dissimuler sous la pièce et le tablier. 

Quant à ce dernier, qui occupait jadis tout le devant de la jupe et 
éiait muni de deux larges poches, s'il n'a pas disparu tout à fait, comme 
la pièce et le mouchoir de cou, du costume élégant de Tan de grâce 1900, 
il ne subsiste que très atténué, réduit à quelques décimètres ; en 
revanche, il est entouré de larges dentelles noires et blanches, que Ton 
retrouve également dans le pourtour inférieur des jupes, à moins que 
celles-ci ne soient ornées de deux ou trois bandes de velours. 

Tai déjà dit que la blouse bleue tendait à disparaître du costume 
masculin, de plus en plus rapproché de l'habit de coupe bourgeoise. 
Chez les jeunes femmes de condition aisée, il arrive fréquemment que 
le béguin seul subsiste, le reste du costume sortant des grands 
magasins de Paris. 



Il serait désirable que les Sociétés provinciales mettent à Tordre du 
jour de leurs recherches, l'histoire du Costume ; la tâche serait plus 
aisée aujourd'hui qu'il y a une vingtaine d'années, beaucoup de 
Musées ayant constitué une section de costume ; celle du Musée Aria* 
tan, Tune des plus riches, montre des spécimens du costume provençal, 
et c'est grâce à elle que M. Charles Roux a pu si richement documenter 
de dessins et de photographies son bel ouvrage sur le Costume en 
Provence (Paris, Lemerre, 1907, 2 in-fol.), que je ne fais que signaler 
ici, me réservant d'en faire une analysé plus détaillée. 

Paul Sébillot. 




182 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



LES ORDALIES (1) 

XVIII 
lk calice d'épreuve 

<0. — /in Abyssinie. 




rttk ordalie est mentionnée par le code 
éthiopien connu sous le nom de FellCa- 
Niiyast. « Si un homme apprend des gens 
que sa femme a commis un adultère, en 
cas de doute, il la conduit devant le juge 
de l'église du Seigneur et la fait tenir près 
de l'autel. Le prêtre prend un vase d'argile, 
y verse de l'eau amère, sulfureuse, y mêle 
de la poussière des angles de l'autel et tient 
le vase dans la main. La femme découvre 
sa léte et le prêtre lui fait jurer par la puissance de l'Arche sainte et 
la demeure de l'Esprit saint, sur l'autel, en tout temps, en lui disant : 
« Peut-être as-tu commis un adultère avec un étranger? » — Si elle 
ivpond que non, le prêtre «joute : « Kh bien, si lu es pure de ce dont 
te soupçonne ton mari, bois de cette eau, elle ne te fera aucun mal. 
Mais si lu as commis cette faute et si lu as fait un faux serment, que 
la malédiction de Dieu soit sur toi; puisses-tu être emportée comme 
esclave loin des gens de tamaisou; que cette eau que tu bois corrompe 
ton corps et dissolve tous les membres ; qu'il ne soit plus solide 
à jamais. » À tout cria la femme répond : Amen, Amen, Amen. 
Elle boit l'eau devant l'autel du Seigneur, la tète découverte, regardant 
son mari de ses yeux. Si elle a menti, cette eau bue par elle lui 
gonûera tout le corps, et ce sera un signe pour quiconque la verra. 
Si elle est pure, elle ne ressentira aucun mal et enfantera un fils 2). 



XXX 

PAR LE VOMITIF 

a). — Au Darfour. 

Si on soupçonne de malveillance ou de trahison quelqae gouver- 
neur, on lui fait boire de l'eau de Kyhj. C'est l'eau dans laquelle on a 

(1: Suite, voir t. XX, p. 157. 

(2) Il Feiha Nagast, éd. et Irad. Guidi, 2 v. in-8. Home, 18P7-1S99. T. I, p. 171- 
172 ; t. Il, p. 251-27)2. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 183 

fait infuser le fruit d'un arbre appelé Kyly par les Fôriens. Ce fruit est 

semblable à une noix. On dit au Darfour qu'un accusé à qui on fait 

boire de Feau de Kyly, la vomit sur-le-champ s'il est innocent ; s'il 

est coupable, il peut en boire sans vomir une quantité considérable, 

et môme jusqu'à une jarre. J'ai vu faire l'expérience sur un individu 

accusé de vol T. 

René Basset. 



MYTHOLOGIE ET FOLK-LORE DE L'ENFANCE 

Llmbourg hollandais. 

XXX 

A l'enfant qui cueille des fleurs 

Les mères, à Ruremonde, ont toutes une petite réprimande rimée à 
l'adresse de leurs enfants qui cueillent ou arrachent les fleura du jardin. 

Klein, klein klotergat! 

Wat doti gij in den hof? 9 

Gij plukt mij al die bloempjes af> 

Gij maakt h et veel te grof. 

Papatje die %al kijven, mamaije die zal slaan. 

Klein, Hein klotevgat ! laat die btoempjes alaan. 

Petit» petit polisson ! 

Que fais-tu dans le jardin? 

Tu cueilles toutes les petites fleurs, 

Tu causes (ainsi) grand préjudice (au jardin). 

Petit papa (te) grondera et petite maman (te) frappera. 

Petit, petit polisson, ne touche plus aux petites fleurs. 

(Ruremonde.) 

XXXI 

A l'enfant qui n'a pas été a l'église 

Lorsqu'un enfant est soupçonné par sa mère d'avoir manqué à la 
messe, esquivé l'église, il est grondé et, dans ces reproches, figure le 
plaisant petit quatrain suivant. 

La mère dit à l'enfant : Vous avez fait comme Kees, vous n'avez pas 

(i) Mohammed et Tounsi, Voyage au Darfour, trad. Perron. Paris, 18i5, in-8. 
p. 168. 



184 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

été à l'église et, comme lui, vous ne sauriez me dire ce qui s'y est 
passé. Voici ce quatrain : 

Kees, waav ben je geweesl ? 
Moedcr, i/c ben in de kerk geweett. 
A>«, hoc was htt besluit ? 
Moeder, ik was cr al lang uit. 

Kees (l), où avcz-vous été? 

Mère, j'ai été à l'église. 

Kees, que s'y est-il passé à la fin (4e la messr)? 

Mère, j'étais à ce moment parti. 

(Ruremonde.) 



XXXII 

CHANSON DE NOURRICE 

Les mères font sauter leurs petites filles sur les genoux, en chantant: 

Hoep, marianekel 

Jenever kanneke! 

Laat die popjes dansen (danse). 

Een goede man, een ùrave wm, cen man van complesantcn, 

llij roert de ptjjp tn liij wiegV de kinderen, 

En hij laat zijn vrouw gaan dansen [danse). 

(Ruremonde.) 
Saute, petite Marianne! 

Petite canette cruchon) de genièvre! 
Laisse danser les poupées; 
Un bon mari, un brave homme, un mari de complaisance (complaisant), 

Tourne la bouillie, berce les enfants 

Et permet à sa femme d'aller danser. 

C'est-à-dire : La mère engage sa fille à abandonner ses poupées, à 
devenir sérieuse et à songer à trouver un bon mari, un mari complai- 
sant, qui prépare la bouillie des enfants, les berce et enfin permet à sa 
femme d'aller à la danse [sans lui, bien entendu). 

En général, toutes ces rimes flamandes sont d'une concision digne 

de Tacite; il faut toujours §ous-en tendre des mois, des membres de 

phrases, pour leur donner un sens. 

(Ruremonde.) 

Alfred Harou. 

(1) Diminutif d'un prénom, probablement Nicolas. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



183 



CHANSONS DU CINGLAIS 

( Basic- Normandie ) 

I 

PHILORETTE 



Philorette s'en va-*-au bois 
Philorette, Philorette, 
Philorette s'en va-*-au bois. 
C'est pour y couper des joncs. 

Et quand la gerbe fut faite 
Philorette, Philorette, 
Et quand la gerbe fut faite 
Elle s'assit sur le gazon 

Par hasard, par là passèrent 
Philorette, Philorette, 
Par hasard, par là passèrent 
Trois chevaliers de renom. 



Le premier, le plus timide 
Philorette, Philorette, 
Le premier, le plus timide, 
Prit un baiser sur son front. 

Le second, plus téméraire, 
Philorette, Philorette, 
Le second, plus téméraire, 
Admira son blanc jupon. 

Ge que lui fit le troisième 
Philorette, Philorette, 
Ce que lui fit le troisième, 
N'est pas dit dans la chanson. 



II 

DEJA MAL MARIÉE 



Mon pèr' m'y marie 
A un planteur de vigne, hélas! 
Déjà mal mariée, déjà 
Déjà mal mariée. 

Mon pèr' m'y marie 

A un planteur de vigne, 

Dès le lendemain 

Il m'envoie-f-à la vigne, hélas ! 

Déjà mal mariée, déjà 

Déjà mal mariée. 

Dès le lendemain 

Il m'envoie-f-à la vigne. 

Par là il passa 

Le curé de la ville, hélas l 

Déjà mal mariée, déjà 

Déjà mal mariée. 

Par là il passa 

Le curé de la ville : 

— Vous m'avez mis' femme, 

Remettez-moi donc fille, hélas ! 

Déjà mal mariée, déjà 

Déjà mal mariée. 



186 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Vous m'avez mis' femme, 

Remettez-moi donc fille ! 

— Cela n' se peut pas 

D'un' femme eu faire un* Ûllc, hélas ! 

Déjà mal mariée, déjà 

Déjà mal mariée. 



III 

LA BERGÈRE 

— Ah ! bien le bonjour, bonne mère, (bis) 
Où y est donc ma sœur aînée, 

Celle qu'avec vous j'avais laissée. 

— Votre sœur y est dans la plaine {bis) 
Sur ces bruyères le long des champs, 
A y garder ses moutons blancs. 

— Ah ! vous avez grand tort, ma mère, (bis) 
D'y envoyer ma sœur aux champs ; 

Les cavaliers y sont passants. 

— Ah ! bonjour ma jolie bergère, (bis) 
Il doit ici vous ennuyer, 

Il vous y faudrait un berger. 

— D'un berger je n'en ai que faire [bis) 



— Ah ! j'ai ceut écus dans ma bourse (bis) 
La belle, si vous voulez m'aimer, 

La belle, je vais vous les donner. 

— Adieu donc, mon charmant troupeau, {bis) 
Que Dieu te garde innocemment, 

Je m'en vais avec mon amant. 

— Oh ! j'y entends, entendB la belle, (bis) 
J'entends votre mère appeler 

La belle, il faut vous en aller. 

— Je me soucie bien de ma mère ibU) 
Ainsi que d'un frère que j'ai, 

Je m'en vais avec mon berger. 

— Ne vous avais-je dit, ma mère, (bis) 
Pourvu qu'elle ne m'y connût pas, 
J'aurais ma sœur et ses appas ? 

— Ah ! puisque vous êtes mon frère (bis) 
Pourquoi d'amour me parlie*>vou$ ? 

Je gardais bien mes moutons sans vous ! 



ItEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 187 

IV 
LA BATELIÈRE RUSÉE 



— Enseignez-moi le chemin le plus court ; 
Relie, c'est pour aller faire l'amour. 

— Suivez-moi le long de la rivière, ) 
Vous trouverez la jolie batelière. \ * ls ' 

— Belle, ratourne ton bateau, 
Je te donnerai cent louis d'or. 

— Pour cent louis, mon cœur volage vole ; ) . 
Mais pour deux cents, mes amours sont les vôtres. } ^ )ls ' 

Monsieur la prend et l'embrassa, 
Sur son bateau la renversa ; 

— Tout bas, Monsieur, un peu de patience, ) . 
Nous ne sommes pas dans un lieu d'assurance. > ^ 

— C'est vrai, ma belle, tu as raison; 
Allons-nous en dans ta maison. 

Dans ta maison, il y a de jolies chambres, ) 
Nous parlerons do nos amours ensemble. 



• (bis) 



Mais quand ce fut pour débarquer, 
Monsieur débarqua le premier. 
Et aussitôt la jolie batelière \ 
A reculé sa nacelle en arrière. ) * t4 ' 

— Aurais- tu le coeur assez méchant 
De t'en aller avec mon argent? 

— De ton argent tu n'en es plus le maître; ) , 
De mes amours j'en suis bien la maîtresse. ( v ,s ' 

— Que me diront tous mes parents 
Quand ils me verront saus argent? 

— Tu leur diras qu'en passant la rivière ) 
Tu as joué avec la batelière. ) 



— Ah ! si jamais je passe l'eau, 
Je ferai couler ton bateau. 

— De mon bateau je ne me soucie guère, ) 
Je vivrai bien sans être batelière. ) 



(bis) 

{bis) 

Albert Patry. 



188 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 




PÈLERINS ET PÈLERINAGES 
CCXXXIII 

SAINT GENGOULT, A MONTREUIL-SUR-MER (PAS- DE- CALAIS» 

a fontaine de Saint Gengoult, à Montreuil-sur- 
. y\ Mer, jaillissait près d'une chapelle située dans 
î la ville basse el où étaient conservées les 
reliques de ce saint, que le populaire appelait 
saint Gandoaffe. L'emplacement de cette cha- 
pelle, détruite à la Révolution, est aujourd'hui 
occupé par un .cabaret, à renseigne de ce saint. 
Parmi les superstitions qui peuvent se 
rattacher au culte des fontaines, on peut citer 
YÈpreuve de Ladrerie, qui se faisait à la fontaine 
de saint Gengoult. Voici en quoi elle consistait : dès qu'un individu était 
soupçonné d'être atteint de la lèpre, on se hâtait de le signaler aux 
échevins, qui le faisaient examiner par deux barbiers-chirurgiens 
assermentés. Pour cet examen, ceux-ci faisaient conduire le patient 
à la fontaine, le saignaient et recueillaient son sang dans un vase. On 
recouvrait ce vase d'une toile et on le plongeait dans l'eau ; puis les 
barbiers retiraient le linge et examinaient l'état du sang. S'il était 
resté pur et vermeil, c'est que le patient était sain, et l'échevin présent 
à l'opération le renvoyait de l'accusation. Si au contraire le sang pré- 
sentait des traces de corruption, l'infortuné était bel et bien déclaré 
ladre et subissait toutes les conséquences de cet état. Cette coutume 
subsista tant qu'il y eut des lépreux à Montreuil, c'est-à-dire jusqu'à 
la fin du xv e siècle. 

La fontaine de Saint Gengoult était en outre l'objet d'une dévotion 
très suivie, principalement au mois d'avril, pendant l'octave de la fête 
du saint. L'afïluence des fidèles et des pèlerins venus des environs, 
dans le but de l'invoquer pour les rhumatismes et les maux de reins, 
était telle à cette époque de l'année, que l'on avait peine à s'en appro- 
cher pour puiser de l'eau. 

CCXXXIV 

LA CROIX DES CLOCHETTES, A PETITE-STNTHE (NOHD) 



Il existait anciennement, dans la paroisse de Petite-Synthe, un petit 
oratoire près duquel se trouvaient une croix en bois et un puits dont 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 189 

l'eau était réputée fébrifuge par miracle ou par nature, disait-on. On y 
venait de loin et le pèlerinage était fort renommé. On attribuait cette 
dévotion à la qualité bienfaisante de Peau et à la tradition qui rappe- 
lait qu'en ce lieu avait été enfouie en terre, à une époque de troubles, 
la relique de la Sainte-Croix que possède encore l'église de Petite- 
Synth e. L'endroit où Ton allait prier s'appelait et est toujours nommé 
Cruys bellaert, ou Croix des Clochettes. Il se trouve au nord de la 
chaussée de Dunkerque à Gravelines. 

La chapelle et la croix extérieure ont disparu, mais la source à l'eau 
salutaire existe toujours. Elle est contenue par une maçonnerie carrée 
qui vient à ras de terre et elle est entourée d'une haie vive d'épines. 
On n'y vient plus prier, mais on y va puiser de l'eau dans la vertu de 
laquelle on a une confiance absolue comme remède. On en fait usage 
pour la guérison des yeux et de la fièvre. 



CCXXXV 

On lit dans une information criminelle de 4712 (Archives comm. de la 
ville de Saint' Pol) que, pour obtenir la guérison des personnes mala- 
des, on faisait dévotement, à cette époque, un pèlerinage à saint Chris- 
tophe et saint Jacques, à Cercamp. 

Ed. Edmont. 

CCXXXVI 

LA FONTAINE DE CAILLOUVILLE 

Cette fontaine, située à la source du ruisseau dont l'abbaye 
de Saint- Wandrille emprunta son premier nom (Fontenelle) , est 
carrée et l'on descend jusqu'au fond par des degrés de maçonnerie. 
Le fond de la fontaine est revêtu de dalles de pierres sur l'une des- 
quelles est gravée en creux une figure que l'on dit être celle de sainte 
Radegonde. On cure ordinairement la fontaine dans les premiers jours 
de mai. 

Contre la clôture de cette source vénérée s'élève à l'intérieur un petit 
hangar couvert en chaume; il abrite deux statuettes hideuses censées 
représenter Tune encore sainte Radegonde, l'autre saint Clair; elles 
sont aux deux côtés d'une statue beaucoup plus grande et revêtue 
d'une robe verte. Celle-ci, très diflorme, n'a point d'enfant dans ses 
bras ; un écriteau porte Notre-Dame Niège, c'est-à-dire des Neiges. 

Cette fontaine n'a rien perdu de son crédit. Autrefois, le Vendredi 
Saint appelait à Notre-Dame de Gaillouville un concours prodigieux de 



190 reVle des traditions populaires 

peuple qui y venait pour entendre un sermon et faire ses dévotions, 
On n'y proche plus aujourd'hui, mais tous les premiers vendredis de 
mai, on voit accourir la même aflluence. En ce jour plus de deux mille 
évangiles sont récités par le curé de Saint- Wandrille et les curés des 
environs qui l'assistent. 

Jusqu'à l'arrivée de l'arrière-saison, les baigneurs abondent à Cail- 
louville, d'autres y viennent simplement, soit pour prier, soit pour 
accomplir un vœu. Pendant tout ce temps, on ne laisse plus, dit-on, 
emporter de l'eau de la fontaine, devenue la propriété d'un particulier, 
à moins de six sous la pinte. Hyacinthe Langlois. Essai hist. et des- 
criptif sur V abbaye de Saint- Wandrille (près Caudebec). Gravures et 
plans, 8°, Paris, J. Tastu, 1827. (Notre-Dame de CaillouviUe, pèlerinage 
à la fontaine, p/134), gravure (pi. XII). Léo dksaivrb. 



LE SOLEIL DE LA, SAINT- VINCENT 

ET LES BÉNÉDICTINS DE SA1NT-MAIXENT 

Chacun connaît ce vieil adage : 

Prends garde au jour de Saint-Vincent, 
Car si ce jour tu vois et sens 
Que le soleil soit clair et beau, 
Nous aurons du vin plus que d'eau. 

On ne s'étonnera donc pas qu'il fût traditionnel chez les Bénédictins 
de Saint-Maixent de célébrer joyeusement, le 22janvter i le soleil delà 
Saint-Vincent; les figures s'allongeaient tristement au diner quand 
aucun rayon n'avait encore percé les nuages. Bien souvent, il est vrai, 
alors que tout espoir semblait perdu, une lueur fulgurante illuminait 
tout à coup les fenêtres du réfectoire, saluée par les vivats et les tré- 
pignements des moines. 

Alors le père prieur s'empressait de livrer les clefs de la cave. 

Les causes de ce phénomène subit et instantané comme l'éclair lui 
restèrent inconnues. Celait, disait-on, le frère célerier qui promenait 
en couraut, au bout d'une perche, une botte de paille enflammée. 

(Raconté vers 4860, à la gare de Romams, par M. lorigné, 

alors octogénaire.) 

Léo Desaivre. 




REVUS DES TRADITIONS POPULAIRES 491 



PETITES LÉGENDES LOCALES 
DCLXX 

LE PÊCHEUR SORCIER 

utrefois l'auberge du Tourniquet était 
tenue par le père Michel, sorcier avéré. 
Il avait toujours le poisson le plus beau 
et le meilleur à servir à ses nombreux 
clients. Gomme il ne' possédait pas de 
viviers, les mauvaises langues préten- 
daient qu'il avait « lou mandagot. * 
Gomment se procurait-il son poisson? 
Nous allons rapprendre. 
Non loin de là, le vallon de Bidanchon, formant cuvette, s'était con- 
verti en lac, grâce à l'intervention des fées. Ge lac, alimenté par la 
fontaine de « las Hados », était très poissonneux. Les plus grosses 
carpes, les plus belles tanches et les plus longs brochets y pullulaient. 
Un jour, le père Benoît, voisin de l'auberge et gourmand comme 
a uo litcherro » (lèchefrite), questionnait, mais en vain, le père Michel 
sur ses secrets de pêche. Vu le mutisme de ce dernier, Benoit résolut 
de le suivre. 

Le soir donc, sitôt que la nuit fut venue, le père Michel partit, un 
paquet sous le bras, et se dirigea vers le lac de Bidanchon. Le père 
Benoît le suivit à une certaine distance et se cacha derrière un buis- 
son. 

Le père Michel s'approche du bord, étend un drap de lit, fait un 
grand signe de croix de sa main gauche étendue vers le lac, et se met 
à genoux en prononçant a mi-voix certains mots cabalistiques. Aussi- 
tôt carpes, tanches et brochets sortent de l'eau et s'entassent sur le 
drap. Le père Michel roule le tout en un gros paquet, le met sur son 
épaule et regagne son domicile. 

Le lendemain matin, le père Benoit se rendit à l'auberge suivant 
son habitude pour « tuer le ver ». — a Eh bienl père Michel, as-tu fait 
bonne prise ce matin? — Oui, regarde, dit l'aubergiste, en lui mon- 
trant ses beaux poissons qui frétillaient encore. — Moi aussi j'en pren- 
drai d'aussi beaux, et demain matin je t'engage à venir déjeuner chez 
moi ». 

Le soir, le père Benoît prit un drap de lit et, à la nuit noire, il s'a- 
chemina vers le lac. Il répéta tout ce qu'il avait vu faire à son voisin. 



192 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Mais quand il voulut prononcer les mots qu'il avail entendus, une 
quantité de poissons monstrueux le happèrent par les membres et les 
habits et l'entraînèrent dans le lac. Saisi de peur et d'eflroi, il poussa 
des cris lamentables qui ne furent entendus de personne; et le lende- 
main matin, des voisins qui passaient par là le trouvèrent mort sur le 
bord du lac, le corps nu et aux trois quarts dévoré. Il ne restait que 
les os. Une jambe môme avait disparu. Aujourd'hui le lac de Bidanchon 
n'existe plus, la fontaine seule susurre dans un fourré et, à minuit, 
par les nuits sans lune, on voit dans ce lieu un squelette humain, re- 
couvert de son linceul, faire le tour du lac, une torche à la main. On 
a remarqué que le squelette boite. C'est l'ombre du père Benoît qui 
revient chercher sa jambe. 

(Recueilli à Saint-Lannes, Hautes- Pyrénées.) 

DGLXXI 

LA MAISON DU MORT 

Si vous passez près de la maison du mort, dans les bois de Lasserre, 
signez- vous, car de grands malheurs peuvent fondre sur vous. 

Autrefois s'élevait dans ce lieu une fort belle maison, habitée par un 
homme vieux et avare qui, sur le décliu de sa vie, se maria avec une 
jeune fille, sa voisine, et ne lui rendit pas la vie bien gaie. 

Un an après son mariage, le vieux mourut, laissant tous ses biens à 
sa jeune veuve. Le trentième jour après l'enterrement de son mari, la 
veuve recevait chez elle quelques jeunes gens avec lesquels elle se 
proposait de passer une joyeuse nuit. La fête battait son plein : tout le 
monde était à la joie, lorsqu'un grand bruit, pareil au roulement du 
tonnerre, se fit entendre sur la maison, et un fantôme, enveloppé de 
son linceul, descendit par la cheminée et se plaça au milieu de nos 
joyeux, en face de la jeune veuve. Pris de peur, tout le monde se 
sauve, sauf la jeune femme qui n'a jamais reparu. 

Aujourd'hui la maison est en ruines; c'est à peine si des restes de 
murs émergent au-dessus des genêts. A minuit, par les nuits noires, 
on remarque deux ombres qui se poursuivent parmi les décombres et 
tiennent à la main gauche un flambeau. Le fantôme, cause de tous 
ces malheurs, est le mari revenu pour punir sa veuve qui a négligé de 
lui faire dire le bout du mois. — On appelle bout du mois, en Gasco- 
gne, une messe de requiem que l'on fait dire le jour de l'anniversaire 
de la mort d'un parent. Le bout d'an est une messe pareille qui se dit 
un an après. 

[Recueillie à Aurensan, Gers.) 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES li»3 



DGLXXII 

I.A « HENNO BLANCO D'OU POUNT DOU SAGET- » 
(LA FEMME BLANCHE DU PONT DU SAGET). 

Si à minuit, à la pleine lune, vous passez sur le pont du Saget, à la 
limite des communes de Maumusson-Laguian et de Viella (route dé- 
partementale, n° 22, d'Aire à Maubourguet), vous aurez la désagréable 
surprise de rencontrer sur le milieu de la route une femme habillée 
de blanc, se promenant, une ombrelle à la main. Ayez alors dans votre 
main gauche un morceau de cierge, bénit le jour de la Chandeleur, 
car, sans cela, vous serez obligé de suivre la dame dans un voyage 
peu agréable, au milieu de cimelières et de ruines, el votre liberté ne 
vous sera tendue qu'à la pleine lune prochaine. La dame vous recon- 
duira au point de départ, mais complètement idiot. Vous ne recouvrerez 
votre raison qu'après avoir fait dire une neuvaiue de messes applica- 
bles aux âmes du Purgatoire. Quelle est cette dame? Voici la légende. 
Le pont du Saget est dominé par une colline calcaire dont tous les 
moellons sont convertis en chaux De nombreux fours anciens ou en 
activité perforent le sol. Il y a (téjà longtemps, une famille de chau- 
fourniers était établie au-dessus du pont. C'est le premier four, à gau- 
che, en allant vers Madiran. On n'a jamais osé le combler et personne 
n'y descendrait la nuit, car le fond est alors brûlant. 

La femme du chaufournier étaii une créature « sans foi ni loi », vrai 
gibier de Satan. Un jour de vendredi saini, après avoir blasphémé et 
renié « tout çô que y a dé mes sacrât » (tout ce qu'il y a de plus sacré), 
elle jura quelle ferait gras ce jour-là, ainsi que toute la famille. Elle 
tua un agneau et le fit rôtir. Le mari et les enfants refusèrent d'en 
manger. Alors la femme, après avoir injurié et renié sa famille, se mit 
à table et se servit une tranche appétissante de ce iôti, dont la vue et 
le fumet la réjouissaient fort. Mais à peine eut-elle savouré la première 
bouchée, que le tonnerre éclata, et la maison fut, en un clin d'oeil, 
dévorée par les flammes. Le mari et les enfant* sortirent sam- et saufs. 
La femme fut emportée par le diable en enfer. C'est elle que l'on ren- 
contre sur le pont, cherchant son mari et ses enfants. 
(Recueillie à Madiran, Basses-Pyrénées.) 

Je viens d'apprendre qu'une dame également en blanc, mais sans 
ombrelle, se promène sur le pont du Saget, route de Riscle à Viella. 
Mais celle-ci n'est pas méchante. Lorsque quelqu'un passe, elle se met 
par côté et s'appuie au garde- fou. Pas de légende. 

Tome XXltî. — Mai 1908. 13 



194 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

DCLXXIIï 

LA PIERRE DU DIABLE A SARRON (Landes) 

A côté de Sarren. sur la route de Miramont, à peu près à 20 mètres 
dans les bois des Tourous, dans un lieu appelé le Terrier de la Tombe, 
on remarque les restes d'un monument mégalithique : un menhir 
apparemment. Cette pierre brute, longue de 2 mètres, n'est qu'une 
partie de la pierre primitive. Ce bloc de poudingue à gros grains est 
couché, orientation est, sur le versant d'un petit monticule artificiel de 
m 80 d'élévation au centre. Ce monticule est un tombeau de l'époque 
des dolmens, violé il y a longtemps, du côté du midi où l'on remarque 
une excavation, envahie aujourd'hui par les épines et les souches de 
chônes. 

Cette pierre est appelée dans la contrée : « La peyro dou diable i, et 
voici ce qu'on raconte à son sujet. Le diable était en train de bâtir le 
pont de Dax, et il fut rencontré dans ce lieu- ci, à Sarron, par le Bon 
Dieu qui lui demanda ce qu'ij voulait faire de cette pierre, a — Je la 
porte à Dax pour terminer le pont. — Et tu ne dis pas a ce Diou platz » 
(si cela plaît à Dieu). — Que cela lui plaise ou ne lui plaise pas, je l'y 
porterai quand m<*me. — Eh bien ! je te défends de la porter plus loin, 
et tu vas la laisser là. » — Le diable laissa tomber la pierre et elle est 
toujours dans le même endroit. Il manque, dit-on, une pierre au pont 
de Dax, et depuis on n'a jamais pu le finir, On a essayé d'arracher la 
pierre du diable, dit-on à Sarron, mais plus on la dégage et plus elle 
s'enfonce. 

{Recueillie à Sarron* Landes.) 

Mazeret. 




REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 195 



FOLK-LORE DU MAINE 

Le Jardinage. — Pour avoir de bons pois, il ne faut pas qu'il y ait 
d'r dans le nom du jour où on les sème, et il faut que ce soit un jour 
impair. Il faut les semer en decours, mais le premier vendredi du 
croissant avant decours. 

On ne doit pas semer les haricots pendant les Rogations , ni bou- 
langer du pain 4 car il moisit toute Tannée dans voire huche. 

Il faut semer les fleurs le Vendredi-Saint. 

La Vigne. — Il faut tailler les treilles le Vendredi-Saint pour qu'elles 
ne soient pas mangées par les rats : soutirer le vin en decours. 

Le Mariage. — Quand un mariage rencontre un enterrement, c'est 
signe de malheur. 

Il ne faut pas que la publication des bans passe par-dessus la Tous- 
saint; c'est-à-dire qu'il faut qu'ils soiont tous publiés avant ou après. 

Une mariée ne doit pas voir deux clochers le jour de ses noces. 

Deux sœurs ne doivent pas se marier le même jour, cela porte 
malheur. 

Quand le cierge, à côté des mariés, brûle bien droit et qu'il ne s'éteint 
pas pendant la cérémonie, signe de bonheur ; s'il tremble, querelle de 
ménage ; s'il s'éteint, signe de mort. 

S'il tombe de l'eau le jour du mariage, la mariée est friponne. 

Enterrement. — Une femme enceinte ne doit pas aller à l'enterre- 
ment, car l'enfant apporte sa bière. 

Les Croix portant malheur. — Si des enfants s'amusent à faire de 
petites croix en bois, cela porte malheur. 

Le Feu et la Lumière. — Quand il se met à flamber tout seul, 
signe de visite. 
S'il flambe par devant, se sera une dame. 
Quand il ronfle, signe de nouvelles. 
Si la chandelle a deux mèches, signe de nouvelles. 

M m * Destriché. 



1% 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 




LES 

TRADITIONS POPULAIRES ET LES ÉCRIVAINS POITEVINS 

IX 

GUILLAUME BOUCHET (1) 

'édition princeps des Sérées, avec le seul premier 
livre, parul à Poitiers en 1584 chez les Bouchet, de 
la famille de l'auteur. Le manuel de Brunet donne 
celle de J. Périer (2), Paris, 1608, comme étant 
la première complète, et en mentionne plusieurs 
autres, la dernière à Rouen, chez Louis et Daniel 
Loudet, 1631). C'est celle dont nous nous sommes 
servi, faute de mieux. 

Guillaume Bouchet,Jné en 1526, vécut quatre- 
vingts ans. On lit sur. son tombeau anonyme en 
vers en tête du troisième livre : 

Huit fois dix ans complets en ce monde inconstant, 
Sans peine et sans douleur, il a vécu contant » 

Ce qui le fait mourir en 1607. Le tombeau ajoute : 
Car unissant ses jours, il finit ses sérées. 

Il y a donc tout lieu de croire que Brunet était bien informé en da- 
tant de 1608 la première édition complète. 

Bouchet a recueilli les devis entendus à Poitiers au cours des lon- 
gues soirées passées avec ses amis et c'est ainsi que les trois- livres se 
divisent en trente-six sérées. Chacune d'elles a son titre sous lequel sont 
groupés les récits de même nature. Leur énuméralion ne nous a pas 
paru inutile, elle indique Vhumour de Fauteur et la portée de l'œuvre. 

Des nouvellement mariés 
et mariées. 

Du poisson. 

Des chiens. 

Des cocus etdescornards. 

Des juges, des avocats, des 
procès et des plaideurs. 

{{) Les Sérées de Guillaume Bouchet, sieur de Brocourt, où sont contenues 
diverses matières fort récréatives et sérieuses, utiles et profitables à toutes personnes 
mélancoliques et joviales, dédiées par lui à messieurs les marchands de la ville 
de Poitiers, en reconnaissance de ce qu'ils Pavaient élu juge el consul. 

(2) Ce Jérémie Pcrier nous paraît être un ami de Tauleur et,*comrae lui, d'origine 
poitevine. On retrouve son nom à la dédicace du troisième livre à Isaïe (Brochard) 
de la Clielle, conseiller et maître d'hôtel du roi, maire de Poitiers en 1617. 



1 er LIVRE 






5° — 


Insérée. Du vin. 






6* - 


2* — De l'eau. 






7 e — 


3 e — Des femmes et des tilles. 


8- — 


4 e -— Des rois qu'on 


crie 


le mi 


II e — 


boit. 









REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



197 



iOsérée. Des médecins et de la 

médecine. 
1 1° — Des chevaux, des juments, 
des ânes ei des mules et 
mulets. 
12° — Des babillards et des cau- 
seurs. 

2° LIVRE 



21° sérée. Des sourds et des muets. 
22 e — Des femmes grosses d'en- 
fant. 
23° — Des accouchées. 
24 e — Des nourrices. 

3° LIVRE 

25 e sérée. Des gens de guerre. 

Des personnes grosses et 
grasses. 

Des barbiers et du mal de 
dents. 

Des peintres et peintures. 

Des mores, des nègres et 
des noirs. 

Des pauvres et des men- 
diants. 

Des riches et avaricieux. 

De la musique et des 
joueurs d'instruments. 

Des gens d'église. 

Des fols, plaisants et ba- 
dins. 

De la diversité des lan- 
gues et du langage. 

Des ladres et des mes- 
seaux. 



Des sérées à la morale en action de M. de Gérando il y a loin sans 
doute, mais ce qu'il faut demander à ces papotages d'une ville de pro- 
vince, ne serait-ce pas plutôt un tableau fidèle des mœurs à la fin du 
xvi e siècle, après un siège, en un temps où Ton pouvait à peine pré- 
voir la fin des discordes civiles ? Prenons notre bien où il se trouve, 
sans songer à demander à Fauteur plus de retenue qu'à Rabelais, du 
Fail ou Bonaventure Desperriers, ses devanciers bien connus. 

G. Bouchet, irop longtemps dédaigné, prend aujourd'hui l'une des 
meilleures places parmi nos conteurs. C'est dans ses gais récits que 
les chercheurs parisiens ont trouvé l'une des premières traces du pas- 
sage des comédiens d'Italie en 1584, et le souvenir du mystère de la 
Passion joué àSaumur dans les ruines de l'amphithéâtre de Gennes ; 
les Poitevins, l'une des plus anciennes mentions de la curieuse indus- 
trie de Crou telle. La météorologie aurait môme à relever un tremble- 
ment de terre en 1579 « qui gâta l'eau », comme il arrive d'ordinaire. Il 
y a de tout dans Bouchet, jusqu'à un petit lexique de langue verte 
(insérée in fine). Cherchons donc à notre tour ce que le folklore peut 
y glaner et commençons par les contes et anecdotes qui ont trouvé grâce 
devant le sévère auteur du manuel du libraire. 



13e sérée. Des réponses et des ren- 


26« — 




contres des seigneurs à 






leurs sujets et des sujets 


27* — 




à leurs seigneurs. 




*V — 


Des décapités, des pendus, 


28« — 




des fouettés, des essor- 


29« — 




rillés et des bannis. 




ir>* - 


Des larrons, des voleurs, 
des picoreurs et matois. 


30 e — 


16« — 


Des songeurs, rêveurs et 


3l« — 




dormeurs. 


32° — 


i'r — 


Desodeursetdusentiment. 




i& — 


Des boiteux, des boiteuses 


33« — 




et aveugles. 


34 e - 


19« — 


De la vue, des yeux, des 






aveugles, des borgnes 


35« — 




et des louches. 




20 e — 


Des bossus, des contrefaits 
et des monstres. 


36 e - 



198 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



le petit diable (15 e sérée) 

J'ai lu en un livret pourquoi c'est que les picoreurs et gens de guerre 
s'amusent tous à remuer ménage et bouleverser coffres, saisir bahuts, 
chercher de tous côtés, même creuser la terre et mettre le nez partout; 
or il est écrit dans ce livret qu'une compagnie de soldats étant en un 
bourg ne laissaient coin, ne cornière, sans chercher, visiter et creuser, 
par quoi on leur demanda dont cela venait que les gens d'armes sou* 
laient épier et fureter tous les lieux dont ils étaient les maîtres et les 
plus forts. 

Un soldat balafré leur en donna une bonne raison en leur disant : 
qu'un petit diable fut une fois envoyé d'enfer pour voir le monde et 
pour ee déniaiser parmi les hommes et que ce petit diable s'étant mis 
tavernier près d'un bois, 5 ou 6 soldats vinrent en son logis qui man- 
gèrent à un repas toute la provision de la semaine, demandant tou- 
jours viandes de renfort. Le diablaton, qui était du nombre de ceux 
que les bonnes gens de village disent ne savoir que faire grêler le 
persil, leur dit qu'ils avaient tout mangé et qu'ils devaient être saouls 
de ce qui eût pu contenter dix fois autant d'hommes qu'ils étaient. 
« Gomment ventre, tête, dirent les soldats, penses tu pas que si le dia- 
ble était cuit nous le mangeassions tout maintenant! » 

Le farfadet, tout épouvanté s'en fut d'où il était venu, et dit à ses 
compagnons ce qu'il avait vu et ouï, qui arrêtèrent de ne plus recevoir 
de là en après soldat en enfer. De manière, que le même jour, y étant 
descendus, quelques-uns tout droit, la porte leur fut fermée, et lettres 
authentiques données, que dorénavant, nuls soldats ne seraient reçus 
en enfer. Lesquelles lettres ils cherchent partout, et n'y a ni coin, 
ne cornière, qu'ils ne visitent, pensant trouver leur lettre d'exemption, 
qu'ils ne peuvent recouvrer. Et cependant grippent tout ce qu'ils trou- 
vent, et s'accommodent de tout ce qu'il leur est utile et nécessaire, fâchés 
de la perte de telles lettres et privilège. 



CURÉ ENVOYÉ DANS UNE PAROISSE 
LONGTEMPS OCCUPÉE PAR LES PROTESTANTS (23 e sérée) 

Vous savez que les troubles ont été cause que plusieurs paroisses 
sont demeurées sans pasteur et sans doctrine, et que les paroissiens, 
pour la plupart vivaient sans religion. Par quoi, la guerre étant un peu 
a&soupie, il fut avisé par l'évêque et diocésain qu'on enverrait aux lieux 
les plus reculés, quelques ecclésiastiques et gens savants pour les 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 199 

remettre en leur première dévotion et créance. Entre autres fut délégué 
un prédicateur qui leur disait qu'on se donnât garde des cornes en 
mangeant des escargots, et en allant de lieu en lieu, fît convoquer en 
une église, commise à sa visite, tous les paroissiens d'icelle, auxquels 
en catéchisant, il faisait dire leur créance, leur pater nosler et ave Maria, 
et, sur la fin, leur faisait dire et apprendre leuv con/tleor. Or, ces parois- 
siens, en disant mea eu/pu, Deus, ne frappant point leur poitrine, 
comme c'est la coutume, il les avertit de ce qu'ils devaient faire, et 
battant lui-même sa poitrine leur disait : quand vous direz mea culpa, 
Deus, frappez tous là, comme voyez que je le fais. Ce qu'ils firent, car 
disant tous ensemble leur con/iteor, quand ce fut à dire mea culpa, 
Deus, qu'on dit par trois fois, ils \ont par trois fois frapper sur l'esto- 
mac de leur catéebiseur, l'un après l'autre, selon qu'il leur avait 
commandé de frapper où il frappait, saus considérer que c'était leur 
poitrine qu'ils devaient battre, laquelle avait fait le mal, et non pas la 
sienne, tant étaient devenus grossiers, par discontinuation de ne dire 
leur con/iteor. 

LE TOURNEUR DE C.ROUTBLLE (15° Séfée) 

Vous savez quel beau lieu c'est que Groutelles et le plaisir- qu'au- 
trefois ceux de Poitiers y ont pris, et quels artisans il y avait, et la 
subtilité et mignardise de leur (ournerie, qui sera neuf quilles avec la 
pirouette, l'un et l'autre d'ivoire, le tout ne pesant pas un grain de blé. 
Mais les guerres les ont si bien talés que ce n'est quasi plus rien, la 
plupart s'étant retirés à Poitiers, et ceux qui sont demeurés sont si 
pauvres qu'au lieu qu'ils achetaient le bois pour faire leurs ouvrages, 
la pauvreté les a contraints de le prendre sans le demander. 

Un jour étant là, je fus averti qu'on coupait tout mon bois et que 
mon voisin, qui en avait auprès de moi et le voyait et le savait bien, 
n'en disait mot afin que Ton ne se prit pas au sien, par quoi je lui dis 
lors que si nous eussions été en Lacédémone, qu'il eût encouru la 
peine du robice aussi bien que celui qui l'avait fait. 

Après je m'en vais trouver mon tourneur et lui remontre que ce 
n'était pas bien fait de prendre ainsi le bois qui n'était pas à lui. Mon 
tourneur me répond qu'il ne le dérobait point et que si 'quelquefois ils 
prenaient du bois, qu'ils le tournaient dès le lendemain. Et combien que 
j'eusse proposé de le mettre en justice, je le laisse là après qu'il m'eut 
assuré qu'il avait tourné dés le lendemain le bois qu'il m'avait pris et 
aussi que j'eusse perdu davantage d'autant que ce tourneur m'avait 
conté que les picoreurs étaient venus la nuit passée en sa maison et 
qu'il s'ébahissait pourquoi vu que lui-même en plein jour n'y pouvoir 



200 BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

rien trouver. Et encore je ne voudrais pour rien au monde faire punir 
un pauvre homme pour larcin, car si, pour se préserver de la faim, le 
larcin est pardonné, ce pauvre homme prenait-il pas mon bois pour 
avoir du pain et pour vivre? Et aussi qu'il ne faisait pas comme les 
autres larrons qui dérobent de nuit pour ne rien faire le jour, mais lui 
dérobait de nuit pour travailler le jour. 



LE GRAND BERCEAU DE CROUTELLE (3c sérée) 

Celui qui blâmait les femmes va commencer à faire une anatomie de 
la tête d'uue sienne voisine qui prend à louange quand on rappelle 
mauvaise tôle. Premièrement il leur conta comme son mari Savait 
jamais pu remédier à cette tète encore qu'il se fût aidé des deux poings 
qui sont le droit et le gauche, tant elle criait de jour et de nuit encore 
qu'il ne lui fit rien, comme elle-même confessait. À l'autre fois, elle 
lui donnait plusieurs noms diffamatoires, desquels titres honnêtes on 
emmaillotte les petits enfants au berceau. Que voulez-vous plus, 
disait-il, elle est propre à faire les sacrifices d'Hercule en l'île de Rhode. 

Son mari ne pouvant plus endurer toutes ses crieries s'avisa un jour 
avec deux de ses voisins qui avaient pitié de lui que, pour avoir pa- 
tience, il fallait faire comme on fait aux petits enfants, lesquels on 
apaise en les berçant et encore qu'ils crient, à force de bercer ils s'en- 
dorment. Par quoi le mari fit faire un grand berceau à Groutelle, non 
sans admiration, non qu'il fût si grand que celui de Pantagruel. Le 
berceau fait, il convie ses deux voisins à souper. Ils n'eurent achevé 
de souper que cette femme commença à l'accoutumée de tempêter et 
crier. Ils la prennent comme ils avaient projet et la lient en ce ber- 
ceau, non pas sans difficulté; tant plus elle criait, tant plus ils la 
berçaient, tant plus ils la berçaient, tant plus elle criait, au lieu qu'ils 
pensaient l'endormir : elle se mit tant à crier qu'elle n'en pouvait plus 
et, étant toute étourdie, s'apaisa. Ils procédèrent si bien que de là en 
avant elle n'osait plus crier, par quoi il ne fallait plus bercer pour la 
faire taire ou pour l'endormir : car incontinent qu'elle criait, son mari 
avait ses gens aussi prêts que le seigneur Basché avait mes6ire Ou- 
dart, Loire le marié, sa femme et Trudon le tambourineur, au son de 
sa campanelle, toutes les fois qu'il voulait donner dès noces de Basché 
à messieurs les Chicaneurs qui le venaient citer et ajourner. Mais c'é- 
tait le bon, car si une des voisines de cette diablesse de femme venait 
au secours, ils la mettaient au même berceau, les berçant jusqu'à ce 
qu'elles ne criassent plus, qui était bien difficile à ce qu'eux-mêmes 
m'en ont dit. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES '201 

LEÇON DONNÉE PAR UN FILS A SON PÈRE (31 e séîée) 

Il y eut jadis, comme j'ai ouï dire, un père chassé de sa maison par 
son propre fils parce qu'il disait que son père dépendait trop, dont ce 
père fut contraint d'aller à l'Hôtel-Dieu. Devant la porte duquel comme 
il vit un jour son fils passer, lui pria que pour l'amour de Dieu lui plut 
envoyer deux linceux pour son coucher. Le fils ému de compassion, 
encore qu'il se fut senti heureux, s'il eût pu dire Notre père qui es es 
deux commanda dès qu'il fut chez soi à un sien petit fils de porter à 
son grand-père deux linceux à l'hôpital. Ce petit galant ne lui en porte 
qu'un. De quoi à son retour étant repris par son père lui dit, j'ai gardé 
l'autre pour le vous donner, mais que soyez à[l'hôpital étant parvenu 
à votre vieillesse. Ce mauvais homme, disait celui qui faisait ce conte, 
encore qu'il fût bien riche et avare, si pensa à lui-même qu'il pourrait 
bien devenir pauvre et qu'il serait mesuré par ses enfants à la même 
mesure qu'il avait mesuré soq père, lui souvenant que son fils étant 
petit et monté derrière lui en croupe lui avait dit : Mon père, mais 
que vous soyez mort, ne chevaucherai-je pas alors en selle ? 

LES CHÊNES MALES ET LES CHÊNES FEMELLES (5 e fiél'ée) 

Un enfant de la matte s'adressa, il n'y a pas encore trois semaines, 
à un gentilhomme, grand seigneur qui savait très bien jouer des 
hauts-bois : lui remontrant le dommage qu'il se faisait et à tout le 
pays de faire couper indifféremment tous ses chênes et que s'il le vou- 
lait croire, il lui ferait profit de mille écus lui sauvant plus de la moi- 
tié de ses grands bois qui en produiraient d'autres et ce pour peu de 
chose : car, lui disait-il, vous vous faites grand tort de faire aussi bien 
couper les chênes femelles que les mâles, les femelles vous pouvant 
en peu de temps amener et produire autant de chênes que vous en 
sauriez faire abattre. Et pour le faire mordre au bâton, va demander à 
ce gentilhomme de haule futaie s'il avait jamais ouï dire qu'il se trou- 
vait trois sortes de chênes, l'une s'appelanfc Robur, l'autre Quercus et 
la tierce llex et que Théophraste disait qu'en chacune sorte de ces 
trois espèces il y en avait de mâles et de femelles et qu'on appelait les 
chênes mâles stériles, les femelles fructueux et si promenait de lui 
apprendre à connaître le mâle de la femelle en toutes ces sortes. 

Ce gentilhomme bien aise de perpétuer sa forêt et en tirer toujours 
de l'argent par le moyen des femellos qu'il laisserait, qui fructifie- 
raient, convient de prix avec le mattois pour le prix et somme de trois 
cents écus, avec grands serments de ne jamais l'apprendre à personne : 
car, disait-il à ce gentilhomme, vous in'ôteriez tout moyen de vivre. 



202 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES. 

Ayant reçu comptant cet argent, le mattois fait monter son gen- 
tilhomme sur le meilleur de ses chevaux et qu'il fallait quant à lui 
qu'il fût à pied et qu'avant que la nuit vînt, ils seraient tous deux 
bien las. 

Etant tous deux seuls arrivés eu la forêt, le mattois fait descendre sou 
gentilhomme de dessus son cheval, et lui le prenant, monte dessus. 
Puis ii lui montre un chêne eu lui disant : Monsieur, embrassez ce 
chêne-là, le plus étroitement que vous pourrez : ce que fait le gentil- 
homme, le serrant à force de ses deux bras : lors le mattois lui demande, 
Monsieur vous sentez-vous point ému? En rien du monde, répond le 
gentilhomme. C'est donc un mâle, disait le mattois : laissons-le là et le 
marquez, il n'y a point de danger à l'abattre, c'est un mâle. Mais j'en 
vois là un autre, va dire le mattois, qui a ce gros pied et est toui ac- 
croupi, je jurerais bien que c'est une femelle : couplez-vous à lui et 
le joignez comme vous feriez votre femme, en le pressant tant que 
vous pourrez. Le gentilhomme ayant fait ce qu'on lui avait dit, fut 
interrogé par le mattois comme paravant s'il sentait point les aiguillons 
de la chair et ayant dit que non, comme l'autre fois, le mattois lui ré- 
plique si est-ce bien une femelle si je ne trompe; vous n'embrassez 
pas à votre force le chêne, ni assez longtemps. Puis se mettant derrière 
ce gros chêne, lui disait, prenez un peu de patience, ne bougez d'ici 
jusqu'à ce que vous vous sentiez entrer en rut. Cependant que le gen- 
tilhomme est attentif et colle contre ce gros tronc pour savoir si c'est 
un mâle ou une femelle, le mattois de l'autre côté, laissant à son gen- 
tilhomme, faisant un pertuis en l'air, se rend invisible et son cheval 
aussi. 

a chacun sa botte (lo° sérée) 

Un suppôt de la matte ayant aiiaire d'une paire de bottes et étant 
en une hôtellerie, s'avisa d'envoyer chercher un cordonnier pour en 
avoir une paire sans argent. Les ayant essayées, ce matois va dire au 
cordonnier que la botte du pied gauche le blessait un peu et le prie de 
la mettre deux ou trois heures en la forme. Le cordonnier le laissant 
botté d'une botte emporte l'autre ; mais le matois se faisant 
débotter envoie soudain quérir un autre cordonnier auquel il dit après 
avoir essayé ses bottes que la botte du pied droit lui semblait un peu 
plus étroite que l'autre, par quoi le marché fait, se fait débotler, aûn 
qu'il mit cette botte en la forme jusqu'à ce qu'il eût dîné. Que voulez- 
vous plus : sinon qu'ayant deux bottes de deux cordonniers, l'une du 
pied gauche, l'autre du pied droit, baillant ses vieilles bottes au gar- 
çon d'étable, il paie son hôte, monte à cheval et s'en va. Tantôt après 



KEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES . 203 

voici arriver les maîtres cordonniers ayant chacun une botte en la 
main; et se doutant qu'ils étaient gourés, se regardant l'un l'autre, se 
prirent à rire et firent mettre à leurs maîtres jurés de l'année, dans les 
statuts de la confrérie, que défenses étaient faites aux maîtres de l'état, 
que par ci-aprés ils n'eussent à laisser une botte à un étranger et em- 
porter l'autre, soit pour l'habiller ou mettre en forme avant qu'être 
payés, sur peine de perdre une des bottes et l'autre qui demeure en- 
tre leurs mains d'être confisquée et l'argent mis et appliqué à la boîte 
du métier, je voulais dire de l'état. 

Ce patelinage fut su par toute la ville, car celui qui l'avait fait était 
connu pour d'autres affrontements qu'il faisait, étant magicien, et 
usant chandelle faite de suif humain, qui tenait les personnes immobi- 
les étant allumées, qu'il prenait leur bien tout devant eux, sans qu'ils 
fissent semblant de l'empêcher. Ce qu'il faisait bien sans chandelle 
comme vous entendez. 



SAUVEURS DU PALAIS DE GROUTELLE (7 e sérée) 

Il y avait à une lieue de Poitiers, près de Croutelle, une famille qui, 
par grâce spéciale, de père en fils, guérissait la morsuie des chiens 
enragés, non seulement aux hommes, mais à tous les animaux et em- 
pochait aussi le venin de la morsure des serpents. Ne seraient point 
ces gens-ià, répliqua quelqu'un qu'on appelle Sauveurs? Ce qui est 
aisé à savoir, car on dit que ces gens-là ont la roue de sainte Cathe- 
rine au palais de la bouche et possible, ajouta-t-il, que c'est la raison 
pourquoi ce village où demeure cette famille s'appelle le Palais pour 
avoir cette roue au palais. Mais pour vous en dire la vérité, ceux de 
ce village sont gens de bien et Dieu peut avoir départi ses grâces à 
ceux-ci que sauvent et remédient à un si grand mal que celui de la 
rage et aux morsures des serpents. Et si me souvient que ces guéris- 
seurs demandaient â ceux qui avaient été mordus de chiens ou de ser- 
pents qu'ils guériraient plutôt s'ils ne les avaient point tués. 

Si un chien vous mord encore qu'il ne soit point enragé et que puis 
après il vienne à enrager, vous serez en danger de l'être encore que la 
plaie soit consolidée et guérie. 

ANNULAIRE GAUCHE, DOIGT MÉDICINAL (10 e Sérée) 

De toute antiquité, le doigt voisin du petit avait été honoré d'un 
anneau d'or à cause d'une artère (et non pas d'un nerf comme tient 
AuluGelle, opinion encore répandue en Poitou à l'heure actuelle) qui 



204. REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

vient du cœur, y ayant telle affinité par cette artère du cœur à ce doigt 
qu'il ne peut endurer aucun poison. Et voilà pourquoi — c'est un mé- 
decin qui parle — nous mêlons nos médecines avec ce doigt qu'on ap- 
pelle doigt médicinal. — On brassait la drogue avec l'annulaire de la main 
gauche et la cause n'en est pas donnée. — Ceux qui ont mal à la main ont 
douleurs et tumeurs à tous les autres doigts sans que celui-ci s'en 
ressente. Que si vous le voyez offensé dites hardiment que toute vertu 
naturelle est assoupie et éteinte. 

promenade sur l'ane (il 6 sérée) , 

Quand on veut faire une grande ignominie à quelqu'un, on le mène 
promener par toute la ville sur un âne, étant ceux-là infâmes toute 
leur vie, l'âne étant un signe de moquerie, d'autant qu'il semble se 
moquer quand il découvre ses dents. Encore aujourd'hui quand une 
femme a battu son mari on en chevauche l'âne. Et y a un peuple, qui 
s'appelle en latin Cumani, qui ne punissent les femmes adultères qu'en 
les mettant sur un âne et les promènent étant dessus. Andronicus, 
tyran, fut mis sur un âne par ignominie aussi bien que Grescence, 
consul romain, et que Béatrix Auguste, femme de l'empereur Frédéric 
Œnobarbus (Barberoussej par les Milanais, qui la mirent sur un âne, 
le visage vers la queue. En Catalogne, le mari trompé paie un tribut 
au fisc; dans un autre pays il est mené par toute la ville sur un âne 
avec sa femme (8 H sérée). 

industrie des forçats (xvi« siècle; ;U" sérée) 

Il y avait une grande dame, laquelle, étant à Marseille, alla visiter les 
galères, comme c'est la coutume des étrangers, tant pour les voir que 
pour leur distribuer quelques aumônes, et acheter d'eux quelques 
petites singularités qu'ils savent gentiment faire (1). 

conjuration contre l'amour, etc. ;i9<; sérée) 

L'amour viendra, si est-ce qu'il a une si grande puissance sur moi, 
que je ne sus jamais trouver remède encore que j'aie eu recours aux 
livres de Raz'iel, de Zadach, d'Avanzar, de Zachée, et que j'aie appelé à 
mon secours, (dont j'en demande pardon à Dieu), les esprits vénériens par 



(1) Cette industrie a subsisté jusqu'à la suppression des bagnes, il est curieux de la 
retrouver dès le XVI* siècle. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 205 

voix horribles, par marques et caractères étranges, par appellations bar- 
bares, les signant en parchemin vierge, observant la Vierge au lion ou 
à la balance, ou les écrivant avec le sang d'une chauve-souris, le jeudi 
ou le vendredi, au croissant de la lune, y ajoutant de la chandelle de 
cire neuve, avec le coton et mèche filée et faite de la main d'une 
pucelle, et siai pour assouvir les ardeurs amouses épandu sur moi, 
suivant Pline, de la poudre sur laquelle une mule se serait vautrée et 
mangé le foie d'un caméléon, et l'osselet qui se trouve au côté droit 
d'un crapatid. 

Oldra le jurisconsulte parle d'un amoureux accusé d'avoir usé 
d'images de cire faites par Magie et invoqué les Diables. Dans un procès 
en parlement, un autre fut accusé d'avoir jeté au sein de son amie, un 
papier ou billet, où il n'y avait nul poison, et porté sur soi une image 
de Vénus, fabriquée sous la planète Mars, ascendant es Poissons. Cette 
image était une jeune fille ayant les cheveux épars, toute nue, tenant 
un miroir entre ses mains, et ayant une chaîne au cou. Elle avait 
auprès d'elle un jeune enfant qui tenait cette fille de la main gauche, 
et de la droite lui accoutrait lec cheveux: cette figure servant à gagner 
la faveur des femmes. 

UN PRÉCURSEUR DE M. DE CRAC (19 e Sérée) 

Étant, ces jours passés, chassant en un bois, je vis une grande mer- 
veille. C'est que je regardai près de moi un sanglier, lequel étant 
devenu aveugle de vieillesse, était mené par un jeune sanglier qui, par 
compassion, lui mettait sa queue en la gueule, et la vieille béte tenant 
cette queue entre ses dents, le suivait partout où son compagnon le 
menait aux champs pour prendre pâture. Lors je tirai de mon arbalète 
et visai si bien, que le trait donna entre les fesses du jeune et le 
grouin du vieil, en coupant seulement la queue : le jeune écourté 
s'en fuyant par les champs, et le vieux solitaire, sans guide, ne bougeant 
plus, la queue toujours entre les dents. Quoi voyant, je m'approche et 
prenant en main la queue coupée, je conduis jusque dans la ville le 
pauvre aveugle qui croyait suivre son compagnon. 

Léo Desaivre. 




206 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

BIBLIOGRAPHIE 



J. Hunziker. — La Maison suisse, gr. 8°, t. HT, Les Grisons, 360 pages, 
82 autotypies, 307 esquisses de plans, 15 francs; t. IV, Le Jura, 142 
pages, 59 autolypies, 70 esquisses et plans, 8 francs. 

J'ai déjà dit dans la Revue (1904, p. 5) le bien qu'il faut penser de l'énorme 
travail entreprit autrefois par feu le professeur J. Hunziker sur les divers 
types de maison qui coexistent en Suisse. Les troisième et quatrième volu- 
mes sont dignes des deux premiers pour l'exécution typographique et l'il- 
lustration.. Le plan suivi est le même : une narration alerte et vivante 
emporte le lecteur d'an village à l'autre et, chemin faisant, il voit ainsi 
défiler devant ses yeux les types divers des maisons et de leurs dépendan- 
ces. Dans la seconde partie on trouve classés suivant leur lien interne les 
documents ainsi réunis. 

Dans les Grisons se rencontre le type de la maison rato-romande d'une 
part et, de l'autre, le type de la maison de campagne allemande, ces deux 
types coïncidant en général avec les deux langues du pays, le r&to-roman- 
che et l'allemand, mais pas partout. Ainsi la maison rato-romande se ren- 
contre à. Davos, Prâtigau, Sargans, Glaris, etc., où Ton ne parle aujourd'hui 
que l'allemand. On remarquera que l'arrangement des maisons en village 
diffère aussi d'un groupe a l'autre; disséminé dans le village allemand, il 
est compacte dans le village r&to-romanche. Le volume sur les Grisons est 
beaucoup mieux élaboré, au point de vue systématique, que les deux pre- 
miers, et les « observations > (pp. 342-360), d'ordre bibliographique, linguis- 
tique et sociologique bien plus développées et fort intéressantes. 

Dans le volume sur le Jura suisse, on trouvera décrites la maison celto- 
romande ou jurassienne, la maison burgonde d'influence celto- romande et 
la maison celto-romande secondaire, qui correspondraient à des différences 
ethniques, comme l'auteur essaie de le prouver dans la notice (pp. 139-142) 
sur la limite des langues dans le Jura. A. Van Gbnnep. 

Henri Labbé de la Mauvinière. — Poitiers et Angoulême. Les villes 
d'art célèbres. H. Laurent, éditeur, (librairie Henouard) 6, rue de 
Tournon, Paris 1008, in-4° de 140 pages, 113 gravures. 

Tour à tour gallo-romaine et sarrasine, mi du nord, mi du sud, sise sur 
le grand chemin d'Espagne, Poitiers est l'une de nos plus vieilles cités. Là, 
parmi les ruines (aqueduc et arènes romains;, dans les églises romanes et 
les logis gothiques, les souvenirs d'un passé lointain et glorieux meurent... 
Aujourd'hui, la ville ancienne est comme une statue de noble dame gisant 
dans une crypte, mains jointes et les yeux clos. 

Enamouré de l'antique et célèbre poitevine, M. Henri Labbé de la Mauvi- 
nière a été quérir ses hauts faits enfouis au fond des archives emmi les 
antiquaires de l'Ouest ou dans les dossiers précieux de dominusFonteneau. 

Intentionnellement, laissons dans l'œuvre érudite de Henri L. de la Mau- 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 207 

vinière, les gestes purement historiques. Recueillons, un à un, avec lui, les 
merveilleux bijoux traditionnistes, qui paraient avec éclat et ornent encore 
la cité dont Robuchon et Thiollier, habiles photographes locaux, ont mis en 
relief les monuments et les aspects. 

Poitiers, ville assoupie, troublée à peine par quelques rires d'étudiants, a, 
dans ses temples anciens, ries autels vénérés. Le merveilleux des âges 
enfuis subsiste sous les arcs romans, « La pyramide » de saint Hilaire, 
évoque un « fait » du grand évêque : La résurrection de l'enfant noyé dans 
une baignoire de lait. 

La sainte « régionale », Radégonde, est toujours invoquée. Dans la crypte 
de l'église dédiée à cette sainte, tous les ans, par centaines, poitevines coiffées 
de « pantines », de la « Malvina » et de la haute « caillonnée » de la Motte 
Sainte-IIéraye, tourangelles et angevines, viennent se courber sous le sar- 
cophage vide de sainte Radégonde, pour . . . avoir des enfants dans Tannée 
qui suivra le pèlerinage. 

En cette même église, dans une petite chapelle, à l'abri d'une grille, pèle- 
rins et pèlerines viennent adorer le pas de Dieu, empreinte du pied de Jésus, 
laissée, dit la légende, lors de la dernière apparition de Dieu à Radégonde. 
L,à sainte reine (dont les reliques sont dans le monastère Sainte-Croix, où 
Fortunat venait lui lire, autrefois, ses poésies latines) ne fit-elle pas de 
beaux miracles ? C'est elle, dit notamment une légende, qui transporta au- 
dessus de Poitiers, le dolmen de la « Pierre levée », dont parle Rabelais au 
livre de Pantagruel. 

L'église de Notre-Dame-la-Grande, type connu du pur roman poitevin, 
enclôt Notre-Dame des Clefs, statuette traditionnelle sur laquelle se reflète, 
en passant, une légende qu'il faut lire dans le livre de IL L. de la M. 

L'intervention de la Vierge Marie, au dire dos vieux propos populaires, 
aurait sauvé Poitiers du joug anglais. Avant 1789, on promenait Notre- 
Dame des Clefs, chaque année, le lundi de Pâques. Pour cette cérémonie, 
on faisait « la toiiette de la bonne Vierge ». Il existait, du reste, à 
Poitiers d'autres processions, ayant, jadis, un sens traditionnel. On portait, 
dans ces processions, un monstre, sorte de dragon, appelé « La Grand'Goule >». 

Jusqu'en ces derniers temps, ce monstre était conservé dans la biblio- 
thèque du Grand Séminaire. 

Certains logis poitevins ont aussi leurs légendes. La maison de Jean 
Bauce qui, suivant une croyance populaire, contenait la « Chambre de Diane », 
ne doit pas, paraît-il, être reconstruite jamais en entier. Il manquera toujours 
quelque chose à la reconstitution parfaite de cet hôtel : « Saint Hilaire ne 
le veut pas, parce qu'on y profana ses reliques » 

I-a légende de la Résurrection de la Chair, est à Poitiers, tracée dans la pierre 
au portail . du Jugement dernier à la ca thé traie. Eu flânant dans les rues, 
parmi les nombreuses visions d'antan qui vous suivent sur les pavés 
poyitus. on évoque la traditionnelle ligure de Jehanue Pucelle, montant à 
cheval devant l'hostellerie de la Rose: son pied alourdi par le jambard 
s'appuie sur le « montoir » conservé au Musée municipal 

Après nous avoir tenus sous le charme poitevin H. Labbé de la Mauvinière 
nous fait descendre jusqu'à Angoulême, la ville du papier, après Poitiers la 
ville de pierre. 

Avec lui nous voyons, à Angoulême, la grotte de Saint-Cybard, la façade 
de la cathédrale et la maison dite « Taillefer ». Mais, il semble qu'à Angou- 
lême l'auteur est toujours hanté par Poitiers où lui-même fut bercé tout 
jeune par la légende, cette vieille flleuse de rêves. Jacques Rougé. 



208 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



NOTES ET ENQUÊTES 

»*» A'omtna/ù>'?« et distinctions. — M. Henri Cordier, professeur à l'École des 
langues orientales, vient d'être élu membre de l'Académie des inscriptions 
et belles-lettre». C'est avec un grand plaisir 'que nous annonçons la nomi- 
nation de déminent sinologue, l'un des vice-présidents de notre Société, à 
laquelle il appartient depuis sa [fondation. 

,% La journée du muguet. — Tout le jour, depuis l'heure la plus matinale, 
les éventaires des fleuristes ambulants qui parcourent nos rues de Paris, 
étaient fleuris de muguets odorants. Et, à l'heure du déjeuner, dans les 
quartiers du centre, où sont les ateliers de couturières et de modistes, cha- 
cune des petites voitures était entourée d'un groupe de jeunes filles rieuses 
qui fleurissaient leur corsage. 

Depuis quelques années, le muguet du premier mai est un fétiche : qui- 
conque s'en pare est assuré d'être heureux toute une année durant. 

Les marchandes de fleurs exploitent cette gracieuse superstition et ven- 
dent une seule branche de muguet trente et même cinquante centimes. 

{Le Temps, 2 mai 1908.) 

«*« Bonaparte et le criocère. — En Charente, on donne aux criocères le nom 
de Bonaparte, parce qu'ils mangent les lys. sur lesquels, en effet, ils demeu- 
rent et dont ils mangent les feuilles. (Com. de M. E. d'EcHBRAC.) 

*** Il a vendu sa tête. — A Liège, les gamins de rue, lorsqu'ils aperçoivent 
un homme mal habillé, portant une longue barbe, crient : « Il a vendou 
8'tiésse ! » (Il a vendu sa tête). 

Ils supposent que cet homme ne porte une longue barbe — qui nécessite 
des soins et est plutôt gênante — que parce qu'il sert de modèle aux pein- 
tres. De là le cri. (Com. de M. Alfrbd Harou ) 



RÉPONSES 

Les doigts dans le nez. — Lorsqu'on aperçoit une personne se fourrant les 
doigts dans le nez, on lui adresse la question suivante : 

— Allèv pèhi dîmin ? (Allez-vous à la pêche demain?) 

— l>okè don! (Pourquoi donc !) 

— Paski ji veu ki vos aprestè dès htchèies. (Parce que vous préparez les 
amorces.) (Liège.) 

On demande à celui qui se fourre les doigts dans le nez : 
« Baguè-v » ? (Dé ménagez- vous ?) (Liège.) 

ou bien encore : Est-ce ki n'a n' sacqué maléule es vosse mon lionne ? (il y a 
t-il quelque chose (quelqu'un) de malade dans votre maison?) 

— Nenni, poquoi don ? 

— Paski fveu ki vos fè des pilules. (Parce que je vois que vous faites des 
Pilules.) (Liège.) 

[Comm. de M. Alfred Harou.) 



Le Gérant : Fr. Simon 



Imprimerie Fr. Simon, Rennes-Paris (2H53-08). 



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DES 



TRADITIONS POPULAIRES 



23« Année. — Tome XXIII. — N<* 6-7, — Juin-Juillet 1908. 




La Revue des Traditions populaires, par suite de la grive «fe* 
graphes de l'imprimerie Si mort, causée par ^introduction dans 
les ateliers de machines à composer très perfectionnées, dues • Mono- 
types », a subi te retard le plus considérable qu'elle ait eu depuis 
23 ans quelle existe. Nous prions uns lecteur* d'excuser ce cas de 
fan ire, qui tutus a été tout particulièrement désagréable. 




fouaaHjârwe^vQBt'k-ûîie : les merveilles de la création ul le* élran- 
getês des événements. Notre travail a été fait sur une traduction turque 
de eelte oeuvre. 
Voici l'extrait en question : 

SUR L'ANLilEN CALENDRIER PERSE 

Ou donne le nom d'égaux en jours aux mois autrefois eu usa^e chez 
les Perses, parce qu'ils divisaieuL leur année eu tr.jis cent hoixaule 
cinq jours, attribuaient irente jours ;i chaque nioi* et U Complétaient 
en ajoutant successivement emu; jours à un mois, puis a un autre. 

La façon de compter lr s jours dans le mots n'est pas la même <jul* 
celle arabe, établie par se marne, rai- ils donnaient un nom auècî&l a 
chacun des jours du mois, savoir . 

TosiÉ XXI1L - «ftri* Jliuef IMS. 1i 



> M M A 






AVIS IMPORTANT 




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REVUE 



DES 



TRADITIONS POPULAIRES 



23« Année. — Tome XXIII. — N<* 6-7. — Juin-Juillet 1908. 



SUPERSTITIONS ET COUTUMES DE LA PERSE ANCIENNE 

ATTACHÉES AUX MOIS ET AUX JOURS 

usqu'a la conquôle de la Perse par les Arabes, survenue 
en 634 de notre ère sous le califat d'Oinar, ce pays 
avait conservé ses usages propres, notamment son 
calendrier. Les auteurs musulmans donnent, à propos 
du calendrier de la Perse ante- musulmane, toute une 
série d'indications sur les fêtes célébrées par les anciens 
Perses, comme sur les superstitions ou traditions atta- 
chées à différents jours. Elles sont d'autant plus pré- 
cieuses que l'ancienne littérature peblvie a été anéantie 
pour ainsi dire complètement, sous la domination musulmane. 

Il nous a donc semblé intéressant de traduire ce que dise ut les auteurs 
arabes sur l'ancien calendrier des Perses. L'extrait qui suit est tiré 
d'un ouvrage déjà cité par nous à propos des êires extra-humains de 
la mythologie musulmane. 11 est intitulé: Mahkloukat adjibè wè moud- 
joudat garibé, c'est-à-dire : les merveilles de la création et les étran- 
getés des événements. Notre travail a été fait sur une traduction turque 
de cette œuvre. 
Voici l'extrait en question : 

SUR L'ANCIEN CALENDRIER PERSE 

On donne le nom d'égaux en jours aux mois autrefois en usage chez 
les Perses, parce qu'ils divisaient leur année en trois cent soixante 
cinq jours, attribuaient trente jours à chaque mois et la complétaient 
en ajoutant successivement cinq jours à un mois, puis à un autre. 

La façon de compter les jours dans le mois n'est pas la môme que 
celle arabe, établie par semaine, car ils donnaient un nom spécial à 
chacun des jours du mois, savoir : 

Tome XXlll. - Juin- Juillet 11)08. i\ 




210 



REVUE DEâ TRADITIONS POPULAIRES 



fi. 

7, 

8. 

9. 
10. 
11. 
12. 

13. 
14. 
15. 



Hormouz, la divinité. 
Behmen, le sage. 
Avourdé-bihicht, sorli du 

Paradis. 
Chehrir, Paioié du peuple. 
Isfend-Horinouz, le favori 

d'Hormuz (de Dieu). 
Khordad, l'alimentant. 
Murdad, le tueur. 
Di, le froid. 
Azer, le feu. 
Uban, la montagne. 
Khor, le méprisé, le bas. 
Mah-tir, lune trouble (lune 

rousse). 

Kiouch, le zélé. 

Di-mihr, soleil fléchissant. 

Mihr, le soleil. 



16. Surouch, l'auge qui pèse les 

âmes. 

17. Douch, la nuit finie. 

18. Murour-din, le règlement des 

dettes. 

19. Rouz, le jour. 

20. Bebram, le sage (l'ange pré- 

posé au bétail). 

21 . Ram, le repos. 

22. Bazi, le jeu. 

23. Iedin, les deux mains. 

24. Din, la rétribution religieuse. 

25. Avd, rabaissement. 

26. Achna, la baignade. 

27. Asma, la dénomination. 

28. Zémir, le courageux. 

29. Mar-asfid, le serpent blanc. 

30. Iran, l'arrosé. 



Ainsi, un nom est donné à chaque jour pour permettre l'indication 
des aliments, vêtements ou parfums qui lui sont, soit spéciaux, soit 
contraires, comme des fêtes religieuses ou autres, célébrées à telle ou 
telle date. Les jours consacrés à des actes religieux ont des noms 
d'ange a tin que l'on ail l'esprit en repos au sujet du moment où des 
réjouissances ou abstinences doivent avoir lieu et qu'on puisse en 
tenir compte au regard de ses autres affaires, comme de ses charités, 
bonnes œuvres, actes de dévotion ou prières. 

I. — Mars. Ferver-din (De l'ange de la rétribution).— Le 1 or jour de 
ce mois est le nevrouz (le jour de l'an, le jour neuf). On le nomme 
aussi le jour des soldes de compte parce qu'il est favorable au règle- 
ment des comptes, qu'on mange des plats fraîchement apprêtés, qu'en 
ce jour le Très-Haut créa et mit en marche les étoiles qui brillent au 
ciel ainsi que le soleil. 

On l'appelle aussi le jour d'Hormouz, car, en Persan, Hormouz est le 
nom donné à Dieu, le Très-Haut aux éminents attributs. 

En ce jour le propriétaire rural distribue des grâces. 

On dit encore que celui qui, le matin de ce jour là, s'abstient de parler 
et, de prime abord, avale une boisson sucrée et se frotte d'huile d'olive 
sera, jusqu'à la fin de l'année, dégagé de ses soucis par le Très-Haut. 
Puisse c l homme goûter ainsi la paix et le pardon ! 

Le 17 e jour de ce mois se dit Surouch, on l'appelle aussi Serouch. 
Serouch est le nom d'un ange que le Très-Haut a préposé comme veilleur 
et gardien de nuit. On dit aussi que c'est également le nom de Djébraïl 
(Gabriel) sur lui le salut ! 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 24 l 

Or, Djébraïl est l'un des plus forts et des plus puissants des anges : 
il domine sur les djinns (démons), les magiciens et les gens de science. 
Chaque nuit, il opère trois rondes. Dans la première, il combat les djinns 
et poursuit les magiciens. Dans la seconde, il éloigne les ténèbres 
comme les vents froids, purifie les fontaines, excite les coqs à chanter, 
les animaux au plaisir de Taccoupiement. Dans la troisième, il fait 
poindre le jour, éveille les premiers bruissements, fait s'épanouir les 
plantes, soulage les malades et les faibles, fait respirer les opprimés. 
Ainsi il oppose à l'hypocrisie la vérité, réjouit les anges et contriste 
les djinns. 

Ce jour, comme le premier du mois; est l'un de ceux où Zeinzem 
{puits vénéré situé dans l'enceinte sacrée de la Mecque) devient amer. 

Le 19 de Feverdin est férié ; c'est celui qui donne son nom au mois. 

Sous certaios rois de Perse ce mois était tout entier lérié, car chacun 
de ses jours était jour de fête. Ainsi, le I e ' du mois était spécial aux 
princes, le 2 aux nobles, le 3 aux serviteurs des princes, le 4 aux domes- 
tiques, le 5 aux gens du peuple, le 6 aux paysans, etc. 

D'après la coutume des Cosroës (Sassanides), le 1 er de ce mois chactm 
devait se présenter à l'audience royale. Une fois l'assemblée réunie, le 
souverain prenait place sur le trône, afin de distribuer largesses et 
grâces. 

Le 2 survenaient, chacun à son rang, les chefs de village et les pro- 
priétaires fonciers. Le 3 un festin était offert aux seigneurs terriens, aux 
dignilaires, aux grands personnages. Le 4 venaient les propriétaires de 
maisons et les particuliers notables. Le 5 les jeunes gens. Ainsi, cbaque 
jour du mois, une classe de gens recevait faveurs, grâces ou dons, selon 
son rang. 

Le 6 était libre et venait reposer des autres. Toutefois, en ce jour, les 
propriétaires de maisons se visitaient et échangeaient des cadeaux. 
L'on ne sait combien de richesses sortaient ainsi des trésors et appa- 
raissaient au jour. 

II. — Avril. Avourdé-Bihicht (Sorti du Paradis). — Le 3 est férié, 
c'est le jour qui donne son nom au mois : il est de nature propice. 

Avourdé-Bihicht est le nom de l'ange qu'on appelle aussi Nourwénar 
(jour et feu,), car le Très-Haut l'a préposé sur le jour comme sur le feu, 
la guérison des blessures et des maladies, les onguents, les potions et 
la médeciue. 

Le 26 de ce mois est dénommé le jour de la guérisou. 

Le 1 er est dit : le jour des six pré très- devins (Kiahin), dont le premier 
sur les cinq autres est Zerdoucht (Zoroastre). En ce jour il n'est pas 
coutume de se livrer à des œuvres de piété ou de s'occuper d'écritures ; 
lel est l'usage établi parmi le peuple. 



212 REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES 

III. — Mai. Khordad (Le nourrissant). — Le 6 e jour est nommé 
Ebordad (le nourrissant), comme le mois lui-même. Ce nom signifie 
que les gens restent eu paix ce jour-là. Il est aussi celui d'un ange 
préposé à la pousse des végétaux (herbes) et des arbres, comme à l'é- 
loignement des matières impures (à la dispersion des fumiers). 

Le 26 est le jour du bain (de la natation). 

Le 4 est, dans le giahan-bara (les six périodes de la création suivant 
le système de Zoroaslre) celui où le Très-Haut a créé les herbes et les 
arbres. 

Le 30 est dénommé Iran (le mouillé) parce qu'on dit que c'est un jour 
pluvieux; il est consacré aux ablutions. Cet usage s'est conservé à 
Ispaban. 

IV. — Juin. Tir (Mercure). — Le 26 de ce mois est dénommé khor- 
dad (le nourrissant). C'est la fête de la coction des nénufars. 

Le 13 est la fête du tirouz (de la victoire). On la nomme aussi tir- 
gbîan (troublée). Ces deux dénominations s'accordent car, en ce jour, 
Menoutcber (le chef des Iraniens) demanda à Àfrasiab (le chef des Tou- 
raniens), son vainqueur, la permission de quitter l'Iran. Alors Afrasiab 
lui accorda la paix et Menoutcher fut se retrancber dans le Tabéristan. 

Le 16 est dénommé le jour de Mihr (du soleil), car Mihr est le nom 
du soleil. C'est le cinquième jour du giaban-bara. celui où le Très-Haut 
créa les animaux (quadrupèdes), par un effet de sa puissance. 

V. — Juin. Murdad (Le tueur).— Le 7 de ce mois est nommé Murdad; 
on le nomme aussi Murd-gian (donnant la mort). Ces deux noms s'ac- 
cordent, car ils ont, intrinsèquement, le même sens. 

Nota. — Murdad est, chez les musulmans, assimilé à Israïl, l'ange de la 
mort. 

VI. — Août, Chehrir (L'ami du peuple). — Le 4 de ce mois est nommé 
Chehrir ou Cher-iour, les deux noms ont le même sens. 

Nota. — Chehrir est l'ange préposé aux mines et aux feux souterrains. 
C'est le premier jour du giahan-bara. 

Le 16 de ce mois est nommé Mihr-rouz, le jour du soleil. C'est le 
lendemain du cinquième jour du giahan-bara. 

Le 20 est le jour de Behrain (l'ange des bestiaux). On l'appelle aussi 
Mihr-djan, soleil en déclin. 

VII. — Septembre, Mihr (Le soleil). — Le 1 er de ce mois est celui de 
la fête du soleil, c'est l'une des plus grandes fëtes. On la confond par- 
fois avec le Mihr-djan (le solstice d'automne), parce que c'est aussi 
le nom de ce mois. On dit que, en ce mois, apparaissent de bonnes 
pièces de monnaie où l'on voit un diadème d'or ainsi que la figure du 
soleil. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 213 

En ce jour, d'après la tradition, Féridoun (ancien roi de Perse) fat tiré de 
péril et fut vainqueur, grâce à l'assistance des anges descendus du ciel. 

C'est également ce jour-là que le Très-haut accorda à la tere la révé- 
lation et la faveur d'être le séjour de l'Esprit. 

On dit aussi que celui qui mange de la grenade le jour de Mihr-dje- 
han et flaire l'odeur de la lessive, éloignera de lui tous les dangers, par 
la grâce de Dieu. 

Le 11, qui est le ram-rouz, jour du repos, Féridouny vainquit Zohak 
(son compétiteur] et le fit prisonnier. Il ne le tua pas, mais l'enferma 
dans sa forteresse de Démavend. 

VIII. — Octobre. Uban (L'élevé, la montagne).— Le 10 de ce mois est 
l'uban-rouz. C'est un jour férié ; i) a donné son nom au mois. Ce jour 
est celui où l'on rend les édiis. Il est favorable aux édifices publics 
aux conduites d'eaux souterraines, aux quatre climats. 

Des cinq derniers jours de ce mois, le premier est celui des coutures. 
Il est désigné sous le nom de Férou-djan, le baissant. Le peuple croit 
que, en ces jours, les âmes des morts quittent les lieux de récompense 
et de punition, circulent, frôlent la surface des aliments e^ des bois- 
sons et en flairent l'odeur. Les morts s'en trouvent bien et en éprouvent 
satisfaction. Ensuite, cbacun d'eux s'en va retrouver sa demeure. 

Certains auteurs prétendent que cela se passe le premier des cinq der- 
niers jours du mois d'Uban; d'autres disent qu'il s'agit du mois d'Azer. 
Cbacun fait son compte sans qu'ils puissent s'accorder. 

IX. — Novembre. Azer (L'ange qui préside au feu, dans la religion 
des mages). — Le 1 er de ce mois est nommé Hormouz (Dieu). En ce 
jour des imberbes (épbèbes) montent et se promènent & cheval. 

C'est en effet, une coutume populaire, dans le Fars (la Perse propre) 
qu'un éphèbe courre de cette façon en ces jours. Placé sur une mon- 
ture, tout enveloppé de vêtements, il se laisse offrir des aliments 
chauds, comme si son corps eût eu besoin de soins médicaux. Puis, 
comme s'il eût subi l'action de la chaleur, il prend en main un éven- 
tail et l'agite pour se rafraîchir. Par degrés, la température de son 
corps s'abaisse et il redevient frais. Alors, la glace et la neige semblent 
l'assaillir et l'accabler. De cette façon, on s'imagine que tout cela e3t 
arrivé. Cet éphèbe tient un peu de terre rouge et en jette sur ceux qui 
ne lui donnent rien. 

On dit que, ce jour-là, des perles sont rejetées par la mer. 

On dit aussi qu'en ce même jour, le Très-Haut créa la science du 
bien et du mal. 

On dit encore que celui qui, ce jour-là, frappe, avec une orange, un ani- 
mal en train de manger, jouira du bonheur jusqu'à la fin de l'année. 

Le 9 de ce mois est la fête de l'azer-rouz, le jour du feu. Ce nom 



214 REVUE DES TRADITIONS POPULA1RE8 

s'accorde avec celui du mois. Ce jour-là on se place au dessus du feu 
et Ton s'en réchauffe. 

Azer est le nom d'un ange préposé à tous les pyrées (temples du feu). 

Zoroastre a ordonné que, en ce jour, tous les pyrées soient visités, qu'il 
y soit offert des sacrifices par égorgement, que les émirs et autres chefs 
militaires tinssent audience pour les affaires tant du roi que du peuple. 

X. — Décembre. DI (Le froid). — Ce mois est nommé Kherram (le 
fortuné). La même appellation est donnée au 1 er du mois. C'est, en lan- 
gue persane, un nom donné au Très-Haut. 

Dans le Fars (la Perse propre) le roi, ce jour-là, montait sur son 
trône, vêtu d'habits blancs et assis sur un tapis blanc. Un voile était 
apporté et il se plaçait à l'un des bouts. Comme libre des soucis de ce 
monde, il prenait un visage aimable et souriant. Parmi les nobles ter- 
riens, prenait qui voulait la parole sur le sujet à sa convenance. Tous 
les chefs de villages, des rayas (paysans) et du peuple présentaient 
leurs doléances sur ce qui se passait, ce qui pouvait arriver, ce qu'ils 
désiraient. Le souverain leur offrait à boire et à manger en toute liberté 
d'allures. Alors le monarque, les paysans (rayas) et les cidadins (béria) 
en étaient à se demander, chacun, à quel rang il appartenait. On eût 
dit que des rois, oublieux de leur rang, s'étaient rencontrés dans un 
imarel( réfectoire public et gratuit). On eût dit que tous étaient frères, 
tantla fraternité avait effacé les limites de chaque cercle et fait disparaître 
toute séparation entre les uns et les autres. 

Le il de ce mois ept le Khor-rouz (le jour méprisé). C'est le premier 
du ghian-bara, celui où le Très-Haut a créé la gent céleste. 

Le 14 est le giouch-rouz, le jour de l'application. On le nomme 
aussi séir-sou, le voyage du mal. Ce jour-là, on s'offre de l'ail entre 
amis; on fait bouillir différentes herbes dans divers liquides, en vue 
de se préserver des démons; des prières ont également lieu pour les 
parents, dans le môme but. 

Le 15 est le di-mihr-rouz, le jour du soleil baissant; c'est celui où 
Feridoun fut sevré et chevaucha sur un bœuf. 

On dit que celui qui, la nuit de ce jour (la nuit d'ensuite) opère une 
fumigaiion avec de la réglisse sera préservé de la misère et de la faim, 
pendant le reste de Tannée. 

Il*est dit aussi que celui qui, le matin de ce même jour, s'abstient de 
parler et commence par manger une pomme et flairer un narcisse sera, 
cette année-là, aussi heureux et réussissant que nul autre. 

Le 47 est le Mihr-rouz (jour du soleil). C'est la fôte des laboureurs. 
Ce jour-là, dans le Fars, on sort en fête des villes ; chacun tire les bœufs 
hors de l'étable et les mène au labour. 
En ce jour, Feridoun chevaucha sur un bœuf ; tout aussitôt les «ornes 



REVUE DES TRADlTJOiNS POPULAIRES 215 

du bœuf devinrent en or et ses sabols en argent. Il se mil en campagne 
une heure après et, une heure encore après, il remporta la victoire- 
Chacun des spectateurs de cela eut ses vœux exaucés et ne vit jamais 
que des heures prospères. ' 

XL — Janvier. Behmen (Le sage). — Le 2 se nomme Behmen, comme 
le mois. Ce jour est férié. Behmen est le nom d'un ange qui est préposé 
sur les bêles, ce que le peuple appelle le bétail, le cheptel vif. 

Ce jour-là, dans le Fars, les propriétaires offrent un repas abondant 
en vivres, présentés à grandes cbaudronnées. Les conversations 
prennent leur cours le long des tables sans fin et des dressoirs inter- 
minables. Ainsi Ton se réjouit et s'égaye. 

En ce jour, on boit des lochs médicinaux composés de différentes 
graines sèches, comme des boissons laiteuses fortement composées. On 
est fort attaché à cet usage. 

On dit aussi que, en ce jour, les magiciens- médecins s'assemblent. 
Il en résulte de notables conséquences, car certains d'entre eux pren- 
nent la parole et répandent des parfums (disent des choses) de la plus 
grande utilité. 

On rapporte que Djamasp le médecin prit part à ces discussions avec 
le plus grand profit pour lui. C'était ua vizir de Gustasp (un ancien 
roi de Perse). 

Le 5 de ce mois est l'Isfend-Urmoux (le favori de Dieu) nommé aussi 
bendé (l'attaché), autrement dit la voie (l'existence) que suivent les morts. 

Le 10 est l'uban (l'élevé) qui est férié. On le nomme aussi sed (cent) 
parce qu'en ce jour Ardéchir Babek (un ancien roi de Perse) commença 
ses cent exploits et aussi parce qu'il reste cent jours jusqu'à la fin de 
Tannée (astronomique) et encore parce que, de ce jour, commencent 
les rigueurs variées que Behmen répand sur le monde. Par suite, le 
peuple brûle des parfums, en vue de les éloigner. En vertu de cette 
coutume, on fait une image de cet ange, et, cette nuit-là, on répand le 
feu pour éloigner les fauves et autres b^tes et on l'entretient de bois, 
le tout en présence de l'image de cet ange. 

Le 30 est nommé bétéran (le pire). On le nomme aussi ab-rizguian 
(eau tombante). Cette fête est encore célébrée à Ispahan. 

En raison de ces pratiques étranges, il est arrivé que, pendant nombre 
d'années, les pluies et les ondées sont tombées à torrents de la porte 
blanche (des nuages), que la sécheresse et la soif ont été évitées. 

Sous le règne de Firouz, le grand-père de Noucuirvan, le peuple se 
trouva réduit à la misère. Firouz lui fit remise de l'impôt. Or, en ces 
années, il fit la conquête de trésors et répandit ses largesses sur les 
paysans. Ainsi, dans les circonstances adverses, il apportait soin et 
vigilance à ses affaires, à un tel point que, comme il s'informait de 



216 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

son petit-fils, on vint lui dire, à son grand trouble, qu'il était dans le feu. 
Il y plongea ses bras qui en fumèrent, ensuite, il mit l'enfant dans son 
sein, comme font les vieilles bonnes femmes. La flamme monta jusqu'à 
sa barbe, qui prit feu ; elle brûla et le laissa imberbe. Alors il s'écria: 
O Dieu, mon seigneur, puisses-tu ne pas arrêter et retenir ta pluie, mais 
laisser épancher ses ondes sur moi, malgré l'évidence de mes péchés, 
afin que l'existence de cel enfant soit sauvée. S'il en est ainsi, j'en userai 
de même à l'avenir envers chacun (je me montrerai miséricordieux). 

A l'instant, un gros nuage apparut et une pluie bienfaisante tomba; 
à tel point que la foule en fut ireinpée ; ce fut un torrent comme nul 
n'en avait vu. Dans le peuple, chacun témoignait à l'autre son plaisir 
de sentir une telle ondée lui mouiller le visage. 

Depuis lors, la coutume a été conservée d'opérer, ce jour-là, des ar- 
rosements. Celte habitude s'est maintenue jusqu'à maintenant parmi 
les mages. 

— O vous qui êtes souillés de péchés et dociles aux passions, peuple 
de Mohammed, sollicitez, du liône divin, une pluie de miséricorde, un 
nuage de rémission ; du trône divin qui répand l'espérance ; du trône 
divin qui change la face des choses. Élève tes mains vers lui, humilie 
toi, abaisse-toi, supplie-le, ao^esse à ce trône, sous le méhéram, (le 
voile du pénitent), des prières ininterrompues. 

Les mages, les sectateurs de Zoroastre, les adorateurs du feu n'ont 
point été déçus et frustrés par la porte de miséricorde (Dieu) ; une abon- 
dante pluie de miséricorde est tombée sur eux : ils ont goûté la fraîche 
joie de l'espérance. Elle ne sera pas, pour la première fois, refusée au 
peuple des vrais fidèles, à ses supplications, à son humble prière, puis- 
qu'elle a été accordée aux infidèles, qui ont été ainsi couverts du voile 
de la générosité divine. 

XII. — Février. Isfbnd-Urmouz (Le favori de Dieu).— Le 5 de ce mois 
est également nommé Isfend-Urmouz; les deux noms feont en accord. 
Le sens de cette appellation est celui applicable au nom d'un ange 
préposé pour domiuer sur la terre et, tout spécialement, sur l'amour 
qu'on porte aux femmes. 

Ce jour est particulièrement férié. Tout homme marié, tout possesseur 
d'une femme enclave, se livre avec elle, en ce jour, au plaisir et à la 
jouissance de l'uniou. Cet usage subsiste encore à Ispahan et dans la 
province de Guilau. On donne aussi à cette journée le nom de Murd- 
Guiren (prenant les inorU), mais Dieu est le maître de la certitude sur 
les sources ; puisse-l-il être notre refuge et notre paix. 

Nota. — Suivant un autre comput, Tannée ne commence pas le 1 er mars 
mais deux mois plus tard, le 1 er mai. 

J . - A. ' Dkcourdeman GUE . 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



217 



MYTHOLOGIE ET FOhK-LORE DE L'ENFANCE 
XXXIII 

LA BÊTE A SEPT TÊTES 



ans les campagnes on effraie encore les 
enfants de la menace d'une bête à sept 
têtes, dont l'imagination varie en tous 
lieux la laideur. (Collin de Plancy. 
Dictionnaire infernal, Paris 1825, in-8, 
t. I, p. 379.) Cette bête est-elle encore, 
dans la tradition populaire, un épou- 
vantail pour les enfants ? elle figure 
dans de nombreux contes; mais je ne 
l'ai jamais vue nulle part décrite ou 

même citée avec l'attribution que lui 




donne Collin de Plancy. 



XXXIV 

le sang dans un jeu d'enfant 

Dans le sud de l'Irlande, lorsqu'un garçon en jouant heurte assez 
violemment une petite fille pour lui tirer du sang, la nourrice lui dit : 
« Maintenant il faudra vous marier avec elle. (W. Crook. Folk-Lore, 
t. XVII, p. 114.) Cette coutume existe-t-elle ailleurs? 



XXXV 

LES croquemitaines de la récolte 

Dans l'Altmark on menace les enfants qui vont faire des ravages 
dans les champs de pois de la Tante des pois, Erbsenmuhme (A. de 
Gukernatis. Mythologie des plantes, t. I, p. 13J.) Aux environs 
d'Osnabiûck ils redoutent la Tremsemutter qui se promène dans les 
blés; en Brunswick on l'appelle Kornwif, la femme au blé ou aux 
bluets, et lorsque les enfants cherchent des bluets, ils se disent 
les uns aux autres de prendre garde à la femme des blés qu ; emporte 
les petits enfants. (Grimm. Teutonic Mythology, t. Il, p. 477). Des cro- 



218 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

quemitaines apparentes à ceux d'Allemagne, où les génies des démons 
des plantes sont nombreux, existent-ils en d'autres pays de l'Europe 
et notamment dans ceux de langue française? 



XXXVI 

LE NOM ET LES ATTRIBUTS DE CROQUEMITAINE 

li s- «rail intéressant de rechercher : 1° si le nom de Croqueraitaine 
est populaire chez les paysans des diverses provinces de France, 
2° s'il a des formes dialectales, 3° quelle est sa figure et quels sont 
ses attributs, 4° les formules employées par les mères pour en menacer 
les enfants, et pour feindre de l'écarter lorsqu'elles ont obtenu le 
résultat désiré. 

XXXVII 

DIRES DES NOURRICES 

En quelques parties de l'Allemagne, les mères qui sèvrent leurs 
enfants leur disent que le papillon a emporté leur lait. Dans ce pays 
on croit que les sorcières empruntent la forme de ces insectes pour 
voler le lait et le beurre. (N. W. Thomas. Folk-Lore, 1903, p. 182.) 

Paul Sébillot. 

XXXVIII 

explication de la naissance 

A Werbomont (Ardennes liégeoises), on dit que les enfants naissent 
dans les plants de buis du jardin. 

XXXIX 

POUR écarter le mauvais esprit 

Pour écarter de leurs enfants le mauvais esprit, celui qui endeuille 
les familles, les parents annamites affublent leurs marmots, jusqu'à 
leur adolescence, du nom le plus malpropre possible. (Magasin pitto- 
resque, série III, t. VII, p. 442.) 



REVUE DES THADITIONS POPULAIRES 219 

XL 

l'épreuve des joujoux 

Lorsqu'un enfant annamite a juste un an, pour conjecture de son 
caractère et de ses futures aptitudes, on le soumet, d'après une cou- 
tume chinoise, à Yèpreuve des joujoux, toaï-Ban. On met sur un 
plateau qu'on présente au marmot divers objets • livre, sapèques, 
poupée vêtue en femme, etc. Suivant le choix du nourrisson on en 
conclut : s'il prend le livre, qu'il sera un savant; s'il prend l'argent, 
un avare; la poupée, qu'il aimera beaucoup les femmes, etc. (Id., p. 
442.) 

XLI 
l'enfant malade 

Si l'indigène a chez lui un de ses enfants malade, il ne tuera point 
un animal domestique également atteint de maladie, persuadé que le 
fait de donner la mort à la bête aurait pour conséquence inévitable 
la perte de son enfant. (Id., p. 442.) 

XLII 

LES CROQUEMITAINES DE L'EAU 

A Maeseyck (Limbourg belge), on dit aux enfants de ne pas s'ap- 
procher de l'aqueduc, situé près le grand couvent des Ursulines, 
parce qu'il s'y trouve une femme sans tête, La recommandation a 
produit un effet salutaire, car on voit peu de petits enfants dans ces 
parages. On leur recommande aussi de ne pas jouer près de la Meuse, 
parce que les Waterduivels, les diables d'eau, les prendraient. 

XLIII 

POUR BIEN SIFFLER 

A Maeseyck (Limbourg belge), on dit aux enfants que s'ils veulent 
bien siffler, ils doivent manger du platte kaas (caillebote), ou fromage 
blanc mou. 

Alfred Harou. 



220 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



LES TACHES DE LA LUNE (1) 



in 



LÉGENDES DIVERSES 




ans les deux premières parties de ce travail, 
l'origine des taches de la lune a été rapportée 
à une double cause: soit l'image d'un être 
humain, transporté pour une raison où pour 
une autre, en général, par punition, soit l'image 
d'un animal. Il existe cependant une autre 
catégorie d'interprétations que ne relie aucun 
lien commun et qu'on doit cependant classer 
bous cette rubrique sous peine d'augmenter 
infiniment les divisions. 



§1 



Dans une pièce en l'honneur du prince bamdanide Saïf ed Daoulah 
iv siècle de l'hégire) et datée de chawal 338 (mais-avril 950), le poète, 
El Motanabbi dit : 

Son autorité (de Saïf ed Daoulah) s'est étendue jusque sur le soleil et 
sa marque a passé jusque sur la lune . 

Le commentateur El' Aroudhi fait remarquer qu'il s'agit ici des 
taches noires qu'on aperçoit sur la lune et que le poète, par une 
hyperbole plus que hardie et une flatterie qui ne l'est pas moins, 
considère comme une marque de propriété que Saïf ed Daoulah aurait 
appliquée sur la lune (2j 



(1) Suite, voir t. XXVII, p. 396 

(2) El Motanabbi, Diwdn CLXXXVll v. éd. Nasif el Yazidji {Kitdbdel'Arf et Vayyib). 
Beyrout, 1882, in-8, p. 309; éd. Dieterici (Mutanabbi Caiinina, Berlin, 1861, in-4, 
p. 440) ; commentaire d'El Okbari {Cherh' et tiôyân). Le Qaire, 1308 hég. 2 vol. in-4. 
t. II p. 247 ; éd. de Bo'mbay, 1297 hég. in-4, p. 221. Von Hammer, qui a adopté Pinter- 
prétatioD d'Ibn Djinni, a complètement méconnu le sens de ce passage [Motenebbi der 
grossie arabische Dichler, Vienne, 1824, in-8, p. 220) en traduisant ainsi : 

Sein Macbtgeboth erstreckt sich biz zur Sonne 
Und Et besiegt den Mond an Schônheits wonne . 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 22 1 



§2 

Dans le second chant du Paradis, Dante, après avoir mentionné la 

croyance populaire qui voit dans Gain le personnage que représentent 

les taches de la lune, s'efforce d'en trouver l'explication en disant 

qu'elles sont produites par des corps raréfiés et des corps denses. 

Cette explication est combattue par Béatrix, son guide céleste ; elle 

lui démontre que la Vertu s'alliant diversement au corps qu'elle avive 

produit ce qui semble inégal en lumière (1). 

René Basset. 



LES MÉTÉORES 

XVII 
l'arc-bngiel (2) 



§Ior 

En Wapogoro, langue bantoue de l'Afrique orientale allemande, l'arc 
en-ciel se nomme lounoua (3). 

§85 

En Sérère-Sine, langue de Sénégambie, on appelle Tarc-en-ciel 
nangilnang al (4). 

§86 

En Luganda, langue de l'Afrique orientale anglaise, l'arc-en-ciel est 
appelé musoke (mousoke) (5). 

(1) Danle Alighieri, La divina Commedia, Paris, 1868, in-12, p. 292-294; cf. sur cette 
explication Paget-Toynbee, Le teorie dantesche sulle macchie délia Luna, Giornale 
storico délia Utteratura italiana, 18%, 2 sem. p. 156. 

(2) Suite voir T. XXII, p. 129. 

(3) Hendle, Die Sprache der Wapogoro, Berlin, 1907, in-8, p. 3. 

(4) Greffier, Dictionnaire français-sérèr, S. Joseph de Ngasobil, 1901, in-12, p. 19. 

(5) Blackledge, Luganda- english and english-lugania Vocabulary, Londres, 1904 , 
in-8, p. 177. 



222 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Le prince hamdaaide de Haleb, Seïf ed daulah (X e siècle de notre 
ère) décrivit ainsi en vers l'arc-en-ciel (qaus es sama), l'arc du ciel) : 

Les mains du vent du Sud avaient établi sur l'air des tapis sombres, 
dont les extrémités retombaient sur la terre. 

Et l'arc-en-ciel les frangeait de jaune sur du vert, au milieu du rouge ' 
de Tare blanc, 

Gomme les pans des vêtements d'une jeune fille qui s'avance, cou- 
verte de tuniques colorées dont Tune est plus courte que l'autre (l). 

Il a été également décrit par Abou'l FaraJj Mob'amnied ben Ah'med 
£1 Ghassâni El Wâwà. 

Gomme il est beau, le jour où l'ou voit Tare-en ciel, tandis que le 
soleil brille et que les éclairs aveuglent : 

On dirait Parc d'un archer qui aurait les éclairs pour flèches et pour 
but le disque du soleil (2). 



XVIII 

LES ÉTOILES PUANTES (3) 
§49 

En Sérère-Sine, langue de la Sénégambie, le3 étoiles filantes portent 
es noms suivants : 

Hôr a yénou 

Hôr ola na dyoufa 

Mélendondyah oug (4). 



(1) Elh Tha'alibi, Yatimat ed dahr, Daman, 1304 hég. 4 v. in-8, T. I, p. 20; Dieterici, 
Mutanabbi und Seifuddaula, Leipzig, 1847, in-8, p. 104; Ec'i Chericbi, Commentaire 
de ttariri, Boulaq, 1300 hég. 2 ▼. in-4. T. H, p. 12. 

(2) Eth Tha'alibi, Yatimat ed dahr, T. I, p. 209; Diterici, Mutanabbi und Seifttd- 
daula, note 65 p. 175-176. 

(3) Suite, voir T. XXII, p. 129. 

(4) Greftier, Dictionnaire français-sérère, S. Jjseph de Ngasobil, 1901, in-12, 
p. 122. 



HEVUG DÉS TRADITIONS POPULAIRES 223 

§50 

Dans les superstitions ottomanes, l'apparition de nombreuses étoiles 
filantes est un signe de guerre, de peste ou de famine (1). 

§51 

En Luganda, langue de l'Afrique orientale anglaise, les étoiles filantes 
se nomment ekibonomu, (ekibonouaou) (2). Rbnê Basset. 



ALLUSIONS ANCIENNES A DES CHANTS POPULAIRES 

I 

EN BRETAGNE 

Dans la Reçue de Bretagne, mai 1908, p. 27, M. de La Lande de 
Calau note le passage suivant de Bertrand d'Argentré, Histoire de 
Bretagne, 1. 1 et XIX, 1582, et 1588, art. Treguer. « Les Bretons disent 
que leur ville (Treguer) estoit située au lieu de présent appelé Coz- 
queoudet, qui est à dire vieille cité sur la rivière de Loquy et en 
monstrent les ruines, auquel lieu ils disent avoir esté le siège épiscopal 
jusqu'en Tan 836 que Hastain, roy des Danois, dont ils chantent 
encore quelques vieux vers en breton prist et ruina la ville. » L'auteur 
fait avec raison ressortir l'importance de ce passage. Dans la partie 
du Folk-Lorede France, t. II, p. 46, relative à la submersion de la ville 
d'Is, j'ai reproduit d'après Moreau, Histoire de la Ligue en Bretagne, 
cette phrase où il parle aussi de poésies non chantées, il est vrai: 
Une certaine personne m'a assuré avoir lu et vu quelques pièces en 
vers bretons qui faisaient mention de cette ville en écriture de main, 
ce que je n'ai pu découvrir quelque diligence et recherche que j'aie 
su faire. 

P. S. 

(1) Julîu Mészàros, Osmanisch-tûrkischer Volksglaube, Keleti Szemle T. VII, 1906, 
p. 170. 

i2) Blackledge, Luganda-english and english-luganda Vocabulary, Londres, 1904, 
in-8, p. 193. 



224 



REVDK DBS TRADITIONS POPULAIRES 



FOLK-LORE DE LA TOURAINE 



A. — Les enfants 




ourJ avoir un mâle, il faut que la 
conception ait lieu quand la lune 
croît ou quand le vent est haut. 

Quand une femme a un enfant, si 
la lune change dans les neuf jours 
qui suivent la naissance, le prochain 
enfant sera de l'autre sexe. 

Pour qu'un enfant nouveau-né ait 
une belle voix, il faut enterrer son 
cordon ombilical sous un rosier qui 
fleurit blanc. 

I II ne faut jamais enlever la « crasse » de la tête des enfants. Cette 
« crasse » s'appelle « burette » (1) ou « enfantin ». On fait passer la 
« burette » en la lavant avec les « drapiaux » (2) pleins d'urine de 
l'enfant. Il ne faut enlever ni les pous, ni couper les ongles. — Couper 
les ongles enlève l'esprit. 

Il ne faut pas trop embrasser les petits enfants; cela les empêche 
de « profiter » (3). 

L'enfant ne doit pas manger les « molles » ou « mures », fruit des 
ronces : « il y a des pous dedans ». 

Quand un homme a un fils, on lui dit : « Vêtes rénové ou renoué — 
(ce qui veut dire sans doute renouvelé). — C'est la plus grande féli- 
citation qu'on puisse adresser dans le Lochois à un jeune père. 

Préparer le berceau d'un enfant avant l'accouchement porte mal- 
heur. Faire uriner l'enfant dans le feu et le laisser s'appuyer aux 
chaises sont des « signes » néfastes. 

Le premier jour qu'on « met un enfant en robe, il doit dormir de- 
dans pour lui porter bonheur. Si une fille est baptisée le jour de 
Pâques, elle n'aura jamais d'enfants. . 

Quand on met une tille en robe, un samedi, il faut que « tous ses 
habits soient neufs, mais ses souliers percés ». 



(1) Peut être du mol bas lu lin burelum (gris), qui a fait bure.— Gris-gonelle. 
Geoffroy I er , comte d'Anjou, fondateur de lu collégiale de Loches (vers 952) portait un 
vêtement nommé burelum: « ludutus tunica illias panni quein Franci Gris^tum vocaut 
nos andegavi Burelum » Dukouk, Uiclion. de l'arronU. de Loches, t. II, page 2U 
(Letourmy à Tours, 1812). 

(2) Drapiaux = couches. 

(3) Profiter — grandir. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES -225 

On ne doit jamais : 1° faire regarder un petit enfant dans une glace; 
2° faire s'embrasser deux enfants ne parlant pas encore. Ils reste- 
raient muets. 

Pour les « relevailles », il ne faut pas que la mère soit en habits de 
deuil. Dans certaines communes, elle ne doit même pas entrer plus 
loin que la porte de l'église jusqu'à ce que le curé vienne la chercher 
pour l'y introduire lui-même. 

B. — Ce qu'on dit aux enfants 

On dit aux enfants (en touchant chaque partie nommée) : « Menton 
fourchu; bouche d'argent; nez cancan; joue rôtie; joue brûlée; (ou 
petite pottée, grande pottée;) petit œillot, gros œillot, toc maillot 
(ou cô maillot) ». 

C. — Le mariage 

Une jeune fille ne doit pas essayer l'alliance d'une jeune mariée. 
Les fiancés ne doivent pas essayer d'alliances quand ils choisissent 
les bijoux. Le bijoutier prend seulement la mesure de leurs doigts. 
A une noce, les jeunes gens doivent, pour se marier dans l'année, 
manger du gâteau placé devant la mariée. Ce gâteau est traditionnel- 
lement une pièce montée supportant à son faîte une petite mariée. 
Pour être heureuse, la mariée devra, elle-même, couper ce gâteau 
sans faire choir la statuette de la pièce montée. 

Jamais on ne doit se marier en mai — choisir ce mois, c'est s'expo- 
ser à avoir des enfants fous. 

D. — Dires sur les choses et les objets usuels 

Il ne faut pas qu'une femme enceinte mette des aiguillées de fil 
autour de son cou en travaillant, son enfant aurait le cordon ombi- 
lical autour du cou. Il ne faut pas, non plus, qu'elle se pèse. Quand on 
fait la « buie » ou lessive, on ne doit pas laisser le envier sur ses 
tréteaux une fois qu'il est débarrassé du linge, car si la maîtresse 
de maison se trouvait en mal d'enfant dans l'année, elle y resterait 
aussi longtemps que le cuvier serait resté vide sur ses tréteaux. 

Mettre le pain à l'envers, être treize à table, placer couteaux et 
fourchettes en croix, renverser le sel, « portent malheur ». 

Boire dans le verre d'une personne fait connaître sa pensée. Manger 
la soupe fait venir les retardataires. 

Il faut qu'une table soit ronde; si elle est carrée, c'est un signe de 
malheur. 

Tome XXIII. — Juin -Juillet 1C0S. 15 



•22P) REVUE DES TUADtTIONS POPULAIRES 

On ne doit pas : 

1° Effacer de son front les cendres du Mercredi Saint; 
2° Allumer trois lumières. 

Les étincelles nombreuses échappées du feu s'appellent des « gen- 
darmes ». Quand la bûche chante, signe de neige. 

E. — Arbres TRAnrnoNNELS 

Il existe dans le lochois : le chêne confessé, à Loche; le chêne du pa- 
radis, à Villeloin; le chêne laurier, à la Gelle-Guenand; le marronnier 
de François I er , à Loches; le chêne du gué (ou de Guette), entre Ciran 
et Mouzay; Y arbre de Vou (entre Ciran et Vou); Y arbre fontaine, dans 
la forêt de Loches. 

F. — Quelques dires 

Se frapper le coude gauche est signe de bonne nouvelle (ne pas 
le frotter de peur d'effacer le bienfait de l'action.) 

Les noisettes ont toutes des chatons à chaque « boune dame (1)». 
Quand on dort à moitié on dit « qu'on casse les pots ». 
kt Le château de Grillemont (La Chapelle-Blanche, Indre-et-Loire) a 
autant de fenêtres que de jours dans l'année. 

r ~. . '■ . ' G. — Bonnet paillé 

• Le bonnet tourangeau, encore le plus porté dans les campagnes, 
se nomme : « bonnet paillé ». Il est ainsi défini parce que le'tuyautage 
de la ruche était primitivement obtenu en la gaufrant avec des pailles. 
Ces pailles, très irrégulières, furent remplacées par de longues aiguilles 
de même diamètre. Ces aiguilles sont traditionnellement, mais trè* 
improprement, nommées « broches ». 

H. — Sabbat ou danse de$ chats 

« Le soir du mardi gras 
Au sabbat vont les chats ; 
On n'est pas capable d'en voirre yun. » 

Les chats dansaient autrefois dans la forêt de Sainte-Julitte sur 
une « fresche » carrée. Maintenant, ils dansent « au carroué » de 
Bonchamp, à Ligueil. Ce sabbat est présidé par un « gros chat 
nouère » qui joue du violon. 

Jacques Rougé. 

(1) Fête de. I.i Vierge. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



237 



COxNTES ET LÉGENDES ARABES (1) 



DGCXL 



LE MARI BATTU 




n roi avait un ami qu'il invitait souvent à 
boire avec lui, et toutes les fois qu'il l'invi- 
tait pour la nuit, le roi lui faisait un cadeau. 
Une nuit, il ne lui donna rien. La partie finie, 
le. convive se retira. Il arriva chez lui ; aussitôt 
sa femme d'aller à son mari, et voyant qu'il 
ne rapporte rien: Eh bien! dit-elle, où est 
donc le cadeau du roi? — Il n'y en a pas 
aujourd'hui. — Alors, moi, je veux te donner 
quelque chose. Elle appelle ses femmes 
esclaves; dés qu'elles arrivent, elle met en 
mains à chacune d'elles un Khouff, sorte de 
long chausson en cuir noir et de la forme des chaussons en cuir jaune 
à la mode du Caire. La dame aussi prit un Khouff ; puis, toutes 
ensemble, elles tombent sur la nuque de notre homme, le battant 
en cadence avec les Khouff. Et le pauvre mari en eut l'arrière-eou 
rouge comme une pomme. 

Le lendemain malin, le roi voulant boire, envoya chercher son con- 
vive. L'amant n'osa se présenter; il avait la nuque enûée, de couleur 
pourpre. Il écrivit au roi, lui conta son aventure, et termina sa leltre 
par ces deux vers : 

De blanches mains me sont tombées sur la nuque, me battaut 
comme en cadence rythmée sur la mesure d'un chant nuptial. 

Les noirs Khouff qui armaient ces mains-là jouaient sur ma pauvre 
nuque, à coups suivis comme ceux d'un marleau dans la main du 
taillandier. 

Le roi en lisant cette lettre, se prit d'un fou rire. Il appela le qâdhi, 
et, lui jetant le papier: Réponds à ces deux vers, dit-il; et le qàdhi 
traça les deux vers que voici : 

Ne te formalise pas du caprice de ces femmes; montre un caractère 
digne d'un homme. 



(1) Suite, voir t. XXIH, p. 74. 



228 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Qu'elles se soient ainsi amusées à ce jeu cadencé sur ta nuque, et 
que tu sois ainsi resté une heure, en vérité il n'y a pas grand mal à 
cela. 

Le roi envoya à son convive ces deux vers accompagnés d'un 
cadeau (1). 

DGGXL1 

LE PARFUMEUR ET LE SOLDAT 

Le qâdhi Abou'l Oualid' el Bâdji rapporte d'après Abou Dzarr : je 
lisais à Baghdâd auprès du cheikh Abou H'afs 'Omar ben Ah'med ech 
Gbâhin, un fragment de hadilh dans la boutique d'un homme qui 
vendait des parfums. Tandis que j'étais assis avec lui, voici qu'arriva 
un de ces marchands ambulants qui vendent des parfums dans un pla- 
teau qu'ils portent à la main. Il remit 10 dirhems et dit : Donne-moi 
telle et telle chose qu'il nomma. — Il les reçut et partit; mais le plateau 
tomba de sa main, et tout ce qui sy trouvait fut dispersé. Il se mit à 
pleurer et à se lamenter si bien que nous eûmes pitié de lui. Abou 
H'afs dit au propriétaire de la boutique : Peut-être pourrais-tu réparer 
une partie du malheur. — Oui, dit-il ; puis il descendit, ramassa ce qu'il 
put et compléta ce qui manquait. Ensuite le cheikh s'avança vers le mar- 
chand ambulant pour lui faire prendre patience et lui dit : Ne t'afflige 
pas ; les choses de ce monde sont plus faciles à supporter que cela. — 
Ne crois pas, ô cheikh, lui répondit-il, que ma douleur vienne de ce que 
j'ai perdu ; mais Dieu sait que j'étais dans telle caravane; je perdis une 
sacoche contenant 400 dinars et 4.000 dirhems ainsi que des chatons 
de bagues d'une égale valeur. Je ne me suis pas affligé de cette perte ; 
mais la nuit dernière, il m'est né un fils et nous avons eu besoin à la 
maison de ce qui est nécessaire à une accouchée. Il ne me restait plus 
que ces 10 dirhems ; j'ai craint de les employer aux dépenses obliga- 
toires, et de rester sans capital, sans pouvoir gagner ma vie. Alors je 
me suis dit : J'achèterai quelque chose que je colporterai dans le cou- 
rant de la journée, el peut-être me restera- t-il de quoi empêcher une 
femme de mourir, tout en conservant le capital que j'aurai employé. 
Mais lorsque,, par l'arrêt de Dieu très haut, il a été perdu, je me suis 
lamenté en me disant que je n'avais plus rien à leur rapporter, ni avec 
quoi je pusse gagner quelque chose. J'ai reconnu qu'il ne me restait 
plus qu'à fuir et à abandonner ma famille à son sort pour qu'elle 
périsse loin de moi. Voilà ce qui a causé ma douleur. 

(1) Mohammed ibn Omar El Tonnsy. Voyage au Ouadày, trad. Perron, Paris, 1851, 
in-8 p. 629-630. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 229 

Il y avait assis à la porte de la boutique, continua le cheikh Abou 
Dzarr, un des chefs de troupes, qui écoutait cette histoire. Seigneur, 
dit-il, au cheikh Abou Piafs, je désire que tu m'amènes cet homme 
chez moi quand vous en aurez fini avec lui. Nous crûmes qu'il vou- 
lait lui donner quelque chose. Nous entrâmes chez lui avec sa permis- 
sion et il dit au marchand ambulant: J'ai été surpris de tes chagrins ; 
recommence ton histoire. Il la lui raconta de nouveau. Le- soldat 
reprit : Et tu étais dans cette caravane V— Oui, et il y avait tel et tel 
grand personnage. Le soldat reconnut la vérité de ses paroles et il 
ajouta: Quel est le signalement de cette sacoche et où l'as-tu perdue? — 
Il lui décrivit l'endroit et l'extérieur. — Si tu la voyais, continua le 
soldat, la reconnaîtrais-tu?— Oui. Alors il prit une sacoche et la 
plaça devant lui. — C'est la mienne, et la preuve que je dis la vérité, 
c'est qu'elle renferme telles et telles pierres précieuses que j'ai décrites. 
Le soldat l'ouvrit et trouva les pierreries telles qu'il les avait mention- 
nées. Prends ton bien, dit-il, et que Dieu t'en fasse profiter'— Le 
marchand ambulant lui dit : Ce sont des pierreries qui valent tant et 
tant de dinars : prends les pièces d'or, j'en aurai l'âme contente. — Je 
ne veux rien recevoir pour ce dépôt que j'avais, dit le soldat.- — Le 
marchand était entré pauvre, il sortit riche (I). 



DGGXLII 
La méchanceté punie 

Le cheikh Ibn Arous,ou Ahmed IbnArous, était encore enfant quand 
son père mourut. La mère d'Ahmed se remaria. Le nouveau mari prit 
en aversion Ibn Arous comme fils d'un autre lit. Notre homme un jour 
rentra à la maison avec des fruits. Il voulait les manger seul. Arrive 
subitement Ibn Arous. Le beau-père déconcerté cherche un prétexte 
pour éloigner l'enfant et se régaler à l'aise... Ahmed, dit-il à Ibn Arous, 
prends-moi ce dânek (menu monnaie) et va chez le droguiste in'ache- 
ter ce qu'on appelle du hdk. 

L'enfant, acceptant l'indication comme vraie, prend le dânek et va 
chez tous les droguistes, demandant partout: a Avez-vous du hâk » 
Et de partout on lui répoud: « Non ». Il passe par hasard près de jeunes 

(1) El TorLouchi, Siràdj et molouk, Le Caire 1249 pag. in-4 p. 288-289. El Ibchihi 
Mo&tuCref 1292. Boulaq, pag. t. II, p. 90 ; Ben Sedira, Cours de littérature arabe 
Alger, 1279 io-12 n° 96 p. 90, 93: Mohamed Ibn Omar El Tounsy, Voyage au Ouadây 
noUl p. 625-627 ; Rat, Al Mostalraf, Paris, 1899-1902, 2 vol. in-8. t. Il p. 143-144. 



230 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

enfants qui avaient un gros scorpion attaché avec un ûl et leur servant 
de jouet. Et les enfants répétaient : a hâk, hâk » c'est-à-dire : à toi, 
prends. Alors lbn Arous leur dit: a Est-ce que vous appelez cette bète 
là hâk ? — Certainement. — Eh bien ! prenez* donc ce dânek, et 
donnez-moi votre hâk. Depuis une heure j'en cherche de tous côtés 
et je n'en trouve pas ». On accepte l'offre. Ahmed donne son dânek et 
emporte-le scorpion. L'enfant ignorait que la piqûre en est quelquefois 
mortelle; mais heureusement, Dieu le préserva d'un malheur. » 
M'apportes-tu du hâk? lui demanda le beau-père? — Oui. — Où est-il? 
— Le voici. — Voyous! donne le moi >. Notre homme tend la main et 
l'enfant lui remit le scorpion ». Le beau-père en fut si vivement piqué 
qu'il en mourut (1). 

DGGXLHI 

MORT SINGULIÈRE 

Une troupe de soldats était en Sicile, allant d'endroit en endroit. 
Ils s'arrêtèrent une heure pour qtfelque affaire : or il y avait là un 
scorpion qui rampait. Un soldat le frappa avec un fouet qu'il avait 
avec lui, puis le porta du. côté de son cou. Or le scorpion s'était attaché, 
sans qu'il s'en aperçût, aux franges du fouet et le piqua à la nuque. Le 
soldat mourut (2). 

DCCXLIV 

DIRE LA VÉRITÉ EST LE MEILLEUR SYSTÈME 

Un gouverneur d'Egypte ûl saisir un coupable et le condamna à 
mort. Le coupable s'échappa des mains de ses gardes, et courut se réfu- 
gier auprès d'un saint cheikh, dans une chapelle ou petite mosquée. 
Le saint était vannier; il faisait des paniers, des corbeilles en folioles 
de dattier. Le fugitif se présenta au cheîkh : * Saint homme, lui dit-il 
tout agité, je me mets sous la protection de Dieu et la tienne ; je fuis 
ceux qui veulent me tuer. » 

Or il y avait, près du saint, un tas de folioles de dattier. « Ne crains 
rien, mon ami, dit le cheîkh; glisse-toi sous ces folioles et reste là, bien 
caché ». L'homme se blottit, s'ensevelit sous les folioles. Arrivent 



(1) Mohammed ibn Omar El Tounsy, Voyage au Ouaddy, trad. Perron, note 50, 
p. 689-690. 

(2) El Tortouchi, Sirâdj el molouk, p. 288. 



REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES 231 

ceux qui le poursuivent, les gens du gouverneur : a Brave cheikh, 
dirent-ils, un individu est entré ici à l'instant même, il nous a échappé. 
Montrez-nous où il est ». « 11 est là, sous ces folioles ». Les gens cher- 
chent, mais Dieu trouble leur vue, les aveugle, grâce à la vertu de 
bénédiction du cheikh consciencieux qui leur a dit la vérité. Les 
perquisiteurs ne voient pas leur homme. « Nous sommes bien fous, 
se disent-ils entre eux. Nous nous fatiguons à chercher un homme là 
où il n'y aurait pas de quoi cacher un chat. Cet imbécile, cet idiol de 
cheïkh s'est moqué de nous, et nous a fait perdre notre temps et notre 
peine. En vérité, nous sommes bien simples de le croire ». Et ils 
sortent. 

Le pauvre condamné mourait de peur sous les feuilles du dattier, 
lorsqu'il entendit le cheikh dire aux agents du gouverneur : « Il est là 
sous ces folioles ». Après ce miracle, qui aveugla ainsi les chercheurs, 
et sauva le coupable, notre homme se rassura, et lorsque furent disparus 
ceux qui le cherchaient, il dit au saint: « Mon brave cheïkh, m'étais -je 
réfugié ici pour que tu voulusses bien me cacher, ou pour que lu misses 
ces gens-là sur ma trace? — Mon fils, répondit le cheïkh ; ce qui t'a 
sauvé, c'est que j'ai dit la vérité. Sans la vérité, Dieu te laissait 
prendre » (4). 

DGCXLV 

LA SACOCHE PERDUE ET RETROUVEE 

Dans une maison à Mossoul, dit '1 Àbou Qàsim El 'Obaïch, habitait 
un de ces marchands qui vont à Koulah faire le commerce de la 
fil ose lie. Il en transporta dans sa valise qu'il chargea sur son âne : 
c'était toute sa fortune. La caravane s'arrêta : il voulut descendre la 
sacoche de dessus son âne, mais elle était lourde. Il demanda à un 
homme qui se trouvait là de l'aider, puis il s'assit pour prendre sou 
repas et l'invita à manger avec lui. L'autre accepta et ils mangèrent 
ensemble. Puis le marchand l'interrogea sur sa situation ; il lui apprit 
qu'il était parti sans provision de Koufah pour une affaire qui était 
urgente. —Sois mon compagnon, dit le marchand ; tu m'aideras dans 
le voyage et je me charge de ta nourriture. L'autre répondit : Je désire 
être à ton service et avoir recours à ta nourriture. Il se mit en roule 
avec lui et le suivit de la manière la plus satisfaisante jusqu'à ce qu'ils 

M) Mohammed ibn Omar El Tounsy, Voyage au Ouaddy, tr. Perrou, note 71, p 714- 
715 d'après le livre d'Ecli Cha'arAni « Des degrés des sainh et d<j leur puissance 
faction. » 



232 REVUE DES TRADITIONS POPULA1RK8 

arrivèrent à Takrit. La caravane s'arrêta prés de la ville où les gens 
entrèrent pour leurs affaires. L'homme dit à son serviteur : Garde 
mes bagages pendant que j'irai régler des comptes en ville. Il partit 
et s'y attarda. Quand il sortit, il ne trouva plus la caravane ni son 
compagnon. Il crut qu'il avait suivi la caravane quand celle-ci était 
partie et il ne cessa de presser sa marche jusqu'à ce qu'il l'eût rejointe 
après bien des fatigues. Il interrogea les gens au sujet de son com- 
pagnon On lui dit : Il n'est pas venu avec nous et nous ne l'avons 
pas vu . Il a placé les bagages sur l'âne et il est entré en ville sur tes 
traces: nous avons pensé que tu le lui avais ordonné. L'homme revint 
à Takrit, ne trouva aucun vestige de l'homme et ne put rien ap- 
prendre à son sujet. Il partit pour Mossoul, dépouillé de sa fortune et 
y arriva de jour affamé, nu, pauvre et accablé. Il avait honte d'entrer 
de jour pour contrister ses amis et réjouir ses ennemis. Il demeura 
jusqu'au soir, puis il entra, frappa à la porte de sa maison. Qui est-ce? 
demanda-t-on. — Un tel, répondit-il en se désignant. — Ou montra une 
grande joie, car on avait besoin de lui et on lui dit : Louange à Dieu 
qui t'a ramené en ce moment où nous étions précisément dans la 
misère, la détresse et la pauvreté : tu as emporté toute ta fortune : ton 
voyage a duré longtemps : ta femme a besoin de toi ; elle est récem- 
ment accouchée et t'a donné un fils, et, par Dieu, nous n'avons rien 
trouvé pour acheter de ce qu'on donne aux nouvelles accouchées : 
elle a été sans nourriture cette nuit malgré son état; procure-nous 
de la farine et de l'huile pour nous éclairer, car nous n'avons pas de 
lampe. Gela augmenta son chagrin ; il répugna à leur faire connaître 
sa situation et à les attrister. Il prit un récipient pour l'huile, 
un sac pour la farine et sortit vers une boutique eu il y 
avait un homme qui vendait de la farine, de l'huile, du miel et 
autres choses de ce genre. Il avait fermé sa boutique, éteint sa lampe 
et s'était endormi. Le marchand l'appela; l'autre lui répondit, le 
reconnut et remercia Dieu de son salut. Le premier lui dit : Bats le bri- 
quet, je t'achèterai de la farine, de l'huile et du miel dont j'ai besoin à 
l'instant. Il lui était désagréable défaire connaître qu'il ne le paierait 
qu'avec du retard, et il s'en défendait. L'épicier battit le briquet, fit de 
la lumière. Le marchand lui dit: Pèse-moi tant de farine, tant d'huile, 
tant de miel, tant de graisse, tant de sel, tant de bois : tout ce qu'il 
faut pour empêcher de mourir cette nuit. Pendant ce temps, voici qu'il 
se tourna par hasard vers le fond de la boutique ; il y vit la sacoche 
avec laquelle son compagnon s'était enfui. Il ne put s'empêcher de se 
précipiter sur elle, de la prendre, de saisir l'épicier au collet, et de 
l'attirer à lui en disant: Ennemi de Dieu, ouest ma fortune? — Le 
maître de la boutique lui dit : Qu'as-tu, un tel? Par Dieu, je ne te savais 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 233 

pas irrité contre moi : je n'ai commis de faute ni envers toi, ni envers 
un autre. Qu'est-ce que cela? — C'est ma sacoche, avec laquelle s'est 
enfui un homme qui me servait, ainsi qu'avec toute ma fortune et 
mon âne. — - Je ne sais rien de tout cela, dit l'épicier, sinon qu'uo homme 
est descendu chez moi après le souper; il m'a acheté son repas, m'a 
donné cette valise que "j'ai mise en dépôt dans ma boutique, et a place 
son âne dans la maison de notre voisin Cet homme dort dans la 
mosquée.— Emporte la valise avec moi, dit le marchand, et accompa- 
gne-moi vers lui. 

L'épicier prit la sacoche, la mit sur son épaule, et alla avec lui à la 
mosquée ; l'homme y était endormi. Le marchand le poussa du pied : 
son serviteur se leva eflaré et demanda : Qu'as- tu ? — Où est ma fortu- 
ne, scélérat? — La voilà sur ton épaule et, par Dieu, il n'y manque 
absolument rien. — Et où est Tâne ? — Il est chez celui-ci qui est venu 
avec toi. Le marchand retourna chez lui, trouva son bien intact, fit 
sortir l'âne de l'endroit d'où il était. Il se montra généreux enverè sa 
famille et lui raconta l'histoire : la joie et la satisfaction furent extrê- 
mes et la naissance de l'enfant considérée comme une bénédiction (1). 

René Basset. 

PETITES LÉGENDES LOCALES 
DCLXXXIV 

LES FÉES DU CAP FRÉHEL 

Autrefois la lande de Fréhel était communale, les bergères y gar- 
daient leurs troupeaux; quand elles voulaient se promener, elles 
laissaient sur la lande leurs provisions du dîner et leurs quenouilles 
chargées de filasse. Quand elles revenaient, le manger avait disparu, 
mais leurs quenouillées étaient filées. 

Quand les fées de Poulifer mettaient leur linge à sécher sur l'herbe 
de la lande de Fréhel, il y était apporté et remporté sans que Ton voie 
rien. 

Elie Ménard. 

(1) El Torlouchi, Sirddj el Molouk, p. 290-291. Ce récit a élé reproduit avec quelques 
variantes par El Ibcuihi, Kilâb el Mostal'ref, t. il, p. 91-92, d'où proviennent les textes 
et traductions qui suivent: Ben Sedira, Cours de littérature arabe, n<> 97, p. 93-94, 
Rat. Al Moslalraf, T. II, p. 145-148 ; Raux, Recueil de morceaux choisis arabes^ 
Constantine, 1897, in-8, p. 171-173. 



234 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 




USAGES ET SUPERSTITIONS DU PAYS NANTAIS(1) 

POUR SAVOIR LB NOM DE SON FUTUR MARI 

I 

uand une jeune allé se promène à la cam- 
pagne, elle va dans trois petits chemins 
où elle n'a jamais passé, et ramasse dans 
chacun une petite pierre et un brin d'herbe. 
Elle entre ensuite dans une église où elle 
n'est jamais entrée, et y fait une prière à la 
Sainte Vierge, ou à n'importe quel saint. En 
sortant de 1 église, elle trempe dans l'eau 
bénite les troi9 brins d'herbe et les trois 
petites pierres, et les rapporte che& elle. En 
se couchant, elle les met sur une chaise auprès de son lit, avec un 
crayon et du papier. Le lendemain matin, on doit trouver le nom du 
futur mari écrit sur ce papier; s'il est resté blanc on ne se mariera pas. 

II 

Le matin du jour de Tau, il faut donner un sou au premier meudiant 
qu'on trouve, sans le choisir, et on lui demande son nom de baptême, 
ce sera celui du futur mari. 11 y avait à Ghantenay une fille qui dou- 
nait tous les ans, et elle avait beau demander aux mendiants de lui 
dire leur nom, tous refusaient. L'an dernier (elle avait 43 ans), il 
n'était question d'aucun mariage pour elle. Le 1" janvier, elle fit 
l'aumône, et demanda le nom du mendiant, qui répondit : Charles. Elle 
s'est mariée dans l'année, et son mari se nomme Charles. 

Une autre jeune fille avait fait l'aumône à un mendiant boiteux qui 
se tient toujours dans les marches du Bon-Pasteur à Nantes; elle lui 
demande son nom, et il dit : Amédée. 

Quelque temps après, elle fut demandée pur un jeune homme, et le 
mariage finit par se décider. Le futur se faisait appeler Joseph, ce qui 
surprenait beaucoup la fiancée. A la fin, elle ne put s'empêcher de lui 
demander s'il n'avait pas un autre nom. « Si vraiment, répondit-il ; je 
me nomme Amédée. » (Marie Allain, 49 ans, Nantes, 4897.) 

LA CHANDELEUR 

Si Ton fait des crêpes ce jour-là, il ne faut pas en donner à emporter 
à d'autres personnes ; ce serait porter la chance hors de la maisou, et 
ne pas la garder pour soi. On peut en donner le lendemain, sans aucun 
inconvénient. Marib-Edmék Yaugeois. 



(i) Cf. i.xv, P . n. 



BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



235 



CONTES ET LÉGENDES DE BASSE-BRETAGNE 




LXXX 
Là fille aux bras coupés 

ne femme disait à sou mari : 

— Votre sœur a tué mon chat. 

— Je l'aime malgré tout, répliquait-il. 

— Elle a tué mon chien. 

— Je dois l'aimer. 

— Elle a tué mon enfant. 

Elle mentait, mais le frère coupa une par- 
tie des bras de sa sœur et la mit dans un ar- 
bre d'épines. Une d'elles s'accrocha aux pieds 

tf.S ^ssauu" ■* jr-y ^ e i»h 0mme e i i a fin e i u i dit : 

« Tant que je n'aurai ni bras ni mains, vous ne pourrez la tirer. » 

Le chien d'un chasseur apportait tous les jours à la jeune fille le 
pain qu'il recevait. 

Le maître suivit sou chien, la vit et l'emporta. Il l'épousa malgré sa 
famille. Pendant qu'il était au service, elle eut garçon et fille. La belle- 
sœur écrivit à l'homme que son épouse venait de mettre au monde 
chien et chienne, et à la femme de mettre les enfants dans le four. 

Cette dernière, prenant cela pour un ordre de son mari, mit les en- 
fants dans un sac et partit. Elle ne pouvait leur donner à boire puis- 
qu'elle n'avait que des moignons. Elle arriva à une fontaine, où un oi- 
seau chanta : 

Trempez vos moignons. 

Elle le fit à deux reprises et eut les membres qui lui manquaient. 
Les enfants demandaient à manger. L'oiseau dit à la mère de frapper 
la fontaine, et il y eut une belle maison avec des mets servis. 
Un jour que les enfants jouaient sur le pas de la porte, ils dirent : 

— Voici papa qui arrive. 

11 arriva et dit qu'il n'avait pas dit qu'on mit les enfants dans le 
four. La femme alla trouver son frère. Un arbre d'épines sortait par la 
cheminée de la maison. Le frère ne pouvait bouger de la cheminée. 

— Je vous avais bien assuré que vous ne pourriez tirer votre épine 
avant que je n'aie des bras et des mains, dit-elle. 

Il tira l'épine, mais il mourut aussitôt. 



236 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

LXXXI 
LES SEPT FRÈBES ET LEUR SŒUR 

Une fois sept frères quittèrent leurs parents. Ils apprirent un jour 
qu'une petite sœur venait de leur naître. Ils furent sur le- point de 
retourner pour la voir, mais ils n'osèrent pas. Quand elle eut sept ans, 
son pore lui fit un petit pain. Elle le mit sur la route, et lui dit de le 
conduire à la maison de ses frères, ce qui fut fait. Le pain passa sous 
la porte. Celui des frères qui faisait Je dîner pendant que les autres 
travaillaient aux champs, ouvrit et fut si content de la voir qu'il la 
cacha dans son lit. 

Quand les autres rentrèrent, ils devinèrent, en voyant leur frère si 
gai, qu'il y avait du nouveau. Ils fouillèrent toute la maison et trouvè- 
rent leur sœur. Elle fut chargée de faire le dîner toutes les fois. On 
lui dit de veiller sur le feu, car dans le pays il n'y avait pas d'allu- 
mettes. Elle s'endormit. A son réveil le feu était éteint. Elle alla à 
l'enfer qui était tout près. La mère du diable lui donna des allumettes 
et des peignes, en disant d'en jeter un à son fils quand il l'agacerait. 
Elle remercia et partit. Tous les jours le diable venait sucer sou doigt 
en s'introduisant par dessous la porte. 

Un jour elle allait mourir, mais ses frères lui ayant demandé pour- 
quoi elle était faible, elle leur dit ce que c'était. Alors ils prirent des 
gourdins et quand il voulut recommencer ils le tuèrent, et depuis il 
n'y a plus de diable. (Recueilli aux environs de Lorient.) 

J. Frison. 



HISTOMES SUBNATURELLES DE BOULAY 

XLI 
LA fille-chatte 

Il y avait à Boulay un tailleur, nommé RifiF, garçon jovial, qui avait 
beaucoup de maîtresses. Une soirée qu'il était sur le pont qui existait 
alors sur la place, vis-à-vis la balle, il vint une chatte tourner autour 
de ses jambes; il la chassait et la chassait, mais elle ne le laissait pas 
tranquille. Tout à coup il se mit en colère, prit son chapeau et le jeta 
sur la chatte. La cbatte emporta le chapeau Le lendemain, il fut chez 
sa bonne amie et y trouva son chapeau. Il le prit et dit adieu à la de- 
moiselle. 

Il choisit une autre bonne amie à Mâcher. Étant allé pour la voir 
une fois le soir, avec quelques-uns de ses amis, quand ils vinrent au- 
près de la maison, tout était fermé. Pendant qu'ils attendaient, ils 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 237 

virent une voiture qui descendait le chemin de Ilelstroff et qui s'arrêta 
devant la maison. La belle sortit promptement de la voiture et rentra 
chez elle par le trou du poulailler. Il fit encore ses adieux à celle-ci . 

E. AURICOSTE DE LAZARQUE. 

Je retrouve dans les papiers de M. Auricoste ce conte qui fait suite à ceux 
publiés par la Revue, t. XIX, 1904, p. 257, 403, 493. Ces contes avaient été 
notés au commencement du xix° siècle, par des personnes alors sexagé- 
naires. 

COUTUMES DE MARIAGE 
XXIII 

LE FERREMENT DES FEMMES 

Avril de la vergnée. Fragments sur le symbolisme du droit en 
Poitou. (Mem. soc. de stat. de Niort, première séance, VI, 1841-42.) 

Anneau mis par l'époux d'abord au pouce de la future, puis à 
l'index et enfin au médius où il le laisse (d'après l'abbé Cousseau, 
Mém. antiq. de l'O. 1838, p. 276.) 

Le lendemain des noces, les camarades du marié se travestissent, 
l'un en maréchal-f errant, l'autre en garçon, et feignent de ferrer 
toutes les femmes. 

Cette cérémonie se pratiquait encore dans ma jeunesse et on arra- 
chait effectivement un clou à la chaussure, et si l'opérée s'avisait de 
boiter, on en arrachait un second. Léo Desaivre. 

XXIV 

anciennes redevances ecclésiastiques 

A l'occasion des mariages, le curé recevait dans le canton de Fleurus, 
(Hainaut) un gros pour chaque ban, trois pour la lettre de liberté 
ou pour le mariage. On lui offrait un plat honnête des viandes du 
festin des noces, un pot de bierre ou de vin, si l'on buvait du vin, 
et une paire de wans (gants), et pour ce, il était tenu d'attendre les 
époux et de chanter la messe pour eux le lendemain. L'épousée y 
offrait un sol. Ces usages singuliers existaient dans la plupart des 
doyennés. Aux relevailles, la femme offrait à l'autel un sol et une 
chandelle de Huit à la livre. (Record de Jodoigne, de 1611. Annales 
Soc. arch. de Namur, 12, 363). Alfred Harou. 



-— :-*r-o»^«— 



238 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



COUTUMES ET PETES DE LA SAINT-JEAN 



IX 



LA FÊTE DE SAINT JEAN- BAFflSTE A MASSIAC 




assiac, aujourd'hui chef-lieu de canton, arron- 
dissement de Sainl-Flour, Cantal, célébrait la 
fêle de Saint Jean-Baptiste avec une pompe 
toute particulière. On commençait par nom- 
mer deux rois et deux reines; un fou, chargé 
de régler les repas, les musiques et les danses; 
un balle chargé de régler les dépenses sur le 
produit des reinages ; un secrétaire-trésorier 
qui seul avait le droit de publier et de per- 
cevoir les reinages. Le 9 juin, jour de foire à 
Massiac, le baile achetait une vache destinée 
1 au festin delà Saint-Jean. Mais avant de paraître 
sur la table, cet animal avait le privilège de pacager à sa volonté 
dans toutes les prairies de la vallée ; celui qui aurait voulu s'y opposer 
se serait attiré la colère du Saint. On raconte que le célèbre Gas- 
pard d'Epinchal, dit le grand- diable, ayant trouvé la vache dans ses 
prairies la chassa lui-même ; aussitôt il fut pris d'un tel torticolis que 
sa tète fut entièrement retournée. Aucun médecin ne put le guérir, et 
sa tète ne reprit sa position normale qu'après une amende honorable à 
Saint Jean en. soumissionnant la charge de premier roi. 

Le samedi soir, veille de la fête, le fou allait chercher les rois et 
reines, les menait à la chapelle de Saint- Jean, qui se trouvait au milieu 
de la ville, pour y terminer la neuvaine et de là au champ de foire pour 
allumer le premier feu de joie. 

Le lendemain, la ville était réveillée au son des cloches et au roule- 
ment des tambours ;eton commençait les farandoles. Puis on conduisait 
les rois et leurs compagnes à la chapelle, et on allait déjeuner dans la 
campagne. Le soir avait lieu une procession qui faisait le tour de là 
ville. La musique ouvrait la marche, puis le fou suivi des étendards et 
des bannières représentant la vie du Saint, ensuite des hommes portant 
qui la tête, qui un bras, qui une jambe, enfin tous les membres d'une 
statue disloquée de Saint Jean. La statue entière du Saint, portée sur 
un brancard placé sous un dais, suivait. Les rois et reines, le chœur 
des chantres et autorités de Massiac terminaient le cortège. 



revue dbs Traditions populaires 239 

La fête se prolongeait le lundi, et le mardi à trois heures, devant la 
chapelle, avait lieu la soumission pour le choix des fonctionnaires de 
Tannée suivante. Touslesohjets servant à la fête, étendards, bannières» 
statues adjugés au plus fort enchérisseur. Les élections faites, les rois 
et reines étaient couronnés solennellement, pendant que les assistants 
chantaient le magnificat. 

Le mercredi était consacré aux cuisiniers qui, sous la conduite du fou, 
se livraient à la danse souillarde, farandole furibonde pendant laquelle 
ils se vautraient dans tous les bourbiers. 

Celte fête fut supprimée vers le milieu du siècle dernier, et la cha- 
pelle de Saint-Jean-Baptiste démolie; les vieillards deMassiac racontent 
que l'ouvrier qui arracha la première pierre tomba et se cassa la 
jambe, et que le curé qui interdit la procession ne put guérir d'une 
gastralgie qui lui était venue en châtiment. 

Quand la chapelle existait, lorsqu'un nouveau-ué venait d'être baptisé, 
on le portait à la chapelle, et là les parrains et marraines récitaient cinq 
pater et cinq ave. Pendant ce temps les gamins qui avaient suivi le 
cortège montaient dans les tribunes et là faisaient un vacarme épou- 
vantable, avec des crécelles et des marteaux. Si le baptisé était un 
garçon, cette cérémonie lui donnait de la voix, de bonnes oreilles et 
une bonne mémoire; si c'était une fille, elle parlerait bien, chanterait 
et danserait à ravir. Baron du Roure de Paulin. 



LE TABAC 
XXXVII 

L'ÉGLISE DE BRETAGNE ET LE TABAC 

Dans les statuts du diocèse de Tréguier (édition de 1685) je lis à 
la page 48-49 : 

« Ayant remarqué qu'il y a des prêtres qui se licentient de prendre 
« du Petun, même qu'il s'en trouve qui osent bien le faire avant la 
« célébration de la sainte messe, ou incontinent après, et qui s'exposent 
« par ce moïen à plusieurs inconvénient que l'usage du Petun à 
« coutume de produire, Nous défendons très expressément à tous 
« prêtres à peine de suspense de huit iours, pour chaque fois, de dire 
« la très sainte messe les jours qu'ils auront pris du Petun sous 
« quelque prétexte que ce puisse être. H. de Kerbeuzeg. 




240 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

CONTES ET LÉGENDES DE LA HAUTE BRETAGNE • 

LXXXVII 

LK MARCHAND DE CUILLÈRES EN BOIS 

l était une fois, — car il n'y a pas de foie sans 
courée ni de quartier de mourbn sans rognons, — 
un ménage si peu uni que l'homme et la femme 
se battaient tous les jours; le mari, marchand de 
cuillères en bois, fainéant et ivrogne, travaillait 
peu, buvait beaucoup, laissant aux auber- 
gistes les bénéfices de son maigre métier. La 
femme, désespérée, alla trouver le recteur de 
Mjgfiif sou village, à qui elle confia ses peines con- 
y//Àt$ x §\ jugales; celui-ci, en bon pasteur, promit d'y 
remédier. 

Quelques jours après, le recteur se rendant à un repas chez l'un de 
ses confrères, trouve notre marchand de cuillères en bois ivre-mort, 
vautré dans la boue du fossé et dormant à poings fermés ; — vite le 
curé se dépouilla de sa soutane et prestement en affubla l'ivrogne qui, 
en se réveillant, se tâta, s'examina, rassembla ses idées et finit par se 
convaincre que pendant son sommeil le Père éternel l'avait transformé 
en prêtre pour aller remplacer le curé d'une paroisse voisine qui était 
mort depuis quelque temps. 

Fort de cette conviction, il se mit en route, bénissant tous ceux qui 
le rencontraient en chemin. Arrivé à la porte du presbytère, il y fut 
reçu avec de grands transports de joie par la servante de son prédé- 
cesseur, qui ne permit à sa langue de se reposer que quand tous les 
habitants du bourg et des environs furent avisés de l'arrivée de 
Monsieur le Curé. Tout allait bien, trop bien môme, la table était 
bonne, la cave bien garnie, et plusieurs fois dans la semaine, sinon 
tous les jours, le curé d'occasion s'endormit dans la cave, au grand 
ébahissement de la servante qui, bonne chrétienne et bien stylée, se 
dévêtit de son manteau et autres accessoires pour couvrir les défauts 
de son maîti e. 

Le dimanche venu, et avec l'obligation pour le curé de dire la messe 
et de faire connaissance avec ses ouailles, comme il ne savait ni 
latin ni Oremus, il se demanda comment il allait se tirer d'aflaire. 
Arrivé à l'église, il remercia tout d'abord les fidèles d'être venus en si 
grand nombre assister au saint sacrifice de la messe, et après quelques 



RBVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 241 

signes de croix, il monta en chaire et il dit : « Mes très chers frères, 
n'oubliez pas que nous sommes en plein mois d'août, vos récoltes sont 
dans les champ?, le temps est à l'orage, la pluie est proche, l'Église 
m'autorise à vous dispenser d'assister à la messe, allez donc ramasser 
votre grain qui est en perdition, plus tard nous songerons à vos âmes ; 
en attendant je vous bénis. » 

« Ah ! le saint homme ! » disaient ses paroissiens qui n'étaient pas 
de très fervents chrétiens. — En un clin d'œil l'église fut vide. 

Le dimanche suivant même répétition, et ainsi de suite ; pour une 
cause ou une autre, la messe était réduite à quelques signes de croix, 
suivis d'un congé en due forme ; — mais hélas ! tout a une fin et un 
jour les vieilles filles qui, faute de maris, s'étaient mises € bonnes 
sœurs trottouères (trotteuses) », écrivirent à Monseigneur l'Évêque en 
lui racontant les faits ; aussi, un dimanche matin, quelle ne fut pas 
la surprise du curé en voyant arriver son supérieur ; il fit figure de 
Carême tout en l'invitant à déjeuner, ce qui fut accepté, et entre deux 
bouchées il lui raconta que ses paroissiens étaient incrédules, impies, 
possédés du démon, que l'eau bénite les brûlait ; puis il sortit et dit 
à sa servante de bouillir de l'huile et d'en remplir les bénitiers de 
l'église, ce qui fut fait. 

Quand l'heure de la messe sonna, l'évêque et son curé se rendirent 
à l'église, où ils entrèrent par la porte de la sacristie, et ils attendirent 
l'arrivée des fidèles; la première personne qui entra plongea sa main 
dans le bénitier, la retira vivement, souffla dessus, cracha, grimaça et 
s'enfuit ; ceux qui suivirent en firent autant. 

« Voyez et jugez par vous-même, Monseigneur, disait le faux abbé, 
ces gens sont possédés du diable, des damnés ; l'eau bénite leur brûle 
la peau. » 

Avec le temps l'huile s'était refroidie dans les bénitiers et les parois- 
siens étaient entrés à l'église. — Commencez la messe, dit l'évêque. 

Alors, le curé qui avait une réserve d'huile bouillante, armé de son 
goupillon aspergea les fidèles qui, brûlés à nouveau aux mains, à la 
figure, à la tête, poussèrent des cris affreux et décampèrent à qui 
mieux mieux. 

Monseigneur l'Évêjue n'en revenait pas; il était convaincu que son 
subordonné avait été calomnié; aussi l'engagea- t-il à essayer de 
sauver ces âmes destinées au feu de l'enfer. 

« L'on m'a dit aussi que vous ne savitz pas de latin? ajouta- t-il. 
— Ah ! Monseigneur, j'ai été toujours le premier au grand séminaire; 
mais permettez, j'ai besoin de sortir un moment. » 

Quand il fut dehors il réfléchit, mais pas un mot de latin ne lui 
venait à l'esprit; il avait soif, il entra au cabaret, prit une consomma- 

Tome XXIII. — Juin-Juillet iOQS. 16 



212 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

lion, vil sur une table dix verres et six tasses, paya et sortit; sur un 
pont il vit un âne. « Bon, se dit-il, voilà du latin autant qu'il m'en 
faut. » Rentré à l'église, sur une nouvelle interpellation de l'Évêque, 
il répondit : Dix verres, six tasses, sur le pont anus. » Monseigneur qui 
ne connaissait point ce latin-là, crut que le curé était plus fort que lui, 
n'en demauda pas davantage, remonta en voiture et partit. 

Le curé voulut se venger des bonnes sœurs trottouères; aussi le 
dimanche suivant, 6a servante, munie d'une bonne provision d'étoupe, 
s'était installée dans le grenier de l'église; le bedeau était dans la 
sacristie, avec une grande chèvre aux longues et formidables corne?, 
le corps, le cou et les pattes enveloppés d'une épaisse fourrure de 
ouate, chanvre et étoupe, et quand la cloche cessa de tinter, que les 
derniers fidèles eurent pris place dans leurs banc?, le prêtre monta en 
chaire et dit à ses ouailles terrifiées : « Vous êtes tous des hérétiques, 
des démons, vous avez osé calomnier un prêtre qui ne vous a jamais 
fait que du bien; vous l'avez accusé de ne pas dire des messes; vous 
avez écrit à Monseigneur l'Évêque que je ne connaissais pas de latin, 
celui-ci est venu. Vous vous êtes enfuis de l'église parce que l'eau 
bénite vous brûlait ; pour vous punir Dieu va répandre sur vous son 
feu éternel et le démon lui-même est sorti de son enfer. » 

A peine avait-il cessé de parler que la servante avait mis le feu dans 
sa provision d'étoupe, qu'elle répandait dans toute l'église; le bedeau 
avait allumé le feu dans la ouate qui recouvrait la chèvre, et celle-ci, 
toute en flamme, sautait, gambadait par l'église, au milieu de la foule 
terrifiée qui cherchait des issues pour sortir de cet enfer. 

Les ouailles de notre curé furent tellement impressionnées que 

jamais elles ne remirent les pieds dans l'église ; c'est ainsi que le 

marchand de cuillères put tout à son aise faire bombance jusqu'à la 

fin de ses jours, qui furent courts, abrégés par son intempérance. 

(Recueilli dans les Côtes-du-Nord.) 

Eue Ménard. 

Dans un conte comique de la Haute- Bretagne, Les Jaguens qui sont pour le 
diable (Paul Sèbillot, in Mélusine^ t. II, col. 472), un recteur asperge ses 
paroissiens avec de l'eau bouillante. 




REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 243 

LES 

TRADITIONS POPULAIRES ET LES ÉCRIVAINS POITEVINS 

GUILLAUME BOUGHET 

(Suite). 

ÉTYMOLOGIE DE DÉCHIQUETÉ (25 e sérée) 

Un de la sérée soutenait que déchiqueté était venu d'un nommé 
Chi quart, car on dit brave comme Chiquarl, ou bien de chic à chic, c'est- 
à-dire de petit à petit, et dont est venu chicanoux qu'on prononçait 
anciennement chiche à nous, car jamais ils ne veulent débourser. 

des nègres (29* sérée) 

Du temps que le roi était à Poitiers des gens des champs rencontrant 
un more par la rue, s'étaient arrêtés tout court devant ce noir, s'émer- 
veillant de ce qu'ils n'avaient jamais vu, tellement que quelque part 
qu'allât ce nègre, ils le suivaient ne se pouvant saouler de le regarder, 
tant il leur semblait étrange. L'un de ces villageois disait qu'il fallait 
bien que cet homme noir fût maréchal ou bien serrurier, puis se repre- 
nant, assurait qu'il était bien plutôt faiseur de poudre à canon ou crieur 
de noir à noircir, ou teinturier, ou bien charbonnier. Son compagnon 
voulait gager que c'était un ramoneur de cheminée du pays d'Auvergne 
ou bien que c'était quelqu'un qui avait joué à « Sainù-Côme^Je te viens 
adorer » ( i ) . Un autre villageois qui était d'auprès de Saint- Ma ixent, tenait 
pour certain que c'était encore un diable de la diablerie de son pays 
(car M. Bodin dit que les diables sont noirs) qui avaient si bien accoutré 
le beau père secrétaire pour n'avoir pas voulu prêter une chappe du 
couvent à celui qui jouait Dieu le père à la passion de Saint-Maixent 
à qui le* entrepreneurs, en faisant la montre, avaient dit : que vous 
jouerez bien, Messieurs les Diables (2). Il se trouva avec ces rustiques 
quelqu'un, lequel ayant voyagé leur disait se moquant d'eux, que 



(1) C.-à-d. le diable. Saint Côrae, je te viens adorer, est un jeu encore connu en 
Poitou. 

(2) Rabelais, livre IV, chap. XIII. 



244 revue: des traditions populaires 

l'homme qu'ils admiraient tant avait passé sous l'équateur et que pour 
en faire souvenir (pour ce que c'est le plus grand et périlleux navi gage 
qu'on saurait jamais faire) les mariniers l'avaient ainsi noirci comme 
ils ont de coutume. Un de ces champêtres va dire à ce more : il est 
temps que fasses la lessive, car tu n'as rien de blanc. Voyant qu'il ne 
sonnait mol, ce villageois va dire : il faut bien que ce soit quelque por- 
teur de mascarade et. de momon puisqu'il ne parle point. Ce more qui 
entendait autant le Poitevin que le Français, se fâchant d'être ainsi 
regardé et suivi se recula le plus qu'il put, nonobstant le plus hardi 
ne laissa à s'approcher peu à peu et le frappant sur l'épaule va à lui 
demander en son Poitevin : Dis moi, père, es-tu naquis itau? Le more 
entrant en colère eût outragé ces pauvres gens si le narrateur ne fût 
intervenu. 



ladres (36 e sérée) 

Appelés cachots, caquols, capots et gabots, vont à cheval ; d'où le 
proverbe : Je ne vais point demander les étrennes et Taguillan neuf à 
cheval, c'est-à-dire je ne suis pas ladre. On dit riche comme un ladre, 
bien qu'ils n'exercent qu'un bien petit commerce. « Il est aisé à lever 
la boutique, il ne faut qu'un petit mouchoir et le baril dessus (des- 
sous?), et en une des mains un aiguillier de Croûtelles et voilà leur 
étal dressé *-. Quand la foire tient daus un cimetière, le tout trouve 
aisément place sur une tombe : épingles, peignes, flageolets, alma- 
nachs, lacets, etc. 

La ladrerie est rare en Poitou où l'on ne trouve que des ladres blancs. 
On en jugerait tout autrement à l'exhibition au dehors des maisons de 
la cliquette et du baril qui sont comme les armes des ladres, mais il y 
a longtemps que les gens de guerre ne s'y trompent plus et vont loger 
tout comme ailleurs chez ces faux ladres. 

Il y a moins de ladresses que de ladres. On dit les hommes très 
ardents et ce ne serait pas le seul avantage de la messelerie qui pré- 
serverait des parasites animaux, de la fièvre et même de la peste et 
rendrait insensible. En retour ils sont toujours enroués. 

Le cancer et les loups sont des espèces de ladrerie locale, 
a J'ai vu un ladre en notre paroisse qui était des plus pauvres et si 
ne laissait d'aller tout le premier à l'offerte, encore que ce ne fût à son 
rang, faisant cela parce qu'il voulait mal à son curé, s'assurant que 
pour un deuier qu'il lui baillait, de lui en faire perdre un cent et toute 
son offerte : d'autant que tous les autres paroissiens n'allaient jamais 
baiser la paix après lui, encore que tous les légistes tiennent que c'est 



MEVUB DES TRADITIONS POPULAIRES 245 

un grand signe d'amitié, de parenté et de conjonction de baiser la paix 
après un autre (1). 

11 ne faut pas confondre l'insensibilité des ladres avec la marque du 
diable. Le diable ratisse le front des sorcières pour ôter le cbrême du 
baptême, tellement qu'elles portent une marque au front qu'elles ca- 
chent le mieux qu'elles peuvent avec leur accoutrement de tête. Que 
si vous ne pouvez aviser cette marque, dites tout haut : je me doute, 
haut le pouce ridé (plié), en mettant le pouce sur le premier doigt et 
faisant ainsi le signe de la croix, comme faisaient les anciens selon 
Tertullen, voulant dire : Voilà le signe de la croix qui empêchera tous 
les sortilèges et lors nul magicien n'aura puissance de mine (23 e se- 
rée). 

Les yeux ronds et saillants sont sujets à la lèpre. 

Les lancettes malpropres peuvent propager la lèpre et la peste. 

La cendre du plomb surnage sur l'urine des ladres. 

Tbévet dit qu'en Afrique on guérit de la lèpre avec le sang et la 
chair des tortues « dont je m'esbahis, si cela est vrai, que les tortues 
de France ne sont plus chères, qu'on en use et si elles n'ont point la 
vertu de celles d'Afrique qu'on en fait apporter de ce pays-là, aussi 
bien que de la momie (2) ». 

Les vipères soulagent aussi les ladres et, comme les tortues les 
mangent, de là peut venir leur effet curatif. 

Le porc ladre se guérit en mangeant des grenouilles et des écrivis- 
ses. 

On donne aux lépreux des grenouilles, des chancres et des mollus- 
ques de mer, l'eau dans laquelle le garçon premier-né a été baigné, 
et jusqu'au sang des petits enfants i.'i). 

Le bain qui a servi à laver un cadavre est recommandé. 

La vipère dans la poule engraissée de vipères, le vin où elles trem- 
pent, la tbériaque de serpents et sans doute aussi le trochisque de Tyr, 
mêlé d'eau et de vin blanc. Mettre dans un pot la vipère écorchée après 
lui avoir Ôté la tête et la queue, avec sel et figues pilées avec miel, 
couvrir le pot, mettre au four, puis piler et réduire en poudre. Bouchet 
en avait sans doute mangé, car il dit le médicament, très agréable au 

(1; Marchangy dans sa Gaule poétique a attribué celle malice à un messeau de 
Fontenay. 

(2) « La tortue qui a le plus de saveur et requête est celle qu'on nomme né morale 
et qui fait son terrier dans les bois, richesse du pays de Provence et Languedoc et 
délices des grands seigneurs. » 

(3) Il doit y avoir quelque diablerie là-dedans, car Bouchet dit que les Juifs achètent 
le sang des chirurgiens, et qu'ils usent pour faire venir le Diable, lorsqu'il se repose, 
après avoir bouilli. 



246 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

goût, en observant à ce sujet que les macrobes Ethiopiens, qui man- 
gent les serpents vivent 120 ans. 

Nous épuiserons cette pharmacopée animale avec le jus de jeunes 
poules. 

La flore fournit l'huile pour laver les ladres, la menthe sauvage 
mâchée et appliquée sur le mal, les racines d'asperges cuites au 
vinaigre, la liqueur de cidre, Ja graine de pavot blanc, et toujours pris 
à l'intérieur, le juset l'eau distillée de véronique, le jus ou vin de frai- 
ses mises dans une fiole de verre sur un fumier, l'émeraude pulvérisée, 
l'eau de mer, les étuves chaudes de bois de laryx et son eau. Il ne fau- 
drait même pas craindre de recourir à la castration. 

La navigation qui provoque le vomissement est recommandée, mais le 
ladre doit s'abstenir du poisson frais et des lentilles. 

G. Bouchet ne parle jamais d'une maladie sans en donner la cause 
et les remèdes; faut il s'étonner dès lors si son volume a plus 
de mille pages? Nous donnons à propos des ladres et une fois pour 
toutes, cette singulière nomenclature, pour n'en plus retenir désormais 
que les éléments les plus essentiels. 

UNE RÉMINISCENCE DU YONI INDIEN (7* sêrée) 

« Il se trouve quelquefois que les chiens ne prendront rien, et lors 
les chasseurs usent d'un approuvé remède, c'est qu'ils fendent, par le 
milieu un arbrisseau de chêne, et font passer tout au travers d'icelui 
tant les chiens que les chasseurs : ce qu'étant fait, il leur est avis, 
qu'ils ont rompu toute sorte de charme. > 

Léo Desaivre. 




REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 247 



NÉCROLOGIE 



JEAN RE VILLE 

Jean Réville, professeur au Collège de France depuis un an, s'est 
doucement éteint dans la nuit du 5 au 6 mai écoulé. S'il laisse, par 
une mort prématurée, son œuvre inachevée, si sa disparition est une 
perte immense pour la science, nous songeons surtout au vide énorme, 
à la douleur insondable des siens, de ses amis, de ceux qui, de près 
ou de loin, prenaient contact avec lui. Il faut avoir vécu dans son 
intimité, l'avoir vu chez lui, au milieu de ses enfants, pour essayer 
de comprendre l'abîme que l'aveugle destinée vient pour toujours 
de creuser dans une famille idéalement une, où jeunes et vieux, 
parents et enfants, n'étaient qu'une âme, vivaient la même vie, pos- 
sédaient les mêmes aspirations, réalisaient les mêmes espérances. 
Jean Réville laisse le souvenir d'un homme essentiellement bon, 
franc, simple et loyal ; d'un homme qui se donnait corps et âme aux 
travaux qu'il entreprenait comme aux causes qu'il embrassait, et 
s'il eût eu moins de ferveur, s'il eût voulu ménager quelque peu ses 
forces et son talent, peut-être n'âurions-nous pas en ce moment 
à déplorer la séparation irréparable d'un maître éminent et aimé, 
d'un savant de premier ordre, d'un travailleur de tous les instants. 

De par ses études de prédilection, Jean Réville fut exégète et 
historien; ses études de religion comparée l'amenèrent à formuler 
sa pensée sur les relations existant entre le folklore, les traditions 
populaires, la mythologie, la science comparée des religions. D'autres, 
plus qualifiés que nous, diront, je l'espère, ce qu'il fut comme exégète 
et comme professeur d'histoire des religions. La Revue des traditions 
populaires doit à sa mémoire de rappeler brièvement quelle fut sa vie, 
de consacrer quelques instants à celui qui fut un des premiers à 
encourager et à favoriser l'élaboration et l'apparition de cette Revue. 

Issu d'une grande famille protestante de Normandie, Jean Réville 
naquit à Rotterdam le 6 novembre 1854, où il fit ses études secon- 
daires. Pendant quatre ans, il étudia la théologie à l'Université de 
Genève, de 1873 à 1877; puis il passa un semestre à Berlin, l'hiver 
de 1877-1878, et le semestre de l'été 1878 à Heidelberg. En 1879, 
il subit les examens de licence devant la Faculté de théologie protes- 
tante de Paris, sise alors au Collège Rollin. Il fut nommé pasteur 
titulaire à Sainte-Suzanne (Doubs) par le Consistoire de Montbéliard 
le 14 octobre 1880 et confirmé en cette qualité par le Président 



248 KEVUti DES THADITIOMS POPULAIRES 

de la République le 21 décembre de la même année. Il a été installé 
dans sa paroisse par l'inspecteur ecclésiastique Fallot le 26 décem- 
bre 1880. Il donna sa démission en 1883, pour venir à Paris, à l'effet 
de continuer ses études et de poursuivre plus activement son œuvre 
scientifique; il fut successivement nommé professeur de littérature 
chrétienne et d'histoire de l'Église à l'École des Hautes-Études, 
section des sciences religieuses (1 er février 1886) et professeur de 
patrigtique à la Faculté de théologie protestante (décembre 1894). 

Jean Réville se plaisait à rappeler qu'il fit toutes ses études en 
compagnie de son ami et cousin, M. Edouard Montet, actuellement 
doyen de la Faculté de théologie à l'Université de Genève. Dès ses 
premières années d'étudiant, il s'adonna de préférence à l'histoire 
ecclésiastique, à l'histoire des religions et à la critique biblique, 
spécialement à celle du Nouveau Testament. A Genève, ses maîtres 
préférés, et qui exercèrent le plus d'influence sur lui, furent Chastel 
pour l'histoire ecclésiastique et Cougnard pour la morale et la théo- 
logie pratique. En Allemagne, il appréciait surtout, à Berlin : Zeiler 
et Pfleiderer, représentant l'histoire de la philosophie et l'histoire 
des idées morales et religieuses; à Heidelberg, Hausrath et la critique 
du Nouveau Testament; dès ses débuts scientifiques, il s'orientait 
du côté où il a le plus travaillé et le plus brillé. L'énumération des 
maîtres de Jean Réville serait incomplète, si l'on ne mentionnait 
son père, Albert Réville, qui exerça une très grande influence sur 
ses études et sur son développement intellectuel et scientifique, 
et auquel il rendit un témoignage de piété filiale très touchant dans 
sa leçon d'ouverture du cours d'histoire des religions au Collège 
de France, prononcée le 17 avril 1907 (Reçue de Uhistoire des religions, 
t. LV, n° 2, p. 188-207). 

L'on doit à l'activité multiple de Jean Ré ville de très importants 
travaux d'histoire, de critique religieuse, d'exégèse biblique; il nous 
suffira de citer ici les principaux : Le Logos d'après Philon d'Alexandrie, 
Genève, 1877 ; De anno dieque quitus Polycarpus Smyrnae marty- 
rium tulit, Genève, 1880; La doctrine du Logos dans le quatrième 
Evangile et dans les œuvres de Philon, Paris, 1881 ; La religion à Rome 
sous les Sévères, Paris, 1886; cet ouvrage a été traduit en allemand 
par leD r Gustav Kriiger, Leipzig, 1888; Eludes sur les origines de 
FEpiscopat. La valeur du témoignage d'Ignace d'Antioche, Paris, 1891; 
La résurrection d'une Apocalypse. Le livre d/Hénoch, Paris, 1894; 
Les origines de VEpiseopat; élude sur la formation du gouvernement 
ecclésiastique au sein de F église chrétienne dans F empire romain, Paris, 
1894; De la valeur du Mithriacisme comme fadeur religieux du monde 
antique... Paris, 1901; Le quatrième évangile, son origine et sa valeur 



BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES % 249 

historique, Paris, 1901. — 2 e édition. Paris, 1902; Le Propkétisme 
hébreu. Esquisse de son histoire et de ses destinées... Paris, 1906; 
Les origines de l'Eucharistie (Messe. — Sainte-Cène)... Paris, 1908. 
Jean Réville fut directeur de la Revue de r histoire des religions 
depuis 1884 (t. IX) jusqu'à sa mort; il s'occupa encore de la prépa- 
ration du n° de mars-avril 1908; par suite de l'état précaire de sa 
santé et d'une absence de quelques semaines du secrétaire de la 
rédaction, M. Paul Alphandéry, il voulut bien charger du soin de 
revoir les dernières épreuves de ce fascicule et de donner le bon à 
tirer l'auteur de ces lignes. 

Jean Réville eut mainte fois l'occasion, dans les différents comptes 
rendus qu'il publia dans la Bévue de r histoire des religions, relatifs 
à des ouvrages de mythologie, de folklore, de donner sa conception 
des rapports qui devaient exister, à ses yeux, entre la science des 
religions et la science des mythes et des légendes. Des controverses 
survenues au sujet de la méthode à suivre en mythologie comparée 
l'incitèrent à livrer aux lecteurs de la Revue de Vhistoire des religions 
(t. XIII, 1886, p. 169-196) le résultat de ses méditations sur ce sujet 
délicat et quelque peu nouveau. 

Dès son entrée en fonction comme directeur de la Revue susmen- 
tionnée (t. IX, p. 2) Jean Réville avait « reconnu l'importance crois- 
sante de ce que l'on appelle le folklore et manifesté l'intention d'accor- 
der une plus grande place aux traditions et aux superstitions popu- 
laires. On ne saurait méconnaître, en effet, le grand développement 
que l'étude des traditions et des superstitions populaires a pris durant 
les dernières années. Diverses sociétés de folkloristes se sont cons- 
tituées dans la plupart des pays de l'Europe et, de toutes parts, 
surgissent des publications périodiques destinées* à recueillir, avant 
leur complète disparition, les croyances, les mœurs, les coutumes 
et les pratiques qui subsistent dans les régions les plus arriérées de 
nos pays civilisés comme les témoins attardés de l'état primitif de 
non-civilisation... L'apparition de la méthode du folklore et de ce 
que j'appellerai de son vrai nom la mythologie évolutionniste sur la 
scène de l'histoire des religions, ne peut pas être considérée comme 
un fait accidentel, uniquement dû au caprice de quelques littéra- 
teurs en quête d'originalité ou de quelques savants en proie à l'esprit 
taquin. Elle se rattache directement aux tendances générales de 
l'esprit contemporain; elle représente, n'en déplaise à ceux qui la 
dédaignent, un élément très sérieux dans la science des religions... » 
(R. H. R. t. X11I, p. 170-171). 

«... L'histoire de l'histoire des religions nous montre que chacun 
des systèmes qui se sont succédé depuis un siècle pour expliquer 



250 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

l'origine des mythes et des légendes, malgré ses imperfections recon- 
nues, a rempli son rôle dans le développement de cette histoire et 
nous a rendu des services. Aux philosophes du xvin e siècle, nous 
devons que l'histoire des religions ait été émancipée du joug que la 
théologie traditionnelle faisait peser sur elle en ramenant la vie reli- 
gieuse de l'humanité entière à une révélation primitive, au nom 
d'une tradition, d'ailleurs mal comprise, d'un peuple sémitique. 
A la philosophie allemande de la fin du siècle dernier et du com- 
mencement de celui-ci, nous sommes redevables de l'idée si féconde 
d'un développement graduel et logique de l'humanité, de ce qui 
constitue, selon l'heureuse expression de Lessing et de Herder, 
l'éducation du genre humain. A l'école de la mythologie symbolique, 
aux interprètes romantiques des vieilles légendes de notre race, 
nous devons d'avoir appris que tous ces mythes et toutes ces fables, 
dans lesquelles on ne voyait auparavant que fantaisies ou caprices 
d'une imagination déréglée, ont eu originairement une signification, 
une valeur philosophique ou religieuse qui, si elle a perdu son prix 
pour nous, n'en répondait pas moins aux exigences du temps où 
ils sont éclos. A l'école de l'archéologie critique, il nous faut rendre 
hommage de cette vérité aujourd'hui élémentaire, mais si longtemps 
méconnue, que, .pour comprendre un récit ou un enseignement du 
passé, il ne faut pas les juger à notre point de vue moderne, mais 
les replacer, autant que possible, dans le milieu où ils ont vu le jour. 
A l'école philologique et aux admirables travaux qu'elle a fournis 
sur les religions aryennes et sémitiques, il faut faire honneur du 
magnifique développement de notre connaissance des religions de 
l'ancien monde et des lumières si instructives qui éclairent actuelle- 
ment la filiation de"s peuples et l'enchaînement des religions, dans le 
champ d'action des deux races les plus puissantes qui aient occupé 
l'histoire. A l'école ethnographique, aux traditionnistes revient le 
mérite d'avoir étendu le champ de vision de l'histoire religieuse 
en dehors des limites aryennes ou sémitiques, d'avoir attiré l'atten- 
tion des chercheurs sur les religions des sauvages, si riches en rensei- 
gnements encore inexplorés, d'avoir fait ressortir par leurs essais 
de psychologie ethnique (Vœlker psychologie) l'unité fondamentale 
de l'esprit humain, et d'avoir enfin donné l'explication satisfaisante 
d'une foule de préjugés, de superstitions ou de pratiques dont le 
sous-sol de notre civilisation est encore encombré. A M. Herbert 
Spencer et aux évhéméristes contemporains, il convient de recon- 
naître le mérite d'avoir ramené l'attention des mythologues sur un 
élément beaucoup trop négligé des religions populaires, savoir le 
culte des ancêtres et la glorification légendaire des événements 
historiques » (R.H.R., t. XI 11, p. 11)4-196). 



RBVLK DES TRADITIONS POPULAIRES 251 

Ces quelques citations ne valent-elles pas mieux qu'une analyse, 
même détaillée, pour faire saisir promptement Pampleur et l'éléva- 
tion de pensée de Jean Réville? Par la diversité même des sujets 
auxquels il touchait, il était appelé à se tenir au courant des questions 
les plus variées et à les exposer dans son enseignement, dans ses 
livres, dans ses articles de revue, dans ses conférences. Il nous revient 
à la mémoire, en songeant au maître aimé qui n'est plus, un passage 
qu'il consacrait à la légende de la mort en Basse-Bretagne : « De 
toutes les formes de la vie religieuse élémentaire de l'humanité il 
n'en est pas de plus persistantes que celles qui concernent les relations 
des vivants avec les morts. Nulle part la piété ne se montre plus 
conservatrice que dans les coutumes, les pratiques et même les 
croyances par lesquelles ces relations sont réglées. C'est que, de tous 
les mystères où plonge la destinée humaine, de tous les abîmes de 
la vie universelle dont chaque être humain est à chaque instant 
hanté au cours de sa vie individuelle, de toutes les puissances de 
l'inconnaissable dont il se sent dépendant, il n'y en a pas de plus 
tragique ni de plus redoutable que la mort. Elle frappe l'homme 
dans tout ce qui lui tient le plus au cœur : l'amour de la vie pour 
lui-même, les affections les plus profondes pour ses parents, ses 
amis, les êtres qu'il vénère, ou encore dans ses haines les plus ardentes 
pour des ennemis .ou des êtres malfaisants dont il redoute la funeste 
influence. Ce qui touche à la mort revêt ainsi un caractère sacré et 
c'est même là un des traits distinctifs de l'espèce humaine parmi 
toutes les autres créatures que nous connaissons. Partout, dans toutes 
les races, à tous les degrés de la civilisation, la religion inspirée par 
la mort se retrouve et elle surnage parfois seule dans le naufrage 
des autres croyances, aux périodes de crise religieuse » (R.H.R. 
XXVIII, p. 198). 

Un brillant avenir était promis à l'enseignement de Jean Réville 
au Collège de France;; dans sa leçon d'ouverture, comme dans ses 
entretiens particuliers, il prenait plaisir à dire la façon dont il conce- 
vait sa tâche : l'application de la méthode historique et critique 
à l'exposé et à l'explication de l'histoire des religions, étudiant 
successivement ou parallèlement les diverses manifestations de 
l'esprit religieux, chez les sémites, en Egypte, en Chine, dans l'Inde, 
dans l'Europe primitive... Mais la mort frappe l'homme dans ce 
qui lui tient le plus au cœur, dans ses affections les plus profondes; 
elle frappe la famille en lui arrachant un époux, un père, un fils, 
un frère adoré; elle frappe, cruelle et aveugle, le savant, dans ses 
espérances les plus légitimes, s'opposant» brutale, à ce que le mois- 
sonneur récolte ce qu'il a semé. F. Mac le r. 



ioi BEVUE DES THftDITlONS POPULAIRKS 

VALTAZAR BOGISIC 

Valtazar Bogisic, qui est mort à Zara, en Dalmatie, son pays natal, 
appartenait à la Société des Traditions populaires depuis sa fondation, 
et son nom figure au verso du n° 1 de la Revue, parmi ceux des adhé- 
rents de la première heure. Professeur de droit à l'Université d'Odessa, 
puis ministre de la justice au Monténégro, il faisait de longs séjours 
à Paris et s'intéressait au mouvement scientifique et traditionniste. 
Il était membre correspondant de l'Académie des sciences morales 
et politiques par la section de législation. II est Fauteur d'un 
recueil intitulé Narodne piesme y starijich naïvèchè primirskikk 
zapissa. Chansons populaires des anciens recueils manuscrits. Bel- 
grade, 1878 (cf. analyse dans Revue des Trad. pop., t. IX, p. 593.) Il 
a donné quelques articles à cette revue : Saint Biaise à Raguse, 
V, 564; VIII, 218. Une devinette croate, VII, 256. Les saints insultés, 
IX, 383. Notre regretté collègue avait réuni une collection de 
bâtons de commandements, et sa bibliothèque comprenait plu- 
sieurs centaines de recueils de proverbes de tous les pays, mais 
principalement des pays slaves, qui mériterait de figurer dans une 
des grandes bibliothèques de l'Europe. P. S. 



BIBLIOGRAPHIE 



Légendes coptes. Fragments inédits publiés, traduits, annotés par 
Noël Giron, élève diplômé de l'Ecole du Louvre et de l'Ecole 
des langues orientales vivantes. Avec une lettre à l'auteur par 
M. Eugène Révillout... Paris, Geuthner, 1907, in-8°, vm-80 pages. 

C'est la thèse que l'auteur présenta à l'Ecole du Louvre (p. vin) sous 
les auspices de son maître, M. Révillout. M. Giron publie, traduit et annote 
cinq fragments coptes, qu'il croit inédits; la thèse à proprement parler 
tient dans l'introduction (p. 1-22) : l'auteur y montre comment sur de 
simples données bibliques l'imagination copte brode et travaille jusqu'à 
produire des ouvrages littéraires purement romantiques, où l'histoire 
ne joue plus aucun rôle et où la fantaisie peut se donner libre carrière. 

Le premier fragment roule sur l'entretien d'Eve et du serpent; c'est 
pour ainsi dire le développement du commencement du chap. ni de la 
Genèse. 

Le deuxième fragment traite du sacrifice d Isaac par son père Abraham: 
Je dialogue entre le fi]s et le père n'est pas dépourvu d'intérêt littéraire; 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES S53 

le plaidoyer d'Isaac pour sauver sa vie me rappelle, à une rapide lecture, 
l'invocation d'Iphigénie qui, elle aussi, se trouve encore bien jeune pour 
quitter la bonne lumière du jour. Ce fragment est commenté par l'auteur 
dans son introduction, p 9-13; voulant expliquer le nom de l'arbre Sabek 
(p. 10), M. Giron croit devoir faire une citation hébraïque (p. 11); il s'agit 
du chap. xxii de la Genèse, et non du ehap. xx du même livre biblique; 
le mot hébreu 'Ahar s'écrit avec un heth et non avec un hé; même remarque 
pour le mot suivant; dans le mot bassebak, il faut un daguesh fort dans 
le samek, à cause de l'article qui le précède; enfin, dans le quatrième et 
dernier mot, il faut orthographier beqarenaw et non beqareniw. 

L'histoire de Marina constitué le troisième fragment; elle existe en grec, 
en syriaque, en arménien, sous la forme Marinos; elle a été publiée en 
copte par M. Hyvernat; sans entrer dans de bien grands détails bibliogra- 
phiques, M. Giron aurait pu faire quelques rapprochements très sobres, 
qui auraient montré qu'il était au courant de la question; c'est ce que 
semble annoncer l'adjectif annotés, comme quatrième épithète du mot 
fragments dans le titre. 

Le quatrième fragment (Histoire des filles de Zenon) complète partiel- 
lement les documents publiés jadis par MM. Amélineau et de Rossi. 

L'histoire de la fille de l'empereur Basilisque constitue le cinquième et 
dernier fragment; la légende de cette fille d'empereur qui devient enceinte 
par l'opération du saint Esprit était déjà connue par une publication de 
Zœga. 

M. Giron a enrichi' la littérature populaire en publiant et en traduisant 
ces fragments coptes; il a rendu service à ceux qui s'occupent spécialement 
des légendes et de leurs pérégrinations à travers les peuples ; il eût été plus 
avisé, si, dans le titre de son ouvrage, il n'avait pas trop insisté sur l'ad- 
jectif inédits, appliqué à seâ fragments, et s'il ne les avait pas annoncés 
comme annotés par lui; les fragments coptes qui nous sont présentés sont 
publiés et traduits par M. Giron; ils ne sont pas tous inédits, et l'annota- 
tion est un peu maigre. Ceci dit, pour encourager le jeune auteur, non seu- 
lement à persévérer, mais à enrichir la littérature populaire de nouvelles 
publications et à amplifier sa méthode. F. Macler. 

Conservatoire de la tradition populaire flamande. Musée de folklore, 
Catalogue. Anvers, Buschmann, in-8° long de pp. 121. 

Ce catalogue qui comprend 2.816 numéros peut servir à guider les ama- 
teurs d'objets folk-loriques, dans leurs recherches et dans leurs interroga- 
tions; c'est vraisemblablement pour cela qu'on lui a donné un format 
peu usité, 25 centimètres de hauteur sur 10 de largeur, qui permet de le 
placer dans une poche de côté. Il commence par la Maison, donnant des 
détails sur les noms des matériaux et parfois sur leur fabrication ; viennent 
ensuite les divers ustensiles et une série fort intéressante sur les moules à 
pâtisseries dont plusieurs servaient à fabriquer des personnages que l'on a 
moulés en plâtre; on y voit saint Nicolas, les quatre fils Aymon, Polichi- 
nelle, Arlequin, etc. Une autre série se rapporte aux fêtes de l'année; 
elle a comme annexe des feuilles imprimées qui accompagnent les billets 
des rois. Dans la section La famille et la Vie infantile sont réunis des jouets 
variés, hochets, joujoux poupées, ombres chinoises à découper, poteries 



254 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRE? 

enfantines. Dans la série de l'Age viril figurent des reproductions d'em- 
blèmes amoureux, des instruments de charivari. Les usages funéraires 
comprennent les pal mettes en cire que Ton place dans la main des petits 
enfants morts, les papiers découpés que l'on met dans leur bière, et la 
crêpe des âmes, la première que Ton fait la nuit de Noël et qu'on jette dans 
les cendres à la mémoire des défunts. Les numéros 836-910 sont consacrés 
au costume et à la toilette. Une importante série de gravures représente 
des jeux de l'oie et les jeux apparentés. La série des métiers a entre autres 
sujets curieux des marques de propriété, des outils. La Vie sociale com- 
prend des objets se rapportant à l'école, au tirage au sort (24 talismans 
de chance, monnaies trouées, statuettes, médailles, têtes de rats, pattes de 
taupe), au Folk lore électoral. Les jeux populaires, représentés par des 
poupées sont accompagnées de courtes explications. La vie administrative 
et judiciaire comprend une curieuse série de foklore monétaire. Dans 
la vie religieuse, figurent des litanies locales, des bannières, médailles et 
images de pèlerinage, des ex-voto. Parmi les accessoires de la magie, on 
remarque des objets ayant servi à des envoûtements, des talismans, 
porte-bonheur et préservatifs. Sous le titre « Littérature, » on a rangé les 
livres bleus, les livres sur les personnages populaires. Les instruments 
de musique populaire voisinent avec les chansons vendues en placard. 
On n'a pas oublié les Marionnettes populaires, non plus que l'ima- 
gerie: la plus grande partie provient des fabriques françaises; viennent 
ensuite les imageries allemandes, hollandaises; enfin les très nombreuses 
images à bon marché des fabriques belges. P. S. 

Giuseppe Bellucci.. — Un Capitolo di Psicologia popolare. 
Gli Amuleti,con 36 illustrazioni. Perugia, in-18 de pp. 64 (2 francs). 

Ce coquet petit .volume est la suite du Feticismo primitivo in Italia dont 
nous avons rendu compte. L'auteur, qui est un spécialiste en matière 
d'amulettes, et qui a réuni une des plus riches collections qui existent, 
en reproduit un choix en les accompagnant d'un commentaire qui indique 
la façon dont on les emploie, et les idées qui ont motivé la croyance en leur 
vertu ; des pierres sont efficaces en matière de grossesse ou d'accouchement, 
des clefs préservent de Fépilepsie ou la guérissent; elles ont, comme celles 
employées contre les convulsions infantiles, des formes assez compliquées. 
Nombreux sont les talismans contre le mauvais œil, et des tableaux du 
xv e et du xvi e siècle montrent des personnages sacrés qui portent des 
branches de corail protectrices. Une curieuse série est celle des coquillages- 
amulettes dont quelques-unes ont été retrouvées dans des tombes préhis- 
toriques et que des photographies juxtaposent à celles encore d'un usage 
courant. P. S. 

A.-J. Verrier et R. Onillon. -— Glossaire étymologique et histo- 
rique des patois et des parlersde V Anjou. Angers, Germain et Grassin, 
in-8° de p. vn-528 à 2 colonnes. 

Nous recevons le premier volume de ce gros travail; il comprend les 
lettres A-L du glossaire, dont la fin occupera le tome. II, qui sera suivi d'une 
partie spécialement consacrée au folk-lore. Les auteurs ont donné dans 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 25S 

celle-ci un assez grand nombre de traits qui s'y rapportent, et qui servent 
parfois à expliquer le sens ou l'origine des mots. Les noms de plantes, 
relevés avec beaucoup de soin, sont parfois accompagnés de notes curieuses; 
c'est ainsi qu'une sorte de champignon appelé Badrelle est la femelle du 
champignon, potiron en Anjou; la lune est appelée soleil debedouau, blai- 
reau, parce que cet animal sort surtout la nuit. Parmi les termes s'appli- 
quant à l'homme je relève le menton en bénitier, image pittoresque pour 
exprimer le menton proéminent. Le Coco-bat-1'ez-œufs est un homme qui 
est porté à remplir le rôle de la femme, et à battre les œufs pour que 
celle-ci n'ait plus qu'à faire cuire l'omelette. On pourrait multiplier ces 
exemples; ceux que j'ai choisis montrent que les auteurs n'ont pas négligé 
les traits pittoresques. Les mots sont souvent accompagnés de citations 
d'anciens auteurs, de fragments de chansons ou de proverbes qui les font 
mieux comprendre, de rapprochements avec les parallèles des patois de 
langue d'oil. Des renvois permettent de se reporter aux mots épars dans 
le Dictionnaire, qui ont une signification sensiblement la même que le 
mot étudié. Cet excellent premier volume fait honneur à ceux qui l'ont 
entrepris, et il mérite de trouver un bon accueil près de tous ceux qui 
s'intéressent à ces études. Les auteurs donneront prochainement le second 
volume, qui nous intéressera encore davantage, puisqu'une grande partie 
sera consacrée au Folk lore proprement dit. 

P. S. 



Armand Viré. — Le Lot, Rocamadour, Lacave. Paris, Masson, 
in-18 de pp. vi-310. 

Ce volume, qui n'a d'autre prétention que d'être un guide, constitue 
une monographie fort intéressante du département du Lot, où se trouvent 
quelques-unes des grottes et des abîmes, découverts ou explorés par 
l'auteur. Le chapitre consacré à l'Homme actuel contient plusieurs passages 
qui se rattachent au Folk-lore. Lorsqu'on se rendait pour avoir de la pluie 
à la source de Sainte Rupine, bienheureuse inconnue au calendrier ecclé- 
siastique, on frottait avec de l'huile fine le bloc de pierre qui représente 
vaguement une forme humaine, et après l'avoir aspergé d'eau bénite, on le 
couvrait de guirlandes de feuillages; la Foun d'A Ban au pied de l'Etron 
de Gargantua, qui porte aussi le nom, vraisemblablement plus ancien, de 
Pech d'Embrieu, aurait été formée par l'urine du géant. Plusieurs sources 
reçoivent la visite des jeunes gens à marier; ici, des épingles sont fixées 
à des feuilles et plongées dans l'eau; là on jette des pièces de monnaie; 
selon que les feuilles surnagent ou s'enfoncent, selon que les monnaies 
tombent de telle ou telle façon, le désir des postulants s'accomplit ou non. 
Le dimanche des Rameaux on couvre encore par endroits le prêtre de 
feuilles de laurier disposées en croix. Pour les maladies des bestiaux, les 
devins et sorciers, qui sont en grande faveur, recommandent la visite de 
plusieurs tumulus ou dolmens pendant des phases déterminées de la lune; il 
faut en outre user de cierges bénits, et faire dire trois messes à des époques 
fixées également par le cours de la lune; mais pour la réussite, il faut que le 
prêtre ne se doute pas de l'intention à laquelle on lui fait dire la messe. 
Il en est de même du chapelain de Rocamadour qui ne conserve le pouvoir 
de détruire les sorts jetés qu'autant qu'il ignore les intentions des 



256 KEVUR DES TRADITIONS POPULAIRES 

pèlerins. Pour que le puits ne tarisse pas dans Tannée, il faut y jeter à 
reculons une pièce de monnaie ou un morceau de pain, le premier janvier. 
Les grandes cavernes du Lot sont l'objet de quelques légendes; c'est ainsi 
que le puits de Padirac a été produit par la rentrée de Satan sous terre 
après une lutte avec saint Martin, dans laquelle le saint reconquit les âmes 
que le diable emportait; aussi sortait-il souvent du gouffre de grandes 
flammes rouges, des démons, des fades qui fréquentaient la nuit les méga- 
lithes et les tumulus des environs; la Daine Blanche fut encore aperçue en 
1898, lors des travaux d'aménagement; mais on ne l'a plus vue depuis. 
Le volume est illustré d'un grand nombre de photogravures; la plupart 
reproduisent des monuments ou des sites de cette très pittoresque 
région, quelques- upes représentent des scènes de la vie rurale, ou des 
costumes locaux qui ont une tendance à disparaître. 

P. S. 



NOTES ET ENQUÊTES 



. •*# La crise industrielle revenant périodiquement tous les sept ans. — C'est 
une croyance dans la population ouvrière de nos cités industrielles, qu'une 
crise de l'industrie surgit tous les sept ans. C'est là encore un exemple de 
folklore nouveau, tel qu'il s'en crée tous les jours. 

(Corn, de M. Alfred Harou.) 

#♦« En avoir pour une belle pipe. — Cette expression très répandue à Wa- 
remmo (Liège) et environs, signifie en avoir pour longtemps ; s'emploie lors- 
qu'on voit arriver quelqu'un de très prolixe, et dont l'entretien va durer 
longtemps, on en aura pour une belle pipe : on aura le temps de fumer une 
pipe bien remplie, bien bourrée. 

(Com. de M. Alfhbd Habou.) 

«*« Le n° 7 et les loteries. — Je connais, & Liège, une dame qui recommande 
à son changeur de ne lui livrer que des obligations de Ville (obligations à 
lots ou à primes), portant le chiffre 7 dans leur numéro. Elle prétend s'as- 
surer ainsi la chance de voir le numéro sortir avec une prime. 

»'* Le caractère change tous les sept ans. — A Liège, pour exprimer l'idée 
que le caractère se modifie avec l'âge, le peuple dit, que le caractère change 
tous les sept ans. 

(Corn, de M. Alfrbd Habou.) 



Le Gérant : Fr. Simon 



Imp. Fr. binon, Rennes-Paris (3031-08). 









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TRADITION POPULAIRES 

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SOMMAIRE 


















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Adresser tout ce qu: in la rédaction et l'administration ù M Paul 

SébUlol, 80, boulevard Saint Marcel, V* 

La cotisation des «tcciëulres donnant droit à l'envoi gratuit d- 
RE VUE est fixé© a 15 francs par an {France et Union postale) La p 
de l'abonnement, pour les non sociétaires, est do 15 , ar an p 

raaCf «i de 17 francs pour l'union postale. 




REVUE 



DES 



TRADITIONS POPULAIRES 



23* Année. — Tome XXIII. — N° 8. — Août 1008. 



MYTHOLOGIE ET FOLK-LORE DE L'ENFANCE 
(Croquemilaine) 

XLV 

KN BOURGOGNE 




l y a plus do quatre-vingts ans, ma bonne ma- 
man me disait : « Attends, attends, si tu n'obéis 
pas, je vas appeler Croquemitaine qui te mettra 
dans sa hotte. » Cette formule est connue dans 
mon entourage par ma cousine, originaire comme 
moi de la Bourgogne ; par ma bonne, qui est de 
l'Aube, et par trois dames âgées, qui m'ont donné 
les mêmes renseignements sans variante notable 
dans la formule. 

François Fertiault. 



XLVI 

ENVIRONS DE DINAN 



Aux environs de Dinan, Croquemitaine n'est pas connu des paysans; 
un vieillard que j'ai interrogé n'en avait jamais entendu parler, 
mais on le menaçait du loup, en lui disant : « Si tu ne te tais pas, j' vas 
te j'tcr au loup, qui te mangera. » 

Lucie de Y. H. 

Tomi XXIII. - Aotrr 1908. 17 



2$8 KEVtiE DES TRADITIONS t>OPULÀtRES 



XLVII 
SARTHE 

Croquemitaine était bien connu dans la petite bourgeoisie de la 
Sarthe; c'était, il y a cinquante ans, Tépouvantail ordinaire pour rendre 
les enfants sages. A la campagne on ne le connaissait pas, c'était le 
diable qu'on appelait, et encore aujourd'hui, pour empêcher un enfant 
d'aHer dans un endroit dangereux, on le menace d'une grosse bête. 

M me Destriché. 

XL VI II 

PAYS DE LOUDÉAC 

Dans les Côtes-du-Nord (Loudéac), on appelait Croquemitaine 
quand les enfants étaient méchants, et on en parlait comme s'il avait 
toujours existé. On le représentait comme un grand bonhomme 
avec une grande barbe et des bottes lui montant jusqu'aux cuisses. 
C'était dans ses bottes qu'il mettait les enfants méchants, d'où il les 
tirait pour les manger. A la même époque, c'est-à-dire il y a cinquante 
ans, on faisait aussi peur de Croquemitaine dans l'Eure aux petits 
enfants de la bourgeoisie. 

M me Louis Texier. 

XLIX 

DINAN 

A Dinan, Croquemitaine était employé, il y a soixante-dix ans, 
pour effrayer les enfants méchants. Une bonne, originaire de Trevron 
(Côtes-du-Nord), et qui n'a qu'une vingtaine d'années, a été souvent 
menacée par ses parents d'être emportée par Croquemitaine. Une 
autre domestique née en Savoie, et qui a soixante-dix ans, se rappelle 
qu'on lui parlait souvent de Croquemitaine. 

M me Jules Lambert. 



Il y a soixante ans, ma grand'mère, qui aurait maintenant plus de 
110 ans, me disait, quand je ne me laissais pas peigner convenable- 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 259 

ment, que Croquemitaine m'emporterait dans sa hotte et me dépo 
serait au haut du Jerzual (c'est une pittoresque rue en pente rapide 
qui conduit de la ville de Dinan proprement dite au port), d'où 1rs 
poux m'entraîneraient jusqu'à la rivière. C'était, d'ailleurs, une lé- 
gende connue vers 1850 de tous les enfants de Dinan. 

Jean Even. 



a paris 

Un dimanche de juillet, une femme d'environ soixante-dix ans, assez 
pauvrement vêtue, qui assistait à une représentation au Raneleagh, 
tenait sur ses genoux une petite fille de trois à quatre ans, et en jouant 
avec elle pendant un entr'acte, elle lui disait avec un zézaiement 
assez prononcé : Z' embrasse les mitaines. — Ze mange les mitaines. 
Ze croque les mitaines, les mitaines ! Et en même temps elle baisait les 
petites mains de l'enfant, ravi de cette caresse, et qui étaient complè- 
tement dépourvues de gants. 

P. Guyot-Daubês. 



LI 



LE GRAOUILLI DE METZ 

Autrefois, il y a environ quarante ans, on disait, à Metz, que le 
Graouilli mangeait les petits enfants, et pour qu'il les épargne, on lui 
jetait le soir dans la rue des morceaux de pain. 

HÉLÈNE VALABRÈGUE. 



LU 

LA CLOCHE PERSONNIFIÉE 



Les bonnes de plusieurs pays disent aux enfants : Attends un 
peu, le Bonhomme la cloche va venir te chercher et il t'emportera 
avec le son. 



260 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

LUI 

CROQUEMITAINE VIVANT 

A Paris, pour faire peur aux enfants, les femmes d'ouvriers choi- 
sissent parmi les gens du voisinage un homme qui a l'aspect rébarbatif, 
soit qu'il ait une grande barbe, soit que son costume sorte de l'ordi- 
naire, et on dit : a Vois-tu ce monsieur, c'est Croquemitaine; si tu n'es 
pas sage, ou si tu ne veux pas faire ceci ou cela, il t'emportera. » 

Gabrielle Sébillot. 

LÎV 

ÉPOUVANTAILS DES ENFANTS A BOSTON 

A Boston, on menace les enfants d'un ours qui pourrait bien venir 
les manger, et qui était caché quelque part sous le lit. Ceux qui 
ne s'endorment pas sont avertis que le Boogy-Man pourrait bien les 
manger. 

On dit aux enfants, au moment où ils doivent d'ordinaire s'en- 
dormir : The Sandman is coming : L'homme au sable va venir. 

LV 

LA NEIGE ET LES ENFANTS 

Lorsque les petits enfants du Sud qui n'avaient jamais vu la neige 
se trouvaient dans le Nord des États-Unis, à Boston, ils disaient 
quand il neigeait : Voilà du sucre qui tombé. 

Les enfants font à Boston des Snow-men, qu'ils modèlent de leur 
mieux et auxquels ils ne manquent pas de mettre une pipe dans la 
bouche. 

Les enfants qui se laissent tomber sur la neige disent qu'ils font 
des portraits. 

Alice Robjns. 

LVI 

LES ÉPOUVANTAILS DES ENFANTS TCHÈQUES 

En Bohême, pour effrayer les enfants qui crient pendant le déjeu- 
ner, on leur dit « Volednxce prijde a vezme tè ! » (Polednice va venir 



i 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 261 

et te prendra.) Par Polednice les habitants de ce pays entendent parler 
d'une ogresse fantastique qui apparaît à midi précis et échange avec 
les mères qui ne soignent pas bien leurs enfants ceux-ci contre les 
siens. Polednice punit aussi les enîants qui refusent de réciter l'Ave 
Maria; dans ce cas, on l'appelle Klekànice. Un être semblable est aussi 
Klckdnicek. Les mères menacent les enfants qui restent dehors quand 
sonne l' Angélus : « Klehdnicekjdel » (Klekanicek vient.) 

On dit aussi aux enfants qui n'aiment pas réciter leurs prières que 
Nemodlilka viendra les prendre. 

Pour empêcher les enfants de se baigner dans les eaux profondes, 
on leur dit très souvent : « Hastrman te chyti a utopi » (Hastrman va 
te prendre et te noyer.) La croyance en Hastrman, Vodnik est en 
Bohême très étendue. Hastrman attire, d'après la superstition, les 
enfants avec des rubans de couleurs pour les noyer, et il cache leurs 
âmes au fond de l'eau sous des petits pots renversés. Pendant le dé- 
jeuner, Hastrman a la plus grande puissance. De même on dit aux 
enfants que Hastrman aime surtout à noyer les enfants qui se baignent 
le dimanche ou les autres jours de fête, pendant qu'on célèbre la messe. 

Avant d'entrer dans l'eau, les enfants doivent se signer trois fois 
pour chasser Hastrman. 

Aux environs des montagnes des Géants, on parle aux enfants de 
Krâkonos (Rubezahl) qui récompense les enfante sages et punit les 
méchants. 

Dans quelques régions de Bohême on dit aux enfants qui ne veulent 
pas jeûner avant la veille de Noël que Perechta va venir et ouvrir leur 
ventre, tandis qu'elle montrera « Zlaté prasdfho (le petit cochon d'or) 
aux enfants qui jeûnent. Dans les autres régions, cet être fantastique 
se nomme Sperechta, Morana ou aussi Lucie. 

Chez les Slovaques (dialecte des Tchèques), pour effrayer les en- 
fants, on dit : Ide Bobo ! » (Bobo vient) . Bobo est le même être qu'en 
allemand Baubau dans « Der Baubau kommt ». 

LVII 

DÉFENSES FAITES AUX ENFANTS 

Quand les enfants coupent mal le pain ou quand les filles sifflent 
on dit en Bohême : « Pan7iaMariapldceacertsesmëje?(Lsi Vierge 
pleure et le diable rit.) 

Dans la nuit aucune fille ne doit regarder le miroir en tenant la 
bougie dans la main, ou le diable lui apparaîtra dans ce miroir. On dit: 
« Zjevi se ti cert ! » 

Otton Dubsky. 



262 REVUE DES TRADITIONS POPULA1KE8 

LV1I1 

LES BOITES A SURPRISE 

Tout le monde connaît les boites qui contiennent un diable ou un 
animal à ressorts, comprimé par le couvercle, et qui se développe brus- 
quement quand on l'ouvre. Un passage des Escraignes dijonnoises, 
liv. I, xv, montre que ce jouet était bien connu au xvi e siècle, époque 
à laquelle éciivait Tabourot; il s'agit d'une andouille qu'une cham- 
brière mit dedans comme à force dans un pot qui était devant le feu, 
la pressant avec le couvercle pour le faire entrer. « Qui fut cause 
qu'en relevant au bout d'un quart d'heure ou environ le couvercle, 
l'andouille, trouvant liberté de sortir, se redressa par le bout toute 
droicte : c'est ainsi que vous voyez de ces petits sautereaux que l'on 
en ferme dedans des boîtes. » Ce jouet a-t-il des noms populaires faisant 
image, et se rapportant à la brusquerie de son apparition? 

LIX 

IDÉES D'ENFANTS SUR LA VIE FUTURE 

Ceux qui se sont occupés des idées des enfants ont rarement noté 
celles qu'ils se font de leur destinée quand ils meurent jeunes. Il est 
vraisemblable cependant qu'ils se demandent ce que sont devenus 
leurs petits camarades disparus prématurément, et il y a lieu de sup- 
poser que les parents ont des réponses — peut-être traditionnelles — 
destinées à satisfaire leur curiosité. C'est ainsi qu'en Sicile, on leur dit 
q«e les âmes des adultes et celles des enfants vont habiter les étoiles 
du firmament, et que ces âmes communiquent parfois entre elles et 
passent d'une étoile à l'autre (Pitre, U si e Costumât. III, p. 245); 
Quelle est la conception des enfants sur le rôle qui est réservé à ceux 
qui meurent à l'âge où les petits jeux sont encore leur principale occu- 
pation? leur dit-on que, comme les Innocents de la gracieuse hymne 
catholique, ils jouent avec leur couronne : 

Grex immolatorum tener, 
Aram sub islam simplices 
Palma et coronis luditis. 

P. S. 




REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 263 

L'ÉVOLUTION DU COSTUME (1) 
II 

A BELLE-ILE-EN-MER (2) 

u premier coup d'œil que le voyageur jette au 
Palais, il est frappé par la diversité des coiffures 
bretonnes du Morbihan, du Finistère et même 
des Côtes-du-Nord, qu'il aperçoit dans les rues. 
La coiffure bellîloise y devient une rareté 
(p. 421). 
Un Palaisien et surtout une Palaisienne 

^ ., _- -. peuvent se faire passer partout pour des 

îJ vf*~' naturels de Paris, par le langage, les belles 

manières, et surtout la toilette qui fait tourner la tête aux Belliloises 
comme, du reste, à toutes les filles d'Eve (p. 421). 

Actuellement encore, un Bellilois reconnaît au premier coup d'œil 
les habitants de chaque paroisse, à certains détails du vêtement, de la 
coiffure, etc., ou encore à quelques inflexions de voix, à l'accent (p. 425). 
Si chaque paroisse a son caractère spécial, son cachet particulier, ne 
pourrait-on pas avancer que cela vient peut-être des premiers colons 
qui autrefois peuplèrent Guédel, des habitants primitifs, Irlandais, 
Saxons et enfin Galls de Grande-Bretagne qui s'y réfugièrent au 
vi c siècle. Sans doute ces races se mélangèrent plus ou moins dans 
toute l'île, ainsi que le prouvent les noms de famille, les mêmes dans 
les quatre paroisses. Mais nous sommes porté à croire qu'à Palais et 
surtout à Locmaria, on trouverait plutôt des traces de Vénètes, à Ban- 
gor des Irlandais, et à Sauzon des Galls et des Saxons. Les mariages de 
paroisse à paroisse ayant toujours été et étant encore assez rare?, 
chaque agglomération a gardé ses marques d'origine. 

Nous continuons à citer le P. Le Gallen : « La mode de la campagne 
est si extraordinaire dans cette île qu'on n'en voit pas une pareille en 
tout autre pays. Ce sont des coiffes ouvertes et rotondes qui, bien em- 
pesées, se soutiennent d'elles-mêmes et laissent le contour de la tête 
découvert, dont le fond est un gros bourrelet rond et plat pour sou- 
tenir et arranger leurs cheveux qui y sont cachés. La coiffure des filles 
de Saint- Vincent de Paul a beaucoup de rapports à celle de ces pay- 
sannes. C'est' principalement dans les campagnes de Locmaria et 

* 

(1) Cf., t. XXIII, p. 170. 

(2) Léa.ndrz Le Galle*, Belle-Ile en Mer, Vannes, Lafolyp, 1906. 



2(M REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

de Bangor où le sexe conserve avec plus de constance cette ancienne 
mode, car les Sauzonnaises commencent, depuis quelques années, à 
se coiffer et à s'habiller même comme les artisancs des bourgs du Pa- 
lais et de Sauzon, au lieu que les partisanes de la mode antique portent 
un corset bourré de baleines qui les serre étroitement. 

« L'ajustement des hommes n'a rien de singulier, sinon qu'un rabat 
leur tient lieu de cravate et que leurs Imbits sont toujours de droguet.» 
- Si, sous le rapport de la toilette, les Belliloises se distinguaient déjà 
il y a deux cents ans, que ne pourrait-on dire sur ce sujet au vingtième 
siècle ? 

De même que les catalogues des grands magasins de Paris gouver- 
nent la mode chez les nègres de la Guinée tout aussi bien qu'en 
France, dans notre petit pays perdu au milieu des mers, les dames 
et les demoiselles, femmes et filles de paysans ou de pêcheurs, ou- 
vrières, ravaudeuses de filets, etc., tout ce monde féminin ne jure 
que par le Louvre et le Bon Marché, et autres. 

Non contentes d'adapter à la mode du pays tous les brimborions 
accessoires des modes de la ville, nos Belliloises ne rêvent pour elles 
et leurs petits bébés, que les attiffements dessinés ou décrits dans 
les journaux do modes. 

Alors que souvent le nécessaire manque dans le ménage endetté, 
le superflu devient indispensable (p. 428). 

Pour ce qui est de l'ancienne coiffure des femmes décrite par le P. Le 
Gallen, il y a longtemps qu'elle a complètement disparu de Pile, où elle 
a été remplacée par la coiffure vendéenne que l'on porte encore, et qui 
a été importée par les familles de la Vendée établies à Belle-Ile par les 
Gondi. Cette coiffe a subi et subit encore des modifications, suivant les 
caprices féminins, et l'on peut prévoir le jour où, perdant son caractère 
original, elle deviendra un vulgaire bonnet de bonne d'enfants (p. 429). 

Il y a aussi bien longtemps que les hommes ne portent plus ces 
habits de droguet dont parle le P. Le Gallen.On s'habille à Belle-Ile 
comme à Paris, et le « complet » y règne tout aussi bien qu'à Brives-la- 
Gaillarde ou à Castelnaudary. Les Arcadiens avaient appris aux insu- 
laires à fabriquer une étoffe de laine rude et grossière, de couleur bleue 
ou grise relevée de raies rouges ou blanches, et que les Bel 111 ois nom- 
mèrent « acadi », mais les cotonnades l'ont fait disparaître comme aussi 
les habits de travail, blouses et pantalon de grosse toile blanche. 

Autrefois les paysans fabriquaient des chapeaux de paille tressée ou 
de joncs des dunes de Port-Donnant, cousus et formant une coiffure 
raide et lourde. De nos jours, on ne voit plus que des feutres, des cas- 
quettes de jockeys et quelques bérets. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



265 



Nous nous souvenons aussi qu'autrefois les femmes portaient une 
espèce de vêtement en cotonnade fond blanc pointillé de noir, qu'on 
appelait « mantelet »; il était de forme longue, les bouts tombant par 
devant jusqu'aux pieds, avec un grand capuchon rond à fond plissé 
qu'on relevait par dessus la coiffe pour les cérémonies, les enterrements 
et dans les grands deuils. 

« Les vêtements des hommes, les jours ouvrables, sont faits d'une 
étoffe de laine grise-beige. Les dimanches, ils sont tous bien vêtus en 
drap bleu et les femmes, en cotonnades, en mérinos ou autres étoffes 
nouvelles en laine, avec des tabliers de soie, pour la plupart, et une 
coiffe dont la forme est assez pittoresque. Les deux sexes sont vêtus 
avec une grande élégance (1). » 

Pierre Laurent. 



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LES MARQUES DE PROPRIÉTÉ 
XXV 

EN ANJOU 



A. J. Verrier, auteur, avec la collaboration 
de M. R. Onillon, du monumental Glossaire 
Etymologique et Historique des Patois et des 
parlers de V Anjou, dont le tome I vient de 
paraître à Angers, me communique sur les 
divers procédés de marquage en Anjou des 
renseignements intéressants. Quelques-uns 
d'entre eux ont été utilisés déjà dans le 
tome I ; la plupart paraîtront dans le tome II 
du Glossaire, qui traitera du folk-lore angevin. 
T. I, p. 485, s. v. Huasse; note : En général, les petits canards ne 
sont pas élevés à la maison ; on les envoie tout petits à la rivière avec 
leur mère qui les conduit, et les réchauffe, et leur apprend à se suf- 
fire. Quand ils sont gros, on va les chercher dans les prés, les fossés, la 
rivière, et on les ramène en masse. Chacun reconnaît les siens grâce 
à un mer (marque) fait sitôt après l'éclosion. 
Des renseignements que m'a envoyés M. Verrier, il ressort que par 




(1) Chasle db la Touche, maire de Palais de 1826 à 1830, cilé par le P. La Gallen, 
p. 43) . 



266 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

mer ou mêrc (le c est muet, mais montre la parenté avec marque) il 
faut entendre une entaille dans les membranes des pattes, membranes 
qu'on appelle toiles. Suivant la forme de la marque, l'entaille se fait 
avec des ciseaux ou avec un couteau bien aiguisé, en appuyant la patte 
du canard sur le sabot. Tantôt on fait plusieurs fentes dans les toiles, 
tantôt on coupe les ongles des doigts ou des talons, ou on entaille le 
doigt interne fhambion ou hampion), ou on fait une encoche dans le 
bec. Le plus souvent on combine ces divers systèmes. A : deux fentes 
en dedans à la patte gauche et ablation du talon droit; B : une fente 
en dehors à la patte droite, une fente en dedans à la patte gauche, 
ablation de l'ongle en dehors à la patte gauche; C : deux fentes en de- 
dans à la patte droite, ablation du talon gauche, hambionné de la patte 
gauche. 

On remarquera cet usage du mot hambionné, qui s'emploie entre 
Briollay et Ecouflant ; l'hambion est dit lippe à Briollay ; dans ces deux 
communes on pratique en grand l'élevage du canard, d'où la formation 
d'une terminologie spéciale, qui rappelle par sa formation celle du 
blason (cf. mon Tabou et Totémisme à Madagascar, chap. IX). Le pro- 
cédé 'de signalement des canards et des oies par des entailles aux 
pattes est assez répandu (cf., entre autres, Andrée, Ethnogr. ParaU., 
2 e sér., p. 77); par contre l'encoche sur le bec est rare; souvent 
aussi on coupe les plumes d'une certaine manière, procédé dont M. Ver- 
rier ne parle pas pour l'Anjou. 

Par contre, il me signale l'existence, aux archives de la mairie de 
chaque commune, d'un « livre avec lithographies » et cet autre fait 
que « quelques particuliers ont des cahiers, recueils des mers employés 
dans le pays et aux environs par les éleveurs de canards ». C'est le 
seul cas français de cet ordre que je connaisse, bien qu'on m'ait affirmé 
que, dans nombre de communes, et, parait-il, conformément à une loi 
que je n'ai pu découvrir (peut-être ne s'agit-il en réalité que d'une 
coutume), il existe des livres de marques sur bêtes à cornes, chevaux 
et porcs. Peut-être quelque lecteur de la Revue trouvera-t-il, et pu- 
bliera-t-il, un de ces recueils. Les marques sur volailles ne mènent 
malheureusement pas loin : mais celles sur quadrupèdes sont souvent 
des restes d'anciens alphabets et des signes runiformes dont l'étude 
peut éclairer l'histoire de la formation des divers systèmes d'écriture. 

A. van Gennep. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 267 



SUPERSTITIONS DE CIVILISÉS 
II 

PETITES SUPERSTITIONS D'UN ÉCRIVAIN FRANÇAIS 

« Dans cette nuit mémorable du 26 avril (1), on ne dormait guère 
chez ma grahd'mère. Enfin, satislaisante ou non, il y eut une nouvelle 
à porter à Charles Nodier, qui se promenoit de long en large dans sa 
chambre avec l'attitude d'une âme en peine, et fort en peine. 

On lui annonce depuis le bas de l'escalier qu'il a une fille, en ajou- 
tant que la mère le demande; il saisit sa lampe, descend, le cœur palpi- 
tant, et, au moment où il va tourner le bouton de la porte qui le sépare 
encore de sa femme qui l'appelle et de son enfant qui vient de naître, 
il s'arrête consterné. Il a vu courir sur la boiserie le blaps mortis aga, 
l'insecte qui présage la mort. 

L'impression fut cruelle, et sa physionomie en avoit gardé l'em- 
preinte quand il arriva au chevet de ma mère. Elle ne pouvoit pas s'y 
tromper. 

— Qu'as-tu donc? lui demanda-t-elle avec inquiétude et en le re- 
gardant jusqu'au fond du cœur; est-ce comme cela qu'on nous reçoit, 
ma fille et moi? 

Mon père étoit violemment ému et pour plus d'une cause; d'ail- 
1 eurs il ne savoit pas mentir. Il pencha sa tête sur l'oreiller et raconta 
d'une voix tremblante la triste rencontre qu'il venoit de faire. 

— Mais, mon pauvre Charles, reprit ma mère avec cet accent d'au- 
torité tendre qui lui alloit si bien, de toutes les choses de la vie, celle 
qui présage le plus sûrement la mort, c'est la naissance. Ton blaps ne 
nous apprend rien. 

— Allons, c'est vrai, dit mon père en l'embrassant et en se relevant 
presque rassuré; c'est toi qui es sage et qui as raison. 

Charles Nodier étoit réellement superstitieux, et son esprit se plai- 
soit peut-être à exagérer cette disposition. Il fournissoit à l'appui de 
sa foiblesse des motifs tellement convaincus et si puissamment 
convaincants, qu'on eût fini par se trouver tout à fait déraisonnable 
de ne pas la partager. 

(1) La nuit du 26 avril 1811, peudunt laquelle est née Marie Nodier, auteur du livre 
d'où tel extrait ebt tiré. 



268 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

La note suivante, que j'ai retrouvée, écrite de sa main et mêlée à 
d'autres documents, fixe le souvenir d'un fait saisissant qui appar- 
tient au même ordre d'idées. 

« Le 6 floréal 1803, j'ai dîné chez Legarque, aux Tuileries, avec 
douze personnes qui étoient toutes dans la force de l'âge, et qui sont 
mortes cinq dans la première année, cinq dans la seconde, la onzième 
et la douzième moins de dix ans après. » 

(M ae Mbnnbssibr-Nodibr, Charles Nodier, épisodes et souvenirs de sa oie, 
1867, p. 122.) 

Ed. Edmont. 



MÉDECINE SUPERSTITIEUSE 
CV 

DANS LES VOSGES 

n homme des Vosges qui vit peut-être encore, avait 
le pouvoir de barrer toutes les maladies, c'est-à- 
dire qu'en mouillant son pouce avec sa salive 
et faisant une croix sur l'endroit dont on souffrait, 
il arrêtait le mal; quand les gens étaient croyants, 
ils récitaient avec lui cinq Pater et cinq Ave\ s'ils 
ne les disaient pas, il les guérissait « en bêtes », c'est- 
à-dire qu'il était seul à dire les cinq Pater et les 
cinq Ave\ il était bedeau, fossoyeur, barbier et surtout barreur 
de maladies; malgré tous ses emplois, il était pauvre; un de 
ses principaux talents médicaux consistait à guérir les entorses 
et il a donné le détail de son moyen sous le plus grand secret à un 
docteur en médecine qui me l'a livré, sans exiger de ma part la discré- 
tion. Quand on avait une entorse, on allait trouver le bonhomme et 
il vous disait : « Croyez-vous en Dieu, ou n'y croyez-vous pas? Si vous 
êtes croyant, je vous guérirai en homme; si vous ne l'êtes pas, je vous 
guérirai en bête. » Il emmenait le malade sur une pelouse, lui faisait 
poser le pied blessé par terre, se mettait à genoux, prenait son couteau 
et marquait le contour du pied par une entaille assez profonde, il en- 
levait la motte de gazon, la retournait, et disait cette formule : 

Tu as été retourné et tu es retourné, anté, désanté et supéranté, désan- 




RBYUE DES TRADITIONS POPULAIRES 269 

télé; que cette entorse, se torse, se dètorse et se perde dans les entrailles 
de la terre; si vous êtes croyant, dites cinq Pater et cinq Ave avec moi 
en l'honneur de la mort et passion de N.-S. J.-C. ; si vous n'êtes pas 
croyant, je vous guéris en bête et je vais seul dire les cinq Pater et Ave, 
le mal est barré et vous serez guéri demain (ce qui arrivait infailli- 
blement). Il n'envoyait pas toujours les entorses dans les entrailles 
de la terre; quelquefois il les envoyait se noyer en les jetant en l'air 
dans la rivière la Saône, ou il les envoyait dans la cime d'un chêne de 
la forêt, où il montrait des chênes morts en disant : « Ce c'sont des 
entorses que je leur ai passées et qui les ont tués, c'est fâcheux, mais il 
vaut mieux guérir les gens et tuer les arbres ». 

Il guérit aussi de la Puce Maligne, c'est une espèce de charbon, 
de gangrène, de cancer; on invoque le bon Dieu et saint Pierre et il 
paraît que l'invocation est très curieuse. Il barre les maladies aux 
personnes et aux animaux. Les verrues, appelées poireaux dans les 
Vosges, se guérissent par l'application d'un fil; on pose 'ce fil en croix 
sur chaque verrue et on fait au fil autant de nœuds qu'il y a de poireaux. 
Le guérisseur dit cinq Pater et cinq Ave seul, si le malade est guéri en 
bête, et avec lui, s'il est croyant; il enterre le fil au pied d'une chau- 
lote (gouttière) pour qu'il pourrisse plus vite, et à mesure qu'il pourrit 
les poireaux disparaissent; mais il ne faut pas que la personne opérée 
pense qu'il y a un fil qui pourrit à son intention, sans cela l'effet est 
détruit. 

On peut employer n'importe quel fil; cette croyance existe dans les 
Vosges chez des gens civilisés. 



CVI 



EN ILLE-ET-VILAINE 

A Bécherel, quand on a une entorse, on va se baigner le membre 
malade dans l'eau courante sous la roue d'un moulin. 

M me P. S. 




270 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



PÈLERINS ET PÈLERINAGES 
CCXXVI 

PÈLERINAGES DU MORBIHAN EN 1818 




e 11 juillet, ma femme s'en fut à Clermont, moi, 
h Pontivy. En passant à Locminé (Morbihan), 
j'eus la curiosité de juger par moi-même de la 
véracité des histoires de fous enchaînés dans 
l'église pour les guérir. Je demandai, en arrivant, 
à la maîtresse de la poste, s'il y en avait à ce 
moment. Elle me répondit, comme à une chose 
simple : « Je n'en suis pas bien sûre, pour le 
moment, je le crois; on en amène de fort loin 
pour les guérir.» Elle offrit de me mener à l'église. 
La femme du sacristain, d'une figure douce, 
assez propre, une Basse Bretonne, prit les clefs et nous con- 
duisit en chantant les bienfaits de saint Columban envers les 
fous. Nous traversâmes la fort modeste église; nous montra la 
porte d'un cachot honoré du nom de chapelle, destiné aux hommes 
et séparé de celui des femmes par une cloison qui ne montait pas 
jusqu'au plafond. Là, sur la paille, gisait une malheureuse de soixante- 
dix ans, les mains enchaînées. Des chaînes trop courtes pour permettre 
à cette pauvre femme de se lever étaient fixées au mur; elle n'avait 
pour nourriture que ce que lui apportait sa fille, aussi dans la misère. 
J'offris une pièce de monnaie à la pauvre folle; elle la refusa, nous 
priant de la laisser tranquille et s'informant de l'époque de sa sortie. On 
lui répondit que, le lendemain, les huit jours obligatoires pour sa gué- 
rison seraient écoulés. Je scandalisai la maîtresse de poste et la femme 
du sacristain en trouvant ce traitement inhumain. II faut leur rendre 
justice, il n'y a pas dureté de leur part, mais profonde conviction du 
bien qui doit en résulter pour ces infortunés. La femme du sacristain 
me raconta que son mari mettait aussi des fers aux pieds aux méchants. 
Je quittai ce spectacle d'horreur, étonné qu'une pareille chose existât 
au dix-neuvième siècle, en pays civilisé. On en parla au marquis de 
Guer, préfet du Morbihan, Breton fort borné. Sa seule réponse fut : 
« Cela s'est passé de tout temps. » Un mois après ma visite, l'ayant écrit 
à Paris à mes amis, une défense positive d'enchaîner les fous arriva du 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 27l 

ministère à Locminé. Le maire fit remettre la clef de la prétendue cha- 
pelle au brigadier de gendarmerie, afin de n'avoir pas devant Dieu la 
responsabilité de s'opposer lui-même à un moyen donné par le Tout- 
Puissant pour guérir des infortunés. Le sous-préfet, qui était venu 
s'assurer do l'exécution do l'ordre, dînait chez lui; il parla de ce traite- 
ment comme d'une cruauté. La femme du maire se leva do table, 
disant qu'elle ne pouvait supporter un pareil blasphème. 

11 y avait, au village de Stival, une chapelle renommée pour guérir 
les sourds. On mettait le patient sous une cloche miraculeuse, dont les 
sons lui rendaient l'ouïe; après toutefois qu'il avait payé à la fabrique 
une indemnité convenable. 

Le 2 août, je fus à Nicodème, village à trois lieues de Pontivy, où il y 
a un pardon. Les paysans offrent de jeunes bestiaux au saint. Le curé 
les donne, à titre de récompense, à nourrir pour rien à ceux de ses 
paroissiens qui se conduisent le mieux. Ils gardent ces bestiaux jusqu'à 
l'époque où ils sont assez grands pour être vendus un bon prix, au 
profit de la fabrique. Nous arrivâmes à l'église au moment des vêpres; 
elle était ornée do petits bœufs en bois avec des bandelettes au cou. 

[Jow*nal du maréchal camte de Ca*Utlane, année 1 SIS. 11 commandait alors 
le régiment de hussards de Pontivy.) 



CCXXVI 

LE CROISTY 

On nous écrit : 

« Monsieur le Directeur, 

« Le Croisty, gentil petit bourg, perché sur le sommet des Montagnes 
Noires, a l'honneur d'avoir pour patron le glorieux saint Jean-Bap- 
tiste. La solennité de sa fête so fait le dimanche qui suit le 24 (cette 
année le 28). 

« Les chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem ont assez longtemps 
habité cette riante et pittoresque bourgade. 

« L'église paroissiale et le gros village de Kornospital conservent 
encore toutes sortes de traces de ces moines-soldats. 

« Do temps immémorial, do nombreux pèlerins accourent ici pour 
honorer saint Jean-Baptiste. 

« Aujourd'hui, grâce aux facilités des moyens de communication 



272 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

(la localité est desservie par la gare de Kerven), on y vient>encore même 
de très loin pour demander la grâce du baptême pour les enfants. Cette 
année, la fête aura encore plus d'éclat que d'habitude. La première 
messe sera dite à 6 heures, la grand' messe à 10 h. 1 /2, les vêpres à 
3 heures. Puis le tout sera terminé par une procession solennelle à la 
fontaine du saint. 

« La beauté du coup d'œil et la piété des pèlerins valent bien la peine 
qu'on fasse le voyage du Croisty pour cette circonstance. > 

(Le Nouvelliste du Morbihan, jeudi 18 juin 1908.) 
Pierre Laurent. 



LES MÉTÉORES 
XL 

AU PERCHE 

(Voir année 1902, page 452.) 
Jje tonnerre. 

On place un morceau de ferraille dans le nid des poules couveuses 
pour empêcher que les poulets ne soient tués dans les œufs. 

Par un temps d'orage, on prend beaucoup de poissons à la pêche. 

Un haut monument, une colline barre le chemin à l'orage; il est très 
long à passer et séjourne en cet endroit jusqu'à ce qu'il ait franchi 

l'obstacle. 

Quand il tonne et éclaire sans qu'il tombe d'eau, c'est un orage sec. 
Ces orages sont plus dangereux que les autres. 

Pendant l'orage, on allume un cierge béni le jour de la Chandeleur: 
c'est un préservatif contre la foudre. 

Le jour des Rameaux, on divise le buis béni en plusieurs petites 
branches et on en accroche dans tous les appartements et également 
dans les écuries, dans la grange et dans les fénils, pour les préserver du 
tonnerre; les tisons des feux de la Saint- Jean sont aussi des préservatifs 
en temps d'orage. 

A chaque éclair on fait le signe de la croix. . 

Quand il tonne en mars, il tonne en tous mois. 



REVUE DES TRADITIONS POPUI AIRES 273 

Le ciel rouge. 

Le ciel rouge, au coucher du soleil, annonce du beau temps pour 
le lendemain. Si cette rougeur embrase tout le ciel comme un vaste 
incendie, c'est signe de guerre. En 1870 r la guerre a été ainsi annoncée, 
et pendant l'occupation des Allemands, le même phénomène a été 
observé ; on l'attribuait à des combats lointains ou à des incendies de 
forêts, dont les flammes se reflétaient ainsi au ciel 

JJ arc-en-ciel . 

L'arc-en-ciel pompe l'eau. Lorsque l'une des extrémités repose dans 
dans un étang ou une rivière, il pompe de l'eau. L'arc-en-ciel 
annonce de l'eau pour le lendemain. 

Arc-en-ciel le matin, 
C'est la pluie en chemin 
Arc-en-ciel du soir, 
Bon espoir. 

Comètes. 

La comète de 1858 effraya beaucoup les populations; on disait que 
que c'était « le doigt de Dieu ». 

Les étoiles filantes. 

Quand une étoile file, c'est une personne qui meurt. 
Ou bien, c'est une âme du purgatoire qui regagne le paradis. 
Lorsqu'on aperçoit une étoile filante, si l'on fait une courte prière, 
un délivre une âme du purgatoire. 
Si, dans un même moment, on forme un vœu, il sera exaucé. 

La lune. 

Lorsqu'elle est en croissant, ce n'est ni l'instant d'abattre le bois, qui 
6e piquerait aux vers, ni de semer des pois, qui ne feraient que 
monter sans donner de grains. On sème en croissant tout ce qui 
pousse en terre, comme les pommes de terre, les carottes, les 
navettes, etc., et en décours tout ce qui pousse en l'air, comme les 
haricots, les pois, la salade, etc. 

Tous XXIII. - Août 1008. 18 



$74 REVUE DES TRADlflONS POPULAIRES 

En décours, c'est le moment favorable de soutirer le vin, le cidre et 
do le mettre en bouteille et également d'abattre le bois, tondre les 
moutons, de greffer. Se couper les ongles en décours donne des envies. 

La lune ment : lorsqu'elle a la forme d'un D, qui semblerait dire 
Dècours, elle croit, et lorsqu'elle décroit, elle a la forme d'un C qui sem- 
blerait plutôt signifier Cours. 

L'éclipsé de lune passe inaperçue; les gens n'y prêtent aucune 
attention. 

Le clair de lune donne le cauchemar. 

La lune c'est le soleil des loups. 

Si la pluie, ou le beau temps prend avec la lune, c'est une période de 
pluie ou de sécheresse. 

La nuit. 

D'une nuit obscure, on dit : Il fait noir comme dans un four, on ne 
reconnaîtrait pas un chien d'un loup; on ne voit pas le blanc des yeux. 

Le brouillard. 

On ne voit pas à se conduire. 

On ne voit pas à dix pas devant soi. 

Si le brouillard remonte, c'est de l'eau dans la journée. 

S'il tombe, c'est du beau temps. 

La pluie. 

Lorsque l'eau fait rage, on dit qu'elle tombe comme s'il n'en était 
jamais tombé, comme si on la jetait à seillées. Ça pisse. La pluie 
amène souvent cette plaisanterie rebattue : Ça tombe, c'est de 
laisser tomber, ou bien : c'est de faire comme à Paris, c'est de la 
laisser tomber. 

Lorsque le temps se noircit, on entend dire aux gens : Il va donc 
tomber des crêpes, variante : des prêtres ou bien encore des halle- 
bardes. 

Lorsqu'il tombe de l'eau le jour de la Saint-Médard, 8 juin, il en 
tombe pendant quarante jours, à moins qu'à la Saint-Barnabe il ne 
fasse beau, ce qui ramène le beau temps. 

Saint Médard jette l'eau à seaux, mais saint Barnabe arrive et tente 
de s'y opposer; il n'a pas toujours le dessus. 



REVUS dés TRADITIONS populaires 215 

Si le soleil brille pendant la pluie, c'est le diable qui bat sa femme et 
marie sa fille. 

Une petite pluie le matin est de peu d'importance. 

Petite pluie du matin 

N'a jamais arrêté le pèlerin. 

Rosée du matin 

Bon temps pour le pèlerin. 

D'une pluie qui arrive à propos, « C'est de l'or qui tombe ». 

D'une eau froide qui transperce : « Ça vous navre, ça vous morfond. » 

On a remarqué qu'en temps de sécheresse, certaines contrées rece- 
vaient moins d'eau et, en dernier lieu, Nogent-le-Rotrou est dans 
ce cas. Si l'on apprend que tel ou tel lieu ont eu de l'eau en abondance, 
les gens n'en témoignent point de surprise. « Nous ne serons servis 
qu'en dernier, dit-on; il faut que tous les autres en aient avant nous. » 

Quand le temps est dérangé par l'orage, il faut un autre orage pour 
le remettre. 

L'eau du ciel est la meilleure à boire. 

S'il tombe de l'eau tous les jours : l'année est mouillée. Les années 
mouillées ne valent pas les années sèches. 

Le soleil 

S'il pleut au coucher du soleil : le soleil se couche dans l'eau. 
D'un temps de pluie persistante : Le soleil tombe par morceaux. 
D'un soleil caché par les nuages : le soleil a peine à se montrer; le 
soleil est pâle. 

Le cent. 

D'un vent violent et qui brise tout, on dit : c'est un vent déchaîné, 
un vent à décorner les bœufs. 

Si le vent est piqué au nord pendant la messe des Rameaux, il souf- 
flera dans cette même direction une partie de l'année, et l'année sera 
sèche. Si, au contraire, il souffle de galerne ou de l'ouest, c'est de l'eau 
pour toute l'année. 

Comme le vent se couche à la Saint-Denis, ainsi il se couchera une 
grande partie de l'année. 

Le vent pousse à la mélancolie. Lorsqu'il fait grand vent, on dit que 
c'est un temps de pendus. Il y aura des pendus ou des noyés. Lorsqu'il 
y a un pendu, il y a toujours un noyé. 

On envoie au 1 er avril chercher « la corde à virer le vent ». 



276 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



La neige. » ! 

Lorsqu'il neige, on dit : Il tombe de la misère 

Des flocons qui voltigent au printemps : Ce sont des fleurs de 
patience. La Sainte Vierge bat ses lits de plumes. 

La neige endort. En hiver, on dort d'un sommeil de plomb, lorsque 
la neige couvre la terre. 

La grêle. 

Pour indiquer d'énormes grêlons : comme des œufs de pigeons, 
comme des noix. Si le temps est rouge pendant l'orage, c'est de 
la grêle. 

La température. 

Les douze premiers jours de janvier indiquent le temps qu'il fera dans 
les douze mois de l'année. 

La température du 1 er janvier est celle de tout le mois. Celle du 2 
correspond à février et ainsi pour les autres jours et les autres mois. 



La montée de la sève. 

La sève s'arrête subitement et les peleurs de chêne doivent 
suspendre leur besogne, lorsque vient à passer un troupeau de 
moutons; cette odeur de troupeau ferait également crever tout le 
repeuplement de poissons qu'on transporte, s'ils venaient à passer à 
côté. 

Filleul Petigny. 




REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



CHANSONS POPULAIRES BRETONNES 




MILIEU DU XIX e SIÈCLE 

es notes qui suivent, relatives à des chants 
populaires bretons, ont été copiées par mci 
sur un registre manuscrit provenant de la suc- 
cession de l'abbé Corneille Lotodé, mort à 
Erdeven, canton de Relz (Morbihan), le 
24 novembre 1874. Ce registre m'a été obli- 
geamment communiqué par un petit-neveu 
du défunt, l'aquarelliste alréen, Joseph Forges. 
Né à Carnac, en 1795, l'abbé Lotodé, après 
avoir été vicaire à Kerfourn et à Sauzon, 
s'était retiré à Erdeven. L'abbé Lotodé n'ayant pas traduit les vers 
bretons qu'il cite, j'en ai fait la traduction pour les lecteurs de la 
Revue des Traditions Populaires. Je laisse en tête des notes le titre 
sous lequel elles sont groupées 

Chant Populaire Breton (sic). 

Le domestique du Recteur de Plémeur (sic) sait toutes les chansons 
populaires. ' 

Cottier, prêtre de Sarzeau, sait un chant sur le rossignol. 
Chant sur un prêtre mort de froid à Grand-Champ. 

Loperhedis cri a galon 
Ne lojant ket er véléon.* 

Les gens de Loperhet ail cœur dur 
Ne logent pas les prêtres. 

Chant sur Minour en turlucan 

M en dourn êr plad er hétan 
M en dourn ér plad en déuehan. 

Ma main au plat la première, 
Ma main au plat la dernière. 

Citant sur les gens de Crah (sic) qui prirent la fuite à entendre les 
coups de canon des Anglais 
Chant sur Locmariaquer. 
Chant sur la mort de Louis XVI. 
Chant sur un vicaire qui va à la mort 



278 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



Um assamblein a hrér eit monet (Tern dibenn, 
Bac ma hon bet fidel de Zoé ha dé lizen. 

On se réunit pour aller me décapiter, 
Parce que j'ai été fidèle à Dieu et à sa loi. 

Chant argant papér : 

Demander à Jean Grouhel du bourg de Riantec. 

Chant sur le marquis de ponquellec (sic) (demander à Texier, vicaire 
de Languidic.) 

Chant sûr l'envoyé des seigneurs bretons voulant soulever la Bre- 
tagne ; il fut pris à Sarzeau ou chez le recteur de Plemel (sic). 

Chant sur le Roi Louis XVI (de Plouinec) (sic). 

Er Roê Loeis uézec a zou condanet dré er bobi 

De veruel or lein ur ckaffaut. 

Bugalé keh petra e mes groeit toh 

Pen don casset quement guenoh. 

Guearal pé oah bugalé 

Mè oè croedur el oh éué 

Ha nezé hui me respecté, 

El hou curatour hag hou Roè. 

Muoh a dud a laher iniu en dé 

Eit en uguent vlé ma hon bet Boé. 

E han de veruel innoçant * 

Adieu bedic er jugement. 

Le Roi Louis seize est condamné par le peuple, 

A mourir au sommet d'un échafaud. 

Pauvres enfants que vous ai-je fait, 

Pour être l'objet d'une telle haine de votre part? 

Naguère quand vous étiez enfants, 

J'étais un bambin comme vous aussi 

Et vous me respectiez, 

Comme votre protecteur et votre Roi. 

On tue plus de monde aujourd'hui 

Que pendant mes vingt années de règne. 

Je vais mourir innocent . 

Adieu jusqu'au jugement. 

Loperhedis, pen de ut der guér, 
E oé erh bras é obér 

Gens de Loperhet, puisque vous rentrez à la maison, 
Il neigeait très fortement. 

Louison Le Bihan, née Le Garrcc, sait cette chanson. 



BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 279 

Courage, courage, me homarad, 
Me gleu er chass è harhad. 

Courage, courage, mon camarade, 
J'entends les chiens aboyer. 

Chant d'auprès de Vannes. 

Chant l'ivrogne, sau anezè corvadour, lève-toi ivrogne au ventre 
plein. 

Pierre Laurent. 



LE FOLK-LORE DU GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG (1) 

VI 

LES HANNETONS 

Les enfants chantent en faisant voler les hannetons : 

Akeschesser fleh ! 

dei Pap den as am kreg ; 

Deng Mam de as am Pommerland, 

Bat Pommerland as of gebrannt. 

Hanneton vole ! 

Ton père est en guerre 

Ta mère est en Poméranie, 

La Poméranie est complètement brûlée. 

On prétend dans le grand-duché que cette petite formùlette est un 
souvenir de la Guerre de Trente ans. A cette époque, toute la popu- 
lation fut sous les armes et la Poméranie ravagée par les protestants. 

VII 

POUR PRÉSERVER LA MAISON DE L'iNCENDIE 

A Kleinbettingen (canton de Luxembourg), la femme de la maison 
a l'habitude de jeter dans le feu du foyer, avant de se coucher, quel- 
ques gouttes d'eau bénite. Par cette pratique on n'a pas à redouter 
l'incendie de la maison, la nuit. 

A Kleinbettingen, on verse un peu d'eau bénite dans l'huile de la 

(1) Suite, cf. t. XXII, p. 362, 412,467; t. XXIII, p. 93. 



280 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

lampe pour éviter l'incendie par l'explosion des lampes à pétrole, ou 
pour prévenir l'explosion elle-même. 

VIII 

LA MAISON ROl T OE 

A Echternach (prononcez Eschternach), on montre une vieille 
maison ruinée, bâtie en pierres rouges. Cette maison fut construite 
comme les autres maisons, et au début, elle était de couleur blanche 
ou grise, ele ne dut cette couleur rouge qu'aux circonstances que nous 
allons conter. Un juif et sa femme habitaient au début cette maison. 
La femme, gravement malade, se convertit au christianisme à l'insu 
de son mari; sentant sa fin proche, ele fit appeler le prêtre. Le mari, 
dès qu'il aperçut le prêtre au chevet de sa femme, entra dans une 
colère terrible, brandit un coutelas et coupa la gorge à l'intrus. Le 
sang se mit à couler si abondamment de la blessure, qu'en quelques 
instants, la chambre, les corridors, les caves, le grenier, en furent 
inondés. A cette vue, le juif, fou de 1 erreur, prit la fuite; 
on ne le revit jamais. On pense, qu'il se jeta dans la rivière. Peu à peu 
le sang disparut de la maison, mais la couleur rouge resta à la façade 
et aux murs extérieurs, Dieu voulant ainsi signaler aux yeux de tous 
la maison maudite. 

IX 

LA CROIX DES COI'VREIRS 

Lorsque les ardoisiers réparent les toits des tours ou des maisons 
ils attachent au sommet de la tour ou du toit, une corde, à laquelle 
tst attaché un crucifix (il pend dans la rue). 

Ce crucifix a une double signification : 

1° Préserver les ouvriers du danger qu'ils courent; 

2° Indiquer aux passants que des hommes se trouvent là-haut, en 
péril de leurs jours et réclamer des prières aux passants à leur inten- 
tion. (Environs de Luxembourg.) 

Alfred Haroii. 







REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 281 

ANCIENNES FÊTES DE PICARDIE 

I 

LA FÊTE AUX CORNETS, A CORBIE (SOMME) 

•^* 'était une cavalcade que Ton appelait aussi 
* * \ le Quarel de Saint-Genlien. « Quarellum y sui- 
vant les lettres du roi Philippe V du mois de 
mai 1318, portant déclaration des biens et 
revenus de la chapelle d u palias de Choisi- 
au-Bac, étoit la portion d'un muid de vin 
d'Auxerrc, ce qui pouvoit être à Corbie un 
quartaud de vin du pays qui aura été distri- 
bué à la cavalcade, lorsque les cornets n'au- 
ront plus été en usage. Elle est interrompue depuis longtemps. On en 
faisoit monter l'origine à l'arrivée des reliques du saint à Corbie, c'est-à- 
dire à la fin du ix e siècle. Le 7 de mai, veille de la translation de saint 
Gentien, après les vêpres, un grand nombre d'habitans de Corbie, qui 
tenoient de l'abbaye à demi-cens certaines portions de terre, mon- 
toient à < heval, se rendoient à la porte de l'abbaye, chacun une corne 
de bœuf à la main; la parade faite, et les cornes remplies de vin, la 
compagnie s'en retournoit bien contente. De là le nom de fête aux 
cornets, donné à cette cérémonie d'obligation. 

II 

course nr chapelet, a saint-qi t entin 

La course du chapelet étoit une course des jours gras, particulière 
à la jeunesse de la ville de Saint-Quentin. On nommoit chapelet un 
chapeau fait de fleurs, de soie et de broderies, ou, selon le Mercure 
galant, une couronne faite de satin, avec une légère broderie d'or et 
d'argent. C'étoit le prix du vainqueur, qui devoit être natif de Saint- 
Quentin. Trois semaines avant le Mardi-Gras, la jeunesse nubile 
s'assembloit à la suite du roi qui avoit gagné le chapelet l'année pré- 
cédente. Dès ce moment ce n'étoit plus que fêtes. Le jour du Mardi- 
Gras, au matin, la ville retentissoit du son des tambours et des trom- 
pettes. Sur les dix heures, cette jeunesse richement vêtue assistoit en 
bon ordre à la messe en musique qu'elle faisoit célébrer dans l'église 



282 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

collégiale. L'heure de midi sonnée, elle montoit à cheval au son des 
instruments, sortoit de la ville par la porte Saint-Jean, pour se rendre 
en la Couture, lieu indique pour la lice. Après avoir fait le tour du 
moulin et placé le chapelet, on commençoit par courir le coup des 
dames. Le prix étoit une couronne de lierre pour celui qui arrivoit au 
but, ainsi que pour quiconque avoit gagné les autres coups. Celui qui 
avoit passé trois fois le but étoit salué roi et recevoit le chapelet; il 
étoit reconduit en triomphe à la ville, précédé de la brillante jeûnasse 
tenant le chapelet de la main droite et marchant au milieu des rois 
des deux années précédentes. Arrivée sur la grande place, la troupe 
faisoit la parade devant l'Hôtel de Ville. Le lendemain dans la matinée, 
le roi, accompagné comme le jour précédent, alloit offrir le prix de sa 
victoire au chef de Saint-Quentin. La fête finissoit dans Taprès-diner 
par tirer l'oiseau. Le roi de l'année donnoit le prix l'année suivante. 



III 



LES BOUCHERS DE SOISSONS 

On nous a assuré que les bouchers de Soissons avoient été en pos- 
session longtemps de faire une course d'une autre espèce au commen- 
cement du carême. C'étoit une chasse véritable qui duroit la journée 
entière, sans autres armes que des bâtons; ils faisoient main-basse 
sur les lièvres et sur les lapins. Le soir, les échevins et la justice alloient 
recevoir les bouchers à la porte de la ville. » 

(DOM Gkbnirr, Introd. à VHUt. générale de la province de Picardie.) 

Ed. Edmont. 




RKVUK DES TRADITIONS POPULAIRES 



283 



CONTES ET LÉGENDES DE LA HAUTE BRETAGNE 



LXXXVIII 

LES CHIENS -BROS 




l était une fois des pêcheurs de Saint- 
Cast qui s'étaient embarqués pour alltr 
pécher le maquereau auprès du rocher 
de Bourdineaux. Au bout de quelque 
temps, le patron voyant qu'on ne prenait 
rien, fit mettre en dérive, c'est-à-dire : lever 
l'ancre du fond et la laisser traîner ; mais le 
poisson ne mordait pas davantage. 

GotTiiue il faisait beau temps et qu'il n'y 
a aucun danger dans ces parages, les 
pécheurs se couchèrent dans le fond du bateau et s'endormirent. Au 
bout de quelque temps l'un d'eux s'éveilla, et ayant regardé autour 
de lui il s'écria : 

— Levez-vous, vous autres, nous sommes touchés. 

— Nous ne pouvons être touchés ici, répondirent les hommes à moi- 
tié endormis; il n'y a ici ni banc ni rocher. 

Quand ils se furent mis à regarder, ils virent que leur bateau était 
touché sur des chiens-bros (t); il y eu avait tellement que la mer en 
était, comme on dit, salée, et le bateau ne pouvait ni avancer ni recu- 
ler. 

Le patron commauda à quatre hommes d'embarquer des chiens- 
bros; ils les attrapaient par la queue et les mettaient à bord. 

— Pourquoi, patron, disaient-ils, prenez-vous de ce poisson qui n'est 
bon à rien ? 

— C'est, répjndit-il, pour faire une tranchée et mettre le baleau à 
flot. 

A force de prendre des chiens-bros, ils firent un trou dans le banc 
et le bateau fut remis à flot. Ils emportèrent leur chargement auprès 
du village de la Garde, où ils le déposèrent, et le patron fit publier au 
son du tambour qu'il donnerait pour rien les chiens-bros à ceux qui 



(1) Sorte de roussettes. 



284 RhVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

voudraient les manger. Mais comme chacun sait que c'est un poisson 
détestable, personne ne vint en prendre. 

Les chiens-bros restèrent sur la grève et ils pourrissaient en répan- 
dant une odtur infecte dont tout le pays se plaiguait. La justice vint 
et ordonna au patron de faire disparaître ces vilains poissons qui em- 
pestaient tout le pays. 

— Ah ! dit le patron, j'ai eu trop de mal à les y apporter, je ne les 
toucherai pas. Vous auriez beau avoir de la peine à les tirer, jamais 
vous n'en auriez tant que moi à les amener ici. 

{Conté en 4880 par François Ifunaull, deSainl-Cast, ancien pilote, 
âgé de 73 ans.) 



LXXXIX 
l'ombre de la nuit 

Une nuit qu'il faisait clair presque comme en plein jour, un faction- 
naire qui montait la garde dans un endroit isolé vit passer une per- 
sonne qui lui sembla belle et jeune. 

— Vous n'avez pas peur, Mademoiselle, demanda- t-il? 
Il ne reçut pas de réponse et recommença sa question. 

— Pourquoi avoir peur, dit la femme, quand on est ombre de la nuit. 
Il quitta son fusil pour la suivre, et elle lui dit d'un ton sévère : 

— Retournez à votre poste. 

Le soldat, voyant qu'elle avait des pots à puiser de l'eau et que la 
fontaine était peu éloignée, lui dit : 

— J'ai soif. 

Et comme elle ne répondait rien, il la suivit. 

A la fontaine, elle lui donna un vase et lui dit de boire. 

— Quavez-vous bu, jeune homme? 

— Du vin de Bordeaux, dit le soldat. 

— Avez-vous encore soif? 

— Oui. 

Elle puisa une seconde fois, et quand le soldat eut pris une gorgée 
du liquide : 

— Qu'avez-vous bu? 

— Du nialaga, répondit-il. 

— Avez-vous encore soif? 

— Oui. 

Elle lui tendit son vase pour la troisième lois : 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 285 

— Qu'avez-vous bu? 

— De Teau-de-vie. 

— Avez- vous encore soif? 

— Non, Mademoiselle, merci. 

— Ne buvez jamais une autre fois à cette fontaine, jeune homme, 
dit la femme, elle a coûté la vie à bien des incrédules comme vous. 
Plongez mes seaux dans la fontaine. 

— Non, dit le soldat, qui eut peur d'être plongé dans la fontaine 
pendant qu'il serait courbé. 

— Je vais, dit l'Ombre de la nuit, vous faire voir une vision 
infernale. 

Comme elle disait ces mots, un monstre qui jetait le feu par les 
naseaux saisit le soldat avec des griffes de fer et le transporta dans 
l'air, puis le redescendit quand l'Ombre eut crié : Assez haut ! 

Quand le soldat retomba à terre aux pieds de l'Ombre de la nuit, au 
lieu d'une belle jeune fille il vit une femme aussi horrible que le 
monstre qui l'avait enlevé ! 

— Plongez mes seaux dans la fontaine, jeune homme. 

— Non, dit-il résolument. 

— Alors je vais faire descendre un serpent. 

Au même instant, un serpent ailé saisit le soldat et le transporta 
encore plus haut dans l'air que la première fois, et il entendit alors 
une voix qui disait : 

— Descende, jeune homme. 

Quand le soldat retomba aux pieds de l'Ombre de la nuit, celle-ci 
lui dit : 

— Que ceci vous serve d'exemple et de leçon ; retournez à votre 
guérite, et que. la beauté des Ombres de la nuit ne vous fasse jamais 
abandonner votre poste, sinon vous péririez. 

(Conté par Rose Renaud* de Saint-Cast, 4879.) 



XG 

LES BLANCHISSEUSES 

Il y avait une fois trois jeunes personnes qui blanchissaient le linge 
des bourgeois. 

Un jour, un monsieur qu'elles voyaient souvent passer s'arrêta près 
d'elles et leur dit : 

— Vous êtes blanchisseuses ; si vous voulez laver pour moi et que 
je sois content de vous, je vous donuerai ma pratique. 



286 REVUE DES TRADITIONS POPtfLMRhS 

— Nous ne demandons pas mieux, Monsieur, répondirent-elles. 

Le lendemain elles allèrent chercher deux paquets de linge, et l ou les 
les semaines il en arrivait autant ; mais les jeunes filles remarquaient 
avec surprise que les f erviettes et les essuie-mains étaient tachés de 
sang. 

— Il parjit, disaient- elles, qu'où fait grosse cuisine dans cette 
maison-là. C'est une bonne pratique. 

Elles allaient à tour de rôle rendre le linge blanchi, à la fin de la 
semaine. La premièie qui y alla ne vit rien tie particulier ; mais quand 
la seconde revint, elle dit : 

— J'ai peur de cet homme-là, j'ai entendu dans la maison des plaintes 
et des pleurs ; je ne veux plus y retourner. 

— J'irai .bien, moi, dit la troisième. 
Le monsieur leur dit : 

— Je suis très satisfait ; il faudra que voué veniez dîner avec moi. 

— Nous irons volontiers, répondirent les jeunes filles. 

Quand vint le tour de celle qui, la première, avait été porter le linge, 
elle se mit en route avec son âne, mais la nuit la prit en route. Elle 
vit de la lumière dans une chambre, elle monta et déposa son linge ; 
mais elle n'osait plus redescendre et elle se coucha dans un coin. 

Quelques instants après, voilà trois messieurs arrivés. 

— Nos blanchisseuses devaient venir aujourd'hui, c'est singulier 
qu'elles ne soient pas encore arrivées. 

— Si elles savaient ce qui les attend, dit un autre, elles ne se pres- 
seraient pas. 

La blanchisseuse se sauva le plus vite qu'elle put, mais elle heurta 
la jambe d'un des messieurs, qui s'écria: 

— Qui est là? 

— Ce n'est rien, dit le second. 

— C'est le chat, répliqua un autre, flanque-lui ta botte dans U 
derrière. 

De retour chez elle, la blanchisseuse raconta aux autres ce qui s'était 
passé. La semaine d'api es, c'est la troisième qui n'était pas encore 
allée, qui prit l'âne et vint rapporter le linge. Comme elle arrivait au bas 
de l'escalier, elle entendit des cris, et sentit quelque chose de chaud qui 
dégouttait sur sa main: c'était du sang, puis une main qui tomba sur 
la sienne. Elle la ramassa et se sauva. 

Le monsieur les invita encore à dîner. 

— Volontiers dirent-eles, mais auparavant il faut que vous veniez 
chez nous avec vos amis. 

— Oui, à la condition que vous viendrez après. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 287 

On fixa le jour et les jeunes personnes prévinrent la justice, qui se 
cacha auprès de l'endroit où avait lieu le repas. 
A la fin du dîner, un des messieurs leur dit : 

— RacouUz-nous une histoire, comme c'est l'usage. 

— Moi, dit ia troisième blanchisseuse, je vais conter la mienne. C'est 
un rêve que j'ai fait, vous savez bien que ce n'est qu'un rêve. J'ai rêvé 
que j'allais reporter votre linge; en.montant le perron, j'entendais jeter 
des cris. Ne faites pas attention, c'est un rêve. J'entendais aussi une 
voix de femme qui demandait la vie. Et puis, messieurs. . . 

A ce moment la justice entra sans bruit, et ils voulaient se sauver. 

— Je rêvais qu'une main tombait sur la mienne, et puis, tenez mes- 
sieurs, la voilà. 

La justice emmena les trois messieurs et leur fit leur procès. 

(CorUé par Scolaslique Durand, de Plèvenon\ 4879.)' 



XCI 

LE GRAIN DE BLÉ NOIR 

Il y avait une fois u,n homme qui avait un grain de blé noir dans sa 
poche. 

Il alla a une métairie pour demander qu'on voulût bien le coucher, 
lui et son grain de blé noir. 

Le lendemain matin, l'homme dit : 

— Bonjour. 

— Bonjour. 

— Mon grain de blé noir a t-il eu du mal? 

— Ma foi, je l'ai mis dans la place, croyant qu'il était pour les poules. 

— Procès! Procès! ma bonue femme. 

— Point de procès, mon bonhomme; emportez la poule et vous eu 
allez. 

Un peu plus loin, il demanda le coucher pour lui et pour sa poule. 

— Où la meltrai-je bien? dit-il. 

— Sur le joug parmi les nôtres : elle n'aura point de mal. 

Les poules reçurent mal la nouvelle venue, et elle tomba à côté d'un 
âne qui marcha dessus et la tua. 

— Bonjour. 

— Bonjour. 

— Ma i ouïe a-t-elle eu du mal? 

— Je vais aller voir, mais mangez un morceau, bonhomme. 



288 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRE» 



— Merci, je ne prends jamais rien le matin. 

En entrant dans l'écurie, ils virent la poule morte à côté de l'âne. 

— Ma poule est tuée, dit le bonhomme', procès! procès! 

— Point de procès, mon bonhomme, enlevez l'âne et vous en allez. 
Le bonhomme était bien content de se faire porter par l'a ne; il alla 

à une ferme où il y avait dix-huit chevaux à l'écurie et il demanda à 
coucher, lui et son Ane. 

— Où le mettra- t-on? demanda-t-il. 

— Avec nos chevaux. 

Le bonhomme se coucha» mais il ne put fermer l'œil de la nuit, il 
entendait les chevaux qui ruaient et aui hennissaient, et il avait bonne 
envie qu'il fût jour pour savoir ce qui s'était passé à l'écurie. 

— Bonjour, dit-il le matin. 

— Bonjour. 

— Mon âne a-t-il eu du mal? 

— Nous n'avons pas été regarder encore, mais nous allons voir. 

A Técurie, ils trouvèrent l'âne raide mort sous les pieds des chevaux 
qui l'avaient tué. 

— Mon pauvre âne est mort; procès! procès ! 

— Point de procès, bonhomme; prenez un cheval et vous en allez. 
Il monta à cheval; mais il n'avait point de bride, et il tomba par 

terre et se tua. 



[Conté pur Etienne Pluct, de SaiM-Casl, 4879.) 



Paul Sébillot. 








REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



289 



LÉGENDES ET SUPERSTITIONS PRÉHISTORIQUES 



CXLVII 



EPREUVE DE LA PIERRE BRANLANTE 




ans la commune de Bangor, non loin du 
moulin de Gouc'h (Eouc'h, couverture 
d'une ruche), il y a deux pierres, l'une en 
forme de dé est enfoncée en terre et sert 
de support à une autre beaucoup plus 
grosse et plus longue, puisqu'elle a 4 m 50 
de long, 2 mètres sur une de ses faces, et 
plus de 1 mètre sur deux autres. Je 
crois que c'était une pierre d'épreuve 
pour la fidélité conjugale, la surface du 
support étant polie, la pierre supérieure 
était placée en équilibre de manière qu'il suffisait d'une légère 
impulsion pour la mettre en mouvement, mais aussi il y avait 
moyen de la rendre immobile. Le secret de la mouvoir est perdu 
ou l'équilibre a été dérangé; elle ne bouge plus et l'oracle est 
devenu muet. Ces monuments, appelés men dogan (maen-daougan) 
(1) (pierre au cocu), sont rares dans le Morbihan; il y en a plusieurs 
dans le Finistère et les Côtes-du-Nord. Entre les villes de Tréguier 
et de Lannion, on en voit un dont la pierre supérieure cuhe 
15,000 kilogrammes, et qu'un enfant met facilement en mouve- 
ment. 

(Chasle de la Touche, Histoire de Belle- lie-en- Mer, page 106, 
Nantes, Forest, 1852.) 

Pierre Laurent. 



(1) Daou, deux; Kan, chnnt, deux chants, coucou. 






r- 



^ 



4ÈPc 






Tome XXIII. — Août 1908. 



19 



290 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



CONTES ET LEGENDES DE BASSE-BRETAGNE 



LXXXII 



LES TROIS PETITS COCHONS 




l y avait une fois, comme on dit toujours une 
fois, trois petits cochons. Deux d'entre eux 
firent des fagots, avec lesquels ils bâtirçnt 
une maison. Le loup la démolit et mangea les 
deux petits cochons. 

Le troisème se bâtit une maison avec dos 
pierres. Le loup lui dit : 

« Il y a un beau champ de pommes. Viens 

demain avec moi. » 

Mais le petit cochon y alla avant lui et fit provision de pommes. Il 

était dans le pommier, quand le loup, ayant à sa ceinture un couteau et 

des outils, arriva sur lui. Alors le cochon jeta des pommes au loin et 

rentra chez lui, pendant que le loup courait près elles. 

« Demain, lui dit encore le loup, il y a une foire qui se tient près d'ici. 
Nous irons tous les deux, si tu veux. » 

Le petit se leva de belle heure, acheta à la foire un grand seau. 
Quand il aperçut son ennemi, il jeta le seau en l'air et se lança dedans. 
Le loup eut peur du bruit que fit le seau en touchant la terre, et 
s'enfuit. 

Il se dit ensuite : « Je ne peux pas rentrer par la fenêtre ni par la porte. 
J'irai donc par la cheminée. »Le cochon faisait la soupe au moment où 
son ennemi s'aventura. Ce dernier fut grillé par le feu, déboyauté avec 
ses propres outils et mis à cuire dans la marmite. 

(Environs de LorienU) 

J. Frison. 




REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES £91 

LES ESPRITS FORTS A LA CAMPAGNE 
(Voir page 502, année 1902 ; 

XI 

AU PERCHE 

Le catéchisme. 

Qu'est-ce qu'un homme? 

— (Test un petit bonhomme qui mange des pommes. 
Qu'est-ce que Tordre? 

— C'est un petit bonhomme qui sème de l'orge. 
Qu'est-ce que le mariage? 

— C'est un petit bonhomme qui mange du fromage. 

Ualleluia. 

Alléluia I 

Pendez vos chats. 
Gardez vos chiens, 
Pour l'an qui vient. 
Alléluia! Alléluia! 

La messe. 

Pater noster, 

De la soupe plein un plat de terre. 

Ave Maria, 

Qui. donc mangera tout ça. 

Credo in Deum, 

Y'en a pour douze personnes. 

Confiteor Deo, 

Ça sera pour le bedeau. 

Dominus vobiscum, 

J'prends un bâton et je t'assomme. 

Et eu m spiritu tuo, 

J'Ie prends et j'te casse les os. 

Deo gratias, 

Les cochons sont soûls, 

Mange de la m , tu l's'ras itou. 



292 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



IJ évangile. 

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : « Ne découvrez pas la 
marmite, car les pommes de terre ne sont pas encore cuites. » 
t En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : « Ceux qui n'ont pas de 
tabac n'ont pas besoin de pipe. » 

En ce temps-là, 

Je ne sais que çà; 

Au milieu, 

Je ne sais pas mieux; 

Tournez la page, 

J'en sais pas davantage; 

A la fin , 

Je n'sais rien. 



A ux Rameaux. 

Attolite portas, 

Ouvre ta porte ou je la casse. 



Le Salve puer. 

Salve puer, 

Des pommes, des poires, 

Un grand bâton pour les avoir, 

Un p'ttt bonhomme pour les ramasser, 

Un grand gosier pour les avaler. 

Filleul Petigny 




REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES 293 

LES SERMONS FACÉTIEUX 
IX 

LE SERMON DU RECTEUR DE LOC-RONAN 

Le curé de Loc-Ronan avait, paraît-il, fort à se plaindre de ses 
ouailles. Un dimanche, il monte en chaire et leur reproche leur con- 
duite qui tous, pasteur et troupeau, les enverra en enfer. Et quand 
j'arriverai là-haut, le bon Dieu me dira : « Curé de Loc-Ronan, où es- 
tu? » Je me cacherai, je me citerai, le Seigneur ne me verra pas. Et 
joignant le geste à la parole, le bon curé se baissait au fond de la 
chaire. Mais, bientôt après, il reparaissait et recommençait : « Curé de 
Loc-Ronan, où es-tu?» Trois fois il recommença le même manège et 
à la troisième il reprit : « Mais le Seigneur ne se laissera pas ainsi 
tromper et j'aurai beau me cuter, il faudra bien lui répondre; que 

lui dirai-je, mes frères? La vérité, toute la vérité. Bêtes, vous 

me les avez données; bêtes, je vous les rends, Seigneur. » Et il des- 
cendit de la chaire. 

Lucie de V. H. 

X 

le curé d'anthy 

Le curé d'Anthy voyait son prône désert, tandis que le cabaret 
d'en face s'emplissait. 

Ne sachant plus à quel moyen recourir pour ramener ses ouailles à 
l'église, il fit irruption, un dimanche matin, dans le cabaret, et raconta 
aux consommateurs son rêve de la nuit précédente. Dieu le Père lui 
était apparu et lui avait demandé où étaient les fidèles. 

— Je lui ai répondu, dit-il, qu'ils devenaient toujours plus bêtes, 
puisqu'ils portaient leur argent à l'auberge, au lieu de le porter à la 
quête. (Le Savoyard de Paris,) 

M. L. 



294 REVUE DBS TRADITIONS POPULA1RKS 

LE FOLK-LORE DE LA PICARDIE 
VII 

REFRAINS DE RONDE 

Au rond, au rond à bon marché, 
Quatre vingt dix pour un denier. 
Ah ! qu'i's sont beaux, ah Iqu'i's sont laids : 
Mademoisel' tournez vot'nez. 

(Une enfant se retourne.) 

Deux enfants se tenant les bras croisés devant la poitrine s'avancent 
en chantant : 

Gargarisse, 
Pain d'épice, 

Mon enfant est en nourrice, 
Pas d'argent pour le payer, 
Pistolet... 

En disant ces mots, les enfants font chassé-croisé en se retour- 
nant. 

Dans les jours pluvieux, les enfants chantent en dansant sous 
l'ondée : 

Il pleut, il mouille, 

C'est la fête à la grenouille ! 

TERMINAISON DES CONTES 

En passant par Noy elles, 
Mon p'tit conte s'est noyé. 
En passant par Amiens, 
Mon p'tit conte s'y trouve bien. 
En passant par Paris, 
Mon p'tit conte est fini. 

DICTONS DES MÉNAGÈRES 

Avec l'aiguille et Y coton 

On fait durer plus longtemps 1' vieux que 1' bon. 

On prétendait autrefois qu'une bonne ménagère ne devait p&s 
abandonner une chemise « avant qu'elle pèse sept livres. » Et ceci s'ex- 



HBVUB DES TRADITIONS POPULAIRES 

plique par la façon qu'on avait en ce temps-là de raccommoder en met- 
tant les pièces les unes sur les autres. La chemise finissait ainsi par 
devenir d'une épaisseur extraordinaire. 

Quand on porte des lunettes, 

On n'est pas longtemps à faire des allumettes... 

c'est-à-dire on ne vivra plus guère. 

Bieuté seins bointé, 

C'est eun' leumière seins clarté. 

A. Bout. 



TRADITIONS ET SUPERSTITIONS DE LA HAUTE BRETAGNE 

LXXIX 

LA VENGEANCE DU CRAPAUD 

Hier nous étions, comme très souvent, à travailler dehors, sous les 
arbres, quand le domestique est venu nous chercher pour voir quelque 
chose d'horrible, d'épouvantable... Nous nous sommes précipitées 
pour nous trouver en face d'un . . crapaud, de belle venue, j'en con- 
viens, mais enfin d'un vulgaire crapaud !... Ma fille a ces bêtes en hor- 
reur et s'est sauvée, mais le domestique, qui est un solide gaillard ayant 
fait son service militaire, avait réellement frayeur. Je l'ai raisonné 
et il m'a conté qu'à Trébédan deux hommes fauchaient dans un 
pré ; la faulx de l'un d'eux coupe la patte d'un crapaud qui 
villégiaturait dans l'herbe; l'autre, appelé pour voir le désastre, 
s'écria : « La pauvre bête ! il faut la tuer, elle souffre trop. » — « Non, 
répond celui qui avait blessé l'animal, laisse-le donc. Nous le retrou- 
verons Tannée prochaine et nous lui couperons son autre patte. » 
L'année s'écoula, comme elles le font toutes, en joie pour les uns, en 
douleur pour les autres, en souffrance pour le pauvre crapaud estropié 
et aussi en convalescence, car, lorsque les deux faucheurs revinrent 
dans le pré, il s'y trouvait également. A l'heure du midi, tous 
deux se couchèrent et l'homme cruel s'endormit, l'autre resta son* 



296 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

f 

geur à son côté, et quel ne fut pas son étonnement en voyant s'ap- 
procher de leur groupe le crapaud estropié Tannée passée. Il le reconnut 
parfaitement à la patte absente, mais son étonnement augmenta 
encore en le voyant grimper sur le dos de son compagnon. Trois fois il 
fit tour sur le dos du malheureux; à chaque tour fini, il levait la tête 
au ciel comme pour le prendre à témoin, puis il se sauva. Très effrayé, 
l'homme appela son camarade, le secoua et, ne recevant aucune ré- 
ponse, il reconnut que il était mort ! Conclusion du domes- 
tique : « Vous voyez bien, Madame, qu'il faut se défier des crapauds, 
ils se vengent. » 

Lucie de V. H. 



MIETTES DE FOLK-LORE PARISIEN 

XXX 

quelques superstitions parisiennes 

Ces superstitions ont été recueillies par M me Guibert, de Guipel, qui 
habite la capitale depuis plus de quarante années : 

Les ongles. — Il ne faut pas se couper les ongles les jours de la semaine 
qui contiennent des r (mardi, mercredi, vendredi), cela ferait naître 
auprès de l'ongle de petites excroissances. 

Voyages. — De même, c'est s'exposer au malheur que de voyager les 
jours de la semaine qui contiennent des r dans leur nom. 

Rêves. — Rêver de feu, signe de colère; rêver d'un taureau, signe 
de dispute; rêver d'œufs cassés, signe de contrariété; rêver de dents 
tombées, signe d'une mort prochaine dans le cercle de nos amis et 
connaissances; rêver d'eau troublée, mauvais signe en général; rêver 
que l'on voltige, ou que l'on saute à travers champs, signe de 
voyages prochains. 

Mariages. — L'on doit observer à l'église les cierges des mariés. Celui 
qui flambe le mieux annonce une plus longue vie à l'époux qui se 
trouve auprès. 

Le pain. — Placer le pain à revers sur la table (1), signe de 
malheur. 

H. de Kerbeuzec. 

(1) En llle- et- Vilaine, ce serait une grossière injure, si une femme était prérente. La 
fermière dirait : « Ne couchez donc pas le pain sur le dos, nous ne le gagnons pas 
comme ça. » 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 297 

XXXI 

i 

LES EPINGLES ET LE MARIAGE 

A Paris, on appelle Camions les toutes petites épingles qui retiennent 
le commencement de toutes les pièces de rubans ou de filets. Si une 
jeune fille est présente quand on commence la pièce, on lui donne pré- 
cieusement ces camions; quand elle en a deux cents, elle se marie dans 
Tannée. 

M me Paul Sébillot. 



LES 
TRADITIONS POPULAIRES ET LES ÉCRIVAINS POITEVINS 

GUILLAUME BOUCHET 

IX 

le vin (l re sérée) 

Le vin est aux vieillards comme le lait aux enfants et le dernier 
plaisir naturel. 

Si vous songez en la vigne ou au vin ou d'en boire, la nuit, c'est un 
bon présage. 

Il n'est si sobre qui en compagnie ne souffle plus à l'encensoir qu'en 
son particulier. 

Boire comme terre à four. 

Déchausser Bertrand, se mettre dedans, se mettre dans la vigne 
jusqu'au pescher, se brider de sarments, se charger à poids de marc. 

Contre l'ivresse, boire de l'huile, frotter de sel la plante des pieds 
enlève le mal de tête et la titubation à ceux qui se chaffourrent. Enve- 
lopper de linge trempé dans l'eau froide les génitoires des hommes et 
les mamelles des femmes. 

Pour ne pas s'enivrer prendre des choses amères, noyaux de pê- 
ches ou d'amandes amères, la noix muscade avec un peu de pain et 
de miel, de la cendre du bec des hirondelles et de la poudre de choux 
broyés dans de la myrrhe. Manger du raifort, des oignons avec du 
vinaigre, de la coriandre avec du sucre, du poumon de bouc. Amé- 
thyste et pierre ponce, citrons et oranges. Vin blanc de Beaune ou 
d'Aunis, vin du Rhin et vin grec, vin rouge de Poitou. 



298 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Faire garoux, c'est tout boire. On dit à ceux qui boivent en deux 
fois qu'à Liège les soldats partagent le vin avec des coignecs. 

Images au fond des verres : Armoiries, -figures de saints, morts 
qu'on a aimés, diable. 

Le vin mêlé d'eau donne la lèprç. 

Le vin du tonneau percé au lever du soleil ou de la lune, sent le 
vent. 

Faire boire du vin aux mules lunatiques. 

En 1576, où les vins furent verts, on ne vit jamais tant de gens 
uriner au lit. 

Bouchons des taverniers de feuilles de lierres. 

Le fruit du lierre en octobre et novembre est un pronostic certain 
de la prochaine vinée. 

Pour faire haïr le vin, faire boire du vin blanc avec fleurs de seigle 
ou du vin dans lequel on a fait mourir une anguille ou une grenouille 
verte (1). 

l'eau (2 e sérée) 

Tremblement de terre de 1579 qui gâta Veau comme c'est l'ordi- 
naire. 

Petits poissons mis dans les puits et les citernes pour rendre l'eau 
plus légère. L'eau de pluie gardée en citerne est la meilleure, elle se 
réchauffe plus vite et est plus tôt refroidie. 

La meilleure eau courante est celle qui a cours contre le Levant. 

L'eau est meilleure à boire par le vent de bise que par le vent du 
midi, les années pluvieuses que les années sèches. 



du mariage (5 e sérée) 

Mariée qui porte sous sa robe un chapeau de fleurs de verveine 
cueillies de sa main de peur des illusions magiques. En Italie pour 
se mettre à l'abri des noueurs d'aiguillettes, on graisse la maison 
avec le fiel d'un chien noir. 

Ovide dit déjà que le mois de mai est infortuné pour les noces. 
On dit encore en Poitou qu'il n'y a que les morveux qui se marient 
aux Rogations. 

(1) On parle beaucoup du saog d'aoguilles à Thème actuelle. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 29H 

DES POISSONS ET DÇ LA VOLAILLE (6 e Sérée) 

De septembre en mars, la marée est meilleure. Les poissons 
respirent avec leurs ouies. 

Les cailles et les coqs d'Inde sont sujets au mal caduc. 

On meurt pour avoir mangé des poulets qui ont dévoré des serpents 
venimeux quand ils ne les ont pas digérés. 

Petits poissons qui se cachent au ventre de leur mère quand ils 
sont effrayés. 

Poisson appelé chasseur qui s'apprivoise et avec lequel on pêche. 
Il s'attache au ventre des autres poissons qu'il raniène avec lui. 

Barbier de mer, capitaine et conducteur des autres, qui peut aussi 
s'apprivoiser. 

L'artillerie éloigne les poissons pour longtemps. 

On dit en Poitou que le poisson corne quand il est gâté. 



des chiens (8 e sérée) 

Rage des loups et des chiens en Poitou en 1578. 

La rage fréquente des chiens annonce la peste. 

Ne pas garder les chiens de la l re ventrée parce qu'ils sont plus 
sujets à enrager. La rage peut survenir d'emblée sans avoir été 
mordu comme viennent aux mélancoliques un chancre ou la ladrerie. 
Si on ouvre un chien enragé on sera en danger de prendre rage, 
de même si vous marchez sur l'urine d'un chien enragé et que vous 
ayez un ulcère cela vous nuira beaucoup, si vous pissez là où un chien 
a pissé, vous ne serez plus apte à la génération, encore ne fût-il 
enragé, et, dans les mêmes conditions, vous nuirez aux œufs qu'une 
poule couve, vous ferez avorter les ouailles et les femmes en couches 
et augmenter les plaies à un ulcéré, tant V urine des chiens est dan- 
gereuse. Si un chien vous mord, encore qu'il ne soit point enragé 
et qu'il vienne à enrager par la suite, vous serez en danger de devenir 
enragé quoique la plaie soit guérie. 

La poule qui mange le pain dont a frotté la morsure du chien 
enragé meurt dans les 24 heures, un autre chien n'en veut pas manger. 

Traitement. Dilater et scarifier la peau, ventouse, laver la plaie 
avec sel et nitre, cataplasme d'oignons, de miel et de sel cuits ensemble, 
pétris avec farine de froment, thériaque et mithridate. 

Boire du sang de chien. Le poil du chien qui vous a mordu mis 
en cendre et bu avec du vin peut guérir de la rage ou empêcher 



300 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



d'enrager (1). Ce venin pris le dernier domptant et chassant l'autre, 
la rage se jette sur le sang du chien par affinité plus grande que pour 
celui de l'homme. 

Pilules de crâne de pendu. 

Jeter le malade à la mer à l'improviste, une peur chasse l'autre, 
sept immersions successives. 

Cendre des chancres de mer. 

Mettre dans un morceau de papier : Hax, pax, max, Deus, ada max. 
Un chien enragé ne mord jamais un homme assis. 

Pour s'attacher un chien lui faire manger des grenouilles cuites, 
du sel broyé ou du pain longtemps porté sous l'aisselle (2). 

Morceau de pain avec lequel on s'est essuyé les mains emporté 
la nuit pour détourner les démons qu'on trouve aux carrefours 
et les chiens qui assaillent les passants. 

Pour n'être assailli des chiens ni aboyé, tenir à la main l'œil droit 
d'un chien noir arraché de son vivant, ou l'œil et le cœur d'un loup 
ou la langue d'une louve. 

Léo Desaivre. 

(1) De là doit venir le proverbe poitevin : se guérir avec le poil de la bête. 

(2) Cela se fait encore, assure- t-on, et rappelle le serment par le sang. 




REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 301 



BIBLIOGRAPHIE 



Franz Heinemann. — Bibliographie nationale suisse. Superstitions. 
Occultisme. Croyance au surnaturel et au miracle. Berne, Wyss, 
in-8°. 

Ce fascicule forme la seconde moitié du premier cahier de l'histoire de 
Ja civilisation et des us et coutumes (Folklore) de la Suisse. La Revue des 
Traditions populaires a déjà constaté (t. XXII, p. 186) le grand intérêt 
que présente cette incomparable bibliographie. Il serait à souhaiter pour 
les travailleurs que M. F. H. trouve des imitateurs dans les autres pays. 
Parmi les matières de ce fascicule qui se rattachent plus étroitement au 
folk-iore, nous signalerons : La médecine du peuple. Le métal (le fer, la 
cloche) dans les superstitions. Sonnerie des cloches pendant un orage; 
inscription et inauguration des cloches. Superstitions rattachées aux phé- 
nomènes de la nature. Peste, épidémies. Superstitions du règne végétal ; 
Recherches de trésors cachés. Sentences de bénédiction, formules magiques 
de guérison, de miracle et d'enchantement. Superstitions du règne animal. 
Superstitions météorologiques. Croyance au surnaturel; miracles; manie 
des miracles. Le fascicule se termine par un supplément au volume entier, 
et par un index alphabétique, très détaillé, des auteurs et des personnages 
cités. 

P. S. 

Francis Pérot. Folh-Lore Bourbonnais. Anciens usages. — 
Sorciers et rebouteurs. — Meneurs de loups. — Vielles et 
musettes. — Jeux du temps passé. — Les Fées. — Les Noces. — 
Les Sorts. Paris, F. Leroux, in-18 de pp. 247 (5 fr.). 

Ce coquet petit volume est disposé par ordre alphabétique ; c'est en quelque 
sorte un dictionnaire du Folk-Lore du Bourbonnais, qui a été assez peu étu- 
dié jusqu'ci, quoique plusieurs auteurs, dont M. F. Pérot donne la Bibliogra- 
phie, aient effleuré ce sujet, M. P. au reste se propose de compléter cet ouvrage 
en donnant les proverbes et dictons, les chansons avec les airs notés, les 
contes et les légendes. Les faits enregistrés dans ce premier volume se re- 
trouvent pour une grande partie, avec des variantes de formes ou de 
circonstances accessoires dans les divers pays de France, et particulièrement 
dans ceux de l'Ouest et du Centre. En voici quelques-unes qui ont été assez 
rarement relevées : Si l'on mange une dragée avant que le baptême ait lieu, 
l'enfant restera muet. On ne mène point les bœufs à l'abreuvoir le jour de l'an, 
parce que, si une pie les voyait, tous ces animaux et ceux de la ferme 
auraient des maladies contagieuses. Les enfants cueillent la fleur du char- 
don quelques semaines avant la distribution des prix ; ils en coupent la 
partie fleurie jusqu'à l'enveloppe verte du calice extérieur, puis ils la 
rangent dans un petit sac; trois jours avant la distribution des prix, ils 



302 RKVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

sortent ce chardon, et s'il a fleuri, la petite fille est assurée d'avoir des 
prix. Le chasseur pour être heureux va tirer trois balles, à minuit, sur 
la croix d'un calvaire d'Tïssel ; trois gouttes de sang s'en échappent, qu'il 
recueille dans le canon de son fusil, et celui-ci est charmé pour toujours. 
A l'approche du jour de l'an, on vendait à Moulins des petits coqs en 
pâte cuite, leurs pattes étaient faites de deux morceaux de bois fendu; 
les enfants s'offraient deux coqs le jour de l'an, comme étrennes. La 
dernière personne qui puisera de l'eau qui vient d'être bénite aux fêtes de 
Pâques, aura la pierre ou la gale avant que l'année soit terminée. Gargantua 
sert parfois d'épouvantail aux enfants. Un rocher porte une empreinte dite 
le lit du général Lafayette, qui s'y serait couché ; il est vraisemblable qu'il 
a remplacé une fée (fayette). Des notes assez détaillées parlent de l'évolution 
du costume, des mœurs épulaires, des métiers, des noms et sobriquets, des 
sorciers, etc. L'auteur n'a pas oublié de signaler deux curieux îlots eth- 
niques du Bourbonnais, les Pions et les Charg'hrods, qui ont des mœurs et 
un langage à part. 

P. S. 



A. J. Verrier et R. Ouillon. — Glossaire étymologique et 
historique du patois et des parlers de l'Anjou. Angers, Germain 
et Grassin, in-8° de pp. 586. 

L'article sur le premier volume de cet intéressant ouvrage, dans lequel 
j'exprimais le désir de le voir achevé,était à peine imprimé, lorsque le second 
et dernier volume a paru. Il comprend la fin du Glossaire (M.Z.), et deux 
parties qui se rattachent plus étroitement à nos études. L'une d'elles, 
intitulée Dialogues, récits, contes et nouvelles y en patois (p. 335-395) est plus 
curieuse à ce point de vue qu'à celui des contes traditionnels, qui y sont en 
petit nombre. Le Folk-Lore proprement dit occupe les p. 397-524, qui sont à 
deux colonnes, en texte très serré; c'est la matière d'une volume ordinaire. 

Les Chansons, danses, rondes et musique, sont au nombre de 92; elles 
présentent naturellement de grandes ressemblances avec celles des provinces 
voisines de Haute-Bretagne et de Poitou; aucune n'est accompagnée de la 
notation musicale, ce qui eût été désirable, une chanson sans musique 
n'étant qu'une moitié de chanson; en revanche, les auteurs ont donné avec 
soin les circonstances qui les accompagnent; les Coutumes (p. 422-437) sont 
disposées par ordre alphabétique, ce qui est commode pour les recherches; 
une section spéciale parle du Costume, de ses noms, de son évolution. 

Les Croyances, superstitions et préjugés, sont aussi par ordre alphabétique ; 
de même que la Culture, les Dictons, les Formulettes, qui sont au nombre de 26. 
Les Jeux sont plus nombreux et décrits avec soin. Il est assez surprenant 
que les Devinettes soient à ce point rares en Anjou qu'une douzaine seulement 
figurent dans ce gros et consciencieux ouvrage. Les Légendes sont assez 
courtes. Une série fort curieuse et qui est traitée avec une certaine ampleur, 
est celle des noms propres de lieux, de famille, des prénoms et des seigneuries 
ou sobriquets. La Nourriture fournit des détails sur les mœurs épulaires 
angevins, dont il a été parlé du reste à diverses reprises dans le Glossaire. 
Les Remèdes populaires forment une contribution importante à la médecine 
superstitieuse qui est complétée parfois dans la section suivante : Sorciers et 
Sortilèges. Le Temps comprend les pronostics. Les Proverbes, adages et 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 303 

comparaisons, ont été relevés en grand nombre. Une table alphabétique, 
par ordre de matières, permet de rechercher dans le Glossaire les matières 
qui intéressent spécialement le lecteur. 

Ainsi qu'on le voit, cet ouvrage contient des matériaux nombreux et 
importants qui sont rapportés avec fidélité. Il fait honneur à ceux qui ont 
pumenerabonnefincettegrossebesogne.il démontre, après le Folk-Lore 
Baugeois de M. Fraysse, que, ainsi que je l'avais présumé dans mon mémoire 
sur les Traditions populaires en Anjou, lu au Congrès de l'Association française 
de 1903, des explorateurs zélés et persévérants pouvaient encore y faire de 
précieuses découvertes. Si abondantes que soient celles de M. M. Verrier et 
Onillon, il reste encore à trouver; eux-mêmes, pendant l'impression, ont reçu 
des communications qui démontrent que dans leur pays on commence à 
s'intéresser sérieusement aux études traditionnistes. P. S. 



A. Richaud. — Essai de folh-lore bas alpin. Quelques légendes. 
Digne, imp. Chapon), in-8° de pp. 28. Eitr. du Bull, de la Soc. 
scientifique et littéraire des Basses-Alpes. 

La région alpine de la France a jusqu'ici été peu étudiée; il est vraisem- 
blable qu'elle est aussi riche en Folk-Lore que les autres pays; au commenc - 
ment du siècle dernier, on y releva de curieuses coutumes (fête du soleil aux 
Andrieux (Sébillot, Folk-Lore de France, I, 65. d'A. Ladoucette. His. des 
Hautes- Alpes). La Pierre des Epousées à Fours, Basses-Alpes (Sébillot, 
ibid., p. 399). M. R. a, dans une courte exploration, recueilli assez de 
légendes, pour montrer qu'avec un peu de persévérance on ferait des 
découvertes curieuses. Plusieurs pierres ont des empreintes, que le peuple 
attribue à des saints, à des héros ou au diable en lutte avec des bien- 
heureux; des saints font couler des sources miraculeuses. Les sorcières 
se rendaient à l'abîme du Trau dei Maisso; une paysanne en ayant vu deux 
qui portaient une besace gonflée, se hasarda à la suivre; elles se placèrent en 
face l'une de l'autre, sur les bords de l'abîme, et se mirent à jongler avec deux 
enfants vivants qu'elles avaient retirés de leur besace, et avec lesquels elles 
jonglaient avec une adresse prodigieuse; elle fit un signe de croix, et sorcières 
et enfants disparurent dans l'abîme. Les fées de Lurs, qui étaient de très 
petite taille, se plaisaient à danser la nuit, par les champs; un paysan, en 
ayant pris une, elle se débattit en criant : Ma maire mi sono ! ma mère m'ap- 
pelle ! et vers le matin, elle parvint à s'échapper. Plusieurs grottes à légendes, 
des chemins, portent le nom de fées. Celles du Trau dei Fado faisaient la 
lessive et étendaient leur linge. Un paysan ayant pris l'une d'elles, elle lui 
promit en échange de sa liberté de lui faire un cadeau ; quand il y eut consenti, 
elle lui donna un tamis qu'il suffisait de secouer au-dessus de la mastro, 
pour qu'elle fût remplie de la farine la plus fine ; mais ce don devait dispa- 
raître, comme celui du pain inépuisable des fées delà Haute-Bretagne, si le 
possesseur en parlait. Les fées enlevaient aussi les enfants ; elles prirent dans 
son berceau le jeune Martin que sa mère avait laissé seul à la maison; elles 
le transportèrent dans leur aire, et dans leurs jeux autour du feu, elles se 
le lançaient de l'une à l'autre; mais comme elles n'étaient pas méchantes, 
elles le rendirent à sa mère en lui recommandant de ne plus le laisser seul. 
Elles faisaient aussi nourrir leurs rejetons par les hommes; un berger ayant 
trouvé dans un pré une petite fille en maillot, l'éleva tendrement; mais un 



304 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

jour que la fenêtre était ouverte, elle s'élança en criant : Ma maire mi sono 1 et 
une belle dame la prit dans ses bras et disparut avec elle ; mais quand les 
montagnards se retournèrent, ils s'aperçurent que le petit berceau en bois 
s'était changé en or massif. Ainsi qu'on le voit, la récolte faite Tan passé 
par M. Richaud est intéressante; il est à souhaiter qu'il en fasse de 
nouvelles et, qu'à son exemple, ses collègues de la Société des sciences des 
Basses- Alpes se mettent à enquêter autour d'eux. 

P. S. 



LIVRES REÇUS AUX BUREAUX DE LA REVUE 

Paul Sébillot. — Le Paganisme contemporain chez les peuples 
celto-latins. Paris, 0. Doin (Encyclopédie scientifique). In-l8de 
pp. xxvi-378. (5 francs.) 

E. Destaing. — Etude sur le dialecte berbère des Beni-Snoas. 
Paris, E. Leroux, in-8° de pp. xxxi-371. (Publication de l'École 
des Lettres d'Alger.) 

E. Destaing. — Fêtes et Coutumes saisonnières chez les Béni- 
Snous. Alger, Jourdan, in-8°. (Extrait de la Revue africaine, 
no» 261 , 262, 273.) 

Léon Duvauchel. — Théâtre. Un vol. in-18. A. Lemerre. édit. 
Prix : 3 fr. 50. 



RÉPONSES 



# % Lorsqu'on retrouve un objet perdu ( X XIII , 1 60). — C'est surtout dans 
le monde des bouilleurs, dont St. Léonard est le patron, qu'on emploie 
l'expression :«/ deu Uvoïe à sin Linâ» (Il doit le chemin ou pèlerinage à 
&t Léonard). 

(Liège). 



Le Gérant : Fr. Simon 



Imp. Fr. Simon, Rennes-Paria (3706-08). 






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AVIS IMPORTANT 







REVUE 



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TRADITIONS POPULÀIHKS 



M* Année. — Tomt XXIIL - N<» 9-10: - Septembre- Oetobre 1908. 



LES ANIMAUX FANTASTIQUES EN FRANCIHE-GOMT È 



yN animal fantastique â seulement l'apparence d'un 
être corporel; on lui attribue, comme aux esprits, 
la faculté de traverser tous les corps et de se mou- 
voir avec la rapidité de la pensée. 
) Sa forme est extraordinaire, bizarre, incohérente; 
tantôt c'est une simple palme terminée par une tête 
de cheval, ou un corps monstrueux de reptile où de 
** " * ~" poisson avec des pattes ou des ailes; tantôt, c'est 

une tête de vieillard à la barbe en feuilles d'acanthe ou un cheval à 
trois pieds; parfois aussi, c'est quelque chose a qu'on ho sait pas » 
parce que ceux qui l'ont vue « n'ont jamais voulu le dire ». 

En Franche-Comté, la plupart des animaux fantastiques sont des 
quadrupèdes; plus rarement des oiseaux, des reptiles ou des êtres 
moitié poissons et moitié reptiles. 

BASILIC 

Le Éasilic est en réalité un innocent reptile de la Guyane. Mais au 
temps jadis, c'était un animal des plus dangereux : il causait la ttiort 
par sa piqûre; d'un seul regard, 11 Vous foudroyait. 

On parlait beaucoup de cette horrible bête et les charlatans met- 
tant à profit la curiosité générale, montraient dans les rues, et Ven- 
daient comme « basilics », des raies auxquelles ils rompaient la colonne 
vertébrale et qu'ils préparaient de manière à leur donner un aspect 
étrange. 

Le basilic affectait différentes formes, suivant les pays. En Franche- 
Tous XXIII. — ' Septembre Octobre 1008. 20 



306 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Comté, où l'on croyait qu'il naissait d'un œuf do coq couvé par un 
crapaud, on se le représentait comme ayant la tête, le cou et les pattes 
d'un coq, un corps de serpent avec des ailes et des yeux sur toute 
la surface du corps. 

On le croyait proche parent de la vouivre, mais beaucoup plus 
terrible. 

11 habitait les vieux murs, les greniers des vieilles masures et gardait 
les trésors avec des yeux jaloux. 

Dans le vallon de la Seille (Jura) on en trouvait un dans un moulin 
et il empêchait les meuniers de prospérer. 

Dans le val de Cusance, près de Baume-les- Dames (Doubs), toutes 
les religieuses du monastère de Randoire moururent à la vue d'un 
basilic. Une seule eut assez d'empire sur elle-même pour ne pas le 
regarder. Elle lui présenta un miroir dans lequel il s'aperçut et se 
foudroya lui-même instantanément (légende du vn e siècle). 

BOUC NOIR 

Le bouc noir de Franche-Comté était pareil à ses congénères non 
fantastiques, avec cette différence assez caractéristique qu'il portait 
une chandelle entre les deux cornes. 

Dans beaucoup de villages de la Comté, on racontait difîéi entes 
aventures où le bouc noir avait le principal rôle. Souvent, il présidait 
la sette ou assemblée des sorciers. Un aVocat de Vesoul assista un jour, 
malgré lui, à une réunion semblable. Il vit le bouc noir et faillit avoir 
une fin tragique. 

A Biefmorin (Jura), la ronde des sorciers, menée par un bouc noir, 
avait lieu dans la clairière du Champ-Plinard; à Relans, le bouc tour- 
nait autour de l'étang de la Gaberie. 

CHEVAL BLANC 

Dans l'imagination populaire, le « Cheval blanc » ressemblait au 
cheval ordinaire, mais il pouvait traverser les airs, franchir l'espace 
et raser la terre avec la rapidité d'un oiseau. 

Auprès des deux Foncines (Jura), un cheval blanc paissait tranquil- 
lement aux environs de la source de la Senne où il venait s'abreuver. 
Aussi cette source a-t-elle la propriété de guérir de la fièvre et de beau- 
coup d'autres maladies. Il galopait ensuite sur la cime de la montagne 
qui domine la fontaine. 

On le voyait également dans le canton d'Arinthod (Jura). A Chis- 
séria on l'appelait le Pégase de Ségomon. 



REVUE DES TRADITIONS POPULÀÎIiES 3Ô7 

Quelquefois, on l'apercevait, attaché par la bride, au sommet d'une 
roche escarpée, attendant son maître pour continuer sa course. 

A Goges, on le voyait galopant dans les airs monté par un chas- 
seur. 

A la Chaux-du-Dombief et auFrasnois on distinguait parfaitement 
un cavalier armé, botté, casqué, que le cheval blanc emportait au- 
dessus des belles sapinières de Bonlieu, de Maclou et de Marlay. Par- 
fois ce cavalier s'abattait dans la plaine, et subitement, repartait 
comme un éclair. 

A Relans, on voyait souvent la trace lumineuse d'un char brillant 
attelé de quatre chevaux blancs, qui, à certains jours, fendait l'espace, 
emportant^dans une course folle, un magnifique chasseur accompagné 
de sa meute et de nombreux écuyers sonnant du cor. 

CHEVAL GAUVAIN 

Le Cheval gauvain n'a pas été aussi bien vu que le cheval blanc, 
cai on manque de données précises sur son aspect. On sait seulement 
que sa forme se rapprochait de celle du cheval. 

A Nancray (Doubs) et dans d'autres localités de la moyenne mon- 
tagne, cet animal n'a que trois pieds, ce qui ne l'empêche pas d'aller 
très vite. Mais dans le canton de Villerfarlay (Jura) on est presque 
sûr qu'il a quatre pieds, car c'est ainsi que l'a vu une femme de Cham- 
blay. Elle put même monter sur son dos et en fut grandement ra- 
vie. Elle fit une superbe promenade, mais le méchant coursier s'é- 
lança dans la Loue, profonde en cet endroit, et disparut. La 
pauvre femme put néanmoins se sauver; hélas! quelques jours 
après, elle mourait des suites de sa frayeur. 

On le connaissait dans toute la vallée delà Loue, où il noyait ceux 
qui se confiaient à lui, quand il ne les assommait pas en les laissant 
tomber de très haut sur les rochers. 

Le cheval gauvain du canton de Marnay (Haute-Saône) était plus 
sauvage. Pour savoir si l'on devait mourir dans l'année, on allait 
au carrefour de Pont-Charrot et l'on n'avait plus qu'à se préparer à 
la mort, si, à minuit, on entendait résonner le sabot d'un cheval, et 
alors on voyait passer à fond de train, l'animal lui-môme qui dis- 
paraissait dans la nuit. 

Amaury, sire de Joux, à la suite de lointaines expéditions en Terre- 
Sainte, était revenu dans son château. C'était un des plus habiles 
cavaliers de l'époque, à tel point qu'il avait réussi à dompter le cheval 
« gauvain ». Il faisait souvent de longues promenades sur cette mon- 
ture. Un jour, en sortant du château (aujourd'hui le fort de Joux), 



308 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

la herse en retombant coupa en deux le corps du cheval; Amaury ne 
s'en aperçut pas et le coursier continua sur deux pieds son galop dans 
la campagne* Arrivé à la gorge de la Combe, où jaillit une fontaine, 
l'animal très altéré s'arrêta pour boire. Au bout d'une demi- heure, 
Amaury, inquiet de voir que l'animal buvait toujours, sauta 
à terre. Mais tout à coup il s'enfuit effrayé en voyant que sa bête 
n'avait que deux pieds et que l'eau coulait par sa large blessure. Peu 
après ses gens arrivèrent, mais ils ne trouvèrent plus le cheval; une 
fée l'avait rendu invisible. Néanmoins, l'eau continue à couler à cette 
source : c'est aujourd'hui la Fontaine- Ronde (fontaine intermittente). 

Dans ii* canton de Montbarrey et de Yillcrs Farlay (Jura), le 
cheval « gauvain » avait plutôt l'aspect d'un bouc, dont le rôle était 
d'effrayer les enfants indociles. 

A Montbarrey, on le voyait chaque soir suivre le ruisseau du V'ernois, 
parcourir les rues avec un bruit terrifiant et disparaître ensuite dans 
la forêt de Chaux. 

CHERVIN 

Le Chervin ou Tservin à Bois-d'Amont (Jura) était un petit qua- 
drupède, à peu près gros comme un lièvre. Il avait cependant la 
force d'enlever un homme et de l'asseoir à la cîme d'un sapin ou sur 
la cheminée d'un chalet. Il fallait lui préparer sur la fenêtre, une 
écuelle de crème pour la nuit, autrement il prenait la plus belle vache 
du troupeau et la juchait sur le U»it de la maison. 

DÀM 

Le Dari est un gibier imaginaire qui prend mille formes. 

Quand on veut jouer un bon tour à un niais, à un « iodot », on 
choisit un jour, où il gèle à pierre fendre, où la bise glaciale pétrifie 
tout ce qu'elle touche et on lui propose une chasse au « Dari ». Le 
dupeur prend un sac, en donne un à son camarade et le conduit à 
l'endroit où la bise souffle le plus furieusement. Là, il lui prescrit 
de tenir consciencieusement le sac ouvert du côté du vent, l'assurant 
que le dari ne va pas tarder à venir s'y engouffrer : il n'y a qu'à tenir 
bon, à ne pas bouger et à attendre patiemment. Le dupeur annonce 
qu'il va un peu plus loin, se mettre également à l'affût, mais 
il rentre tout bonnement chez lui au coin du feu. 

Quand le malheureux chasseui de dari n'en peut plus et se décide 
à rentrer bredouille, mais avec le nez et les oreilles gelées, il est accueilli 
par le rire de toute la maisonnée* 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 309 



DRACK 

En Franche-Comté, le drack est une espèce de quadrupède blanc, 
ressemblant à un cheval sans tête, mais très léger et très rapide dans 
sa course (Il est possible que 'drack soit le radical de dragon). 

A Vemantois (Jura), le drack était inollensif et paissait tranquille- 
ment près du moulin de Moiron. A l'Étoile, il emportait dans les air» 
les voyageurs attardés. A la ferme de Chnmpvent-du-Milieu, près 
de Mouthe (Doubs), il ramenait le fermier depuis les foires du village 
voisin . 

A Cogcs,il transportait des voyageurs et ceux de Chisséria le voyaient 
souvent passer. A Tavaux, il errait sur la route et s'emparait des mal- 
heureux piétons qu'il allait noyer dans le Doubs. 

Mois c'est à Commenailles (Jura) qu'on le connaissait le mieux. 
Il venait, sans bruit, par derrière les voyageurs, et posait sur leurs 
épaules, ses deux pattes de devant. Puis, il les chargeait sur son dos 
et Jes emportait ventre à terre, dans le bois, d'où ils avaient grand'peine 
à sortir. C'est un monstre qu'on regardait coinjne très dangereux, 
puisque dans les communes voisines, notamjnent à Relaps, jes vieil- 
lards donnaient aux gens des consens, pour éviter la présence du 
drack qui, gardait, disait-on, l'entrée du bois de Copunenailles. 

DRAGON 

Le dragon, d'après les naturalistes piodernes, est un petit reptile 
inoffensif, de la grosseur 4u lézard, et appartenant comipe lui à l'ordre 
des Sauriens. Il est recouvert d'écaillés imbriquées. 

Celui que l'imagination populaire a créé est un assemblage monstru- 
eux des formes les plus hétérogènes. On le représente, le plus souvent, 
sous l'aspect d'un serpent couvert d'écaillés impénétrables, avec c}es 
ailes puissantes, des griffes et des dents aiguës, un dard menaçant, 
une forte et longue queue, dans laquelle, eunsi que le signalent tous 
les Bestiaires, réside sa force qui est irrésistible. Il vomit, par la bouche, 
du feu et du venin. 

Au xm e siècle, le poète normand Guillaume Le Cjerc décrit ainsi 
le dragon dans son Bestiaire divin : 

« C'est le plus grand des animaux rampants. Il naît en Ethiopie. 
Il a la gueule petite, le corps long et reluisant comme or fin . . . Sa 
force est dans sa queue; sa gueule ne porte point le venin de mort ». 

Dans tous les temps, le dragon a joué un rôle important dans les 
légendes. L'air, la terre, la mer, ont chacun leur serpent-dragon; 
il vole, il marche, il nage^ tantôt on le représente avec des ailes, 



310 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

tantôt avec des pattes, tantôt avec une crête sur la tête. D'aucuns 
affirment qu'il répand un poison qui corrompt l'air. On prétend que 
dans les éclipses, c'est lui qui mange la lune. 

Montaigne croit que le dragon « fourbit et esclaire ses yeux avecques 
du fenouil ». 

A Tavaux (Jura), il y en avait un qui ne faisait pas de mal aux gens. 
Tl gardait les trésors cachés sous le monument appelé <• La croix qui 
vire ». 

A Remonot, près de Morteau (Doubs), un trésor a été caché, dit-on, 
lors de l'invasion des Suédois (1636-1039), dans la Grotte dite pour 
cela, la grotte du Trésor ou Baume du Diable et c'est un dragon 
qui le garde. 

Près de Montbéliard, un dragon ravageait le pays d'Ajoie, mais un 
hercule de Dung alîronta le monstre et parvint à le terrasser. 

A la Cluse et aux Verrières (près Pontarlier), il y a deux siècles, 
on raconte qu'on voyait souvent un dragon énorme à sept têtes et 
à sept gueules monstrueuses, qui ravageait la région du Val de Travers, 
de Pontarlier à Neuchâtel (Suisse). C'est un hercule, nommé Raimond, 
qui parvint à en débarrasser le pays. 

A la fin du xvn* siècle, des dragons volants vinrent s'abattre près 
de Monthureux (Haute-Saône). Tls étaient très redoutables, déro- 
baient ce qui était à leur convenance, enlevaient les animaux et atta- 
quaient nu me les hommes qui, vainement, se défendaient à coups 
de fusil. 

On raconte, dans leJura, qu' autrefois un dragon faisait de grands 
ravages sur les deux rives de l'Ain. Les habitants de Soucia firent un 
pacte avec lui. Ils s'engageaient à lui donner, chaque année, les deux 
plus belles filles du village (1). Les garçons exaspérés résolurent de 
tuer le monstre. Plusieurs fois, ils le blessèrent, mai? l'animal pour se 
guérir buvait son sang. Enfin, ils eurent recours à saint Georges, qui 
envoya une forte gelée, de sorte que le dragon ne put plus boire le 
sang qui coulait de ses blessures et qui se congelait à terre. En recon- 
naisssance d'un si grand bienfait, les gens de Soucia ont fait de saint 
Georges le patron de leur paroisse. 

Aujourd'hui on ne parle plus de « dragons » en Franche-Comté que 
pour désigner des femmes vives, fortes, turbulentes et acariâtres. 

GRAPPIN 

Cet animal n'est pas bien déterminé. On dit que ses pattes sont 
comme des crochets, ce qui lui permet de grimper et de s'accrocher. 

(1) C'est une légende analogue à celle «lu Minotaure de Crète. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 311 

Il est affreux et se cache au fond des puits et des citernes; c'est lui 
qui tire au fond les enfants imprudents. 

On appelle quelquefois «Manau » ce monstre des citernes ; le grappin 
se réserve plutôt les baumes, les cours d'eau et les sources. 

LIFVRE BOITEUX 

Le lièvre est le quadrupède qui a été le moins transformé, quand on 
en a fait un animal fantastique ; l'imagination populaire l'a conservé 
comme il est; tout au plus, a-t-on modifié sa couleur. 

Dans le canton de Poligny (Jura), on voyait dans plusieurs villages, 
un lièvre blessé qu'on appelait le « lièvre boiteux » et qui était peu 
sauvage : il était bien connu, surtout à Villers-les-Bois. 

Ceux qui avaient le plus à s'en plaindre, étaient sans contredit les 
paroissien* de Seligney. Toutes les fois qu'ils allaient à la messe le 
dimanche, ils étaient sûrs de le trouver sur leur chemin. II? le pour- 
suivaient, croyaient à chaque instant l'atteindre et arrivaient à 
l'office . . . quand les autres en sortaient. 

A Augerans, canton de Montbarrey (Jura), un lièvre allait souvent 
se promener sur la place ou sur le chemin du château. Les bergers le 
poursuivaient sans pouvoir l'atteindre. Les chasseurs ne pouvaient 
qu'en évaluer le poids; le plomb glissait sur sa peau invulnérable. 
Quand il arrivait à la lisière du bois, il se retournait un instant, puis 
disparaissait dans le taillis. 

Dans la môme commune, on voyait fréquemment un autre lièvre 
qu'on nommait : «le lièvre du vieux Servant. » Il marchait lentement 
et malgré cela on ne pouvait l'attraper. 

Dans la Haute-Saône, notamment à Noroy-le-Bourg, il y avait un 
lièvre invulnérable; il avait le poil complètement blanc. 

La légende du lièvre qu'on ne peut tuer est très ancienne et très 
répandue. 

Un homme de Rochejean (Doubs) allait un jour aux morilles, il en vit 
une qui lui parut énorme et qui remuait. Il la coupa avec son couteau 
et* ne fut pas peu surpris de voir filer, comme une flèche, un lièvre 
qui avait poussé dedans. 

LOUP-GAROU 

Pendant des siècles, le Loup-Garou a été le sujet des conversations 
dans les veillées. On y racontait ses prouesses etses méfaits; il était la 
terreur des âmes crédules; on l'appelait aussi loup varou, loup varau y 
loup vèrou, ou simplement le garou. 

Le nom de garou est donné à tout animal dans lequel s'est incarné 



312 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

momentanément un homme. L'animal peut être un mouton, un chien, 
une vache, surtout un loup. 

Le loup-garou était toujours un homme vendu au diable, une 
espèce de sorcier qui pouvait se changer en loup. Il se frottait le corps 
avec un certain onguent, puis, sa transformation achevée, il se livrait 
à toutes les violences; il allait même jusqu'à tuer et manger des enfants. 

Quelquefois, le sorcier se contentait de se couvrir d'une peau de 
loup et se rendait au sabbat à cheval sur un fuseau ou sur un manche 
à balai, après s'être frotté les aisselles et les jarrets avec une graisse 
spéciale. A Chisséria, la cérémonie était présidée par le diable en 
personne. On dit que près de l'église de Châtenois, sur l'emplacement 
d'un ancien couvent, se tenait le sabbat et qu'on entendait la musique 
au-dessus des Combattes. A Mouthe, c'était au Creux-des- Roches; 
à Larnaud, des loups garous féroces et effrayants tournaient en sara- 
bandes folles autour de l'étang des Tartres ou des Tertres. 

On connaît également les emplacements exacts de ces rondes 
infernales à Foncine-le-Haut, à Foncine-le-Bas, à Lavans, à Lavangeot, 
à Menotey, à Passenans, à Rochefort, à Relans, à Saint-Hymetière, 
à Vers-sous- Seîlières . . . etc . . . 

On parlait déjà de loups-garous dans l'antiquité. Chez les Grecs, 
on les appelait lycanthropes (lycos, loup; anthropos, homme), chea 
les Romains également, c'étaient des hommes qui se croyaient méta- 
phosés en loups, ils en imitaient la voix, les cris, la voracité, les 
manières et commettaient toutes sortes de crimes.Ce n'était là, au 
fond, qu'âne espèce d'aliénation mentale appelée « zoanthropie », 
dans laquelle l'aliéné se figure être transformé en animal. Les Druides, 
d'après l'opinion des Celtes, avaient le pouvoir de se changer en ani- 
maux, et particulièrement en loups. ' 

On a, dans notre Comté, des traces officielles de l'existence des 
îoups-garous ! En 1521, furent exécutés trois sorciers qui s'étaient 
changés en garous et qui avaient commis de nombreux méfaits, 
c'étaient Michel Udon de Plasne, près de Poligny (Jura), Philibert 
Moutot et Gros-Pierre. 

Au mois de décembre de cette même année, Burgot et Verdun 
furent brûlés à Besançon, comme loups-garous ayant tué et mangé plu- 
sieurs enfants. 

Le 18 janvier 1574, Gilles Garnier fut, par arrêt du Parlement de 
Dôle, brûlé vif en cette ville comme « loup-garou ayant mains semblant 
pâtes ». Il avait sous cette forme dévoré plusieurs enfants et commis 
d'autres crimes. 

Vers cette époque, un jeune homme, Benoît Bide], fut blessé mor- 



BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 313 

tellement par un loup-garou qui, découvert peu après, fut massacré 
par les paysans. 

Depuis près d'un siècle, il n'y a plus de loups-garous en Franche- 
Comté, ni de juges pour les condamner à mort. Malgré cela, la croyance 
en ces êtres fantastiques est encore si vivace et si terrifiante qu'il serait 
imprudent, un soir de mardi gras, de s'affubler d'une peau do bête et, 
dans cet accoutrement, de se promener dans les rues de certains 
villages. 

MÉUUSJNE 

On désigne généralement, sous lenojn de Mélusine, une châtcjaine 
punje pour son inconduite pu sa dureté de cœur. 

A Sirod, on en connaissait une. A Dole, on pouvait voir, tous les 
matins, une dame demi-nue assister à la messe de l'église des Carmes; 
deux loups qui l'acconipagnaient jusqu'à la porte du sanctuaire 
avaient été ses compagnons de débauche autrefois, sous la forme 
ljumaine. 

A Montrond, un homme courageux vit plusieurs fois une Mélusinq 
dans Jes tours du château de ce village. Elle avait }a forme d'unQ 
<• vouivre ». Un jour, il voulut s'emparer du trésor qu'elle gardait, 
mais le serpent de feu le poursuivit jusqu'au bas de la colline et il 
allait le saisir quand Notre- Pâme le délivra. En reconnaissance, 
il érigea une chapelle à la Vierge Marie. 

La fée Mélusine est aussi populaire en Conité que dans le Poitou, 
où elle passe pour avoir b^ti un très grand nombre de châteaux. 
On la considère comme la souche et la protectrice de la Maison de 
Poitiers ou de Lusignan. Or, cette famille avait des propriétés dans 
le Jura. Le château de Vadans lui appartenait et on raconte que la 
princesse Turiant de cette maison, pour n'avoir pas offert l'hospitalité 
à (les pèlprjns et à des malheureux, fut maudite et condamnée à revenir, 
tous Jes sept ans, au manoir de Ja famjlle, sous la forme d'ijne cou- 
leuvre. Quand l'époque était arrivée, on la voyait chaque soir descendre 
au château de Vadans, en serpent de flamme. Elle allait se désaltérer 
dans la rivière de la Cuisance. Elle avait, vue de près, une tête 
échevelée, la moitié de son corps était d'une femme, ot l'autre moitié 
d'un serpent. Elle se mirait et se coiffait dans l'eau. C'est ainsi, du 
reste, qu'elle est représentée d#ns Je blft^on, un miroir à ja main. 

mouton noip 

f/anirnal fantastique, ainsi appelé, ressemblait à ses congénères: 
seulement il était énorme et d'un noir très foncé. 



314 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Il y en avait un dans les environs de Poutarlier qui attaquait les 
voyageurs et qui, même, un soir tua un homme et en estropia plu- 
sieurs autres. Entre le Grand et le Petit Satine (environs de Besancon) 
tout le monde sait que la nuit le diable se promène sous la forme 
d'un mouton noir. 

Dans les ruines du château d'Olifernc, commune de Yescle* (Jura), 
se trouvaient cachas d'immenses trésors, gardés par un mouton noir, 
appelé Grabolibus. Un soir do Noël, trois jeunes gens du village vou- 
lurent s'emparer de ces richesses promises à celui qui serait assez 
courageux pour les prendre. Le mouton sortit soudain d'une citerne 
et emporta les visiteurs l'un derrière la Grange Vera, en haut de la 
montagne des Trois-Dames; l'autre sur le Châtelard où Ton faisait 
les feux annuels de la Saint-Jean, et le troisième sur le Molard de 
Nétru, près de Chaucia. 

A Pagnoz, canton de Yillers-Farlay, on raconte un fait analogue 
concernant les trésors cachés dans la citerne de Yaugrenans. 

Pendant la Révolution, un habitant d'Augerans (Jura), rencontra 
plusieurs jours de suite un gros mouton noir. Un jour, il voulut 
l'emporter; il le saisit et le jeta sur son épaule. La bètc lui cria dans 
l'oreille : « Guillaume Cantenot, tu me portes. » Et le pauvre Guillaume 
terrifié, croyant ouTr le diable, lâcha tout et s'enfuit chez lui. 

La môme tradition a cours dans le val d'Ornans (Doubs). 

On raconte que des hommes qui allaient ù Besancon vendre des 
voitures de foin et qui étaient partis avant le jour, rencontrèrent 
des moutons noirs qui sautaient après leurs chevaux. Ils eurent beau- 
coup de peine à les chasser à coups de fusil. 

PICOT ALON 

Cet oiseau imaginaire n'a pas de forme bien précise. Il n'est pas 
gros et presque tout en bec, lequel est fort pointu. Il pique les mollets 
et les fesses des enfants lambins et paresseux : il pique aux talons les 
traînards; de là son nom. 

On promet souvent aux gamins de leur en montrer un nid. 

POULE NOIRE 

La poule noire ressemble tellement aux autres poules noires non 
fantastiques qu'il est difficile de In distinguer. C'est une magicienne 
douée d'un pouvoir extraordinaire. Dans la basse-cour, on la sert 
la première, avant toutes les autres; quand elle couve, on glisse sous 
elle une pièce d'argent; si elle est contente, elle en fait pousser beau- 
coup d'autres; mais elle est très difficile i contenter. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 315 

Dan;, ta Haut-Jura, à Mouthe, on prétend que certaines poules 
noires peuvent faire peur aux aigles. 

A Relans (Jura), on voyait toujours une poule noire au bord de 
l'étang de la Basse. 

OUIPERLIERESSON 

Pour celui-là, on ne peut trouver aucun oiseau qui s'en rapproche. 
Personne ne Ta jamais vu ni entendu. On l'appelle aussi : Cacalambri 
et on envoie les enfants importuns en chercher les nids, surtout au 
premier avril. 

VAMPIRE 

Le vampire est un mammifère du genre chauve-souris, de la 
grosseur d'une pie. Il n'est pas beau et a des canines fortes comme 
celles des carnivores. On prétend qu'il agite ses ailes à la façon d'un 
éventail et que, pendant le sommeil des hommes ou des animaux, 
il leur suce le sang et amène ainsi la mort. 

VOUIVRE 

Le nom de vouivre vient du latin vipera, vipère, qui a donné en 
vieux français : guivre, serpent et giVre, serpent héraldique qu'on 
représente souvent dévorant un être vivant. Ainsi, les Visconti, 
ducs de Milan, portaient d'argent à la givre d'azur, couronnée d'or, 
dévorant un enfant issant de gueules. 

Ce nom de vouivre est assez répandu en Comté. Beaucoup de mur- 
gers sont appelés : châteaux de la Vouivre. Dans la commune de Uaré- 
sia (Jura) on voit le murger de la Vouivre ou de l'Anguille; sur le 
territoire de Champagnole, un ruisseau s'appelle la Vouivre. A Mouthe 
(Doubs), un torrent à cascade intermittente se nomme la Voucho. On 
a aussi conservé le nom de vaivres, vouaivres, à des prairies humides, 
à des hameaux, à des forêts situées dans des localités où l'on voyait 
autrefois des vouivres. Ces dénominations se rencontrent principale- 
ment dans le Jura. 

En Franche-Comté, la Vouivre avait généralement trois formes. 
Elle était mi-femme, mi-serpent, c'était la Mélusine. C'était aussi un 
serpent de feu, ou encore un serpent ailé et lumineux. Elle découvrait 
ou gardait les trésors cachés dans les châteaux. 

La Vouivre, longue de 70 à 80 cent., atteignait jusqu'à 2 m. et 
plus. Elle n'avait qu'un œil posé sur le devant de la tête, mais cet œil 
brillait comme une étoile; on le nommait escarboucle, du mot latin 
carbunculus (petit charbon brillant comme braise). Il brillait telle- 



316 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRE» 

ment que la Vouivre paraissait toute en feu quand elle franchissait 
l'espace. 

Cette escarboucle était d'un prix inestimable et celui qui aurait pu 
s'en emparer aurait été immensément riche. 

Une seule occasion se présentait pour en être possesseur. Quand 
la Vouivre allait se désaltérer à une fontaine, ou se baigner dans une 
source, elle déposait son escarboucle au bord de l'eau, dans la mousse 
épaisse ou sous les buissons touffus. C'est alors, mais seulement alors, 
qu'on pouvait s'emparer de cette merveilleuse étoile. Une fois privée 
de son escarboucle, la Vouivre devenait aveugle, était inofîensive et 
mourait bientôt en poussant des cris déchirants. Il fallait agir promp- 
tement; la Vouivre méfiante ne s'éloignait jamais beaucoup et l'on 
risquait, en cas d'échec, d'être dévoré par l'animal furieux. 

En Comté, on a longtemps pris les étoiles filantes pour des « vouivres 
qui traversaient les airs pour aller boire aux fontaines; on savait 
qu'elles hantaient les grottes, les cavernes, les vieux dqpjons, les 
ruines des châteaux, des abbayes; elles s'emparaient des bijoux, des 
diamants, des pierres précieuses et se les cillaient sur le corps pour 
être plus brillantes. 

Les témoignages des apparitions de la Vouivre sont très nombreux 
en Franche-Comté. Nous donnerons leur classement par départe- 
ment : 

Jura. — Arrondissement de Dole. — En 1835, un gouffre de plus 
de 70 m. s'ouvrit dans une colline de Pagney. Un habitant, sûr d'y 
découvrir des trésors, s'y fit descendre, mais ayant aperçu la vouivre 
qui les gardait, il cria : « Au secours ! » et s'évanouit. D'autres per- 
sonnes do ce village affirmèrent avoir vu cette même vouivre traverser 
les airs pour aller boire. Elle avait la forme d'une barre de feu et pour 
boire, posait son diamant à côté d'elle. Jgl 

Vers 1850, on voyait encore à Augerans, une vouivre traverser 
la Loue, près du pont de Belmont, pour aller du Mont- Roland à la 
vieille tour de Vadans. Plusieurs habitants ont même tiré des coups 
de fusil sur elle, mais sans l'atteindre. 

A Bans, beaucoup de personnes l'ont aperçue quand elle allait 
à Vadans : on voyait son corps de serpent, ses ailes, son escarboucle 
et en plus, un globe lumineux qui paraissait la précéder d'une coudée. 
Un savant de ce village nous disait : 

« Je ne vous raconterai pas avec les bonnes femmes, qu'on a vu 
la vouivre se baigner dans la rivière de la Cuisance : mais pour l'avoir 
aperçue dans les airs, c'est un fait positif. Une nuit, mes yeux furent 
frappés d'une grande lumière; je les levai vers le ciel et je distinguai 
clairement le serpent de flamme. Vous l'eussiez pris volontiers pour 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 317 

une étoile filante, une comète, un météore ». (A. Marquisbbt, Statisti- 
que de V arrondissement de Dole, t. Il, p. 159). 

Arrondissement de Lons-le-Sanlnier. — Il y avait une vouivre dans 
les ruines du château d'Arlay. On en voyait une au bord du ruisseau 
de Barésia; une dans la fontaine qui est au pied du château de Cham- 
béria. une à Chisséria; elle avait fixé sa résidence dans la tour de 
Bramelay; elle voltigeait souvent dans le bois de la Fée qui couvre 
la base de la montagne et de là elle s'envolait sur la tour de Mont- 
croissant. 

La Vouivre du château de Cressia allait boire à la source de Belle- 
Brune : celle du château de l'Étoile, à la fontaine du Bonhomme ; 
celle du château de Fétigny, à la source du ruisseau de Dessous- 
Roche ; celle de Larnaud à l'étang des Tartres. 

Celle de Marigna-sur-Valouse buvait chaque soir dans le ruisseau 
du Valouson. Dans la forêt de Leute, près de Marigny, on voyait 
souvent une vouivre traverser la vallée en volant d'une montagne 
à l'autre, passant au-dessus du lac de Chalain. Une autre volait des 
ruines du château de Mirebel à celles du château de Mdntmorot. 

On conte même que Gargantua joua un vilain tour à une vouivre. 
Un jour qu'il passait aux environs de Clftirvaux, pressé par la soif, 
il voulut boire au ruisseau du Drouvenaut, affluent de l'Ain. Pour se 
désaltérer plus à son aise, il sépara le rocher de Cogna du reste de la 
montagne; c'est ce rocher qu'on appelle aujourd'hui : la roche de 
Gargantua. Il y trouva une source abondante et d'eau si bonne qu'il 
la tarit. La vouivre t qui affectionnait cette source, dut aller désormais 
à la fontaine « sous les Blanchets ». 

Une vouivre buvait souvent au ruisseau du moulin de Condes. Un 
habitant du village résolut de prendre son escarboUcle. Il apporta 
un cuvier à l'endroit qu'elle affectionnait et se glissa dessous. II 
demeura là sans faire de bruit et quand la vouivre déposa son diamant 
sur le pré, il réussit à s'en emparer. La bête, lorsqu'elle s'aperçut du 
larcin, se précipita furieuse contre le cuvier. Mais notre rusé compère 
en avait hérissé l'extérieur de clous pointus. La vouivre s'embrocha, 
et périt de ses blessures. Mais l'homme ne jouit pas longtemps de son 
trésor, il mourut peu de temps après, sans avoir pu trouver quelqu'un 
au pays* assez riche pour lui payer l'escarboucle. On ne sait ce qu'est 
devenu cet inestimable joyau. 

Citons encore les vouivres du château de Présilly, de Publy, des 
châteaux de Binans, de Beauregard, celles d'Augea, du Frasnois, 
Passenans, Orgelet. N'oublions pas celle de Rothonay, qui du château 
de Pélapucin allait boire dans la fontaine de Feur; celle de l'ancien 
bourg de la Tour-du-Meix qui volait chaque soir sur la vieille tour du 



318 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

château d'Orgelet; celle de Vernantois qui se baignait dans la source 
du ruisseau de Dessièges, à l'ombre d'une grotte. 

Les vieillards de Saint-Hymetière ont parlé longtemps de la voui- 
vre qui s'était iixée dans la Roche Thévenot d'où elle prenait cha- 
que soir son vol pour aller se désaltérer dans la Valouse. 

Arrondissement de Poligny. — Près de Champagnole, il y avait une 
vouivre à la source du ruisseau qui s'échappe de la côte de Montrivel; 
elle a laissé son nom à cette fontaine. La vouivre de Chapois buvait 
au ruisseau de la Serpentine; celle du château de Volempoulières à 
la source de la Doyc, celle du château d'Aresches, à la fontaine qui 
coule au pied du donjon. 

Au Val-de-Mièges, la vouivre gardait un trésor dans le communal 
du Pré du Seigneur de Fraroz. Elle ne sortait qu'une fois l'an, le 
jour de la Chandeleur. Ixïs tout vieux de Yiaux-de-Medzet l'ont encore 
dans leur souvenir. Les jeunes gens ne trouvent plus dans ces prés 
humides que des grenouilles. 

La plus célèbre dans l'arrondissement est celle de la rivière La Fu- 
rieuse qui coule entre deux montagnes, couronnées l'une par le château 
du Poupet, près de Salins ; l'autre par le château de Vaugrenans, près 
de Pagnoz. La vouivre allait d'un château à l'autre et parfois volait 
jusqu'au château de Vadans (V. Mélusine). 

Au château de Vaugrenans vivait une belle châtelaine que sa 
beauté perdit. A la suite de ses dérèglcments,elle fut changée en vouivre 
et terrorisait le pays par ses méfaits. Elle avait un fils, nommé Georges, 
beau chevalier que sa rare piété conduisait sur le chemin de la sainteté. 
Georges résolut de purger de la vouivre le pays qu'elle désolait. 
11 marcha contre elle et la combattit u cheval, comme l'archange 
saint Michel avait autrefois combattu le démon. Il la tua et son cheval 
écrasa sous ses sabots le serpent avec son escarboucle. 

Mais Georges était triste malgré sa victoire. Il demanda à l'archange 
qui avait surveillé le combat : 

« Que doit-on iaire de celui qui a tué sa mère ? 

— P doit être brûlé, répondit Michel, et ses cendres jetées au 
vent. » 

Et Georges fut brûlé et ses cendres jetées au vent. Elles ne s'épar- 
pillèrent point sur le sol mais y tombèrent en une seule masse. Une 
jeune fille survenant remua ce tas de cendre du bout du pied et trouva 
une pomme de Paradis qu'elle s'empressa de manger. Aussitôt, elle 
devint grosse, puis elle accoucha d'un garçon. Dès que l'enfant fut 
baptisé, il dit à haute voix : « Je m'appelle Georges et je viens au 
monde pour la seconde fois. » 11 fut plus tard canonisé. 

Dans cet arrondisssement, nombreux sont les châteaux où l'on a 



BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 319 

vu la vouivre, il y a seulement une cinquantaine d'années, quand on 
voulait des descriptions exactes, des témoignages accompagnés de 
serments, on n'avait qu'à aller dans l'ancienne terre de Colonne, 
à Bersaillin, au Châtelay, à Chemenot... Dan* cette vieille seigneurie 
de 12 lieues de circonférence, avec 14 villages et 22 hameaux et 
moulins, presque tous les habitants juraient leurs grands dieux qu'ils 
avaient vu le serpent et son escarboucle. 

Arrondissement de Saint-Claude. — Beaucoup de personnes ont 
aperçu des vouivres dans les cantons des Bouchoux, de Saint- 
Claude, de Saint-Laurent-en-Granvaux, de Moirans, de Morez. 

A Longchaumois, coule le ruisseau de la Givre ou vouivre. Cette 
dernière buvait souvent à la fontaine de la Corbière. 

La vouivre de la Chaux-du-Dombief volait chaque soir des ruines 
du château de l'Aigle dans le petit lac qui en baigne le pied et de là 
à travers les ruines du Monastère d'Jlay. 

Haute-Saose. — Dans ce département on a négligé de recueillir 
comme dans le Doubs et le Jura, les traditions sur la vouivre. Cependant 
les ruines des châteaux, des abbayes et des prieurés, n'y manquent pas, 
ainsi d'ailleurs que les ruisseaux et les fontaines. Plus d'un auteur a 
constaté l'absence de légende concernant cet animal fantastique. Et, 
chose curieuse, les autres traditions y sont aussi riches et aussi nom- 
breuses que dans le reste de la Comté. 

Cependant on raconte que dans le voisinage de Broye-les-Pesmes, 
à Saint-Pierre, une vouivre se cachait dans le souterrain de Châtelot 
pendant le jour. Une vieille tradition prédisait qu'un berger de sept ans 
aurait seul le bonheur de prendre l'escarboucle. Aussi, quand les en- 
fants se trouvaient rassemblés près de là, ils se demandaient entre 
eux : « Quel âge as-tu? » Mais parmi ceux qui avaient l'âge voulu, 
il ne s'en trouvait jamais un assez courageux pour tenter l'aven- 
ture (1). 

Doitjs. — Arrondissement de Banme-les-Dames. — La vouivre 
d'Avoudrey était plus belle que les autres; elle avait en plus une 
couronne de « perles et de diamants ». Elle allait boire à la fontaine 
voûtée du village, le soir de Noël, pendant les matines. Au moment 
où Jésus vient au monde, c'est-à-dire, à minuit exactement, elle 
déposait un instant sa couronne et son escarboucle. Celui qui aurait 
voulu les saisir aurait eu, outre sa fortune faite, son salut assuré. 

On la reconnaissait aisément : elle était couleur de feu et semblait 
un serpent long de 3 à 4 mètres. 

A liournois et dans les environs, on en voyait souvent une, le soir. 

(1, D p Perron, Proverbes de Franche-Comte. 



336 REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES 

nement, Bacchus plaça aux cieux l'image d'un de ces dauphins. 
Hygin raconte que ces Toscans, pirates*de profession, avaient 
été séduits par les charmes de Bacchus, et que celui-ci voyant leur 
mauvais dessein, changea les rames en thyrses entortillés de pampres 
et les cordages en lierre; que des lions et des panthères s'élancèrent 
de toutes paits contre eux, et que les pirates e {frayés sautèrent à la 
mer, où ils furent métamorphosés en dauphins. (Dupuis, Origine des 
cultes, VI, 391-2.) 

Des matelots figiens, dont la pirogue avait chaviré, ayant adressé 
des imprécations aux dieux, furent changés en marsouins. C'est depuis 
ce naufrage que les marsouins sont appelés aux Samoa, l'équipage 
de Sau-Cici, du nom des deux passagers qu'ils transportaicnt.(LKSSON, 
Les Polynésiens, II, 437.) 

Des garçons noyés dans une tempête sont transformés en dauphins. 
(Rtnk, Taies of Eskimaus, p. 450.) 

Pour expliquer l'origine d'un certain poisson, les habitants des 
«les Andaman disent qu'avant le déluge, un dieu vint visiter un cam- 
pement d'hommes. Pendant qu'il chantait, les femmes ne faisant 
pas attention à ses instructions empêchèrent tout l'effet des chœurs. 
Dans sa colère il saisit sa flèche, et tous se mirent à fuir dans des direc- 
tions différentes : une partie tomba à la mer et furent changés en 
dugongs, marsouins, requins et en divers autres poissons qu'on n'avait 
pas vus jusque-là. Œ.-H. Man, Journal of Anth. InstitiUe, t. XII, 
p. 171.) 

On raconte aussi que Tomo, le premier homme, étant venu sur le 
rivage de ia mer trouva une Pinne, et qu'il joua avec elle; l'écaillé 
se referma sur lui; il ne put s'en débarrasser jusqu'à ce qu'un Para- 
doxus, venu è son secours, le délivra. Mais Tômo y laissa un de 
ses membres. Peu à près il vit sa femme et quelques-uns de leurs 
enfants qui venaient en canot; ne voulant pas qu'ils sussent le mal- 
heur qui lui était arrivé, il chavira le canot et noya son équipage et 
lui-même. Il fut transformé en cachalot et les autres en dukus, fort 
communs maintenant parmi les jungles. (E.-H. Man, ibid, XII, 166.) 

Dans les Baleiniers d'Alexandre Dumas, le coq du bord raconte 
que si certaines baleines sont difficiles à piquer, c'est qu'autrefois 
elles ont été de vieux baleiniers qui ont été condamnés pour leurs 
péchés, à revivre en baleine. Aussi, examinons-les bien, les vieux roués, 
quand ça s'amuse à souffler à un mille au vent à nous, et que ça n'a 
pas l'air d'aller de l'avant, ça vous entend, aussi bien que je l'en- 
tends, le cri de notre vigie, le grand hunier que Ton masque, etc. Ca se 



REVUE DES TRAD1TI0N8 POPULAIRES 321 

Arrondissement de Pontarlier. — Depuis le Mont-Noir, canton des 
Planches (Jura), jusqu'au vallon de Morteau, le souvenir de la vouivre 
est resté très vivace. Celle dé Mouthe avait son domicile dans les 
excavations de la base du rocher de Crèvecœur, au Creux-des- Roches. 
Ce qui le prouve, .c'est que les fissures qu'on voit encore aujourd'hui 
ne peuvent donner passage qu'à un corps allongé comme celui d'un 
serpent. On conte qu'un homme de Mouthe qui n'avait peur de rien 
put, sur les conseils d'un sorcier, prendre l'escarboucle de la vouivre 
quand elle buvait au Cul-du-Bief, mais comme il ne voulut rien parta- 
ger, le sorcier changea la pierre précieuse en crottin de cheval. 

Arrondissement de Besançon. — Dans la vallée de la Loue, sur le 
territoire de Lods est un lieu-dit appelé Jaube ou Jaubourg 
Un vieux quatrain dit : 

« A Jaube, en Comté, 
Un trésor est caché; 
Celui qui le trouvera, 
La couleuvre le mangera ! » 

Dans cette belle vallée et sur les dernières crêtes du mont Jura, 
depuis le canton d'Amancey, jusque vers Belfort, on parlait de la 
vouivre dans presque tous les villages. On la voyait souvent, on 
connaissait ses allées et venues. Elle affectionnait surtout Mouthier- 
Haute-Pierre. Très souvent on la voyait voler des monts d'Athose au 
menhir du Moine ou du puits de l'Hermite à la Chaudière d'Enfer. Elle 
habitait le fond des Combes de Nouai! les et son vol avait la rapidité 
de l'éclair. Elle semblait préférer à toutes les eaux, les ondes écumeuses 
de la Loue. 

Un guillou (habitant de Mouthier) nous a conté un jour ce qui 
suit : 

« Lo vouivro c'est no grand sarpent voulant que ne voit tia que 
d'eun' œillou; encoua cet œillou ne tint-u quasiment pè à so této; 
c'est no bôlo asse reluant que n'étello, que s'épèle nescarbouquio et 
que vo devant quemont no lantano. Le baille no se grand lumire 
que lo sarpent sembien être tout en fû, et quand le voulè d'enno mon- 
taigne an' otro on crait va n'éluzou. 

Mon revire-pépé l'o vu no neu en descendant ù melin, qu'échappaire 
du Pouis à l'Ermiton, s'élancieu de l'atro sen de lo révère, posé tran- 
quilloment se nescarbouquio su no grosso pierro du boua et saccoulê 
longtemps se aïes su l'avo quement fant les ouzè que se bagnant. 

Son escarbouquio va pieu d'un million. Çu que pourrait li penre 
serait prou richou, mais pou li penre y faudrait être à coûté de lé 
quand le boit pasque l'est doblgeo d'auteri son escarbouquio pou 

Tome XXlll. - Sbptsmubk-Octobhk 1003. SI 



322 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

boire; mais atroment ren que de revadiai les gens, le les redû en 
cindres ». 

Traduction. — « La vouivre est un grand serpent volant qui ne voit 
clair que d'un œil; encore cet œil ne tient-il presque pas à sa tête; 
c'est une boule aussi brillante qu'une étoile, qui s'appelle escarboucle 
et qu'elle a devant elle comme une lanterne. Elle donne une si grande 
lumière que le serpent semble être tout en feu et quand il vole d'une 
montagne à l'autre, on croit voir un éclair. 

Mon arrière-grand-père le vit une nuit, en se rendant au moulin, 
sortir du puits de l'Ermite, s'élancer de l'autre côté de la rivière, 
poser son escarboucle sur une grosse pierre du bord et secouer long- 
temps ses ailes sur l'eau comme font les oiseaux qui se baignent. 

Son escarboucle vaut plus d'un million. Celui qui pourrait la lui 
prendre serait assez riche, mais pour lui la prendre il faudrait être 
à côté de lui quand il boit, parce qu'il est obligé d'ôter son escar- 
boucle pour boire, mais autrement, rien que de regarder les gens, il 
les réduit en cendres >,. 

C'est ainsi qu'une nuit, un nommé Nicolas rentrait tard chez lui. 
Il avait péché tout le jour, dans la Loue, à la Combe de Nouailles* 
Il aperçut la vouivre qui soi tait de la vieille- Roche, grotte vaste et 
très profonde, plus connue sous le nom de grotte des Faux-Monnayeurs. 
La bête allait à la rivière. Aussitôt Nicolas se débarrassa de sa hotte 
et se cacha dans un buisson près de l'eau. Que s'est-il passé? jamais 
on ne le saura. On croit qu'il dut manquer son coup en prenant l'escar- 
boucle, car on le trouva mort en cet endroit et quand on voulut le tou- 
cher, son corps tomba en cendres. 

Le Puits à l'Ermite dont il est question dans la légende est à cent 
mètres plus haut que la cascade de Syratu, au bord de la route na- 
tionale. 

On voit que le mythe de la vouivre occupe en Franche-Comté une 
place d'honneur dans les traditions populaires; on prétend même 
qu'il est spécial à notre province. On le trouve cependant, et c'est 
assez facile à comprendre, dans les régions de la Suisse qui avoisinent 
les arrondissements de Pontarlier et de Montbéliard. 

Ch. Beauquier, 



(1) N. B. Outre les renseignements obtenus directement des vieux paysans ou pay- 
sannes et des Instituteurs, nous citerons encore les ouvrage* suivants où nous avons 
puisé : Ch. Thukiet, Traditions populaires de la Haute-Saône, du Douas et du Jura ; 
D'Fkrro.v, Proverbes de Franche-Comté; Tissot, Les Fourgs; Duve^noy, Ephêmérides; 
Les Annuaires du département du Doubn. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 323 



MYTHOLOGIE ET FOLKLORE DE L'ENFANCE 
LX 

LE FEU ET LES ENFANTS 

On dit aux environs de Dinan que les bleuettes de feu sont de petites 
bonnes femmes qui s'en vont aux noces ; en Ille-et- Vilaine, que ce sont 
des âmes qui vont en'paradis. 

Les enfants s'amusent aussi à agiter des tisons rouges, mais non 
enflammés, qui décrivent des cercles de formes variées que Ton appelle 
des c rubans d'amour ». 

Lucie de V. H. 

LXI 

LE MARCHAND DE SABLE 

On dit qu'il est un'petit vieux 
Qui vient Ie'soir jeter du sable 
Dans^tous lesjpauvres petits yeux 
Des enfants qui sortent de table, 

Le vieux dans son sac 

Faisait 4 crac," crac, crac, 

Tout s'envole et se perd, 

On dirait^une averse, 

Le vieux 'dans son sac 

Faisait crac, crac, crac. 

Waziers près Douai (Nord). 
Ce couplet est très probablement d'origine littéraire. 

LX1I 

CHANSON DE CROQUEMITAINE 

Croquemiton, 
Croquemitaine, 
A la barbe longue au menton, 
Croquemiton, 
Croquemitaine. 
Il a les pieds longs 
Comme les mandrilles 
Et les gorilles, 
Croquemiton, 
Croquemitaine. 



324 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Cette petite chanson que l'on chante aux enfants à Brioude (Haute- 
Loire) ressemble à, la seconde strophe d'une poésie d'Auguste de 
Châtillon parue en 1864 dans le Journal illustré, p. 286 : 

Avec des habits en guenilles, 
De longs bras comme les mandrilles 
Et sa longue barbe au mention 
Croque mitai ne, croquemiton- 

h. y. 

LXIII 

MADAME EN CHAISE 

J'ai toujours vu pratiquer le jeu de Madame en chaise, à Moncon- 
tour de Bretagne. 11 y en a un autre à peu près semblable : Deux 
personnes en prennent une autre, l'une par les pieds, l'autre par les 
épaules et la balancent en disant : 

Cinq palets, 

Soupe de lait, 

Tire ta vache, t'auras du lait 

Plein ton bonnet. 

En disant ces derniers mots, on fait semblant de jeter celui ou celle 
que l'on balance. 

J. M. Carlo. 
LX1V 

CONTE POUR FAIRE TENIR SAGE LES ENFANTS 

Pour que les enfants soient obéissants, bien sages, on leur promet 
do leur raconter l'histoire de la chèvre rouge. 

(Diekirch, Limbourg.) 

LXV 

LE MÉCHANT GÉNIE DES EAUX 

Quand les enfants s'aventurent, le soir, au bord de la Sûre, les 
parents leur disent que le « Kropemanchen » va les prendre. 

(Diekirch.) 

LXVI 

L'ENFANT QUI RESTE DEBOUT 

Aux enfants qui persistent à se tenir debout au lieu de s'asseoir, 
on demande : « Vous voulez donc grandir, que vous ne vous asseyez 
pas ? « 

(Wallonie.) 



REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES 325 

LXVII 
MENAGE FACÉTIEUSE 

On menace les enfants qui ne sont pas sages, de leur mettre la tète 
entre les oreilles. 

LXVIII 

CE QU'ON DIT AUX ENFANTS Î^ALPROPHES 

J'ai souvent entendu, en Hainaut et à Bruxelles, qualifier les 
enfants malpropres de petits Polaques. 

C'est sans doute un souvenir de ces cavaliers polonais, les l'olacres, 
qui dévastèrent une partie du pays au wii 8 siècle et qui se distin- 
guaient, faut-il croire, par une grande malpropreté ! 

LX1X 

. QUOLIBETS D'ENFANTS 

A Liège, lorsque les enfants aperçoivent un brancard porté par 
deux hommes, ils chantent : 

A Vckèire 
Di Bavire, 
On 'nnè va 
Sins fer nou pas. 

Littéral : 

A la chaise (à porteurs) 
De Bavière, 
Où Ton se rend 
Sanfc faire aucun pas. 

Ces mots rimes demandent quelques explications. La Chaise de V Hô- 
pital de Bavière qu'on voyait encore dans les rues de Liège, il y a 
un demi-siècle, était un brancard surmonté d'une sorte de palanquin 
dans lequel on transportait les malades à l'Hôpital de Bavière. 
Deux employés de l'Hôpital s'attelaient à ce singulier véhicule. 

1 XXI 

LE PONT ET LES MENSONGES 

On dit aux enfants que, s'ils ont menti dans la journée, ils doivent 
dire la vérité en traversant un pont, sinon en arrivant au milieu 
du pont, ils tomberont et se casseront la jambe. 

(Grand Duché de Luxembourg,) 



326 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

LXXI 

AMULETTE DE LA DENTITION 

J'ai vu, à Paris, il y a moins de dix ans, des enfants aux hochets 
desquels on avait attaché une petite plaque avec des caractères pour 
faciliter leur dentition et les préserver des convulsions. 

(J. B. Salgues. Les erreurs et préjugés, 2, 23<i, Bruxelles, 1830.) 

LXXI* 
LES joujoux fantastiques 

A Maeseyck (Limbourg belge), on dit aux enfants, lorsqu'on aper- 
çoit les petits vendeurs (1) d'objets de ménage en fer-blanc, formes, etc. 
qu'ils viennent de Y Intérieur de la terre où ils ont leur atelier. On 
conseille aux enfants de se coucher sur le sol, d'y appliquer l'oreille, 
afin d'entendre. Ces petits hommes travaillent, on perçoit le bruit 
de leurs marteaux avec un peu d'attention. 

LXXIII 

LES ENFANTS GOURMANDS 

Dans le bassin du Centre (Hainaut), aux enfants qui mangent 
sans avoir faim et ne veulent laisser aucun morceau sur leur assiette, 
les f mères disent ironiquement : « Plutôt panse peter (crever, 
éclater) que boket d'meurer » (que morceau rester). 

LXXIV 

LES ŒUFS DE PAQUES J 

Limbourg. — A Sainte-Gertrude, on dit aux enfants que les œufs 
de Pâques qu'ils trouvent sous les plantes du jardin, ont été pondus 
par « de veldhen » la poule des champs, la poule sauvage. 

Alfred Harou. 



(1) Ce loni ordinairement des enfants. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



327 



QUATRE CONTES CHALDÉENS 



AVANT-PROPOS 




e xin e siècle marque le déclin de la littérature 
syriaque classique. Les dévastations d'Houla- 
gou, les invasions de ses barbares répandant 
leurs flots exterminateurs sur l'Asie antérieure, 
étouffèrent pendant un temps tout essor intel- 
lectuel chez les chrétiens d'Orient. Et lorsqu'une 
aurore nouvelle se leva sur les ruines encore 
récentes des peuples et des villes, l'arabe avait, 
remplacé le syriaque. 

Mais le syriaque ne disparut pas pour au- 
tant. Il subsista comme langage parlé, avec des 
différences dialectales assez sensibles; et au xix e siècle une nouvelle 
littérature syriaque s'épanouissait dans la région de Mossoul, comme 
aux bords du lac d'Ourmiah. 

Les missionnaires américains, opérant dans cette ville et sur son 
territoire, traduisirent un certain nombre d'ouvrages de piété dans 
la langue néosyriaque et Ton publia la grammaire de ce nouveau lan- 
gage (1). Quelque dix ans plus tard, Theodor Nœldeke (2) établissait 
une grammaire plus rigoureusement scientifique de ce néosyriaque 
et il donne dans l'introduction quelques renseignements intéressants 
à relever, quarante ans après l'apparition de son volume : les mission- 
naires américains établirent à Ourmiah une imprimerie d'où sortirent 
des livres en syriaque ancien et moderne; comme il y avait beaucoup 
de dialectes locaux, ils choisirent celui d'Ourmiah comme langue 
écrite ou classique. Puis il rend témoignage au mérite et à la gram- 
maire de Stoddard, qui, le premier, a initié l'Europe à la langue 
syriaque moderne d'Ourmiah. Ce « néosyriaque n'est pas la fille du 
syriaque, dit-il p. XXXV, c'est-à-dire du dialecte que la grande 
majorité des Syriens chrétiens employaient comme langue littéraire; 
il faut bien plutôt considérer le néosyriaque comme la fille d'un dia- 
lecte qui serait la sœur du vieux syriaque. . .» 

La littérature du sujet s'enrichissait, quelques années plus tard, 



(1) Stoddard, Grammar of Ihe modem syriac language, as spoken in Oroomiah^ 
Persia and in Koordistan. New- York, 1856 (t. V de Journal of ihe amène, orient, 
sociely). 

(2) Grammalik der neusyrischen Sprache am Vrmia — See und in Kurdistan. . • 
Leip/Jg, 1868. 



328 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

de textes nouveaux, accompagnés de traductions et qui ont amplifié 
le domaine du folklore oriental (1); car, à côté des textes sacrés et 
de piété publiés par les Américains (2), les contes et les histoires 
donnés par Prym et Socin ainsi que par Lidzbarski (3) entrent pour 
une belle part dans l'enrichissement de ce domaine relativement 
restreint, qui compte également des poèmes (4). 

Je donne ci-après la traduction de quatre contes chaldéens. Voici 
dans quelles circonstances je m'en suis procuré le texte original. Un 
chaldéen (5) d'Ourmiah, occupé depuis plusieurs années à copier dans 
les différentes bibliothèques de l'Europe toutes les liturgies syriaques, 
pour le compte d'un prince de l'Église, se trouva un jour fort dépourvu: 
le prince ne voulait plus de sa copié. Force fut à l'infortuné scribe de 
se tirer d'affaire le plus promptement possible; il exécuta quelques 
copies pour des savants d'Angleterre et d'Allemagne; il rédigea pour 
moi, dans le dialecte syriaque d'Ourmiah, les quatre contes dont 
suit la traduction; il les rédigea à sa guise, sur des données que lui 
envoyèrent ses parents d'Ourmiah, en particulier sa belle-sœur, 
Mariam de Tamraz. Ces histoires sont racontées par les paysans 
dans les miani ou chambres pratiquées dans les écuries, où Ton se 
tient pour avoir plus chaud en hiver. L'un des assistants raconte, 
tandis que les autres écoutent et tirent la soie du cocon (paJoutti 
kouza). 



(1) Cf. Adalbert Mbrx v Neusyrisches Lesebuch, Texte im Dialecte von Urrnia, 
gesammclt, ubersetzt und erklàrt... Breslau, 1873. — Eugen Prym h nd Albert Socw, 
Der neu-aramdische Dîalect des Tûr 'Abdin... Gôttingen, 1881 [i rm partie : les 
textes ; 2* partie : la traduction J. 

(2) Cf. Rubeos Duval, Traité de grammaire syriaque... Paris, 1881, p. XII, et 
C. Brockelman*, dans Gf se hic h te der christtichen Litteraturen des Orients... Leip- 
zig, 1907, p. 66. 

(3) Geschichten und Lieder ausden aramatschen Handschriften der Kôniglichen 
Bibliothek zu Berlin. Weimar, 1896. — Voir : Rubeos Duval, Les dialectes néo- 
araméens de Salamâs. Textes sur l'état actuel de la Perse et coûtes populaires... 
avec traduction française... Paris, 1883 et M. Parisot, Le dialecte de Ma*lula, gram- 
maire, vocabulaire et textes... Paris, 1898 (ExtraH au Journal Asiatique). 

(4) Cf. E. Sachau, leber die Volkspoene der Neslorianer, dans Sitzungsber. d. 
Burl. Akademie du 27 février 1896. 

(5) Ce terme désigne les chrétiens de l'Église nestorienne rattachés an catholicisme ; 
tandis que les Nesloriens proprement dits sont restés fidèles à leur vieille église natio- 
nale, à leur hérésie, comme on dirait en cour de Rome et dans le Journal Asiatique 
(1908, I, p, 230). 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 329 

I 

LES TROIS FRÈRES 

Il y avait un homme, et cet homme avait troi% fils; et tous les trois 
habitaient ensemble et n'étaient pas mariés, afin de ne pas se séparer 
de lui. 

11 arriva que le frère de cet homme mourut; il n'avait pas de fils; 
seulement une fille, mais très belle. 

Le père des trois fils fut embarrassé de cette affaire. Il ne pouvait 
pas laisser la veuve et sa fille toutes seules dans une maison; on aurait 
pu les injurier. Il les fit venir chez lui, pour sauvegarder leur honneur. 

Un temps se passa. Les fils éprouvèrent une inclination pour la 
jeune fille. Tous trois s'éprirent d'elle. Nuit et jour, ils la poursui- 
vaient de leurs assifluités. Le père des jeunes gens, en apprenant la 
chose, fut fort ennuyé. Que devait-il faire pour ne pas blesser ses 
fils, car tous trois aimaient la jeune fille? 

Un jour, il les convoqua et leur dit : Venez, que je vous dise quelque 
chose. Cette jeune fille est la fille de mon frère et la loi ne me permet 
pas de vous la donner en mariage, parce qu'il y a de la parenté avec 
nous. Mais il y a un moyen. Si l'un d'entre vous veut absolument 
se marier avec elle, peut-être pourrons-nous obtenir une permission 
spéciale. Toutefois je crains que cela aussi ne sème la discorde entre 
vous, et j'en souffrirais. Donc, le meilleur est que je vous fournisse 
de l'argent de voyage; allez à l'étranger et apprenez chacun un métier. 
Celui qui saura un métier au bout de trois ans et qui aura gagné 
300 roubles pour la première année de travail, s'il revient avant ses 
frères, la fille spra pour lui. S'il n'a pas pu gagner les 300 roubles, qu'il 
reste où il sera. 

Les trois fils tombèrent d'accord et demandèrent de l'argent de 
voyage; le père leur en donna et les mit sur le chemin. 

Ils partirent ensemble et arrivèrent à une bifurcation du chemin. 
Ils dirent: Le bon Dieu nous sépare l'un de l'autre, en nous donnant 
ces trois directions. Que chacun de nous aille par l'un de ces chemins; 
et nous verrons quelle chance le bon Dieu nous accordera. 

L'aîné, qui était le plus avisé, dit : Comment pourrons-nous savoir 
quel sera le premier rentré à la maison? Venez, écrivons un papier 
et plaçons-le ici à cet embranchement, sous une pierre. Celui qui sera 
le premier de retour écrira une lettre, qu'il placera à côté du papier. 
Celui qui viendra le deuxième l'apprendra par cette lettre; celui-ci 
aussi écrira une lettre, jusqu'au dernier d'entre nous. Ainsi nous serons 
tous au courant des événements. 



330 REVUE DBS TRADIT10N8 POPULAIRES 

Tous trois écrivirent donc la lettre, la mirent sous la pierre et 
partirent pour apprendre leur métier. 

Le premier se rendit chez un astronome et devint apprenti chez 
l'astronome. Il lui dit : « Je serai apprenti chez toi trois ans, et après 
je travaillerai un an et je gagnerai 300 roubles; puis je pourrai m'en 
retourner chez moi ». Le maître lui dit : « Très bien; apprends bien 
ton métier, et je ferai comme tu le désires ». 

L'apprenti fit des efforts, apprit son métier en trois ans; il gagna 
300 roubles et s'en retourna pour rentrer chez lui. Chemin faisant, 
il arriva à la bifurcation et se rappela la convention passée avec ses 
frères. Il souleva la pierre, trouva leur lettre et écrivit une deuxième 
lettre où il leur disait : « Venez à la maison ; j'y suis allé. » 

Comme il était fatigué, il alluma une cigarette et se reposa quelques 
instants. Il fumait encore, voici que le deuxième frère revient. Il 
voulut lui aussi fumer et se reposer. L'aîné lui demanda : 

— Quel métier as-tu appris? 

Il répondit qu'il était allé chez un médecin et qu'il avait étudié 
la médecine. Lui aussi en trois ans avait appris son métier, puis avait 
gagné 300 roubles pour rentrer à la maison. L'aîné lui dit : 

— Je suis* arrivé le premier, mais nous repartirons ensemble. 
Ils allaient se mettre en route, voilà le troisième qui survient. 

Ils lui demandèrent ce qu'il avait appris. Il répond qu'il a été apprenti 
chez un ingénieur pendant trois ans. 

— J'ai appris ce métier, j'ai gagné 300 roubles et je suis prêt à 
rentrer à la maison. 

Alors ils se dirent entre eux : C'est une chance pour nous que nous 
ayons tous trois appris notre métier et que nous ayons de l'argent 
pour rentrer à la maison. Allons donc tous les trois ensemble et émet- 
tons chacun une idée : Que fait maintenant la demoiselle à la maison? 

Les deux jeunes frères dirent : Tu es l'aîné, tu es le plus avisé; 
dis d'abord ce que fait la demoiselle à la maison ? 

L'aîné dit : « Je vois qu'elle est malheureuse par suite de maladie. 
Si nous n'arrivons pas à temps, elle mourra. » 

Ils demandèrent au deuxième, qui était médecin: Toi, que penses-tu? 

Il dit : « Si quelqu'un ne lui apporte pas de médicament à la hâte, 
elle moura très certainement. » 

Ils demandèrent l'idée du troisième, qui était ingénieur. Il dit : 
« D^ici jusqu'à la maison, il faut cinq jours. Si le médecin n'arrive pas 
d'ici là, elle mourra. » 

Alors le médecin dit : « S'il en est ainsi, je me mets en route tout 
de suite pour lui porter des remèdes. » 

Et elle fut guérie. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 331 

A qui des trois la donner? Car chacun d'eux avait rempli les condi- 
tions exigées par le père. 'ifl' 1 

Les parents et les amis vinrent et tinrent conseil : à qui la donner? 

Ils décidèrent ainsi : le médecin a donné le remède; qu'il se fasse 
payer. L'ingénieur avait indiqué exactement la distance; qu'il prenne 
son salaire. Mais l'astronome a prédit que si le médecin n'arrive pas 
à une minute près, la jeune fille mourra. Donc, c'est lui qui a sauvé 
la vie de la demoiselle, et il convient de la lui accorder. 

Ainsi, tous les trois apprirent leur métier, gagnèrent chacun 
300 roubles; et c'est l'ainé qui obtint la jeune fille, sans avoir de 
dispute. 

Alors, on commença les noces; on accorda la demoiselle à l'astro- 
nome. On fit venir des sauteurs de corde, des danseurs, des joueurs 
de flûte, de violon, de doumbag et de tambourin. Sept jours et sept 
nuits, ils mangèrent, burent et se réjouirent. Et ainsi, que le bon Dieu 
donne à nos parents et à nos amis la même réjouissance. 



II 



LES TROIS AMIS 

Un jour, trois amis, un prêtre, un menuisier et un tailleur voyageaient 
de compagnie. Ils allèrent et traversèrent les montagnes, les déserts 
et les endroits" inhabités. Ils marchèrent toute la journée. Vers le 
soir, pour ne pas être attaqués par les bêtes sauvages, ils décidèrent 
de se retirer dans une forêt pas très éloignée, pour y passer la nuit. 
Tous trois furent d'avis. 

Ils pénétrèrent dans la forêt et y trouvèrent une chaumière. Un 
moment après, ils se déshabillèrent pour se coucher, car ils étaient 
fatigués. 

L'un d'eux, qui avait voyagé dans le monde, leur dit : « Voici ce 
que nous allons faire; nous sommes ici dans une forêt déserte. Si nous 
quittons nos vêtements et si nous nous couchons tranquillement, 
il pourrait arriver pendant la nuit que nous ayons quelque difficulté 
et que tout à coup les brigands tombent sur nous, et nous ne pourrons 
pas nous sauver. Mais si nous faisons un peu attention, ils ne pourront 
pas nous surprendre. Donc, il vaut mieux que deux de nous se cou- 
chent, et le troisième fera le guet. Trois heures après, il se couchera 
et un autre se lèvera. Ainsi de suite jusqu'au troisième et jusqu'à ce 
que la lumière tombe (sur la terre) ». 

Ils décidèrent ainsi. Deux se couchèrent et un fit le guet. Pendant 



332 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

que les deux donnaient bien, celui qui était assis s'ennuyait beaucoup. 
Il se disait en lui-même : Que vais-je faire? Je m'ennuie beaucoup 
et je pourrais être gagné par le sommeil et s'il arrive un accident, 
je serai le coupable. 

Alors, comme c'était le menuisier, il sortit ses instruments de son 
sac, il sculpta une statue et il était sur le point de l'achever lorsque 
son temps de dormir arriva. Il mit la statue à côté de lui et se coucha 
à son tour. 

Le tailleur devait veiller. Lorsque l'autre se coucha, le tailleur était 
en train de réfléchir. En observant la chaumière, il aperçut la statue, 
mise de côté. C'était la figure d'une femme. Le tailleur dit : Puisque 
mon compagnon a fait une statue, je vais lui tailler un costume. 
A peine avait-il achevé son costume, qu'il en revêtit la statue et se 
coucha. 

Alors le prêtre se leva pour veiller. Le prêtre commença par faire 
sa prière. A la fin de sa prière, il tourna les yeux et vit la statue.C'était 
la statue d'une femme très belle, très bien vêtue, appuyée contre le 
mur. Il l'examina beaucoup et se dit en lui-même: Que vais-je faire? 
Il savait bien que c'était l'œuvre de ses compagnons. Il dit : Eux ont 
fait la statue, ils ont fait des vêtements ; moi, je vais prier le bon Dieu 
de créer en elle une âme. Ce serait dommage que cette œuvre res- 
tât inutile. 

Alors il s'agenouilla et adressa de ferventes prières à Dieu pour 
créer une âme dans cette statue. Et Dieu fit selon le désir du prêtre 
en plaçant une âme dans cette statue. Elle devint une belle dame, 
comme on en rencontre rarement dans le monde. Et il conversa avec 
elle jusqu'au lever du soleil. 

Lorsqu'il fit jour, les compagnons se levèrent et virent qu'une 
âme avait été créée dans cette statue. Ils furent jaloux du prêtre et 
voulurent, eux aussi, converser avec la dame. Le curé, jaloux, ne voulut 
pas les laisser. Il dit : J'ai mis l'âme dans cette statue et elle m'appar- 
tient. r 

Ils se disputèrent beaucoup, jusqu'au point de n'être pas loin de se 
battre. 

Le menuisier dit : C'est moi qui l'ai faite le premier ait qui l'ai sculp- 
tée; elle m'appartient. 

Le tailleur dit : Moi, je lui ai fait un vêtement; elle m'appartient. 

Le prêtre dit : C'est vrai; vous l'avez sculptée, vous l'avez vêtue; 
mais, sans âme, c'était un morceau de bois sans valeur; tandis que moi, 
j'y ai mis une âme; elle parle et a de la valeur. Si je retire son âme, 
elle deviendra vaine. 

Ils ne purent tomber d'accord et dirent : Allons chez le juge, voir 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 333 

ce qu'il dira. Les r voilà en route pour aller chez le juge. Et là, on leur 
demanda des explications sur cette femme au sujet'de laquelle ils 
se querellaient. Et ohacun dit au juge ce qu'il désirait. 

Le juge leur répondit : Toute personne travaille pour gagner de 
l'argent. Votre affaire se présente ainsi : tous trois, vous avez travaillé, 
mais le genre de travail est différent. Vous pourrez faire payer au curé 
le travail que vous avez fait, parce^que sans âme, votre travail serait 
comme si vous aviez fait une porte ou une fenêtre. Tandis que le 
prêtre a obtenu de Dieu de mettre une âme dans cette statue; c'est 
une affaire surnaturelle; tout le monde ne peut pas le faire. La vérité 
et la justice sont ainsi : que le prêtre paie une journée de menuisier 
au menuisier/' et une journée de tailleur au tailleur, et la statue 
appartiendra au curé, car pour le genre de son travail,, il n'y a pas 
de salaire; ce n'est pas un travail- de ce monde. 

Le juge dit : Je décide ainsi; qu'en dites-vous? 

Ils virent que le juge avait bien jugé et ils consentirent. Le prêtra 
paya à chacun son salaire et s'appropria la statue. Alors il mit de 
côté la prêtrise et prit la femme pour lui. 

(A suivre.) F. Macler. 



LES BOHÉMIENS (1) 
III 

EN WALLONIE 

Au pays de Stavelot (Ardennes belges), à l'époque des Princes bava- 
rois, nous trouvons de nombreux édits contre les sorciers, bohémiens ', 
égyptiens, etc.; en effet, il était çà et là, dans les bois de TArdenne, 
de ces bohémiens errants, appelés AUgypliani, gitani, gypsies, sorciers, 
et nos rochers du beau vallon de Beversé ont aussi leurs ténébreuses 
légendes ...Le souvenir de ces vagabonds s'est conservé dans nos joyeuses 
fêtes du carnaval, pendant lesquelles de nombreux masques parcourent 
les rues sous le nom de gypsiennes, en faisant la chasse au beau sexe 
et aux approvisionnements des cuisinières. 

Alfred Harou. 

(AbSÈnb DR NOÙB, Études historiques sw Pancien pays de Stavelot et Mal- 
mêdy, p. 465. Liège. 1848). 

(1) Revue des Trad. pop., XXIII, p. 140. 



334 REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES 

CHANSONS DE LA HAUTE-BRETAGNE 

XXXII 

I 

I.E PONT DU NORD (1) | 

I 
! 



(Chaque couplet est bissé; les enfants dansent en rond) : 



Sur le pont du Nord 
Un bal y est donné. 

— Maman, veux-tu 

Que j'aille les voir danser? 

— Non, non, ma fille, 
Tu n'iras pas danser. 

Elle monte en chambre 
Et se met à pleurer. 

Son frère arrive 

Sur un beau cheval doré. 

— Qu'as-tu, ma sœur, 
Qu'as- tu donc à pleurer? 

— Maman ne veut pas 
Que j'aille les voir danser. 

— Prends ta robe d'or 
Et ta ceinture dorée. 

Monte sur mon cheval 
Et moi j'irai à pied. 

Elle fit trois pas 
Et la voilà noyée. 

— Mon frère, mon îrere, 
Veux-tu me retirer? 

— Oui, oui, ma sœur, 
Je vais te retirer. 

Il fit trois pas 
Et le voilà noyé. 

(1) Pour les références, voir L. Dkcombe, Chans. popul. d'il le- et- Vilaine, p. 227. — 
M. Decorobe doooe lui-même deux variante». A vrai dire, celles-ci [sont innombrables* 
— Voyez aussi le recueil de chansons d 'il le-et-Vi laine publié par M. Obain. 



REVUS DES TRADITIONS POPULAIRES 335 

Les cloches de Dol 

Se mirent toutes à sonner. 

La mère demandait 
Pourquoi les cloches sonnaient 

C'est Adèle et son frère 
Qui se sont noyés (1). 

Après ce couplet, les enfants s'arrêtent et se mettent à chanter ce 
qui suit en frappant des mains : 

Voilà l'histoire 
Des enfants entêtés. 

H. de Kerbeuzec. 



LES POURQUOI 
CXLVII1 

ORIGINE DES POISSONS 

Un Groenlandais prit les topeaux d'un arbre, les jeta par dessous 
sa jambe dans la mer, et les poissons remplirent l'Océan. (Laharpe, 
Hist. des voyages, t. XVI, p. 201.) 

D'après la légende allemande, les grunter étaient à l'origine des 
habitants d'Helgoland, qui furent transformés en poissons pour 
s'être vendus au diable. On assure qu'ils parlent et qu'ils se lamentent 
d'avoir perdu leur ancienne forme. (Bassett, Legends of tfie sea, p. 250,) 

Les traditions algonquines racontent que Glooscap métamorphosa 
une sorcière et en fit le poisson Kegunnibe, poisson méchant qui a sur 
le dos une nageoire (Bassett, p. 249.) 

Les matelots toscans qui transportaient Bacchus enfant avec ses 
compagnons, ayant voulu conduire le vaisseau à une autre destination 
que Naxos, Bacchus soupçonna leur dessein, et il ordonna à ses com- 
pagnons de chanter. Les Toscans se mirent à danser, et dans l'ivresse 
de leur joie ils se précipitèrent dans la mer sans le savoir et furent 
métamorphosés en dauphins. Pour perpétuer le souvenir de cet évé- 

(1) Pour bien comprendre ce thème si populaire, il su (TU de se rappeler que jadis lea 
poots étaient des centres de réuoioos et de commerce. 



368 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



LIVRES REÇUS AUX BUREAUX DE LA REVUE 

A. de Cock et la. Teirlinck, Kindef*spel und Kinderlust 
in Zud-Nederland. Achste deel : XVI Tergspelletjes — XVII. Voor 
en Naspel. XVIII. Varia. Gent, A. Siffer, iu-8° de pp. 368. 

Lehmann-Nitsche. Quiere que le cuente el cuento del gallo 
pelado. Studiefolk lorico. Buenos Aires iu-8°. 

Extrait de la Revista de Derecho, Historié y Letras, t. XXX, 
p. 297-306. 

Pierre Lhande. Autour d'un foyer basque. Récits et idées. 
Nouvelle librairie nationale, in-8° de pp. 150. (2 fr.) 



NOTES ET ENQUETES 

+++U ri divertissement à retrouver. — Les jeunes filles veillent au tou- d'un 
feu sacré; une d'elles laisse éteindre le feu; alors commence l'expiation; 
le cortège avec des lamentations, conduit la sacrilège dans sa prison 
obscure. 

Becq de Fouquières, Les jeux des anciens, d'ap. le D r Denis de Roscoff. 

*% Pour éloigner les ennuyeux personnages. — Lorsqu'un personnage, 
homme ou femme, vous ennuie, en vous contant des histoires ridicules 
et sottes, on l'interrompt en ces termes : 

Soie (1), Sole, Mareîe ki sole; 

Dès crompires, des navets, 

Pô soyi Mareîe Crahay! 

Ssie, scie, Marie qui scie; 

Des pommes de terre, des navets, 

Pour scier Marie Crahay! 

(Comm. de M. Alfred Harou.) 



RÉPONSES 

*% Folklore électoral. — Il y a une quinzaine d'années, une campagne 
fut menée pour l'introduction du suffrage universel, en Belgique. 

Nos paysans wallons, ignorants comme le bonhomme Garonde, ayant 
entendu parler du suffrage, qu'ils confondaient avec le soufflage (1), ne 
cessaient de crier dans leurs manifestations tumultueuses : «/ nos fât Vsouf- 
flage* (Il nous faut le sou fil âge). Comm. de M. Alfred Harou. 

(i) Scier quelqu'un, lui montrer une scie, c'est TenToyer. 

(2) Mot employé chez les ouvriers verriers pour désigner faction de souffler le verre. 

Le Gérant': Fr. Simon 
Imp. Fr. Simon Rennes-Psris (4889-08). 



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AVIS IMPORTANT 










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REVUE 



DES 



TRADITIONS POPULAIRES 



23 e Année. — Tome XXIII. — N° 11. — Novembre 1903. 



Y7 



MYTHOLOGIE ET FOLKLORE DE L'ENFANCE 
LXXIV 

EN MORAVIE 

'épouvantail le plus étendu pour les enfants en 
Moravie est bubâk (bobdk) et la femme boboè* 
(BaRTOS, Nȏe diti, p. 28). 

On effraie les enfants qui ne veulent pas net- 
toyer leurs pieds en leur disant que èkrabinofia va 
venir et gratter la boue de leurs pieds. — Pour 
empocher les enfants d'aller quelque part on leur 
dit: « Nechod" tam, chytne le maga » (Ne va pas 
y ou maga te prendra). Dans la nuit avancée on 
dit aux enfants que nocula va apparaître. C'est 
le même être que Klekânica du soir (voir Kle- 
kànice en Bohême). 

LXXV 

EN BOHÊME 

Dans quelques endroits de la Bohême on raconte que les enfants 
avant leur naissance sautent comme de petites grenouilles dans une 
prairie verte (« na zelené louce ») et mangent de la rosée. Dans les 
autres régions on dit qu'ils passent le temps dans une forêt où ils ra- 
massent et gardent les champignons. 

En Bohême, c'est la corneille qui apporte les enfants le plus souvent. 

Tome XXIII. - Novembre 1908. 2* 




370 BEVUE t)tCS TRADITIONS POPULAIRES 

Il y a une chanson de la corneille en Bohême : « Vrâaa leli — me ma 
dètf — kde je maji — v cerném lèse — co jim va*l — z jahod kasi — 
cim ji mas'l — kolûmasif (Erben, Pi*nt 77 b.). (La corneille vole — 
elle n'a pas des enfants — où l'on en a — dans une forêt noire — qu'est 
ce qu'on leur donne à manger — la purée de fraises — avec de quoi 
on la graisse — avec du cambouis). — Aux environs de la ville de 
K âlové Hradec (Kôn»g«atz) on dit aux enfants que la cigogne apport*» 
les garçons et le renard les petites filles. On conseille aux enfants qui 
désirent avoir un petit frère ou une petite sœur de poser cfti sucre 
sur la fenêtre pendant que les cigognes volenf. La cigogne après avoir 
mangé du sucre oublieia un enfant dans la fenêtre et s'envolera. — 
En SUèsie (Vyhlfdal, Ces. Lid VI, p. 77) on explique. aux enfants 
que bocan, boèan (la cigogne) apporte les petits frères et les petites 
sœurs ou qu'ils nagent dans l'eau et crient : do Chalupy (vers Chalu- 
pa), do Stromského (vers Stromské), etc. — On dit que la corneille a 
apporté les enfants au teint sombre par la cheminée, tandis qu'elle 
est venue avec les blancs par la fenêtre. On se moque des enfants 
noirs en disant que les Tsiganes les ont perdus et qu'il leur faut aller 
à^Kosmonosy pour devenir blancs. — A côté de cela, la mésange, 
le milan et les oiseaux de la nuit, surtout le chat-huant et le hibou 
apportent les. enfants. 

Les mères qui sèvrent leurs enfants, pour conjecturer de leur carac- 
tère et de leurs futures aptitudes, les soumettent au choix de divers 
objets : le petit-tableau, l'argent, le livre, du pain, etc., et suivant 
le choix du petit enfant on en conclut. 

Quand la première dent tombe de la bouche d'un enfant, on la 
jette par-dessus la tête en disant : « Tu màs, li icko (var. babo) 
k s:ëiiej, dej mi za néj zcleznej » (Erben, Pis. 5 >.) (Voilà, petit 
renard, une d'os, donne-moi une de fer). En Serbie existe le même 
dicton : Na, ty vrâua, kostan zub, daj ty meni gvozden zub ». 

En Bohême, on dit : La petite fille pleure pour devenir jolie, 
le^garçon pour devenir laid. 

Chez les Slovaques, on effraie les enfants qui jurent en disant qu'on 
leur va mettre du feu dans la bouche (Ces. Lid, VII, p. 57). 

Le chant de croquemitaine dans un jeu d'enfant en Bohême: En jouant 
les enfants chantent : « Hastrmane, tatrmane, dej nam kùzi na buben, 
budem na ni bubnovati, j z polez* s z vody ven » (Hastrman, bouffon, 
donne-nous le cuir pour le tambour, nous allons tambouriner pendant 
que tu grimperas de l'eau). 

Otton Dubsky. 



REVUE DES TKADIT10NS POPULAIRES 3?1 

LXXVI 

LES BOITES A SURPRISE 

Une anecdote^qui me fut transmise par la tradition répondra l'in- 
terrogation posée dans le numéro d'août et vient prouver l'usage, en 
Picardie au moins, il y a cent ans, de ce vieux jouet aussi simple 
qu'hilarant ! 

L'un de mes grands-oncles qui devait devenir plus tard l'un 
des artistes les plus réputés de la Picardie dans la première moitié 
du xix e siècle, le peintre de marine Louis Gamain, alors enfant, 
jouait en compagnie d'autres bambins sur la place de l'ancien 
Crotoy, son village natal. 

L'objet de leur divertissement était justement un de ces diables 
sauteurs en question qui provoquait dans la jeune assemblée un en- 
thousiasme indescriptible. 

On s'imagine aisément l'effet que devait produire la moindre nou- 
veauté sur cette jeunesse rurale qui n'était pas encore dégrossie par 
le moderne progrès. 

Mon oncle, esprit inventif s'il en fut, trouvait le moyen de faire 
exécuter à son fantoche — tel guignol — les sauts les plus inattendus, 
au grand esbaudissement de son entourage. 

Survint une fillette « Quiote Marianne », comme on l'appelait fami- 
lièrement, qui était un peu sa cousine par parenté et dont un événe- 
ment tragique (l'incendie qui détruisit en 1799 la moitié de Crotoy) (1) 
avait fait sa sœur d'adoption. 

. — « Oh ! Louis, s'exclama-t-elle, à son tour fascinée en apercevant 
la boîte magique, où qu't'as ieu cho, dis? » 

L'interpellé ne résista pas au plaisir de mystifier sa petite amie : 
— « Tu n'as qu'à aller chez Cornu, et tu lui d'mand'ras pour « deux 
liards de c'qui seute » répondit-il sans sourciller. 

Quiote Marianne n'en demanda pas davantage et partit en courant 
vers la boutique du marchand dont l'inévitable moquerie ne tarda 
pas à lui faire expier la trop naïve crédulité de ses huit ans. 

Elle revint donc en pleurant dans le cercle de ses espiègles cama- 
rades qui, loin de la consoler charitablement, perpétuèrent le souvenir 
de sa mésaventure en conservant aux boîtes à surprise la dénomination 
plaisante et expressive de : deux liards de c'qui seute 1 

A. Bout. 

Cf. florentin Lbfils, Histoire de la ville.du Crotoy et de son Château, 



372 REVUE DUS TRADITIONS POPULAIRES 

LXXVI1 

LES MAINS FROTTÉES 

Les enfants du Hainaut se frottent vivement les mains l'une contre 
l'autre, et disent en flairant alors leurs mains que ça sent la mort. 

LXXVI1I 
l'enfant se donnant des airs de grande personne 

J'ai entendu des mères, en Wallonie, se moquer, en ces termes, 
du travers de leurs enfants, qui voulaient se donner des airs de grandes 
personnes : 

« Petit embarras ! 

« Queue de rat I 

LXXIX 

LE RÉCIT MENSONGER 

Lorsque les enfants wallons veulent dire qu'un récit est mensonger, 
et qu'ils n'y ajoutent pas foi, ils disent : « C'est une colle », et font 
souvent le simulacre de coller une affiche au mur le plus proche. 

LXXX 

PLAISANTERIE ADRESSÉE AUX ENFANTS 

Lorsqu'un âne brait, on dit au gamin qu'on rencontre à ce mo- 
ment : Salue. 

L'enfant s'exécute, croyant saluer la personne qui l'interpelle, mais 
on le détrompe bientôt, en lui montrant l'âne et en disant : « Tu as 
salué ton frère. » (Hainaut, Bassin du Centre.) . 

LXXXI 

L'HABIT NEUF 

En Hainaut, lorsque les enfants aperçoivent un de leurs camarades, 
vfltu d'habits neufs, ils disent : « Tiens, on a r f habillé les pauvres ! » 
cYst-à-dire des vêtements neufs ont été distribués aux pauvres. 

(Bassin du Centre.) 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 373 

LXXXII 

l'enfant turbulent 

Lorsqu'un enf??t turbulent, espiègle, reçoit un coup, une bosse à la 
tête, soit en s*. 1 heurtant contre un corps dur, soit du fait d'un cama- 
rade, il vient se plaindre aux parents qui disent : « C'est bien fait, 
vous avez reçu un sucre ». (Hainaut). 

CONTES ET LÉGENDES ARABES 
DCCXLVI 

LES AVERTISSEMENTS DE 'OQBAH 

rrivé devant Oueddân, 'Oqbah bon" 
Nâfi s'en empara, prit le roi de 
la ville et lui coupa l'oreille. 
Pourquoi me traites- tu ainsi? Les 
(f musulmans n'ont-ils pas fait la 
paix avec moi? — « C'est pour 
t'apprendre à vivre, répondit 'Oq- 
bah ; quand tu toucheras toa oreille, 
tu te rappelleras et tu ne feras pas la 
guerre aux Arabes. » Il tira de lui 
le tribut que Bosr lui avait imposé auparavant, c'est-à-dire 360 es- 
claves. Puis il interrogea les habitants : « Y a-t-il quelqu'un derrière 
vous? » — « Djcrma, la capitale du Fezzân. » 

11 marcha contre elle pendant huit nuits après avoir quitté Oueddân. 
Quand il fut arrivé auprès, il manda par un message aux habitants 
d'embrasser l'islamisme. Ils acceptèrent. 11 était campé à six milles 
de là. Le roi sortit pour lui rendre visite. 'Oqbah envoya des cavaliers 
qui se placèrent entre sa suite et l'obligèrent à marcher jusqu'à ce 
qu'il arriva près du chef arabe, crachant le sang et épuisé de fatigue, 
car il était délicat. « Pourquoi agis-tu ainsi envers moi; demanda-t-il ? 
alors que je suis venu te trouver de bon gré. » — « C'est pour t'ap- 
prendre à vivre; tu t'en souviendras et tu ne feras pas la guerre aux 
Arabes.». Il lui imposa un tribut de 360 esclaves. 

Puis il partit aussitôt contre les châteaux du Fezzan et s'en empara 
l'un après l'autre jusqu'à ce qu'il arriva au plus éloigné. 11 demanda 
aux gens : Y a-t-il quelqu'un derrière vous? — Oui, les gens de Djaouân. 
C'était un grand château sur le bord du désert, sur une montagne 
escarpée; elle servait de citadelle aux Koouâr. Il marcha contre elle 

U) Suite, voir t. XXII, p. 227. 




374 rtEVUE DES TRADITIONS POPULAIRE8 

pendant quinze nuits et l'assiégea un mois sans pouvoir la prendre. 
Alors il se mit en route en avant contre les châteaux des Koouâr et 
les prit jusqu'à ce qu'il arriva au dernier où résidait leur roi; il le 
prit et lui coupa le doigt. « Pourquoi me traites-tu ainsi?» — «C'est 
pour t'apprendre à vivre : quand tu regarderas ton doigt, tu te rap- 
pelleras et tu ne feras pas la guerre aux Arabes. » 11 lui imposa un 
tribut de 360 esclaves, et demanda aux gens : « Y a-t-il quelqu'un au 
delà? » Ils ne connaissaient personne. Alors il prit la route du château 
de Djaouân (1). 

.. «; DCCXLVII 

l * l LES OASIS MYSTÉRIEUSES 

L'émir des Benou Qorrah, Moqrib ben Mâdhi rassembla en abon- 
dance de l'eau et des provisions et partit dans le désert pour atteindre 
l'oasis de S'abrou. Mais il erra dans les solitudes pendant un certain 
temps sans pouvoir y arriver. Craignant alors d'épuiser ses provisions, 
if revint sur ses pas. Une nuit, il fit halte vers une colline dans une par- 
tie inconnue de ce désert. Un de ses compagnons trouva aux environs 
une construction due aux anciens. Ils l'examinèrent : c'étaient des 
briques de cuivre rouge entourant la colline et formant la base d'un 
mur construit par les anciens. Us en chargèrent toutes les bêtes 
de somme qu'ils avaient avec eux et partirent. S'ils avaient pu 
retrouver cet emplacement, ils n'auraient pu enlever tout le cuivre 
qu'il contenait qu'après un long espace de temps. Moqrib passa à 
son retour par l'oasis extérieure. Un des habitants l'informa qu'étan' 
allé un matin à son jardin, il trouva que la plus grande partie de s^s 
dattes avaient été mangées : il aperçut les traces des pieds d'un hom nie 
d'unç grandeur démesurée avec sa famille, il le guetta pendant dos 
nuits jusqu'à ce qu'une fois arriva vers eux une créature gigantes \ue 
comme on n'en avait jamais vu. Cet être commença à manger des 
dattes. Lorsqu'ils s'aperçurent de sa présence et qu'il les découvrit, 
il partit plus vite que le vent et ils n'en eurent plus de nouvelle . 
Moqrib les accompagna vers ses traces, les examina et les trouva im 
mçnses. Il leur ordonna de creuser une fosse à l'endroit par où cet 
être était entré, de couvrir d'herbe sa .partie supérieure et de la sur- 
veiller plusieurs nuits de suite, ce qu'ils firent. Au bout de quelques 
nuits, cet être s'avança, suivant sa coutume et tomba dans la fosse. 

(1) El Bekri, Description de V Afrique septentrionale, éd. De Slane, Alger, 1857, 
in-8 f p. 13. Ce récit est emprunté à Ibn 'Abd el Hakem. Cf. Ibn Khaldoun, Histoire. 
des Berbères, trad. de Slane, t. I, p. 302 et 50S. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 375 

Ils s'avancèrent, s'en emparèrent grâce à leur nombre et l'examinèrent. 
C'était une femme noire, gigantesque, d'une longueur et d'une largeur 
immenses. Son langage était incompréhensible; ils lui parlèrent dans 
toutes les langues connues là, mais elle ne répondit à aucun d'eux. 
Elle resta plusieurs jours parmi eux tandis qu'ils délibéraient à son 
sujet. Puis ils convinrent de la lâcher et de monter des chamelles 
rapides et des chevaux pour suivre ses traces afin de savoir qui elle 
était et d'où elle venait. Mais quand elle fut lâchée, l'œil ne put la 
suivre : elle distança les chamelles et les chevaux, et personne ne sut 
rien d'elle (1). 

DGCXLVIII 

LE PHÉMX 

Au milieu d'un repas donné par Ibn Ouânemmou le S'anhâdjien, 
seigneur de la ville de Gabès, des gens de la campagne apportèrent 
un oiseau de la grosseur d'un pigeon, d'une couleur et d'une forme 
extraordinaire : ils prétendirent n'en avoir jamais vu ni connu de pareil ; 
il avait les plus belles couleurs : son bec était rouge et long. Ibn 
Ouânemmou demanda aux Arabes, aux Berbères et aux autres per- 
sonnes qui étaient là s'ils en avaient jamais vu un semblable; personne 
ne le connaissait ni de vue ni de nom. Alors il ordonna de lui couper 
les ailes et de le lâcher dans le palais. La nuit venue, on y plaça un 
réchaud allumé. Dès que cet oiseau l'eut vu, il se dirigea vers lui et 
voulut y monter. Les serviteurs l'en écartèrent, mais il réitéra ses 
efforts. Ibn Ouânemmou l'ayant appris se leva ainsi que tous les assis- 
tants et ordonna de laisser l'oiseau faire ce qu'il voudrait. Celui-ci 
arrivé au haut du brasier qui était ardent, s'établit au milieu et se mit 
à becqueter ses plumes comme font les oiseaux qui se chauffent au 
soleil. Ibn Ouânemmou ordonna d'augmenter le feu du réchaud en y 
jetant des chiffons imprégnés de goudron et d'autres matières enflam- 
mables. L'intensité du feu s'accrut, mais l'oiseau s'y tenait toujours à 
son aise sans faire attention]] ni se déranger. Ensuite il sauta du 
réchaud et se mit à marcher sans paraître avoir éprouvé le moindre 
mal (2). 

René Basset. 

(1) El Bbkri, Description de l'Afrique septentrionale, p. 15-16. 

(21 El Bkkri, Description de l'Afrique septentrionale, p. 18-19. Bien que Pauleur 
rite ce récit d'api es le témoignage du Kalbite Abou Fadhl Djàfar ben Yousof qui prê- 
te ml avoir été témoin oculaire du fait, il n'y ajoute pas grande confiance, car il la 
termine par la phrase qui marque le doute che; les Musulmans : « Dieu sait le mieux si 
ceci est vrai ! » 




376 HEVUE DE^ TRADITIONS POPULAIRES 



LE FOLK-LORE DU LIMBOURG HOLLANDAIS 

XIV 
l'étang du mendiant 

Horn (Limbourg hollandais), à environ 
deux lieues de Thorn, s'élevait autrefois une 
vaste demeure seigneuriale, remplacée 
aujourd'hui par un étang sans fond. 

La légende veut que ce château était 
habité par des châtelains peu charitables 
et durs envers les pauvres. Un jour, un 
mendiant se présenta aux portes du château, pendant qu'on y festo- 
yait grassement, et demanda quelques bribes du festin. On récondui- 
sit durement. 

En se retirant, le pauvre hère lança cet anathème : « Dans deux 
jours, ce château s* abîmera dans les abîmes de la terre avec tous ses habi- 
tants ». Mais épuisé par la faim, la fatigue, il tomba mort sur h seuil 
du château. 

En effet, deux jours après, le château disparut tout à coup sous 
terre et fit place à un étang, qu'on voit encore aujourd'hui. Cette eau 
est sans fond, aucune sonde ne peut en atteindre le fond. 
{Conté par Marie Daelmans, de Maeseyck.) 

XV 

LE CHEVAL QUI REFUSE D'AVANCER 

A Thorn (Limb. hollandais) un incrédule se promenait à cheval 
dans la campagne. Arrivé davant une petite chapelle, sa monture 
refusa d'avancer et une femme surgissant d'un fourré lui dit : « Si tu 
veux continuer ta route, fais disparaître ce qui se trouve derrière toi ». 

Le cavalier descendit de cheval, regarda derrière lui et ne vit rien. 

Il s'approcha alors de la chapelle, vit quelques fidèles qui y priaient, 
se mêla à eux, puis, comme il s'apprêtait à remonter à cheval, il 
aperçut de nouveau la femme qui lui avait tantôt adressé la parole et 
lui dit : « Ce qui était derrière moi a-t-il disparu? » 

Oui, reprit la femme, tu peux maintenant continuer ta route. 

Et la monture récalcitrante reprit docilement sa course. 

(Maeseyck). 



REVUE DES TRADITION? POPULAIRES 371 

XVI 

LA SORCIÈRE A LA BRASSERIE 

A Maeseyck, les ouvriers d'une brasserie ne parvenaient pas à 
fabriquer de la bière; ils ne savaient à quoi attribuer cette circonstance. 
Tout à coup l'un d'eux aperçut un chat étranger, blotti sous une cuve; 
ce devait être lui l'auteur de ce contre- temps. On eut beau employer 
tous les moyens pour le faire disparaître, coups, cris, rien n'y faisait. 
De guerre lasse, un ouvrier lança un seau d'eau bouillante sur l'ani- 
mal, qui détala au plus vite en poussant des cris de douleur. 

Le travail de la brasserie put alors se poursuivre sans encombre, 
mais le lendemain, on apprit en ville, qu'une vieille femme était 
alitée par suite de nombreuses brûlures. On n'en pouvait douter, c'était 
cette femme, transformée en chat, qui avait interrompu durant un 
temps les travaux des ouvriers brasseurs. 

{Conté par Marie Daelmans.) 

XVII 

SAUVÉE PAR SAINTE UERTRUDE 

Il y a bien longtemps, vivait à Heppeneert, à une demi-lieue de 
Maeseyck, un comte qui, ayant dépensé toute sa fortune au jeu, 
s'adressa à messire Satanas pour la retrouver. 

On prit rendez-vous. 

Satan promit au comte de lui rendre ses biens, s'il voulait signer de 
son sang le pacte qu'il lui tendait. D'après cette convention, en échange 
de sa fortune qu'on lui restituait, le comte promettait de livrer son 
âme au diable au bout de trente ans. 

Le pacte fut signé. 

Le temps écoulé, le comte se dirigeait vers l'endroit où il devait livrer 
son âme, lorsqu'il eut à traverser un petit pont. Lorsqu'il fut au milieu 
du pont, il entendit tout à coup une voix infernale s'écrier : « Arrête 1 
avant d'aller plus loin, fais disparaître la personne qui se trouve derrière 
toi ». 

C'était suinte Gcrtrude, que le comte invoquait tous les jours, 
malgré son impiété, qui venait disputer à Satan sa proie 1 . 

La sainte n'abandonna pas le comte, Satan n'osa pas approcher, 
et de guerre lasse se retira honteux et confus sans emporter l'âme de 
sa victime. 

(Raconté à Maeseyck par Marie Daelmans.) 



378 KEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

XVIII 

LE CHIEN DIABOLIQUE 

Il y a quelques années, dans une maison de la rue d'Aldencyck, 
à Maeseyck, un molosse, aux crocs formidables, s'était introduit, la 
nuit, quoique toutes les portes fussent fermées. Malgré tous les moyens 
employés il fut impossible de faire sortir ce chien de la maison. En dé- 
sespoir de cause, on s'en fut trouvé le curé. Celui-ci récita quelques 
prières et l'animal, docile à sa voix, vida tranquillement les lieux, 
Oncques, on ne le revit. 

XIX 

*' LES PIERRES CHANGÉES EN FLEURS 

A Aldeneyck, près Maeseyck, vivaient, il y a bien longtemps, deux 
sœurs fort pieuses, quoique leur père fût un mécréant, pestant et 
sacrant tout le long du jour. 

Ces jeunes filles avaient l'habitude de se promener tous les jours 
le long de la Meuse et d'y recueillir dans leurs tabliers les pierres 
qu'elles rencontraient sur leur route et qu'elles destinaient à l'érection 
d'une petite chapelle. s 

Un soir, leur père, les voyant rentrer, le tablier bien rempli, leur 
demanda ce qu'elles cachaient ainsi. 

— Ce sont des fleurs, dirent-elles, espérant ainsi détourner par un 
pieux mensonge les soupçons paternels. 

— Laissez voir? 

Craintives et s'attendant à être battues, nos sœurs ouvrent leur 
tablier, et le tablier contenait des fleurs. Dieu avait fait un miracle. 

Les deux sœurs, sous les noms d'Erlinde et de Relinde, sont aujour- 
d'hui honorées dans le village. 

XX 

LE CARROSSE MYSTÉRIEUX 

A Maeseyck, les vieux racontent encore l'histoire du carrosse mys- 
térieux, qui suivait, à minuit, une route, à travers bois, des environs. 
Chose^curieuse, ce carrosse, attelé dejleux chevaux, n'avait pas de 
cocher, 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 379 

XXI 

l'homme de la lune 

A Maeseyck, l'homme qu'on aperçoit dans la lnne a été condamné ' 
à vivre dans cet astre, parce qu'il travaillait le dimanche. Il porte une 
botte de paille, d'autres disent un fagot sur le dos, 

XXII 

LES LOUPS-GAROUS 

A Maeseyck, on prétend que les loups-garous se servent de cer- 
taines bandes de cuir pour se transformer en animaux divers. Le jour, 
ces bandes sont soigneusement cachées et personne ne les peut trouver. 
Une fois cependant une femme trouva une de ces bandes et voulut 
la jeter au feu, mais au moment où elle introduisait cette bande dans 
le four, un homme inconnu se dressa devant elle, saisit la bande et s'en 
revêtit. Elle aperçut alors un gros chien noir, qui lui montrait deux 
rangées de crocs assez peu rassurants, et qui disparut dans la direction 
des bois, dit Koukoulourebosch. 

XXIII 1 

LES CHATS SORCIERS 

A Maeseyck, une nuit, un ivrogne cuvait son genièvre, étendu sur 
l'herbe des remparts anciens, lorsque, tout à coup, deux chats vinrent 
jouer à proximité de lui. Notre homme saisit une patte de chaque chat 
et voulut les taquiner. Mal lui en prit, car aussitôt il se sentit soulevé 
de terre par une force surnaturelle et transporté dans les airs où il 
plana pendant toute la nuit. Le matin on le trouva, à trois ou quatre 
lieues de l'endroit, étendu sur un fumier. 

XXIV 

LE LOUP QUI SE FAIT PORTER 

Au bois dit Koukoulourebosch, à Maeseyck, habitait un loup qui 
sautait sur les épaules des passants et ne les quittait qu'à la porte de 
leur demeure. Si on parvenait à donner un coup à ce loup et à le faire 
saigner, il prenait aussitôt l'aspect d'un homme, 



380 REVUE DES TBÀD1T10NS Pv PULA1RFS 

XXV 

LES FILLES NÉES AVEC IA COIFFE 

Les filles qui viennent au monde avec le « voile » (i) seront sor- 
cières (Sainte-Gertrude). 

Ma conteuse, sur ma remarque, me dit qu'elle n'a jamais entendu 
dire que les garçons venaient au monde avec le voile. 

Elle ajoute que les accoucheuses emportent le voile chez elles, le 
font sécher et en vendent des fragments aux mères des conscrits, 
qui les cousent à l'insu do ceux-ci dans leurs vêtements. C'est un pré- 
cieux talisman qui leur procure un bon numéro. 

XXVI 

LA BÉNÉDICTION DE LA GOUGE 

A Sainte-Gertrude, le jour de la Purification de la Vierge (2 février), 
au salut, le soir, le prêtre bénit la gorge des paroissiens. 

A cet effet, les personnes qui veulent se faire bénir la gorge s'ap- 
prochent du prêtre qui tient horizontalement d'une main deux longues 
chandelles allumées et formant un angle entre elles. On passe le cou 
dans cet angle et de Vautre main le prêtre fait embrasser la patène 
en prononçant une formule latine. La gorge est alors bénie et Ton est 
préservé des affections de la gorge pendant Tannée. 

Le prêtre agit avec ses deux chandelles comme il agirait avec une 
paire de pincettes, la tête du patient étant placée entre les deux bran- 
ches de sa pincette qui sont deux chandelles allumées et tenues hori- 
zontalement. 

XXVII 

COMMENT ON FAISAIT AUTREFOIS SON TESTAMENT AU PAYS DE 

I.IMBOITRG 

D'après les articles 109 et 262 de la coutume de Limbourg, personne 
ne peut faire un testament que sur le chemin royal en présence de la Cour 
de Justice, étant en telle disposition de corps qu'il puisse rester debout 
sans s'appuyer sur une canne. 

(Khnst. Histoire du Limbourg, 1, 1)05). 

(1) En Wallonie, à Liège on dit Thammelette, la coiffe, membrane qui recouvre 
quelquefois le visage du nouveau-né. 



BEVUK DES TRADITIONS POPULAIRES 381 

XXVIII 

LA FAUNE 

La chauve-souris. 

A la vue des chauves-souris, les enfants chantent à Sainte-Gertrude : 

Plaaijermuis (Vladdermuis ou Vledernluis). 

Komt in mijn huis, 

Ikzalùeenbedjemaken, Alfred Haroce 



CONTES ET LÉGENDES DE HAUTE-BRETAGNE 

XCIV 
La bonne femme aux cent écus. 

N'y avait eune fa eun jieune gars et eune 
jieune fille, sa sœu, qui demeuraent o 
(avec) leu tante qu'été ben] veille et qu'a- 
vait cent éçus dans n'un vieux bas dans 
le fond de son ormouère. 

L'jieune gars partit fère son tour de 
France et sa sœu restit o la tante. 

Quand le gars eut fé son tour y revègn 
(revint) et de.n.indit à sa sœu eyou qu'été 
leu tante, 

— Ah, mon pauv'frère, que dit la fille, ol (elle) est enterrée de cette 
mériennée (après-midi). 

— Et les centécus ? 

— Dam, mon gars, et les cent éçus aussi, ol avé dit comme cela 
que quand o moûré o voulé que n'on mette les cent éçus o ielle dans 
sa châsse. 

— Ibécile, je n'té creyas pas si bête, tu aras ben mieux fé d'ies 
garder pour nous, et si cu'y renonce pour ta part, j'vas t'aller les 
chercher pour mo (moi). 

Quand y fut nit (nuit), i'prit eune bêche et allit dans l'cimetière et 
déterrit la bonne femme et trouvit les cent éçus o tout (avec elle). 
Durant qu'y travaillé, i'passi par lé cimetière, un voleu o iun pour- 




382 REVUE DES ÎRAD1T10NS POPULAIRES 

ciau eue (tué), qu'il emportait^dans n'eune pouche. Quand y vit un 
homme qui travaillé la nit (nuit) dans le cimetière, il eut poûe (peur) 
et j'tît (jeta) son fée (faix ) et s'ensauvit. Quand c'est qu'laute vit la 
pouchée, il allit va (voir) c'qué c'était et quand y vit que c'té un pour- 
ciau : 

— Ah v'ià mon affére. 

Il ôtit le pourciau de d'dans la pouche, mit sa tante à la place et s'en 
allit do (avec) l'pourciau sur son dos. 

Queuque temps après, I'voleu s'dit qu'i' n'avé ren vu et que les 
mores (morts) n'ervenaient point. I'r'tournit dans l'cimetière et trou- 
vit sa pouche : « Ah ! j'étas-t'y bête, v'ià ben ma pouche, i' avait ren 
du tout, c'qué c'est pas moins qu'la poûe ! 

I' r'mit sa pouchée sur son dos et s'en allit. 

Quand il arrivit cez(chez )li, il dit comme cela à sa femme: « Lève 
to et m'fé d'ia soupe; v'ià un pourciau, et quand la soupe s'ra faite tu 
m'reveilleras, mo j'vas m'eoucher ». 

La femme se l'vit ben vite et s'mit à délier la pouche, mais un des 
bras de la morte que le gas avé plée (plié) de force pour le fère entrer 
dans la pouche vergit (se déplia) et donnit eune bonne claque à la 
femme qui s'ébériit (s'écria) : 

— Ah mon pauv'homme, mée c'est un more que tu as dans^ta 
pouche ! 

% — Qu'in (tiens) s'il avé été vivant j'aras pas pu l'mette dedans. 

— Mée vère mée (mais oui certes) c'est eune femme. 

— En dame 1 à c't'heure mé v'ià dans un vilain cas; mêe ça ne fé 
rin, n'y a not'vouesign qui dit comme cela que n'on l'y vole ses choux. 
J'vas t'aller mette la bonne femme dans son clos, accorée a iun pom- 
mier, o (avec) iun chou sous l'bras, et j'vas li dire après que gn'y a 
cor une bonne femme qu'est à i'y voler ses choux. 

En effé i' mit la bonne femme à teni', rin qu'un put, conte un 
pommier et allit cez (chez) son vouesign. 

— Eh, Turaud (Mathurin), v'ià cor la veille qu'est dans ton clos à te 
voler des choux. O n'na cor iun sous l'bras. 

Vlà Turau qui print son fusil et qui tirit sus la veille (vieille). La 
v'ià châte (tombée). 

— Dame mon gars, te v'ia dans d' vilains draps, eu (tu) as eue (tué) la 
pauv'e bonne femme-là pour un chou, eu auras pas dû tirer d'sus. 

— A mon mieu comment fère, j'vas être guillotiné. 

— Non fé (non certes), si tu veux m'donner tras (trois) cents francs, 
j'vas ben t'en débarrasser. 

— Oh la oui, j'veux ben et j'n'en dirai rin, 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 383 

: Vlà not voleur qui prend la bonne femme sur son dos et la porte 
cez Monsieur Recteur. Y tapit à la porte ben fort : 

■ — Monsieur Recteur, Monsieur Recteur, lev'ous (levez- vous) ben 
vite ; v'ià eune femme qui va mouri' à vot'porte. 

Le pauv' prête (prêtre) se levi (leva) ben vite; mée i ne trouvi pas 
ses hannes (son pantalon) et asseyit (essayait) de pouiller ses jambes 
dans les manches de sa soudène (soutane)... 

— Mée dépéch'ous don ben vite; o va mouri' sans confession et 
c'est vous qu'en s'rez l'auteur (la cause). 

Eniign (enfin) quand c'est que l'voleur ouït l'recteur qu'arriv', i' 
laissit châ (laissa choir) la bonne femme. 

— Ah Monsieur recteur ! la v'ia morte, et vous v'ia dans un vilain 
cas, mée s'ous (si vous) voulez me donner tras cents francs et votre 
vieux cheva' (cheval), j'vas v'zen (vous en) débarrasser. 

Monsieur recteur li dit d'entrer en espérant (attendant) qu'y montl 
(montât) li chercher l'argent. 

Le voleur vit dans le coin du fouyer (foyer) un vieux havet (espèce 

de petite fourche à deux dents dont on se sert dans les campagnes 

pour la cuisine) qui n'avé pus (plus) qu'une dent et le démandit au 

recteur. 

«» 

Quand il eut son argent, il amouérit (arrangea) la bonne femme 
comme i' put sus l'cheva' et li (lui) lii (lia) le havet dans la main, de 
manière que quand l'cheva' bougeait le havet l'piquait et li donnit tras 
ou quatre bons coups d'fouet. ^ 

L'cheva' s'ensauvit au grand galop, et tant pus qu'i' courait, tant 
pus que l'havet l'piquait, de manière qu'y n'sarrêtit qu'ben lin (loin) 
et trouvit dans l'bout d'un clos (champ) eyoù (où) qu'i' trouvlt une 
pouche pleine d'avouène que les fermiers avaient lessée (laissée) là 
durant qu'ils t'aint (étaient) à yen (à en) semer dans l'autre bout. 
j^Quand l'fermier vit l'cheva' manger l'avouéne, i' criit su' la bonne 
femme, et comme o n'ii répondait point i' li dit : « Veille sorcière 1 tu 
vas t'en aller do (avec) ton cheva' », et s'mit à couri' d'ssus, i' prit 
son fouet par le p'tit bout du manche et l'y en donnit un massacré (fa- 
meux) coup su' la goule. 

i^La bonne femme chéyit (tomba) et v'ià tous ses ouvriers de li dire 
qu'il avait eu grand tort de cuer (tuer) la pauvre bonne femme-là, 
qu'allait a la forge fère raccomoder (réparer) son havet pour doux 
tras (deux ou trois) goulées d'avouène. 

[^V'a l'fermier point fié (fier) qui leux dit comme cela que s'inn* 
voulaint (s'ils ne voulaient) ren dire, iz allaint s'en aller fricasser 
d'zeux (des œufs) et faire la noce toute la r'ciée (l'après-midi). Les 
ouvriers dirent qu'i' volaint ben. 



384 RKVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

I' r'greyit (il réinstalla) la bonne femme su' Tcheva' et donnit au 
cheva* tras bons coups d'fouet. 

Le cheva' partait et s'arrêtit dans n'un pré et s'mit à pâturer (paître); 
une bonne femme qui passit par là au so( au soir) eut poûe (peur) et 
s'en allit dire au primetère (presbytère) que l'diaube (diable) était dans 
n'un pré. 

Monsieur recteur ne voulait pas crère (croire) ; mée la bonne femme 
li dit de v'ni' o ielle (venir avec elle) et qu'olle allé li l'montrer (le lui 
mont»er). 

Quand i' furent là, le recteur crut aussi li (lui) quVétait l'diabe, et 
dit à la bonne femme et de dire et de faire dire dans la paroisse que 
le lendemain matin gn'i' arait (il y aurait) eune procession pour chas- ' 
ser Tdémon. 

Dès au matign' vlà tout ce que nT avait de veilles bonnes femmes 
qu'arrivaint au primetère et quand nT eut hardi (beaucoup) de 
monde, les v'ià tous partis en processsion. 

Mée quand l'cheva' qui n'féesé (faisait) ren dépée (depuis huit 
jours (jours) se mit à sauter et à couri' (courir), quand i' vit tant 
d'monde, les prêt* (prêtres) eurent poux et s'ensauvîtent, et tous ceux 
qui pouvaint couri* les sieuvitent (suivirent); n'y avé pu par drére 
(derrière) que les bonnes femmes o lous (avec leurs) bâtons qui disaint 
en se sauvant aussi ielles tant qu'o pouvaint : « Eh pourquo (pourquoi) 
pas s'entr'attenre (s'entre attendre); et pourquo pas s'entr'attenre? > 

Et je n'sé pus c'quest devenue la bonne femme et l'cheva' après 
cela. A. de Montaudry (1). 



XCV 
peuçot (Ercé près Liffré.) 

Peûçot était si p'tit, si p'tit, qu'un joû quT plouvait, i* s'cutit 
(cacha) soû eune feille de brou* (lierre). Sa méère huchit (cria) après 
li pour li donner sa graissée (beurrée). 

— Eioù qu't'es, Peùçot? 

— Soû eune feille de brôu, qu'i' dit ; et i* sortit dé d'ssous. 

Une aut* faï, la vache, respé d'vous, Tavalit, et i' restit tras joû's 
sans sorti* d'son vent'e. 



(1) Publié par le Vieux Corsaire de Saint-Malo, janvier 1SS6. Le même thème se 
trouve avec des variantes daos un autre coûte du même [pays intitulé : D'un vieux 
cheval et d'une vieille femme . Sébillot, Contes oppulaires, 1" série. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 385 

Le trasième jou', i' sortit, et il était si ordous (sale) qu'i' faisait don- 
gier (répugnance); sa méére le démordit o de l'ève (eau), et il allit 
courre par les clos. Quand i' fut lassé, i s'mussit dans n'un treu (trou) 
de taôpe tout cont'e eune greusse roche. Comme i- qu'mençait à 
dormi 5 , i* ouït l'galop d'un cheva'; 'était sti d'un marchand qui s'en 
venait d'ia faire, et qu'était do son chien. Comme i' faisait chaô et 
que Tendrait était ben ombré, i' descendit de dessus son cheva', l'at- 
tachit à eune greusse (grosse) arb'e, et s'assit su' la roche. I' tirit sa 
bourse de ses hannes (culottes), et comnvmeit à compter son argent : 
Eune, deùhe, trâs, quat', cinque, six. Quand i' tirit sa sixième pièce, 
i' oyait eune voix, quasiment comme ielle d'un guersillon (grillon), 
qui disait, aussi vitement qu'un traquet : Eune, deùhe, trâs, quat', 
cinque, six 1 F recommencit diqu'à tras fais à compter, et tras fais, 
i* ouit la p'tite voix de guersillon. Le marchand se colérit, et i' dit 
à son chien : 

— C'est-i' taï, mon chien, qu'es à t'gaosser d'ma? Si tu requ'- 
mences, j'vas t'écraboui'. 

F se remit à compter sa pauv'argent, et Peûçot répétit cor après li. 
F quit son chien, et recommençât à compter son argent, crayant que 
la faïs-là, i' serait ben tranquille. Mais i' ouit la p'tite voix de guer- 
sillon, qu'avait la mine de s' fout'e (moquer) de li. 

— C'est i', ta, mon cheva', qui t'amuses à t'gausser d'ma ! tais-ta, 
ou ben je t'qûrai (tuerai) tout comme not' chien. 

Le marchand se remit cor à compter sa pauv'e argent, et i' ouït cor 
la petite voix qu'avait la mine de s'fout'e de li. F quit son cheva, et 
i' s'rassit, disant comme ça : 

— A c't'heure, j'vas et'e ben tranquille, pisqué je sais (suis) tout 
sou' ici. 

F prit cor sa bourse et comptit : Eune, deùhe, tras, quat', cinque, 
six, sans se presser, et i' ouït le p'tit guersillon qui disait, quasiment 
aussi vite qu'un traquet : Eune, deùhe, tras, quat', cinque, six ! 

Du coup, i' se colérit si dusse (dur), qu'i' s'en serait ben roulé 
dans la place. F tirit son pistolet d'sa pouchette et dit : 

— Queue diab'e qu'est par ici ! si je l'ois cor eune fais, 'est ma que 
j'vas quer. Eune... deùhe... tras... quat'e... cinque... six ! 

— Eune ! deùhe ! tras ! quat'e ! cinque ! six ! 

F tirit son coup de pistolet, et se quit. Quand Peuçot vit qu'il était 
mort tout né (net), i sortit de son étaupinière, et i' prit la pauv' 
argent du marchand. 

Paul Sébillot. 



Tomk XXIII. — Novembre 19u8. 25 



386 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



TEXTES PATOIS DE LIÏTÉRATURE ORALE DE LA HAUTE-BUETAGNE 



Fouquet (Docteur). — Légendes du Morbihan. Vannes, Cauderan, 

ia r >7, in-18. 

Le Meunier qui jette des sorts, p. 8-12. 
La jument noire, p. 13-15. 
Cancoet, p. 140-142. . 

Fouquet (Docteur). — N.-D. du Pont-d'Ars. Bulletin de la Société 
polymathique du Morbihan, 1860, p. 125-127. 

Sébillot (Paul). — Contes populaires de la Haute-Bretagne, Paris 
Charpentier, 1880, in-18. 

N° 37. Le voyage des Jaguens à Paris. 

38. Gomment les Jaguens allèrent voir le roi. 

39. LeFils du roi de France et le Jaguen. 

Sébillot (Paul). — Littérature orale de la Haute-Bretagne, Paris, Mai- 
sonneuve, 1881, in-12 elzévir. 

La Goule es fées, p. 19-23. 
Les Jaguens à l'auberge, p. 253-255. 
Chansons, p. 260-262. Préambule. 
La Bique à Jacques André, p. 288-290. 
La Bonne Femme es preunes, p. 291-292. 
La Chieuve de Tremaudan, p. 292-294. 
Le Gas faraud, p. 294-296. 
Devinettes, p. 299-330. 
Formulettes, p. 335-354. 
Proverbes, p. 358-374. 
Les souhaits, facétie, p. 388. 

Le pavage de la rue des Chèvres à Collinée, facétie, p. 390-392. 
Contes des Marins. Paris, Charpentier, 1882, in-18. 
Les Joyeuses histoires des Jaguens, n° 30 à 58. 
Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne. Paris, Maison- 
neuve, 1882, 2 in-12 elzévir (passim). 

Comte Régis de l'Estourbeillon. — Légendes du pays d'Avessac, 
Nantes, 1882, in-8°. Extrait du bulletin de la Société archéologique 
de Nantes. 

Sébillot (Paul). — La Houle du Port Pérou (en patois du littoral des Côtes 
du-Nord). Arta Coin par adonis litterarum universarum (Klau- 
sembourg n° CXC). 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 387 



Decombe (Lucien). — Chansons populaires de VlUe-et- Vilaine, 
Rennes, H. Caillière, 1884, in-12. 

Le petit mari, p. 55-57. 

Pour té Margot, 70-72. 

La Visite à Isabiau, 73-76 et var. 77-79. 

Quand j'allas va ma maîtresse, p. 80-83. 

Sapergouenne, p. 84-88. 

Le Testament de l'âne, p. 92-94. 

Pelot de Betton, p. 103-104. 

La fille trompée, p. 112-114. 

Si j'avions un p'tit coutiau, p. 115. 

Le Coucou de mai, p. 124-126. 

La Bergère et le forestier, p. 127-128. 

Le garçon peu chanceux, 133-134. 

Cassons les verres, 137-138. 

Un mari peu regretté, 139-141, voir : 142-145. 

Les noces de maître Laurent, 162-164. 

L'Agneau mangé par le loup, 189-191. 

Jean de Lignolle, 192-194. 

Tirez le ridiau, 197-198. 

L'Amoureux de Bertrane, 199-201. 

Roussignoulet sauvage, 208-209. 

En chevauchant mon cheval rouge, p. 212-213. 

Le départ des Chouans, 236-237. 

P'tit Roussignol sauvaige, 316-317. 

Sébillot (Paul). — Les Normands blasonnés par les Bretons. Mélusine, t. II, 
4884-1885, c. . 441-443. 

Les Joyeuses histoires des Jaguens. Mélusine, t. II, c. 464-475 
(recueil de onze contes). 

Orain (Adolphe). — Glossaire patois de Vllle-et-V Haine. Paris, Mai- 
sonneuve, 1886, in-8. 

La Cressonnière p. 154-155. 

Les Buans de Noa p. 155. j * 

Ma Mignonette p. 156. 

Les trois commères p. 162 . 

J?n'aime pas la noblesse p. 170. 

Marguerite est un biau nom p. 198. 

Fleur d'orange p. 199-200. 

Empêchous les gars d'aimer p. 202-205 . 

La confirmation à Châteaubourg . p. 204-205 . 

Sébillot (Paul). — Coutumes populaires de la Haute-Bretagne. Paris, 
Maisonneuve, 1886, in-12 elzévir (passim). 



388 KKVUE DKS TRADITIONS POPULAIRES 

Montât dr y (A. de) La bonne femme aux cent éeus. Revue des 
Patois, t. I, n° 3. 

Sébillot (Paul). — Peuçot,conte en patois de FIHe-et- Vilaine./tecue des patois, 
t. I, n° 3. 

Sébillot (Paul). — Blason populaire de Ville -eh Vilaine et des Côles- 
du-Nord. Paris, 1888, in-8°. (Extrait de la revue de linguistique, 
t. XIX, p. 234 et t. XX, pp. 201 et 315). 

Sébillot (Paul). — La bonne femme es preunes, chanson, Revue de* 
Traditions populaires, t. VI, 1891, p. 208. 

Roussel (Alfred). — Texte en patois de Saint-Méloir-des-Ondes. 
Revue des patois gallo-romans, t. I, p. 123. 

Sébillot (Paul). — Contes comiques. Revue des Traditions populaires. 
t. XI, 1896. 

L'âne qui devient moine, p. 633-634. 
Les saints vivants, p. 634-636. 

Dagnet. — Au pays foulerais. Fougères, 1899, petit-in-12. 

Les menoux de loups, p. 32-33. 
Les Filoux, p. 51-55. 
La Chassartue, p. 78-79. 
Le Fouloux, p. 103-104. 
Et petites pièces passim. 

Sébillot (Paul). — Contes des landes et des grèves, Rennes, 1900, 
in-18. 

Les douze Nomands, p. 285-287. 
Le minard du Jaguen, p. 288-296. 

G, Dottin et J. Lan go tet. — Glossaire du patois de Pléchâtel. 
Rennes et Paris, 1ÎK)1, in-8» ( f ). 

La Buée, chanson, p. 199. 

Le recteur et les voleurs, conte, p. 200-201. 

Jean le Fin, conte, p. 201-204. 

Paul Sébillot. 



(1) Cet ouvrage contient, p. VII-IX, une intéressante Bibliographie des ouvrages pu- 
bliés sur le. patois de la Huute-Bielii^ue, dans laquelle les auteurs n'ont que rare me ut 
cité des textes de littérature orale. 



RRVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



389 



LA MER ET LES EAUX 



CLVIII 



LE NECKRE 




l est peu de personnes qui n'aient entendu parler du 
Neckre, ce génie malfaisant dos eaux qui, dans les 
contrées septentrionales, prend mille formes diverses, 
garde l'entrée des golfes et à qui chaque année il faut 
une victime humaine. Cet esprit aquatique porte à peu 
près la même dénomination chez tous les peuples 
d'origine germanique : Nik en norvégien, Nek ou Neck 
en suédois, Xisse, autrefois Xicks en allemand, Niken et 
Nocken en danois, Xœk ou Xecker en bas-allemand, en 
hollandais et en flamand, Xoca en latin barbare. De 
là le nom de Neckur, sous lequel les septentrionaux 
désignèrent Neptune. 
Les Morins, ancien peuple du nord de la France, eurent aussi leur 
Xeckre, et le souvenir de cette divinité des eaux n'est pas encore 
entièrement perdu dans la partie nord de la province d'Artois. Le 
poète audomarois Simon Ogier disait au xvn c siècle : « Il est à Saint- 
Omer un fantôme qu'on appelle vulgairement /> Xccre. Il erre et 
circule çà et là à travers la ville pendant la nuit. 11 prend différentes 
formes. Il apparaît métamorphosé tantôt en bœuf, tantôt en âne, 
tantôt en cheval, tantôt en bélier; il prend la figure, parfois d'un 
singe, parfois d'une chienne; ici c'est un molosse, là c'est un ours; 
d'autres fois il se montre sous l'aspect d'un homme, et d'autres fois 
sous l'aspect d'une femme. Enfin, c'est un véritable Protée que notre 
Necre, imitant toutes les figures, toutes les formes, et prenant telle 
physionomie qu'il lui plaît (1). » 

Mais c'est à tort que Simon Ogier, qui ne para't pas se douter que 
les Flamands et tous les peuples septentrionaux issus des Germains 
avaient aussi leur Xccker qu'ils confondaient et confondent encore 
avec le diable, assimile le Necre audomarois au Gobelin. Ce dernier, 



(1) * Est quotldam spectrum Audomaropoli, quod vulgo Ij» Xecre... appellatur et 
noctu per urhem hue illuc oberrat nt ouamhulat, et s* in varias figuras transformât, 
modo bo* f modo asinus, modo equus, modo aries videtur. nonnumquan caniculaî, inter- 
dum ut molossus, inl'rdum ut ursus conspicitur ; quandôque viri, quandôque muli«m 
speciem miitatur. Denique hic Proteus nosier omnium figuras **t forma* imilntur et sibi 
quam vu!t faciera adsciscit. . . » (Simon Ooibr, Etymolnghe, 5. — 1601). 



390 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

esprit familier et domestique appartient à une autre famille de génies, 
celle des lutins. Il est connu en Angleterre comme en France sous le 
nom de Goblin, en Flandre sous celui de Gauwelin (folâtre, du mot 
gauœ, preste, agile), ou sous les différentes dénominations de Bitebau, 
Kavoukr^Manneken, Nacht-Spoock, etc.; et, chez les autres peuples 
germaniques, on l'appelle Kobold ou Covelein. « Le crédule vulgaire, 
du Schrezius, a imaginé certains esprits visibles qu'il suppose habiter 
dans les réduits obscurs des maisons ou dans un tas de bois. On leur 
fournit là en abondance toute sorte de nourriture, parce que, dit-on, 
ils apportent à ceux qui les nourrissent ainsi le blé qu'ils volent ail- 
leurs dans les greniers (1). » 

Le Gobelin, dans l'arrondissement de Saint-Omer, n'est plus guère 
connu que parmi les mariniers; ils font peur aux novices de ce prétendu 
fantôme qui, ainsi que l'indique le mot flamand gauwelin, n'est sou- 
vent qu'un farceur ou un filou. 

Le Neckre, au contraire, est un génie beaucoup plus sérieux. Ses 
apparitions, quelle qu'en soit la forme, annoncent toujours un sinis- 
tre événement. Dans le canton d'Audruicq on l'appelait aussi le fan- 
tôme de VA a. Au surplus, le Neckre habite indifféremment toutes les 
rivières, et il n'est pas encore très rare d'entendre une mère dire à son 
fils qui joue trop près de l'eau : « Garde à li, cli neckre i vat' prindre ! » 
Mais le plus commun de ces génies malfaisants est le Neckre à Vkanne. 
Il se montre sous la forme d'un grand chien noir ou d'un barbet, en 
flamand Waterhondi (chien d'eau), traînant au cou une longue chaîne : 
d'où son nom. Parfois, dans le silence des nuits, on entend retentir au 
loin le bruit de cette chaîne, et lorsqu'il y a quelque malade dont la 
dernière heure approche ou qu'un malheur doit fondre sur une famille, 
on le voit rôder autour de la maison. Tels sont les récits dont on s'en- 
tretient encore çà et là dans les campagnes audomaroises, pendant les 
longues soirées d'hiver. On ne saurait se figurer l'impression profonde 
que produisirent, sur certaines gens, ces lugubres histoires dont on 
citait les témoins de visu. 

De semblables traditions existent encore aussi dans le Boulonnais, 
et c'est peut-être au séjour de ce génie qu'une ombreuse et charmante 
vallée voisine de Boulogne, celle du Denacre (De Nackre (dal), la vallée 
du Neckre), doit son nom. La tenace croyance qu'avaient les habi- 
tants du pays dans cette divinité des eaux explique la crainte supers- 
titieuse qu'éprouvent encore quelques personnes de la campagne 
pour traverser la vallée du Denacre pendant la nuit. 

A côté du génie des eaux, tous les peuples issus des Germains ont 

(1) Schrezius, Glossar Germanie, v« Kobolt 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 391 

leur sirène ou femme marine. C'est en Allemagne, la Meerfrau, en 
Suède et en Norvège, la Havfrùe, en Irlande, la Margyar, en Angle- 
terre, la Mermaid. Les marais de Saint-Omer et des alentours ont 
aussi leur Meervrouw ou Meergraue, en patois Marie Grauette, la dame 
ou la vieille du lac. A l'instar de ses* consœurs du nord, cette sirène 
attire à elle les petits enfants qui s'approchent trop près de la berge 
ou qui penchent la tête par dessus les bords du bateau, et les entraîne 
dans sa grotte de vase et de roseaux (A. Courtois, Le Roman et le 
Théotisque belge). 

Ed. Edmont. 

CLIX 

moyen de retrouver un noyé 

A Thuin (Hainaut) et environs, lorsqu'on veut retrouver le corps 
d'un noyé, on livre au fil de l'eau une sébille (1) de bois dans laquelle 
on a placé une chandelle bénite. Là où la sébille tournoie et s'arrête 
et où la chandelle s'éteint, là se trouve le corps du noyé. 

A Hamoir (Ardennes Liégeoises), on place un morceau de pain ou 
un petit pain dans lequel on fiche une chandelle bénite. Là où le 
pain s'arrête et où la chandelle s'éteint, là se trouve le noyé. 

Alfred Harou. 

CLX 

FONTAINE SAINT-NICOLAS 

Dans la presqu'île de Ruys, en la commune d'Arzon, se trouve 
la fontaine de Saint-Nicolas, qui inspire aux jeunes filles cette formule: 

Saint Nicolas, qui mariez les gas, 
Priez pour moi, trouvez-moi un gas. 

H. de Kerreuzec. 



ft&U 






[i) Ou uo vieux sabot. 



3U2 



REVUE DKS TRADITIONS POPULAIRES 



PETITES LÉGENDES LOCALES 



DCLXXXV 



L ANCIEN CHATEAU DES FERRIERES 

En Sulniac (Morbihan), il y a un lieu qui mérite d'être visité et que 
les touristes ignorent. Ce sont le moulin et la ferme des Ferrières. 
L'étang meurt,et deviendra quelque jour prairie. La maison n'est autre 
qu'un château de la fin du xv° siècle et de la Renaissance. Une vaste 
cheminée, avec écusson et pieds sculptés, mériterait un sort plus heu- 
reux. Autour dupuits, qui ne manque point de cachet, gisent quantité 
de moulures. 

La fermière m'a conté que Mgr de Rosmadec, évoque de Vannes 
(au xvn e siècle), mort en odeur de sainteté, venait jadis se reposer 
dans ce château. Elle m'a montré sa chambre et la fenêtre d'où il 
aimait contempler le pays. Elle m'a dit que, pendant la révolution, 
le château fut transfoi mé en tribunal et que l'on exécutait les condamnés 
dans la lande du Pondo. Cette lande possède une pierre qui servait 
de guillotine ! (Je répète mot pour mot les expressions de la vieille 
fermière.) H. de IvEnBEuzEc. 



»v im,i s»>- 



ANCIENNES COUTUMES DU DÉPARTEMENT DU NORD 



MARIE AT BU- 

l est à remarquer que dans tous les usages et cérémonies qui 
appartiennent spécialement aux anciennes provinces des 
Pays-Bas, il est toujours question de boire : toutes les fêtes, 
soit civiles, soit religieuses (et nos pères en comptaient 
beaucoup), ne manquaient jamais de se terminer au milieu 
des verres et des bouteilles. C'est là un type des mœurs 
flamandes : il semble que ie vunc est. bibendum ait été la de- 
vise naturelle, et permanente <le toutes les bannières des 
abbayes, des ^onf régies et d'»s compagnies bourgeoises de 
la Flandre Lorsqu'on commence la moisson dans quel- 
ques cantons des départements du Nord et du Pas 
ies moissonneurs font un bouquet d'épis d'orpe et 
de blé et le présentant, avec un certain appaieil, au fermier qui 
les emploie : celui-ci leur donne à boire et cette première journée 




de-Calais, 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 393 

s*» passe dans la bombance; le bouquet est suspendu au plafond de 
la fuii-ine de la ferme, où il demeure jusqu'à l'année suivante, qu'il 
est remplacé par de nouveaux prémices. Cet usage est, au dire de 
quelques antiquaires, un vieux reste du culte de Cérès; on peut 
ajouter qu'on y sacrifie plus à Bacchus qu'à la mère de Proserpine. 

Il existait jadis à Valenciennes une coutume qui avait la même ori- 
gine, et qui s'y célébrait avec plus de solennité. Le lundi qui suit la 
fête de sainte Véronique, patronne des fileuses et des mulquiniers, 
les porte-faix de la halle commençaient à parcourir la ville en cos- 
tume de bergers de théâtre ; ils étaient armés de fourches de bois 
blanc ornées de rubans roses. Au milieu de cette bande joyeuse, on 
distinguait le plus beau des porte-faix, mieux paré que les autres, 
portant un énorme bouquet à sa boutonnière et conduisant une jeune 
et belle fille habillée de blanc et chargée de rubans roses, à laquelle 
on donnait le nom de Marie au blé. Ce couple choisi, précédé de 
musiciens richement costumés et suivi de son escorte champêtre, 
parcourait la ville en tous sens et s'arrêtait à chaque carrefour pour 
y danser le menuet, la matelotte ou l'allemande ; à l'aide d'un mouchoir 
blanc tenu par les deux bouts, il exécutait des passes souvent fort 
burlesques. Pendant ce temps, les acolytes présentaient aux assis- 
tants du blé nouveau dans des plats d'argent, et recevaient les dons 
de la générosité publique. Cette troupe, altérée par la chaleur de la 
saison et par l'exercice violent qu'elle faisait, ne dépassait guère un 
cabaret un peu réputé sans y faire une pause honnête. Cette promenade 
dansante durait huit jours et se terminait à la fête de Marly, village 
situé près de Valenciennes, où l'on représentait les mêmes cérémonies 
pour la clôture. On doit bien penser qu'au huitième jour, les danseurs 
avaient un peu perdu de leur jarret, et les costumes de leur fraîcheur, 
mais il n'en était pas moins vrai que tous fournissaient leur carrière 
avec un bonheur étonnant. 

Les traditions locales rapportent que dans l'origine de cet usage, 
c'était la femme ou la fille du prévôt qui dansait ainsi avec le syndic 
du corps des boulangers de la ville; ensuite les filles des halliers bri- 
guèrent Thonneur d'être Maries au blé; la plus belle et la plus ver- 
tueuse avait la préférence. Quelques accidents fâcheux étant survenus 
à la suite «le ces courses dansantes, les parents ne permirent plus à 
leurs filles de courir ainsi les rues et les cabarets avec une douzaine 
de cavaliers quelquefus trop galants; on fut alors obligé de prendre 
Mari* an Blé. parmi les filles de moyenne vertu, et dès lors la coutume 
dégénéra : les rétributions ne rendaient plus, la soif des danseurs allait 
croissant, on ne faisait pas ses frais. L'usage tomba enfin tout à fait : 
Marie au Blé a dansé pour la dernière fois *n 1S22 (A. Dinaix, 
Hommes et choses). Ed. Edmont. 



394 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



TRADITIONS ET SUPERSTITIONS DE LA BASSE-BRETAGNE 

XL 

LES SORCIERS ET LES SORCIÈRES 

Les sorciers et sorcières sont appelés groaehed à Groix et à Guidel. 
S'il s'agit du sorcier, le mot est masculin, pour la sorcière ilest féminin. 
Le groach, sorcier ou sorcière, habitait surtout les îles et les côtes 
et était un important personnage, presque une divinité pour les pê- 
cheurs. Il avait beaucoup de puissance. Il pouvait transformer des 
berniques ou des palourdes en pièces d'or, et cela pendant que le 
pêcheur tournait le dos. 

J. Frison. 
XLI 

NOMS DES JOURS DE LA SEMAINE 

A Caden (arrondissement de Vannes), les jours de la semaine sont 
appelés ainsi qu'il suit : lundi, mardi, mecerdi, juidi, venderdi, samadi, 
dimeunn. 

XL1I 

PETITES SUPERSTITIONS DE PENESTIN 

Il ne faut jamais poser le pain à revers sur la table, « cela fait souf- 
frir les âmes du Purgatoire ». (Locution courante à Penestin, dans le 
Morbihan, adressée aux enfants). 

Balayer les maisons le soir, c'est chasser les bonnes chances (dit au 
pays de Penestin). 

Le jeu de cartes est le seul qu'ait le diable (pays de Penestin). 

H. de Kerbeuzec. 

XL1II 
fc Les Quenouilles de la Messe (Pays de Quimper). 

Il y a une trentaine d'années, dans plusieurs bourgs des environs 
de Concarneau et de Quimper le bedeau distribuait encore à l'issue 
de la grand'messe un certain nombre de quenouilles à des femmes de 
la paroisse. Ces quenouilles devaient être filées pendant la semaine. 
Le dimanche suivant les femmes rapportaient leur fil à l'église et ren- 
daient les quenouilles rechargées de chanvre. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 305 

XLIV 
LA FIANCÉE PORTÉE PAR LE FIANCÉ 

Il y a une cinquantaine d'années, dans les mômes bourgs, avant 
la grand'messe, pendant la publication de ses bans, le fiancé faisait 
trois fois le tour de l'église, avec sa future sur le dos, en criant que 
si quelqu'un connaissait un empêchement à son mariage il n'avait 
qu'à le dire. 11 se présentait parfois quelqu'un pour l'arrêter. 

XLV 

. LA PÊCHE DU DIMANCHE DES RAMEAUX 

En 1902, le dimanche des Rameaux, un équipage de marins de 
Concarneau, au lieu de fêter ce saint jour, était allé à la pêche du 
côté des îles Glénans. Leur filet leur sembla tout à coup d'une lourdeur 
exceptionnelle. Ils crurent qu'ils avaient dedans une superbe pêche 
et l'amenèrent avec difficulté dans leur barque. Qu'y trouvèrent- 
ils? Six feuilles de laurier bénit. Dieu avait voulu les punir de ne 
pas avoir sanctifié le jour des Rameaux. Ils le comprirent, se hâtèrent 
de gagner le rivage et, pour apaiser la colère divine, ils firent dire une 
messe pour chacun d'eux dans la chapelle qui s"élèvc près de l'édifice 
de la criée aux poissons. 

XLVI 
Les trésors et le jour des Rameaux. 

C'est une croyance générale; que le jour des Rameaux, mais seule- 
ment pendant la lecture de l'évangile, tous les trésors enfouis sous 
la terre apparaissent au soleil. 

A. Paban. 




396 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

LKS MÉTÉORES 
XII 

LES FEUX-FOLLETS (1) 

§ 14 

En Autriche, les feux-follets ont quelque parenté avec les Kobold 
A Weidman, en Silésie, on appelle « petit homme gris » celui qui 
apparaît dans les forets (2). 

§ l'y 

En Sérère-Sine, langue de la Sénégambie, le feu-follet est appelé 
banahur ol ou dyou mayha ol (3). René Basset. 

XIII 

LES PLÉIADES (4) 

§ 30 

Chez les Zkara, Iribu berbère du Maroc, les Pléiades portent le 
nom de Jmâat ilintan, l'Assemblée des bergers (5). 

§31 

En Luganda, langue de l'Afrique orientale anglaiso, les Pléiades 
se nomment Kakaga (les six mille) ou Namakaga ? — ((3). 

René Basset. 



(1) Suite, voir t. XXIÏ, p. 3r>i. 

(2) Vrrnalbkrn, MylhenundGabr.inrhe des Volkes in Oesterreich. Vienne. 1859, 
in-8, p. 273. 

(3j (ïRErFiBR, Dictionnaire franc lis-sërèrt, S. Joseph de Ngasobil, 1901, in-12, 
p. 13.1. 

(4) Suite, voir t. XXII, p. 227. 

(5) Moulibras, Une tribu Zènèlc nnti musulmane au Maroc. Paris, 1905, in-8, 
p. 151. 

(6) Blacki.kd'îe, Lnganda enqlish and fnqlish-lusianda Vocabulary, Londres, 190î, 
in-8, p. 172. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 397 

LÉGENDES ET SUPERSTITIONS PRÉHISTORIQUES 

CL 

LE MENHIR ADJURÉ 

C. d'Amezeuil rapporte qu'un gars accusé par un autre de l'avoir 
volé, se rend à un peulvan, et l'adjure de bouger, s'il est vraiment cou- 
pable. Il fait trois fois le tour de la pierre en murmurant une prière, 
et, les deux bras croisés, se précipite de toute sa force contre la pierre 
en lui ordonnant de ne pas bouger s'il est innocent. 

(Récits de Basse-Bretagne, p. 242.) P. S. 

CLI 

LA STATION SUR LA PIERRE 

A Brandes, plateau situé à 1800 mètres près du village d'Huez 
{ Oisans, Isère) les femmes désirant se remarier, les filles voulant prendre 
époux, viennent faire leur dévotion devant les ruines de la chapelle 
de Saint- Nicolas. Elles apportent une grosse pierre anguleuse pointue 
et s'agenouillent dessus, pendant quelques instants en adressant 
leurs prières au saint. J'ai vu pratiquer le fait encore en 1899. 

E. Muller. 

CLII 

LA FRICTION SUR LA PIERRE 

M. Ch. J. Comhaire me dit avoir vu au cours de ses nombreuses 
excursions archéologiques dans le pays, une pierre de forme plus ou 
moins conique, émergeant du plancher d'une petite chapelle, située 
aux environs de Ciney (Namur), au sommet d'une montagne. 

Les femmes stériles ou celles désirant des enfants viennent s'asseoir 
ou se frotter contre cette pierre. 

CLIII 

LES BLOCS DU TROU ARIO 

A Saint-Mard (Luxembourg belge), des blocs de grès tertiaire, au 
nombre de dix, de volume variable, de couleur gris-rosàtre, couverts, 
par places, de mousse et d'une sorte de lichen, gisent çà et là, presque 
complètement enterrés dans le sol d'une prairie, au lieu dit le Trou 
Ariûj ou Mario... Ils n'ont aucune forme déterminée, n'offrent aucune 



398 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

trace de taille, et la main de l'homme est étrangère à leur groupement 
en cet endroit... 

Les surfaces lisses, les cuvettes et les rainures à fond et à parois 
d'un poli excessivement doux qu'on y observe, témoignent, en effet; 
d'une façon incontestable, de leur utilisation exclusive comme pierres 
à polir le silex et les rochers durs à l'époque néolithique. 

Ils sont l'objet de diverses légendes : 

1° C'est là que se rassemblent certaines nuits, les sorciers, les fées 
et les mauvais génies du voisinage pour se livrer à leurs ébats; 

2° Les surfaces lisses et luisantes sont des glissoires où les fées 
s'amusent comme les véritables enfants. Les stries et les rainures 
marquent la place où elles déposent habituellement leurs baguettes enchan- 
tées; 

3° L'homme sans tête, qui dirige la « haute chasse (1) » nocturne à tra- 
vers les bois, vint souvent visiter ces cailloux ; 

4° Enfin, on entend parfois dans ces lieux hantés un tintamarre 
infernal. 

(B on Alfred de Loê, Rapport sur les recherches et les fouilles faites 
en 1897, en 1898, en 1899, au profit de la section de la Belgique an- 
cienne des musées royaux du cinquantenaire p. 13, 14. Bruxelles, van 
Langhendonek, rue des Chartreux). 

Alfred Harou 



CHANSONS DE LA HAUTE-BRETAGNE 
XXXIII 

CHANSON A L'ARRIVÉE DES MARIES A LA MAISON 

F y a un navire à Paris, 

La moitié^de mon cœur rit. 
Ah 1 quel malheur I 

La moitié de mon cœur qui rit, 

Et l'aut' qui pleure. 
I'ya deux navir* à Paris, etc., 

l'y a un an que nous voyageons, 
Voici la ville que nous cherchons, 
v Voici la ville et les maisons, 

La jolie ville que nous cherchons. 

(Marie Plesse, Penguily, Côtes-du-Nord, 1881.) 

(1) On dit en argot : Kassaa. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 399 

XXXIV 

LA SOIRÉE DES NOCES APRÈS LE REPAS 

— Salu' à tous, bonsoir la compagnie; 
Bonjour à vous, mon aimable maîtresse, 
Je suis venu ce soir vous demander ) 

Si avec vous j 'pourrais m'y marier. j 



bis 



— Oui, cher amant, avec toi je m'engage, 
Dès aujourd'hui je t'y rends mes hommages, 
Si t'as pour moi de la fidélité, ) , . 

Jamais d'autre amant que toi j'n'épouserai. ) 

J'étais l'amant le plus beau de la noce, 

J'ai le cœur doux, fleuri comme une rose. 

Si je pouvais avoir l'amitié de ton cœur ) • . 

Je pourrais bien dire avoir un grand bonheur. ) 



Quand on sait bien se comporter en ménage 
Ni bon* vie, richesse, ni grandeur, 
L'amitié seule est le bel héritage 
Qui bien souvent contribue au bonheur. 

Vous la voyez, madame la mariée, 
Bien habillée, sa couronne d'honneur, 
Un mouchoir blanc pour essuyer les larmes 
De ses doux yeux qui nous font ses adieux. 



bis 



bis 



Petit oiseau qui vole dessus la branche * 

O dis-moi qu'as-tu vu ce matin, 

Joli mignon, dis- moi ce que tu penses, ) , . 

Raconte- moi la fin de nos discours. ) • 

Le Gouray (Côtes-du-Nord) 



XXXV 

LES ENNUIS DU MARIAGE 

On est lié dans le ménage, 
On ne saurait s'en délier. 
Prenez garde, jeunes filles, 
Avant de vous fiancer, 

Car les gars ce sont des anges 
Avant de se marier. 
Mais quand ils sont à leur ménage 
Ce sont des diables déchaignés. 

Ils batt't leurs pauv'femmes, 
A coup de poing, à coup de pied. 
Ou bien ils les font descendre 
Quate à quat' par l'escalier. 



400 HEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



Les femm's sont à leur fenêtre, 
Regrettant leur temps passé, 
Disant : j 'voudrais cor être 
Jeune fille à marier. 

Il n'est plus temps de le dire, 
Quand le maire y a passé, 
Le maire ou bien le vicaire, 
Le maire ou bien le curé. 

On est lié dans le ménage, 
On ne saurait s'en délier. 



(Ercè, près Liffré.) 



XXXV 

LA PETITE BONNE FEMME 

C'était une petite bonne femme, 

. Tire lantire, 
Qui allait à Matignon, 
Tire lanton. 

En entrant dans la ville, 

Tire lantire, 
Elle entend un coup de canon, 

Tire lanton. 

La p'tite bonne femme eut si grand' peur, 

Tire lantire, 
Qu'elle en fit sur ses talons, 

Tire lanton. 

Les bourgeois de la ville, 

Tire lantire, 
Lui apportèrent un bouchon, 

Tire lanton. 

En lui disant : Ma p'tite bonne femme, 

Tire lantire, 
Goûtez si cela est bon, 
Tire lanton. 

Car vous savez, ma petite bonne femme, 

Tire lantire, 
Qu'il faut goûter tous les bonbons, 

Tire lanton. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



401 



XXXVI 

LES QUEUES DE CHÈVRE 

Quand j'étais chez mon père, 
J'avais bien cinq cents chèvres, 
Et cinq cents boucs otout (avec) 
Par là passit un diab' de loup 
Les mangit toutes hormis les quoues. 

— Ah ! que ferai de toutes ces quoues ? 
Je les port'rai sez un tannoux. 

— Tannous, tanneras- tu mes quoues ? 

— De quelle couleur les voulez-vous ? 
Blanches et noir' et rouges dessous. 

Ta lan, lire lirela. 

(Ercé, près Liffré). 

Paul Sébillot. 




S1DI BETKA 

DE BOltDJ nOU ARRÉRIDJ (ALGÉRIE) 

e tombeau du religieux appelé par les indigènes 
de la région jidi-Betka (corruption de'Abou-Teka 
le père de la piété), est situé à environ 800 mètres 
de la ville de Bordj-bou-arréridj. 

Au-dessus de la sépulture du fameux merabet, les 
fidèles ont édifié une Koubba, vers 1838; cette 
Koubba, tombant en ruines, fut restaurée il y a 
une vingtaine d'années, au moyen d'une souscription ouverte par 
les musulmans. 

Le style de Sidi-Betka est bizarre; une coupole surmonte uns 
chambre quadrangulaire au milieu de laquelle se trouve le tombeau. 
Cette chambre est flanquée de quatre murs en éperon, qui servent 
de contreforts et lui donnent un singulier aspect. 

Le tombeau de Sidi-Betka, objet de la vénération générale, est 
très visité par les croyants de toutes les catégories : Les femmes 
stériles, les malheureux en ménage, les commerçants, les voyageurs, 
et aussi quelquefois les malfaiteurs viennent solliciter l'intervention 
du saint pour la réussite de leurs petites affaires. 

Lorsque dans une discussion quelconque un indigène affirme un 
fait et que son contradicteur met en doute sa parole, Je premier des 
deux s'écrie : « Iguetani Sidi-Betka ! que Sidi-Betka me coupe en 
morceaux ». Cette invocation spflfit ordinairement à convaincre Tincré- 

Tovs XX III. — Novembre 190^ 



402 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

dule ou, tout au moins, à donner plus de poids aux arguments qui lui 
sont exposés. 

C'est aussi sur le tombeau du santon que les indigènes vont prêter 
serment lorsqu'un différend les divise. On cite plusieurs indigènes 
ayant perdu la vie ou un membre à la suite d'un faux serment. 

Le merabet Abou Teka eut une existence assez mouvementée 
si l'on en croit la chronique. Tout d'abord, les complaisants biographes 
locaux lui attribuent la fameuse Saguiat el Hamra, du Maroc comme 
patrie. Cette région du Moghreb, habitée, paraît-il, par des Cheurfas, 
qui prétendent descendre de Mohammed, est souvent revendiquée 
comme pays d'origine par de nombreux merabtines algériens toujours 
soucieux d'augmenter leur influence auprès de leurs crédules coreli- 
gionnaires; aussi l'allégation relative à la noble origine d'Abou-Teka 
mérite-t-elle d'être accueillie avec la plus grande réserve. 

Abou-Teka serait venu en Algérie, après de nombreux avatars 
au Maroc, à l'époque d'Abdesselam le Khalifa d'Abdelkader (en 1836). 
Il étudia d'abord à la Zaouïa de Bou Daoud, située dans la Dechra 
Tasselent de la tribu Illoula, d'Arbou, sous la direction du lettré 
Sidi-Saïd-ben-bou-Daoud, de la secte des Rahmania. Ce dernier, avant 
de mourir, reconnaissant la fermeté des convictons religieuses du 
jeune étudiant Abou-Teka, fit promettre à ses adeptes d'édifier une 
Koubba sur la tombe de son élève, lorsque ce dernier viendrait à 
mourir. 

Au décès de son maître, Abou-Teka quitta Tasselent, se rendit 
dans la Medjana, construisit une masure et vécut très pieusement 
de la charité publique. Sa réputation d'homme sage grandit rapide- 
ment et de tous les points de rOuennougha, de la Medjana, des Maa- 
did et aussi du pay.> d'Akbou les fidèles accouraient entendre la bonne 
parole, demander au saint homme sa protection. 

Sur le point de mourir, Abou-Teka recommanda à ses coreligion- 
naires de l'enterrer sur le point où la mule qui porterait son cadavre 
s'arrêterait. 

A sa mort, survenue en 1838, ses prescriptions furent exactement 
suivies, son cadavre soigneusement enveloppé, lié entre deux perches, 
fut placé sur une mule, dont la tête était dirigée dans la direction de 
La Mecque; l'animal partit et s'arrêta non loin de Bordj-bou-Arre- 
ridj. 

Abou-Teka y fut enterré et les Khouans de la secte Rahmania, 
se rappelant la recommandation de Sidi-Saïd-ben-bou-Daoud, 
construisirent au-dessus de la tombe une Koubba. 

11 n'existe pas de descendant d'Abou-Teka, mais la Koubba est 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 403 

surveillée par un Oukil Si Abderahmane ben Daoud, originaire d'Illouba 
et parent du fameux mokaddem de Tasselent. 

Ce brave Oukil estimant qu'en outre des questions spirituelles, 
il doit être tenu compte du côté matériel, a imaginé un moyen com- 
mode d'augmenter ses ressources. Tous les jours du marché hebdo- 
madaire du Bordj-bou Arreridj, qui se tient le mercredi, Si Abderah- 
mane place le vieux drapeau de la Koubba sur le bord du chemin de 
Msila, à quelque distance du tombeau de Sidi-Betka. La hampe du 
drapeau est fichée en terre et quelques pierres, placées en rond, 
l'entourent et constituent une petite mzara, destinée à recueilKr ce 
que les fidèles veulent bien donner. 

Dans cette mzara, les passants qui n'apportent aucune denrée sur 
le marché, jettent quelques sous ou une bougie, les marchands de 
bois de Mekarta y placent un ou deux morceaux de bur combustible, 
les gens de Ksour, marchands d'oignons, de navets, de pommes de 
terre, y déposent quelques produits de leurs jardins. 

Tous ces objets, abandonnés ainsi sur le chemin, sont respectés 
par les passants et malgré qu'ils excitent la convoitise de certains 
chenapans, toujours prêts à s'approprier le bien d'autrui, lesdits 
chenapans craignant la colère de Sidi-Betka n'y touchent pas, les 
considérant comme sacrés. 

En homme avisé qu'il est, Si Abderahmane, connaissant bien la 
crédulité, la foi des indigènes, les a ainsi amenés à augmenter hebdo- 
madairement et très sensiblement les revenus ordinaires de la Koubba: 
ziavas, zerdas, etc. Il a aussi escompté que cette façon anonyme 
de donner plaisait à certains indigènes dont la conscience n'est pas 
tranquille. 

Aussi l'ingénieux et pratique oukil se réjouit-il de sa création, 
lorsqu'il se rend à la fin de chaque marché, sur le point où flotte 
la vieille loque de drapeau de Sidi-Betka. 

Il ramasse avec bonheur les diverses offrandes qui s'y trouvent et 
en rentrant l'après-midi, dans "sa demeure contiguë à la Koubba, 
il ne manque pas à la prière de Tasser, de glorifier le maître des 
deux mondes, et en passant près du tombeau d'Abou-Teka, de saluer 
aussi la mémoire du Saint qui coopère d'une façon si tangible à son 
entretien et celui de sa famille, songeant incontestablement que le 
métier de merabet a du bon. 

Achille Robert. 




404 HEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



CONTES ET LÉGENDES DE BASSE-BRETAGNE 
LXXIII 

LE BRIN ÉTERNEL 

ne mère avait deux enfants. Elle était bien pauvre 
et toujours inquiète du lendemain. Le pain man- 
quait souvent à la maison. Ces gens se chauffaient 
avec le bois pris dans la forêt et vivaient avec les 
racines qui y poussaient. Mais les enfants étaient si 
doux et si obéissants que la mère trouva moyen 
d'acheter « un brin éternel » pour sa petite fille et une 
flûte pour son petit garçon. Ce fut un malheur, parce que le 
petit garçon se mit à jalouser sa sœur. Celle-ci refusant de lui 
donner le « brin éternel », son frère la tua dans la forêt et cacha le 
cadavre sous un monceau de feuilles. En rentrant à la maison, le soir, 
il dit tranquillement : « Ma mère, j'ai perdu ma sœur dans la forêt ». 
— Mon cher petit, répondit la pauvre femme, tu vas me montrer la 
direction que tu as suivie, et je vais chercher ma petite fille. » Toutes 
les recherches de la mère furent vaines. Elle pleura beaucoup. 
. Un soir, un malheureux se présenta à la porte de la hutte. « Pauvre 
femme, dit-il, voulez- vous me donner à coucher chez vous? » — Pauvre 
malheureux, répondit la mère, vous me demandez une chose difficile, 
mais je ne voudrais pas vous dire non. Approchez, mon ami, auprès 
du foyer. » 

Une marmite était sur le feu. Le vieillard y mit un morceau de 
viande. « Je l'ai trouvé dans la forêt, dit-il. Cela nous fera du bien à tous. 
Et si la viande est un peu endommagée, le feu purifie tout. Allons, 
mon petit gars, attise le feu. » 

Le petit garçon ayant attisé le feu, une voix sortit de la marmite : 

Petit feu, petit feu, mon .frère I 

C'est toi qui m'as tué dans la forêt d'Ardennes, 

Pour avoir mon brin éternel ! 

La mère épouvantée interroge son enfant. Il est obligé d'avouer 
sa faute. On le force de montrer l'endroit où il a laissé sa sœur. Le reste 
du cadavre était là, avec les mains et les doigts . . . 

(Conté par Madeleine Le Bris, de Penestin, Morbihan. Elle ne se 
souvenait pas de la fin de l'histoire). H. de Kehbel2ec. 



i 




REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 405 

CONTES POPULAIRES DE LA BRESSE 
IV 

PLUS MALIGNE QUE LE DIABLE 

ne paysanne avait trois filles. Cette paysanne était 
bien pauvre et chacun sait que dans l'ancien temps 
les pauvres étaient encore plus malheureux qu'à 
l'heure d'aujourd'hui. Les jeunes gens ne gagnaient 
que des gages dérisoires et souvent même ils ne 
trouvaient pas à s'affermer. 

C'était le cas ici. Notre paysanne avait ses trois 
filles sur les bras et ni sou ni maille. 
Un jour, un homme habillé en grand monsieur s'arrêta devant sa 
porte. 

— Madame, lui dit-il, j'aurais besoin d'une bonne domestique. 
Pourriez- vous. . . 

Il n'eut pas le temps d'achever sa seconde phrase. La mère s'écria : 
— Ah ! mon bon monsieur, j'ai trois filles à placer. . . Choisissez celle 
que vous voudrez. 

Ils convinrent du gage et le monsieur emmena l'aînée, qui était la 
plus grande et la plus forte. 

Ce monsieur si richement habillé, c'était le diable. 

En traversant une grande forêt, il frappe le sol du pied. Aussitôt 
la terre s'ouvre et il descend dans son royaume avec sa victime. 

Pauvre innocente ! Une fois en enfer, allez donc en sortir !. . . Elle 
y était depuis longtemps déjà et sa malheureuse mère n'en savait 
point de nouvelles. Elle avait beau s'informer de tous les côtés, 
consulter tous les passants, impossible de savoir ce que sa fille était 
devenue. 

Quelques mois plus tard, le diable prit les traits d'un autre monsieur 
et retourna chez la femme pour demander une servante à affermer. 

Elle lui répondit qu'elle avait bien encore deux jeunes filles en âge 
d'être placées, mais que cela l'ennuyait bien de s'en séparer et de les 
envoyer au loin, attendu qu'elle en avait déjà une en condition depuis 
fort longtemps sans savoir où elle était . . . 

— Oh ! rassurez-vous, s'écria le diable en faisant le bon apôtre, 
je ne demeure pas loin d'ici, et votre fille viendra vous voir quand 
elle voudra^ . 

La misère et la faim étouffent parfois la voix de la raison. A demi 
rassurée, la mère essuya une larme et laissa partir la seconde de ses 
filles. 



406 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

La pauvre enfant prit le même chemin que la première. 

Elle était en enfer depuis de longs mois déjà, avec sa sœur, et- la 
douleur de leur mère faisait peine à voir, tant la pauvre femme avait 
les yeux rouges et le visage jnondé de larmes. Hélas ! mon Dieu, quel 
malheur était donc arrivé à ses deux chères enfants? Qu'étaient-elles 
bien devenues? 

Ce chagrin n'attendrit pas le diable. Une troisième fois il prit un 
nouveau déguisement et alla frapper à la porte de la paysanne. 

Celle-ci put à peine ouvrir la bouche et, fondant en larmes, elle 
s'écria qu'à aucun prix elle ne se séparerait de sa troisième fille, 
parce que les deux premières étaient perdues. 

Mais la troisième se jeta à son cou en disant : 

— Oh ! mère, tranquillisez-vous ! Moi je ne me perdrai pas ! . . . 
Et elle insista tant et tant que sa mère la laissa partir aussi. 

Mais elle n'était pas bète, la plus jeune, et si elle désirait tant 
partir, c'était pour délivrer ses deux sœurs. 

Hélas ! la pauvrette, elle ne savait pas à qui elle avait affaire. 
Elle fut conduite en enfer comme les deux autres. 

Cependant elle ne se laissa pas aller au désespoir. Un jour, elle 
aborda le diable et lui dit : 

— Tu sais que pour m'emmener tu as promis à ma mère de ne pas 
la laisser sans argent et sans provisions. Ce soir môme tu vas lui porter 
cette caisse; mais je te défends de regarder dedans. N'essaie pas 
même de l'ouvrir, car je t'avertis que je te verrai partout, et si tu 
me désobéis, gare à toi 1 

Le diable ressemble à bien des hommes : tout diable qu'il 
était, il trembla devant cette femme qui lui parlait si sec et il fila doux 
comme un enfant. . . 

Or, voici ce qui s'était passé : En furetant un peu partout dans la 
demeure du diable, la plus jeune des filles avait trouvé une de ses 
sœurs inerte dans un placard. Pensez si ce spectacle la bouleversa! 

Mais aussitôt après elle aperçut derrière une porte une petite vieille 
à figure ratatinée qui lui dit : 

— Mon enfant, rassure-toi ! 11 y a ici un pot d'onguent merveilleux 
qui ranime les morts. Prends le pinceau qui est à côté, plonge-le dans 
l'onguent et badigeonne ta sœur : immédiatement tu la verras revenir 
à la vie. . . 

Quand la résurrection fut opérée, la jeune fille embrassa sa sœur 
et la fit coucher dans la malle, à côté d'une grosse somme d'argent 
et de provisions de toutes sortes, en lui disant : 

— Ma sœur, fais bien attention : si le diable essaye d'ouvrir la malle 
en route, tu lui crieras : « Moi, je te vois ! » 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 407 

Puis, lorsque la malle fut bien fermée comme il faut, la jeune fille 
appela le diable et dit : 

— Allons, porte ça à ma mère et dépêche-toi. 

Aussitôt le diable chargea la malle sur ses épaules et se mit en route. 
Quand il eut fait un bout de chemin, il trouva son fardeau bien lourd 
et il voulut ouvrir la malle pour savoir ce qu'il y avait dedans.Mais 
aussitôt il entendit ces mots : « Moi, je te vois ! » 

Aussitôt le diable prit peur, il rechargea bien vite la malle sur son 
dos et continua son chemin. 

En arrivant chez la paysanne, il dit : 

— Tenez, bonne femme, voilà ce que votre fille vous envoie. 

On devine la joie de la mère lorsque, en ouvrant la malle, elle décou- 
vrit une de se» filles, rainée, bien portante, qui lui sauta au cou toute 
joyeuse. . . Dès lors elle ne désespéra plus de retrouver les deux autres. 

A quelque temps de là, en effet, elle vit arriver de nouveau chez elle 
un second individu avec une autre malle. Dans cette malle, bien enten- 
du, il y avait la seconde de ses filles avec toutes sortes de trésors. 

Mais, après avoir délivré ses deux sœurs, la cadette était toujours 
en enfer. Elle réfléchit alors au moyen d'en sortir elle-même. 

Un jour, elle dit à son maître : 

— Je suis bien malade. Il faut que je me mette au lit. . . Vous ne 
manquerez pas, dès ce soir, de porter à ma mère les provisions que je 
lui ai préparées et vous ferez en sorte de ne pas regarder dans la malle, 
car, vous savez que je vous verrai toujours. 

Dès que le diable eut tourné le dos, elle fit un mannequin qu'elle 
coiffa d'un bonnet de nuit et le mit coucher à sa place dans son lit, 
le visage tourné contre le mur. Puis elle se blottit elle-même bien con- 
venablement dans la malle avec plus de richesses encore que les deux 
premières fois. 

Le soir venu, le diable entra dans la chambre pour voir si sa servante 
était couchée. Il aperçut dans le lit défait le mannequin immobile. 
« Elle dort, pensa-t-il, je puis partir. . . » 

Il prit la malle et se mit en route. Cette fois son fardeau était si 
lourd, si lourd, qu'il dut le mettre à terre à plusieurs reprises pour se 
reposer. A la fin, il se dit : « Qu'y a-t-il bien dedans? Eh ! je puis bien 
regarder. Ma servante dort, elle ne me verra pas ». 

Il essaya d'ouvrir tout doucement, tout doucement... Mais, 
aussitôt, le refrain se fit entendre : « Moi, je te vois ! » 

Alors, pris de peur, il remit précipitamment la caisse sur ses 
épaules et s'achemina à grands pas vers la demeure de la paysanne 
où il fut bien aise de la poser. 



408 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Puis il fit demi-tour et se hâta de rentrer chez lui pour se reposer. 

Le lendemain matin, ne voyant pas sa servante, il courut regarder 
dans sa chambre. « Elle est peut-être toujours malade », pensa-t-il, 
et il s'approcha d'elle pour lui tirer le bras . . . 

Quelle ne fut pas sa stupéfaction lorsqu'ils n'aperçut qu'un manne- 
quin affublé d'un bonnet ! 

Alors, il comprit, mait trop trad, qu'il avait été joué par une créa- 
ture plus rusée que lui. 

... Et cette petite histoire prouve, à n'en pas douter, que certaines 
femmes ont encore plus de malice que le diable ! 

(Conté, en 1893, par le jeune Léon Taponard, de Scrvas) 

Denis Bressan. 



FOLK-LORE DE L'AUVERGNE 
XIV 

LES rjcTES DE SAINT-GAL A SA1NT-AMAND 

Saint Gai était évêque de Clcrmont au commencement du vi e siècle. 
Sa fête se célèbre le 1 er j-jillet. 

Le dimanche qui suivait, la procession allait de l'Eglise à la Cha- 
pelle de Saint-Gai, sur la pente méridionale de la Sure du Crest. 

Après vêpres, les enfants de Saint-Gai, réunis au son dû fifre et 
du tambour, prenaient chacun un fagot de bois de sarment et con- 
duits par les bailes s'acheminaient vers la chapelle. Devant la porte 
occidentale du monument, sur la petite place, on formait un feu de 
joie, un fougeas, allumé par les bailes. Conduits par les bailes, 
on dansait une ronde autour du feu. On faisait de rapides évolutions 
autour de la chapelle, en chantant un refrain où étaient indiqués les 
détails de la fête du lendemain, et les noms des personnes qui y avaient 
contribué par des offrandes en nature 1 ou en argent. Quand le feu était 
éteint, on vidait, au soleil couchant, deux brocs de vin apportés par 
les bailes. Les assistants se partageaient le charbon. 

Le lendemain, lundi, dès l'aurore, les enfants de Saint-Gai, montés 
à cheval, coiffés de tricorne, ceints d'une écharpe blanche, un sabre à la 
main, se réunissaient sur la place plublique. Ils vont prendre la ban- 
nière de l'Église que les bailes portent en tête de la Bravade (calva- 
cade), les cloches sonnent, on va entendre la messe à Authezat, 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 409 

dans une petite chapelle sur le bord de la route, et dédiée à la vierge. 
Les bailes offrent un gros bouquet à la vierge. Toute la Bravade à 
l'offrande. On s'en retourne après la messe, le curé d'Authezat 
°^iste au défilé, on lui chante : 

Vive le curé d'Authezat ! 
Le bon Dieu le bénisse ! 
C'est un homme franc et loyal. 
Ils aiment, les enfants de Saint-Gall, 
Trou la la (bis), 
Le bon Dieu le bénira. 

La Bravade s'en retournait par un autre chemin. Des gens des 
paroisses voisines venaient les voir passer. Au pont de la Pierre, 
avant d'arriver à Saint-Saturnin, on s'arrête, pour élire deux nou- 
veaux bailes. Un des bailes devait être le dernier marié, ou un des 
derniers mariés, de la ville de Saint- Amand, l'autre était pris parmi 
les célibataires. Le 1 er porte bannière rouge, le 2 e bannière verte. Le 
défilé s'arrête devant l'église de Saint-Saturnin, on lui offre des rafraî- 
chissements. On rentre à Saint- Amand, on dîne, on saute, on danse sur 
la place publique. 

ke 3 e jour, les bailes nouveaux font cuire des pâtisseries appelées 
tartre ou tarte. 

A quatre heures du soir, les bailes vont sur l'allée de Saint-Sa- 
turnin, musique en tête, un char couvert de feuillages et de fleurs, et 
portant les tartes. Des hommes portent sur leur tête les brocs de vin 
et des paniers de vivres. On s'arrête sous l'arbre de Saint-Félix, à la 
limite des deux communes; les bailes découpent les tartes, on les dis- 
tribue au cortège. Chacun boit et mange, puis on danse. — On revient 
à Saint- Amand, où l'on ne se sépare qu'après avoir fait le tour de la 
fontaine, pratique traditionnelle qui se renouvelait jadis à chaque 
mariage et qui tend à disparaître. On attachait une certaine importance 
à la manière dont la Novie franchissait le ruisseau, le geste provoqué 
par cette action permettant aux augures de prononcer le pronostic 
emprunté à la vie pastorale : Chamba fina, bouna de lait. 

Après le coucher du soleil, on faisait un défilé à travers les rues de 
Saint-Amand, au son de la musique et des tambours, chacun tenant 
en main une botte de paille appelée brande ou fallace qu'on allumait 
à la fin du parcours, avant de revenir à la place. On chantait le chant 
qu'on avait chanté le 1 er jour, (lovant la chapelle de Saint-Gai, autour 
du feu de joie. 

Chacun avait fourni son plat pour la fête. 



410 REVUE DES TRADITIONS POPULA.IBES . 

Sur la place principale est un gros tas de fagots, fournis par tout 
le monde, au-dessus desquels s.i balançait un grand mannequin vêtu 
d'un costume de femme. 

Les enfants de Saint-Gai, arrivant, faisaient le tour de la place, 
puis celui du bûcher et chacun, en passant, jetait au pi rt d du tas de 
fagots sa fallade allumée. La flamme s'élevait et la fumée gonflait 
le mannequin. Alors, les bailes, entonnant le chant traditionnel, 
en se donnant la main, organisaient une immense chaîne qui se livrait 
autour de la place à de capricieuses évolutions jusqu'à ce que le 
mannequin fortement chauffé, s'enflammait à son tour, et faisait 
de nombreuses explosions par les pétards qu'il recelait. 

Les jeunes gens sautent le brasier ardent, à travers les flammes et 
la fumée. Ces fêtes ont cessé à Saint-Amand, en 1850. 

Un document du 19 mai 1732 disait : 

A la frairie de Saint-Gall, abus, danses, débauches et port d'armes. 
Ordonnons que les dites fêtes et rivages seront célébrés à l'avenir avec 
plus de religion et de décence. 

Le docteur Dourif, Mémoires de V Académie des sciences, belles- 
lettres et arts de Clermont-Fcrrand. — 188:"). 

D r . Pommerol. 



LES 
TRADITIONS POPULAIRES ET LES ÉCRIVAINS FRANÇAIS 

LIV 
Dassoi'Cy. 

Le jugement de Paris. Paris, Quinet, lrt'i8, in-fol. 

Gentil pasteur qui, sous l'ormeau, 
Avec ton joli chalumeau 
Fais danser cotto retroussée 
Toutes les nuits Margot la Fée. 



(P. 41.) 



Mettez espingle en votre manche 
Pour vous souvenir une fois 
De moi. 



Vers burlesques, p. 74. 



BEVUE DES TMADIT10NS POPULAIRES 



41! 



Prince, songez à vous, il dit qu'il a du cœur, 
Qu'il a monté sur Tours et qu'il n'a plus de peur. 

(Sonnet. Vers burlesques, y. 83.) 

— Le Ravissement de Proserpinc. Paris, 1653, in-f°- 



(P. 41.) 



Le sort tombe sur Proserpine : 
Car la cauteleuse Ciprine 
Avait mouillé ses quatre doigts, 
Et pour mieux l'attraper au chois 
Avait fait tirer la première 
La future Plutonigiere. 



(P. 59.) 



Hardis ils iront aux estours, 
Aux combats et dans les alarmes 
Quand ils auront monté sur l'ours. 



P. S. 




O 



412 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



BLASON POPULAIRE DE LA HAUTE -BRETAGNE 



Pays de Redon. 

A Guéméné-Penfao, autant d' voleurs que d'chevaux. 

Farauds et gâtous d'cidre de Brain. 

Brigands d'Avessac. 

Généreux, sérieux, giraflos de Beslé. 

Arotoux de Renac (il faut mieux y dîner qu'y coucher). 

Lorieux de Sainte-Anne. 

Bayants de Langon. 

Chouans de Pieric. 

Manjous d'pain d'bié (blé) de Sainte-Marie. 

Yves Sébillot 

XL 

ARRONDISSEMENT DE VITRÉ 

Les pouchos nères de Guipel (les poches noires). — On appelle 
ainsi les habitants de Guipel à cause de la quantité de charbonniers 
qu'il y avait autrefois daiits la paroisse. F. Duine. 



NÉCROLOGIE 



Loys Brikyre, E. T. Ha.my 

Nous avons le grand regret d'annoncer la mort de nos éminents 
collègues, Loys Brueyre et E. T. Hamy, deux des fondateurs delà 
Société, auxquelles nous consacrons une notice dans le prochain 
numéro. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 443 



BIBLIOGRAPHIE 



Edmond Destaing. — L'Ennayer chez les Benis-Snous, exir. de la 
Revue Africaine, n° 25tf, 1905, p. 51-70. — Fêtes et coutumes saison- 
nières chez les Beni-Snous, extrait de la Revue Africaine, n M 261 -263, 
1907, p. 244-284. — Le Fils et 1a Fille du Roi, extr. du Recueil des 
Mémoires publié en Thouneur du XIV 6 Congrès des orientantes à 
Alger, 1905, 19 p. 8°. — Quelques particularités du dialecte berbère des 
Béni- S no us, extr., 7 p. r des Actes du XIV Congrès des Orientalistes, 
Paris, Leroux, 1906. — Étude sur le dialecte berbère des Beni-Snous, 
T. I Publication de VÉcole des Lettres cT Alger, t. XXXIV, 8°. Paris, 
Leroux, 377 p. 

M. Destaing fait partie de cette pléiade de savants qui, groupée autour 
de l'Ecole des Lettres d'Alger et de son directeur, M. René Basset, assure 
à la France, en un certain nombre de domaines, une suprématie certaine. 
Chacun de ces savants s'est plus ou moins spécialisé dans l'étude des popu- 
lations,.^ diverses par leurs langues et leurs institutions, de l'Afrique du Nord. 
M. Destaing a choisi l'étude des dialectes et de l'organisation religieuse 
et sociale des Berbères et les travaux quil a publiés jusqu'ici font prévoir 
une belle activité scientifique. 

Son mémoire sur l'Ennayer donne une description o^taillée, d'après 
les termes mêmes des Beni-Snous, de cette fête agraire : les rites sont pour 
la plupart des rites de fécondation et de multiplication, sympathiques et 
directs. Comme en bien d'autre pays, la fête s'accompagne d'une masca- 
rade : on promène un mannequin en forme de lion. Le deuxième mémoire 
cité complète le premier : on y trouvera une description détaillée des fêtes 
de la fin de l'hiver, du printemps (en-nisân) et du solstice d'été (el-ansâra). 
Dans les deux mémoires, les notes comparatives, renvois à d'autres textes 
arabes ou berbères, ou à des traités généraux comme le Golden Bough de 
Frazer, ou à des monographies comme celles de Basset, Doutté, Westermarck 
etc., donnent l'explication de chaque détail rituel. Notamment je signale- 
rais les rites de Marquage (Fêtes et coût, sais., p. 253 et note 5), le rite de pro- 
tection des vergers (p. 268 : têtes de mulet, de cheval ou d'âne) qui sont en 
même temps, comme en Italie au temps de Pline, et dans l'Ombrie actuelle 
(cf. les publications de G. Bellucci) des rites de fécondation. En même temps 
M. Destaing récoltait chez les Beni-Snous des contes, dont celui du fils et 
et de la fille du roi a été publié par lui a l'occasion du Congrès d'Alger, 
conte dont on connaît des variantes arabes et berbères. 

Mais ce n'étaient là que les fragments d'une vaste enquête à laquelle 
M. Destaing a consacré les vacances d'automne de 1903 et 1904 et les mois 
de janvier et d'avril 1905, et dont les résultats formeront une mono- 
graphie des Beni-Snous, dont voici déjà le t. I. Ce volume donne jus- 
qu'à la page xxxi, une esquisse sommaire de la région occupée par cette 
tribu, esquisse suivie d'une bibliographie. Puis, jusqu'à la page 237 vient 



414 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

une étude systématique du dialecte des Beni-Snous. La troisième partie, 
p. 241-374, comprend 41 textes avec leur traduction et des notes explicati- 
ves d'ordre linguistique. Les textes 1 à VII sont des contes d'animaux d'un 
type bien connu dès lecteurs des Contes Berbères de R. Basset ; les textes 
xxxiv à xli sont des légendes d'un caractère demi-historique ou encore • 
étiologiques. 

Aux ethnographes je signalerai tout spécialement les textes vin à xxxm 
qui décrivent, d'après les indigènes eux-mêmes, la confection des nattes ou 
la préparation du couscous, la teinture ou la poterie, la pêche et l'agricul- 
ture, les rites de l'enfance, de la circoncision, du mariage, de l'enterrement, 
de la fête de l'Aid-el-Kebir, les pratiques magiques, les vêtements, les 
jeux, etc. Bref, toute cette série de textes donne un tableau intéressant 
et détaillé de la vie sociale des Beni-Snous. 

À. van Gennep. 

Comtesse Pierre Lecointre. — Les Faluns de la Touraine, 
î/i-4, 111 pages, 19 photogravures ; 27 coupes et cartes, chez MA ME, 
éditeur, Tours, 1908. 

La région tourangelle appelée géographiquement : « Plateau de Sainte- 
Maure », est curieuse au point de vue des traditions populaires. La littéra- 
ture orale de ce pays exprime un certain nombre de faits traditionnels se 
rapportant à sainte Maure, sainte Britte, saint Bauld ou (peut-être saint 
Salbœuf), Charles Martel, Jeanne d'Arc et Louis XI. 

Le Falun qui couvre une grande partie de cette terre des Turones primitifs, 
depuis longtemps a frappé l'imagination des paysans qui le tirent du sol 
pour répandre dans leurs champs. 

Dans son livre très intéressant : « Les Faluns de la Touraine », M me la 
comtesse Pierre Lecointre a consacré tout un chapitre aux dires ancestraux. 
Son œuvre géologique perd ainsi son côté sévère pour nous réjouir avec les 
légendes et les mœurs des « faluniers». 

Les débris des grands animaux « préhistoriques» sont, suivant les carriers 
« des os d'géants et d'grand'bêtes qui s'sont battus aut'fois dans l'pays; les 
grand'bêtes-mangeaient tertout y fallait ben les abattre pour une chance 
qu'les hommes étaient ben pu forts qu'annuit I C'ont dû être de belles ba- 
tailles tout d'même ». 

D'après les dires, les dents des gros poissons seraient des dents d'êtres 
humains; les débris ronds et noirs du palais des squales passent pour des 
yeux d'animaux I 

Ici, un des frères de Gargantua fit le falun ; là, c'est le déluge biblique qui 
déposa les falunières... Quelques ouvriers des petits bourgs de la Touraine 
méridionale ont l'habitude d'attacher un murex à la clef de leur « vide bou- 
teille » ou maison de campagne. Cette clef est nommée traditionnellement 
la clef du clocher, à cause de la ressemblance du murex dentelé avec les clo- 
chers gothiques. Si on achète des coquilles aux paysans, il faut toujours en 
laisser une pour qu'il en revienne d'autres... Les bergères se servent parfois 
de coquilles trouées comme point d'appui de leurs « broches » ou aiguilles à 
tricoter. En plus des dires, Madame Lecointre expose dans son livre la 
vie d'un falunier. Elle décrit les instruments dont le barigou est le plus 
traditionnel. En lisant les Faluns de la Touraine » on ne peut s'empêcher 
de trouver excellente la méthode qui consiste à considérer l'étude des 
traditions locales comme faisant corps avec un travail historique et 
géologique. Jacques Rougé. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 41 5 

Lucy Achalme. — Le maître dû pain, roman en Auvergne. — Un 
volume in-16 carré. — Société d'éditions de Bouville et G le , 23, rue 
de Seine, Paris VI . — Prix 3 fr. 50. 

Ce roman, qui appartient au genre rustique et mérite d'y figurer en 
bonne place, retrace d'une façon pittoresque et observée la vie des com- 
munautés agricoles de l'Auvergne où tout était mis en commun entre les 
diverses branches d'une famille, pour accroître le bien et vivre à l'aise du 
produit du travail de tous. Les communautés, survivances du Moyen Age 
et peut-être même des clans celtiques de la Gaule, disparaissent. Une 
d'elle subsistait, celle des Bourgade, elle vivait en paix, malheureusement 
une locomobile batteuse survint. Dans cette association archaïque, elle 
introduisit le modernisme. Une des paysannes, Victorine, s'éprend du méca- 
nicien Paul, un ouvrier beau parleur. Elle quitte pour lui la ferme, va 
habiter la ville, et se trouve, après une jeunesse campagnarde sans souci, 
transplantée dans l'âpre vie des cités. La communauté, elle, s'est dissoute 
lentement en contact avec le Progrès mal compris; Victorine, malheureu- 
reuse, veuve, revient à la terre, redevient paysanne et l'association reprend, 
moins patriarcale cependant. Tel est le sujet de cette étude fort curieuse, 
d'une lecture agréable, où se choquent en un duel troublant les conceptions 
rurales antiques et les tendances modernes. Bien que ce roman ne soit pas 
à proprement parler un livre à thèse, il s'en dégage, par l'enchaînement 
des faits, l'impression fort juste que la vie des paysans est, à tous les 
points de vue, plus heureuse que celle des ouvriers des villes, et la mo- 
rale du Maître du pain, qui aurait pu avoir comme sous-titre « Le Retour 
à la terre » est que : si ceux qui ont abandonné la charrue avaient le cou- 
rage de revenir au pays, ils y trouveraient, comme Victorine, un bonheur 
paisible. 

P. Y. SÉBILLOT. 

Hugues Lapaire. — Le Pays Berrichon. — Bibliothèque régionaliste, 
Paris, Bloud et G ,c , un volume illustré de 118 p. 

C'est une œuvre nouvelle d'un chantre passionné de la terre berrichone 
Hugues Lapaire. Cette curieuse monographie d'une lecture attrayante et 
facile nous décrit le charme du vieux Berry, ce qu'il contient encore de 
pittoresque et les tentatives faites pour maintenir la Tradition « cette 
fille rustique qui porte à son corsage les fleurs de son terroir et épinglée 
à sa coiffe la cocarde tricolore » comme dit heureusement l'auteur. 
Il nous dépeint tour à tour les pèlerinages de Sainte-Solange et de Vau- 
douan, les cultes plus discrets, comme celui de Saint- Vif, et le charme des 
veillées, des « charibaudes » où les femmes viennent, avec leurs « calinet- 
tes » blanches. Quelques mots patois, comme ceux que je cite, émaillent le 
texte français et dégagent cette saveur expressive et rustique des vieux 
parlers de la Gaule. M. Hugues Lapaire nous décrit ainsi la fête locale 
restaurée par sen compatriote Jean Bafïier et évoque les souvenirs de 
George Sand, d'Emile Deschamps et de Rollinat. 

C'est un rapide coup d'œil d'ensemble sur le Berry fidèlement retracé 
par un Berrichon qui aime et qui comprend sa terre natale. 

P. Y. SÉBILLOT. 



416 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

NOTEES ET ENQUÊTES 



+*+ Vèternuement : A Bruxelles, les jeunes filles qui éternuent échan- 
gent les propos suivants : 

A celle qui éternue, on dit : A vos amours ! celle-ci répond, soit : qu'elles 
durent toujours, ou soit : qu'elles viennent un jour, suivant le cas. 

(Com. de M. Alfred Harou). 



RÉPONSES 



*% Salut facétieux : 

Nous avons parlé, t. XXIII, p. 112, du salut facétieux d'Anvers et de 
M aes trient; ajoutons que, dans les milieux flamands de Bruxelles, ce salut 
n'est pas inconnu, seulement on y ajoute les mots : en de krsseiweg tôt huis 
la formule devient donc ainsi : Salut en de ksst, et de wint van achter, en 
de Kasseiweg tôt, huis. 

Bonjour, sois rassasié, paisses-iu avoir le vent derrière toi pour Ven retour- 
ner et une route qui te mène devant ta demeure. 

(Com. de M. Alfred Harou). 




Le Gérant : Fr. Simon 



Imp. Fr. Simon H^uoes-Paris (488906). 






RE VI I 



i 




HECUEIL IYTUOLI 

i. ORAI VPillfi IHVIHi 

\iti r ihi: 




II 



U.IKH 

ni* de Savoie 28. me BooaparU 



l*»U *r m ii«n»r« . ISl lr. I cinq 







SOMMAIRE 


















Tawlm A>AI YIlVi 



Adre&urr tout ce qui concerne la rôdnction et l admtnUtr* i P^al 

Séblltot, 80, boulevard Saint- Marcel V* 

La cotiMUon des eociéUiree docuant ctrolt 4 l'envoi gr»t > 
KHVUE «et fixée a 15 troncs par au (Franc* et V 

do rationnement, pour le* non sociétaire*. **t de 15 fronce par an peor 
Jiice et do 17 fronça pour i union poctate 






AVIS IMPORTANT 







JRÈVÛË 



DES 



TRADITIONS POPULAIRES 



23 e Année. — Tome XXIII. — N° 12. — Décembre 1908. 



DEUX CONTES POPULAIRES DES SLAVES DU NORD 



EN RAPPORT AVEC LE SUJET DE LA FARCE : MAITRE PATHELIN. 




onsieur Stanislas Prato, dans son essai de nou- 
vellistique comparée de la scène de l'avocat et 
du berger de la farce de Maître Pathelin (Revue 
des Trad. populaires, IX, n° 10) ne connaît que 
deux versions populaires du même sujet. Ce 
sont : Le prêtre qui n'a pas de chance, conte 
populaire de la Haute-Bretagne (M. Paul Sébil- 
lot : Littérature orale de la Haute-Bretagne, Paris, 
1881, p. 138-139), et le conte populaire des 
Slaves du Sud avec le titre : Le paysan, publié par M. Fridrich 
S. Krauss aux pages 10-13 de Y Annuaire des Traditions populaires, 
Paris 1888. 

Nous en trouvons encore deux, tous les deux des Slaves du Nord, 
qui ne sont pas moins intéressants. En publiant le conte des Slaves 
du sud, tiré de Bosaftska Vila, t. II, 1887, p. 284, M. Fr. S. Krauss 
croit que le thème du conte « a dû passer de France en Dalmatie par 
l'Italie et de là en Bosnie, à moins que, ce qui est plus vraisemblable, 
il n'ait été importé par les matelots italiens à Constantinople et par 
les Turcs ensuite chez les Slaves des Balkans. » Les deux autres contes 
slaves, l'un de la Russie, l'autre de la Pologne, indiqueraient des 
nouvelles routes du thème. 

Tandis que le conte populaire des Slaves du sud se rapproche de la 
scène de la farce de Maître Pathelin, le paysan répondant toujours 
devant le Kadi : Baer (en slave megj'ed=bêe), les doux contes du nord, 
au contraire, offrent une très frappante ressemblance avec l'épisode 

Tomb XXItl. - DÉCEUDKR 1908. 27 



428 &kVue Des tftAomoNs K>PtJLÀi&ES 

du conte haut-breton de M. Sébillot, la comédie : L' Arzigollo, de 
Grazzini, et le conte de L. Domenichi (cfr. Prato, 1. c, p. 550), parce 
que le paysan au lieu de se servir d'aucun mot, siffle au nez du juge. 



I 

Voici le conte de la Russie, publié par A, N. Afanàsjev, Narodnia 
ruskia skazki, 1. 1, Moscou 1897, éd. troisième, p. 413, n° 248 p. : 

Il vécut une fois un paysan, nommé Ivan; il avait une vache. Un 
jour il est allé chez les juifs pour la vendre et le même jour il Ta vendue 
à vingt juifs et a pris de chacun un rouble d'arrhes. Le lendemain les 
juifs viennent chez lui et leur foule remplissait la cour. — « Ivan, la 
vache où est-elle? » — « Elle est allée aux champs. » — « Va et fais la 
venir. » — « Et pourquoi donc? » — « Comment? Pourquoi? Hier tu 
me Tas vendue et tu as pris un rouble d'argent », dit un juif. — « A moi 
aussi il Ta vendue, à moi aussi », crièrent les autres juifs et ils faisaient 
du bruit dans tout le village. 

Ils saisirent Ivan et l'amenèrent chez monsieur le juge. Mais mon- 
sieur le juge avait un garçon extraordinaire. « J'ai pitié de toi, dit-il à 
Ivan; combien veux-tu me donner pour que je t'apprenne une chose 
utile et pour que je te tire d'affaire? » — « Apprends-le moi, brave 
homme, je ne regretterai pas dix roubles d'argent. » — « Alors, c'est 
compris. Mon maître te peut demander n'importe quoi, tu ne répon- 
dras que par un sifflement. » 

Monsieur le juge est venu et les juifs se plaignent que Ivan ait 
vendu une vache, qu'il ait pris vingt roubles, mais maintenant 
qu'il refuseet de livrer la vache et de payer la dette. — « Est-ce vrai », 
demande le juge à notre Ivan. Mais le mougik ne répond que par un 
sifflement. « Parle au moins? As-tu vendu la vache? » — Ivan continue 
dans son langage — il siffle tout bonnement. « C'est comme cela qu'il 
est depuis sa naissance, » explique le valet; « personne ne l'a entendu 
que siffler ». — « Vous êtes bien sots, vous venez accuser un muet. 
Allez-vous en ! » — Alors le juge a chassé les juifs. Ils partirent pour 
la maison. Le mougik s'en va, lui aussi. Le valet du juge l'attrape : 
« Ivan, donne-moi ce que tu as promis. » — Mais le mougik, selon sa 
raison — le conseil qui lui avait été donné, lui siffle au nez en s'éloi- 
gnant rapidement. 

II 

UneautreversionduconteaétépubliéeparM. Blazej PAwt.owicz:ÀïMra 
rysôw z jjycia ludu w Zalasowej (dans les Matériaux de l'Académie 



REVOË DÉS TRADITIONS POPULAIRES 4^9 

pour l'anthropologie, archéologie et V ethnographie, Cracovie, 1896, 
t. I, p. 261) : 

Un paysan avait une vache à vendre et l'annonça aux juifs. Les 
juifs vinrent pour Tacheter, mais ils n'étaient pas d'accord l'un avec 
l'autre. Le paysan vendit la vache à plusieurs juifs et destina un 
jour à tous pour prendre la vache, mais quoi — l'un l'arrache à l'autre, 
de telle façon qu'ils faillirent se battre. Us se querellèrent et inten- 
tèrent une action chez le juge contre le paysan. L'affaire s'était dérou- 
lée aux temps des juges (des « mandariusi »). 

Le juge fait venir le paysan devant le tribunal et lui ordonne de 
venir chez lui avant l'audience. Le paysan y vient et le juge lui dit : 
« Quand les juifs seront venus et t'accuseront, tu siffleras : fiuuu ! 
et tu montreras les montagnes avec la main. Moi, je dirai que tu es 
un fou, et je leur ordonnerai de partir. Mais tu me donneras vingt 
florins. » 

Le paysan retourne dans sa cabane. Le jour de l'audience venu, 
les juifs accusent le paysan d'être un poltron, un voleur et je ne sais 
pas quoi encore, mais le paysan ne fait que siffler et montre les mon- 
tagnes avec la main: Quand les juifs ont fini leur querelle, le juge 
fait cette conclusion : « Vous, juifs, sots, est-ce que nous ne voyez pas 
que cet homme est fou? Moi, je ne lui ferai rien, je ne l'arrêterai pas 
puisqu'il n'est pas permis de punir les fous ». Les juifs partirent et le 
juge dit au paysan: «Maintenant, donne-moi les vingt florins. Tu as vu 
que je t'ai évité l'arrestation ». — Mais le paysan siffle : fiuuu ! et mon- 
tre les montagnes avec la main. Le juge saisit le paysan par le cou et 
le jette par la porte. 

Otton Dubsk . 



TRADITIONS ET SUPERSTITIONS DE LA HAIJTE-BRETAGNE 

LXXXIII 

LES MURES 

Beaucoup de personnes ne veulent pas cueillir de mûres et des do- 
mestiques refusent de les faire cuire pour en faire de la confiture, 
parce que la couronne d'épines du Christ était faite avec des ronces. 

M me Jules Lambert. 




430 REVUE DES TRAblTIONS POPULAIRES 



LÉGENDES SUR L'ORIGINE DE L'HOMME 

a question de l'origine de l'homme a préoccupé à la 
fois les savants et les simples : on peut même noter 
comme un fait curieux que le besoin d'expliquer 
le pourquoi des choses se retrouve, avec une égale 
intensité, chez les très civilisés et chez les peu- 
plades dont la culture est la plus rudimentaire. 
Si la curiosité est la même, elle se produit d'une manière tout 
à fait différente : appuyés sur de nombreuses observations, comparant 
entre eux les faits puisés aux meilleures sources, les savants, après 
beaucoup de tâtonnements arrivent à formuler, sous une forme 
hypothétique, les conclusions qui leur semblent le moins blesser 
la raison. 

Les sauvages , les barbares, les demi-civilisés, et pour mieux dire 
tous les groupes qui sont encore à la période folklorique — celle où 
l'on admet avec une entière confiance, ou tout au moins sans trop 
d'incrédulité les explications légendaires — n'ont point de ces timi- 
dités quand ils racontent la création en général et celle de l'homme 
en particulier. Ils tiennent ces récits comme vrais, parce qu'ils leur ont 
été faits par les anciens ou par les prêtres. Quelle que soit la couleur 
ou la science de ceux-ci, sous toutes les latitudes, ils ont la même 
prétention à l'infaillibilité que les auteurs de la Genèse et des autres 
livres sacrés. 

Ainsi qu'on le verra, pourtant, beaucoup de ces explications sont 
des plus bizarres. 

§ 1. La Création de V homme. 

Les peuples partagent avec les individus, la tendance qui porte 
ceux-ci, même à des états de civilisation relativement avancée, à se 
dire ou à se croire issus d'aïeux illustres. Chez un assez grand nombre 
d'entre eux, les hommes, ou tout au moins ceux de la nation, ou en 
restreignant encore, « les classes dirigeantes », étaient fils des dieux 
ou avaient été produits par une parcelle détachée du corps même des 
divinités. 

Manou rapporte que Brahma produisit quatre genres d'hommes : 
la première espèce sortit de sa bouche (ce sont les brahmanes), de 
ses bras sortit le premier guerrier, le premier marchand de ses cuisses, 
et de son pied le premier artisan. Les Battak de Sumatra croyaient 
que toute la race humaine descendait des trois filles et des trois gar- 



REVUE DES. TRADITIONS POPULAIRES 431 

çons d'une divinité femelle, qui elle-même était la fille des trois dieux 
objet de la vénération des Battaks (1). 

A Tahiti, le premier homme fut engendré par les Eatouas; il était 
en naissant rond comme une boule; sa mère prit beaucoup de soin 
pour lui étendre les membres, et quand elle lui eut donné la forme 
actuelle, elle l'appela Eothe, qui veut dire fini (2). 

Une Cosmogonie chaldéenne raconte que, quand Bélus eut divisé 
les ténèbres en deux et séparé la terre du ciel, il commanda que sa 
propre tête fût coupée et qu'on en laissât couler le sang à terre: de là 
naquit l'homme doué de la raison. Dans une légende aztèque, les 
dieux arrosent de leur sang un ossement d'où sortent un garçon et une 
fille, D'après l'Edda, la chaleur atteignit les glaces, les fondit et forma 
les gouttes d'eau; la puissance de celui qui envoyait la chaleur leur 
donna la vie ; il en résulta une forme humaine qui fut nommée Ymer. 
Ymer s'ctant endormi, tomba en sueur; un homme et une femme 
poussèrent alors sous son bras gauche et ses deux pieds engendrèrent 
un fils (3). 

Suivant un mythe caraïbe, Luguo, le ciel, descendit sur la terre et 
les premiers hommes naquirent de son nombril et de sa cuisse, dans 
laquelle il avait fait une incision. 

A Vatea, îles Hervey, Vari-ma-te-kakere (celle qui est le vrai com- 
mencement) arracha un morceau de son côté droit et en fit le premier 
homme (4). D'après les Winnebagoes, le Grand-Esprit, s'ennuyant 
d'être seul, prit un morceau de son corps et un morceau de terre et 
en fit l'homme (5). 

Un assez grand nombre de mythes assignent le ciel comme patrie 
au premier homme. 

Les Karous croyaient que le premier de leur race était tombé du 
ciel dans un étang, et ils faisaient sans cesse des offrandes à cet étang 
et aux poissons qu'il contenait. 

D'après la légende malgache le premier homme et la première 
femme étaient tombés du ciel. 

Les Hurons disaient qu'ils venaient du ciel; Ataensic, sorte de 
femme divine, travaillant un jour dans un champ aperçut un ours 
et le poursuivit avec son chien; l'ours tomba dans un trou; Ataensic 



(1) Grimm, Deutsche Mytkology, ch. xx ; Maxwell, Aryan mythology, p. 8. 

(2) Lahahpk, Histoire générale des Voyages, t. XIX, p. 209. 

(3) Grimm., D. M., c. xx. — Lano, Custom. Myth. p. 20. Edda, trad. du Puget. 

(4) Grimm., D. Af., c. xx. W. Oili., Myths and songs from South Pacific, p. 3. 

(5) A. Lano., Myth., lit tuai, p. 187. 



432 REVUE DE8 TRADITIONS POPULAIRES 

se précipita dedans (de la terre du ciel) et elle tomba sur les eaux 
sans se blesser (1). 

Ces légendes d'hommes issus de parties de dieux, ou venant du 
ciel, permettaient aux chefs et aux tribus de s'enorgueillir d'une 
origine divine.On a vu par les exemples cités, qui sont loin d'être les 
seuls, qu'on les retrouve sous des latitudes assez variées pour permettre 
d'affirmer qu'elles ont été une conception des plus répandues. 

Suivant d'autres traditions, encore plus communes, les hommes 
avaient été l'ouvrage de divinités, supérieures ou secondaires, qu'on 
pourrait appeler les divinités statuaires. Cette idée, qui suppose chez 
ceux qui l'ont eue, la connaissance au mois rudimentaire de l'art 
de modeler, est peut-être moins ancienne que celle qui fait venir 
directement les hommes du ciel ou de parties de la divinité. 

Dans la Genèse, le dieu des juifs crée l'homme à son image avec le 
limon de la terre (ch. i, 27; ch. h, 7). Cette création n'est point parti- 
culière aux Hébreux, on la retrouve dans l'antiquité classique : Ovide 
(Métamorphoses, 1. I, f. 2), disait qu'on tient que Prométhée détrempa 
avec de l'eau quelque peu de la terre fraîchement formée, et que du 
limon qu'il en fit il forma un corps figuré sur le portrait des dieux. 
Sur le chemin qui conduisait à Panopée, on montra à Pausanias de 
grosses pierres couleur de boue; on disait qu'elles avaient une odeur 
de chair humaine, et pour cette raison, les gens du pays prétendaient 
que c'étaient les restes de la .boue qui avait servi à Prométhée pour 
former le genre humain (1. X, c. 4). 

Les deux légendes qui suivent, modernes relativement à la Bible, 
en sont vraisemblablement inspirées : 

D'après Khondemir,cité par d'Herbelot, Dieu commanda à Gabriel 
de prendre une poignée de terre de chacun des étages de la terre. La 
terre,effrayée de cette proposition, pria Gabriel de représenter à Dieu 
que cette créature se révolterait peut-être un jour contre lui. Dieu, 
irrité de cette opposition, envoya Azrael l'enlever de force, et c'est 
à cause de sa brutalité envers la terre qu'il est devenu l'Ange de la 
mort, chargé de séparer les âmes des corps. La terre pétrie par la 
main des anges, Dieu en forma le moule de sa propre main. Devenu 
sec, il fut visité par les anges. Eblis lui frappant sur le ventre et voyant 
qu'il était creux, dit qu'il aurait besoin de se remplir et serait sujet 
à plusieurs tentations. Dieu anima ce corps de boue, et commanda 
aux anges de se prosterner devant lui (2). 

(1) Walckenabr, Voyages en Afrique, t. IX, p. 52. Tour du monde, t. X, n. 211 ; 
Relations des Jésuite* de la Nouvelle France, 1636, p. 101. 

(2) Bibliothèque orientale. 



REVUS DES TRADITIONS POPULAIRES 433 

Une légende hébraïque raconte que quand Dieu créa l'homme, il 
prit de la terre aux quatre points cardinaux afin que l'homme en 
voyageant se trouvât partout sur le sol natal (1). ' < < 

Les paysans siciliens disent que Dieu fit deux modèles d'homme: 
l'un d'argile fine, vernie et dorée; l'autre d'argile commune; à la belle 
statue, il mit un diamant en guise de cervelle, un morceau de fer à la 
place du cœur; à l'autre un morceau de liège à la place de la moelle 
et une boule d'or au lieu du cœur; ensuite il donna la vie à la statue 
grossière; l'autre resta abandonnée; mais Lucifer, passant par le 
Paradis terrestre, vit l'autre et lui souffla la vie dans la bouche. Les 
riches descendent de la statue du diable, les pauvres de l'autre (2). 

Les Indiens de l'Amérique et les Polynésiens admettaient aussi 
l'hypothèse d'un dieu sculpteur : Suivant une ancienne légende 
.péruvienne, toute l'humanité, sauf un homme et une femme, ayant 
péri dans un déluge, le créateur modela en argile l'image des 
hommes de toutes les races, avec leurs habits nationaux et les 
anima. Le Popol Vuh, livre légendaire des Quiches, racontait que 
les Donneurs de la Vie firent des hommes en argile, mais qu'ils 
étaient faibles et aqueux et furent détruits par l'eau (3). 

Les Mandans considèrent la terre rouge, à cause de sa couleur, comme 
la matière même dont ils sont sortis. Ils prétendent que le Grand 
Esprit la leur a donnée exclusivement pour leurs calumets, qu'il 
leur a déclaré qu'elle était l'os de leurs os, la chair de leur chair (4). 

Les habitants du Méchoacan disaient que le dieu Tucopacha avait 
créé avec de la terre un homme et une femme qui, étant allés se 
baigner, perdirent leur forme que Dieu leur rendit avec un mélange 
de. différents métaux (5). 

À la Nouvelle-Zélande, Tiki prit de l'argile rouge, la pétrit avec 
son propre sang, puis forma les yeux et les membres; suivant une autre 
légende, il modela l'homme avec de l'argile mêlée à l'eau ocréacée des 
marais (6); à Fidji le dieu Quat se servit aussi de l'argile rouge de la 
rivière (7). 

D'après les Indiens Miwok, lorsque le coyote eut fait tout l'univers 
et les créatures inférieures, il les convoqua en assemblée pour déli- 



• 1) MARMiBft, Coules populaires de différents pays, t. I, p. 316. 

[2) Cïuastblla, Le Parita, Ragusa, 1884, io-12, p. 19. 

(3) Lakg, Mt/lh., Bitual, p. 209, 98. 

(i) Catlin, Vie chez les Indiens, p. 166. 

(5) Lrsso*, Les Polynésiens, t. I, p. 150, t. Il, p. 218. 

(6) Taylor, New Zealand. p. 115 sq. 

(7) Journal of Anth. Imt. t. X, p. 274. 



434 REVU fi DBS. TRADITIONS POPULMHE* 

bérer au sujet de la création de l'homme. Chacun des animaux ayant 
parlé à son tour, à commencer par le lion, voulut créer l'homme à son 
image. Quand vint le tour du coyote, il déclara que. tout cela était 
insensé, et qu'il fallait emprunter un trait à chacun des animaux qui, 
chacun, possédaient quelque particularité bonne à prendre : que la 
voix du lion avait du bon, que les pieds de Tours lui permettaient 
de se tenir debout, etc. L'assemblée ne put s'accorder, et chaque 
animal prenant un peu de terre se mit à la modeler à son image. Seul 
le coyote commença à modeler le modèle qu'il avait décrit; la nuit 
tomba et les autres animaux s'endormirent; mais le coyote travailla 
toute la nuit à sa statue, et jeta de l'eau sur celles des autres. Au matin 
il avait de bonne heure achevé son ouvrage, et il lui donna la vie. C'est 
ainsi que l'homme fut créé par le coyote (1). Sur les bords du golfe de 
Californie, les Papagos racontent que le Grand Esprit fit leur héros 
avec de l'argile à potier; les Pimas, leurs voisins, que l'homme fut fait 
par la Terre-prophète avec de l'argile pétrie avec de la sueur (2). 

Une légende de l'archipel indien raconte qu'un forgeron avait créé 
l'homme avec de l'acier et du cuivre rouge. Pour le forger, il se servait 
de son genou comme enclume, ses doigts étaient ses tenailles, et il 
durcissait le fer avec sa salive empoisonnée (3). 

Pund-jel, divinité des aborigènes au nord de Victoria, modela en 
argile deux figures d'hommes et se mit à danser autour; il leur fît 
des cheveux avec de l'écorce, et se mit encore à danser; puis il se cou- 
cha sur eux et leur soufila son soufïle dans la bouche, le nez et le nom- 
bril ; il dansa une troisième fois, et ils se levèrent pareils à des jeunes 
gens à tout leur développement^). D'après Ellis, Taaroa forma l'homme 
avec de la terre rouge, qui servit d'aliment jusqu'à l'apparition de 
l'arbre à pain (5). 

Suivant la légende des Indiens Maidu, Ko-do-yam-peh, le faiseur 
de monde dit qu'il voulait faire un homme, Hel'-lo-kai-eh, le diable, 
paria qu'il ne le pourrait et le défia de le faire. Ko-do-yam-peh prit- 
deux petits bâtons jaunes et polis, les mit dans son lit le soir, et dit 
que pendant la nuit, ils deviendraient un homme et une femme. Le 
matin en effet, l'homme et la femme étaient créés (6). 



(i) Folk-lore Record, t. V, p. 137-0. 

(2) A. La™, Myth., H i tuai p. 190. 

(3) L. dp. Hacker, L'Archipel indien, p. 24. 
('0 A. Laîio, Myth., Rilual, p. 170. 

•5) D'Urvii.lr, Voyage de l'Astrolabe, t. II, p. ii. 
(6) Folk-lure Record, t. V, p. 119. 



RBVUB DBS TRADITIONS POPULAIRES 43b 



A Fiji, le pluvier ayant pondu deux œufs dans un nid, le grand dieu 
Ndengei eut l'idée de les couver lui-même,*et son incubation donna 
naissance à un garçon et à une fille (1). 

Les Bassoutos racontaient qu'un monstre énorme dévora tout, hors 
une femme qui se cacha et eut un fils. Celui-ci devint grand tout 
d'un coup, et alla pour combattre le monstre; celui-ci l'avala, mais 
le petit héros déchira les entrailles du monstre et perça dans son flanc 
une ouverture par laquelle sortirent toutes les nations de la terre (2). 

Suivant une légende berbère un géant venu du pays où naît le 
soleil aurait apporté sur ses épaules les rochers et les montagnes du 
Djujura; arrivé au delà de l'Ouled Sahel, il s'affaissa de fatigue et le 
poids énorme l'étouffa. C'est la fermentation du géant écrasé sous le*; 
monts de Kabylie qui aurait fait naître les tribus de la contrée (3). 

Les Banians disaient que Dieu ordonna à la terre de produire 
l'homme et qu'il lui inspira la vie en soufflant dessus (4). 



Dans toutes ces légendes l'origine des hommes remonte jusqu'aux 
dieux qui sont leurs pères ou tout au moins leur créateurs. Un autre 
ordre de traditions, qu'on rencontre surtout chez les races portées 
au totémisme, substitue les animaux aux dieux anthropomorphes. 

Les Chipiouyans croient qua l'oiseau créateur de la terre en fit 
sortir tous les êtres, à l'exception des Chipiouyans qui naquirent d'un 
chien (5). 

Les sauvages des bords du Mississipi disaient qu'en l'absence de 
Michapous les animaux se firent la guerre et que Michapous de leurs 
cadavres forma les hommes. Les habitants d'Amboine étaient persua- 
dés qu'ils devaient leur origine à un crocodile, d'autres à un serpent. 
On sait que les Scythes se croyaient le produit d'un monstre demi- 
femme, demi-serpent (6). Au Mexique Cihuotcoalt, la mère du genre 
humain est aussi une femme serpent (7). 

(1) Lesbo.n, t. II, p. 406. à 

(2) Casalis, Les Bassoutos, p. 363. 

(3) Reclus, Géographie, t. XXV, p. 428. 

(4) Dorville, Histoire de différents peuples du monde, Paris, 1772, in-8, t. II, 
p. 129. 

(5) Mackbnzie, Voyaye dans l'intérieur de V Amérique septentrionale fait en 1780» 
1792 et 1793, trad. française, h.ris, 1802, in-8, t I, p. 278. 

(6) Dorvh.lb, t. V, p. 410, 332. 

(7) Girard de Riallb, Mythologie comparée, p. 97. 



436 REVUE DE8 TRADITIONS POPULAIRES 

Les sauvages de l'archipel indien racontaient qu'ils descendaient 
de deux singes blancs, qui eurent des petits, et que leurs descendants 
en se perfectionnant devinrent des hommes (1). 

Du temps de Pausanias, on montrait en Béotie le champ où Cadmus 
tua, sur les bords d'une fontaine, ce dragon dont les dents semées 
sur la surface de la terre produisirent autant d'hommes (1. IX, c. X). 

Les Dayaks racontaient que les poignards créés par les dieux étant 
devenus des sujets de dispute s'animèrent, de même que certaines 
fascines et s'enfuirent. De là sont issus les Dayaks (2). 

Dans YOdyssée, ch. XIX, il est fait allusion à une autre croyance, 
d'après laquelle les hommes descendaient d'objets inanimés : 
mon hôte, fais-moi connaître ta famille et ta patrie, car tu ne sors 
point du chêne ni du rocher dont parlent les anciens contes. 

D'après les naturels de Java, les hommes étaient sortis de la 
mousse qui croît sur les rochers (3). 

Les Mariannais racontaient que le premier homme avait été formé 
d'une pierre du rocher de Fauna ou Fougna,et ils montraient le rocher 
qui passait pour avoir donné naissance à l'humanité au moyen de ses 
éclats; les Zoulous, qu'Unkulunkulu les avait tirés de la pierre (4). 

D'après Eggede le premier Groenlandais rendit féconde une motte 
de terre, qui donna naissance à une femme ; c'est d'eux que sont sortis 
tous les Groenlandais. Ils disent que la première femme groenlan- 
daise accoucha de quelques enfants et de quelques petits chiens et 
qu'elle mit ces derniers dans un vieux soulier et les jeta à la mer en 
disant : Allez-vous-en et qu'il sorte de vous des Kablunoet (Danois). 
C'est à cause de cela que les Kablunoet vivent continuellement sur 
mer et que leurs vaisseaux sont faits comme les souliers des Groen- 
landais, ronds par devant et par derrière (5). 

Les Amakoua des environs du cap Delgado racontent qu'au com- 
mencement le bon Dieu fit deux trous dans la terre : de l'un sortit 
un homme et de l'autre une femme, puis il fit deux autres trous d'où 
sortirent un singe et une guenon, auxquels il assigna pour séjour la 
forêt et les lieux stériles. A l'homme et à la femme, Dieu donna 
la terre cultivable, une pioche, une marmite, une assiette 
et du millet* et leur dit de piocher la terre, d'y semer du millet 
et de se construire une maison. Ils ne firent rien de tout 
cela. Dieu donna les mêmes outils au singe et à la guenon. Ceux-ci 

(1) L. de Backbr, p. 41. 

(2) L. de Backbr. p. 43. 

(3) L. dbBackrr. p. 323. 

(4) Ribkzi, ÏOcéanie, t. I, p. 389. Girard db Riallb, p. 18. 

(5) Histoire naturelle du Groenland, p. 149- 150. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 437 

piochent, plantent, se bâtissent une maison, cuisent et mangent le 
millet, nettoient et rangent l'assiette. Alors Dieu fut content.il coupa 
la queue au singe et l'attacha à l'homme et à la femme, puis il dit aux 
premiers : Soyez hommes, et aux seconds : Soyez singes (1) . 

Suivant une légende indienne Sacaïbou creuse un puits, et attache 
une corde d'après le conseil de Raiiou, il descend le long de la corde 
et voit un peuple nombreux qui était dans les entrailles de la terre, 
les premiers qui montèrent étaient musculeux ; mais la corde cassa 
et la multitude retomba; c'est pourquoi il y a tant de gens laids (2), 

D'après les traditions des Esquimaux, le premier de leur race naquit 
de la terre, et le premier homme Kallak créa la première femme 
d'une motte de gazon (3). 

Ovide, 1. I, f. 2, rapporte la tradition courante de l'antiquité, 
d'après laquelle les hommes avaient été produits par la terre encore 
humide, échauffée par les rayons du soleil, tradition adoptée par les 
Rhodiens, les Cretois, les Athéniens; ceux-ci, dit Lucien Y Incrédule, 
faisaient pousser les premiers hommes du sol de l'Attique, absolument 
comme des légumes. La légende berbère assignait la même origine 
aux hommes de Djurjura(4). Cette espèce de génération spontanée 
est du reste assez commune : à la Côte d'Or, l'homme est sorti des 
cavernes et des fossés; à Haïti, d'après un ancien chant, de deux 
cavernes de Vie; chez les Bassoutos des entrailles de la terre par un 
trou qui débouchait dans un souterrain (5). 

La légende fait sortir Aschanes, le premier roi des Saxons, des 
rochers du Harz, et il semble que les Saxons, eux-mêmes tirent leur 
nom de sachs (saxum, rocher) (6). 

En Australie, il y a des noirs qui disent que, comme dans la légende 
Phrygienne qu'on trouve dans Pindare, le soleil, sema des hommes 
qui crurent comme des arbres (7). 

Une tradition constatée dans YOdyssèe, et à laquelle Juvénal fait 
allusion dans sa satire VI, rapportait que les hommes étaient nés 
des arbres. Dans l'Edda de Snorre Turleson, l'homme et la femme 
sont faits de deux arbres trouvés sur le bord de la mer, auxquels les 
trois fils de Boerr donnèrent la vie,le visage,la parole,l'ouïc et la vue(8). 

(1) Froberviu.b dans Bull, de la S. de Géograpk., 1847, p. 39. 
(2; Mbllo-Mohaes, Poèmes de l'rsclavage, p. 70. 
(3) Risk, Taies of Eskimos, p. 38. 
(41 Reclus, t. XIV, p. 443. 

(5) Bossmaw, Guinea, p. 122 : Dorville, t. V, p. 18 ; Casalis, p. 254 

(6) Grimm, B. A/., c. xx. Mylh., Rituul, p. 170. 
fr7> A. Lapiq, I. c. 

(8) La.io, I. c 



438 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

On a retrouvé plusieurs fois cette conception, en dehors de l'Europe, 
principalement chez les Américains et chez les Malais (1). 

Les Indiens Yuracarès, qui habitent l'Amérique méridionale, 
disaient que leur héros Tiri avait fait sortir d'un arbre les nations 
des Yuracarès et qu'il le referma quand il vit la terre assez peuplée. 
Les Herrero, tribu africaine, disent que l'homme est sorti d'un arbre. 
Suivant la légende Quiche, les donneurs de la vie, après avoir fait des 
hommes en argile, firent les hommes en bois et les femmes avec la 
moelle des arbres, puis d'autres avec du maïs blanc et du maïs jaune, 
qui devinrent les pères de l'humanité actuelle (2). 

Les Dayaks racontaient que le Dieu du tonnerre créa un homme et 
fit sortir d'un arbre, un œuf qui renfermait une femme ; c'est de ce 
couple qu'ils sont issus (3). 

Quand les îles Mantawe servaient seulement de demeure aux mau- 
vais esprits, l'un d'eux pécha un bambou hermétiquement fermé : il 
l'ouvrit et il en sortit quatre petites formes humaines qui, exposées 
à la lumière du jour, devinrent aussitôt de la stature ordinaire des 
hommes (4). D'après Marsden, les Tagals étaient nés d'un bambou ; 
aux Célèbes Dewata Pitutu mit son fils dans un bambou entouré de 
drap et l'envoya sur terre au milieu d'un orage épouvantable. 

Leshabitantsd'Amboinese persuadaient qu'ils devaient leur origine 
à un tronc d'arbre ; d'anciens rois du pays reconnaissaient des coco- 
tiers pour leurs ancêtres (5). 

D'après la légende des Ashochimi, lorsque le déluge eut détruit tous 
les êtres vivants à l'excepiion du coyote, celui-ci, pour repeupler la 
terre, planta une plume à. chacun des endroits où il y avait eu un 
wigwam avant le déluge, et mit du fumier tout autour ; les plumes 
poussèrent, prirent des racines, eurent des feuilles et à la fin se 
changèrent en homme et en femme (G). 

Chez les Aleuts de la Guyane, ungiand vieillard, comme Deucalion, 
et comme dans le mythe Macusi, rit des hommes en jetant des pierres 
par dessus ses épaules (7). 

Chez les Boschimans, Cagn frappa les serpents de son bâton, tout 
comme Zeus pour les fourmis d'Egine (8). 

(1) D'Orbiony, r Homme américain^ t. I, p. 364. Lang, p. 198. 

(2) Girard de Rialle, p. 200. 

(3) L. db Bâcker. p. 44. 

(4) Maxwell, Aryan Myiholoçiy % p. 17. 

(5) Dorville, p. 332. 

(6) Folklore R<côrd, V, p. 111. 

(7) Lano, p. U et 15. 

(8) A. Lang, La Mythologie, p. 25. • 



fcËVUË t>BS tRAlMÎIOfoS ÊOPtJLAlàÈS 43§ 

M. Lan g dit avec justesse que les théories australiennes sur la 
création n'excluent en aucune manière l'hypothèse de révolution. 

Suivant le récit d'un chef des Diggers, tribu indienne assez barbare 
de la Californie, les premiers Indiens étaient des coyotes, et lorsque 
l'un mourait, son corps se remplissait de petits animaux ou esprits, qui 
prenaient diverses apparences ; mais comme certainb d'entre eux 
montraient une certaine tendance à s'enfuir dans la lune, les Indiens 
se mirent à enterrer leurs morts. Alors les Indiens commencèrent à 
prendre l'apparence d'hommes ; mais la transformation fut lente ; ils 
marchèrent d abord sur leurs quatre pieds, et il commença à se déve- 
lopper chez eux un attribut humain isolé, un doigt, un orteil, un œil, 
comme chez les Ascidiens, nos premiers parents au point de vue de la 
science moderne. Puis ils doublèrent leurs organes, prirent l'habitude 
de se tenir debout et perdirent leurs queues, qu'ils regrettèrent, les 
regardant en quelque sorte comme un ornement (1). 

D'après une tradition fidjienne, le dieu Quat créa l'homme et les 
animaux ; l'homme était d'abord fait comme les cochons ; mais les 
frères du dieu lui ayant dit que ses créations étaient monotones, il fil 
le cochon marcher à quatre pattes (2). 

Feu M. Le Calvez avait recueilli dans le pays de Tréguier une légen- 
de qui présente une certaine ressemblance avec celle qui précède. 
Autrefois l'homme allait, comme les autres animaux, à quatre pattes ; 
il vivait dans les forêts et grattait la terre avec ses ongles pour y trou* 
ver sa nourriture. Il ne commença à se tenir debout sur ses deux pieds 
que lorsqu'il se mit à cultiver la terre. A cette époque, l'homme 
avait aussi une queue, et il grimpait aux arbres comme les chats. Si 
l'homme cessait de travailler la terre et de se faire aider par les 
animaux auxquels il commande, il recommencerait à marcher à 
quatre pattes, et serait encore plus malheureux qu'à l'origine. Alors 
les animaux seraient ses maîtres ; le sourd (salamandre) se planterait 
sur la queue au milieu de son front et lui mangerait les oreilles de 
chaque côté ; la taupe lui prendrait ses yeux et il ne verrait plus. Il 
deviendrait l'être le plus horrible et le plus malheureux de la terre, et 
il finirait par être complètement détruit par les animaux dont il est 
maintenant le maître. 

Paul SÉBILLOT. 



(1) Lakg, Myth., Ritual, p. 118-186. 

(2) Journal of Anthropological Irutituie, t. X, p. 274. 




44Ô RKVUÊ DES ÎRADlfiONS POPULAIRES 



L'ÉVOLUTION DU COSTUME 

III 
région de langonnet (Morbihan). 

^jyr usqu'en 1830, le costume breton n'avait pas changé, 
sauf au point de vue de la couleur, qui était rouge écar- 
late dans le costume féminin de gala, qui se portait aux 
noces et dans les grands pardons. Vers 18i8, on com- 
mença à prendre le pantalon long et une sorte de veste 
forme sac au lieu de la gracieuse chupen plissée. Toute- 
fois, ce n'est qu'à partir de 1860 que la grande trans- 
formation se produisit. Aujourd'hui, vous ne voyez que les vieil- 
lards ou les hommes d'âge mûr qui portent le costume de petite 
tenue. En revanche, la femme a conservé son costume à peu près 
intact, sauf la grande coiffe en dentelle qui tend à disparaître, ainsi 
que la belle passementerie qui en faisait l'ornement. 

Voici la description d'un costume de jeune mariée porté en 1846 
par une riche héritière, Marie Cadic, qui épousa M. Joseph Le Bour- 
sicot, de Kerfraval, en Langonnet, et dont le gendre, M. Trouboul, 
fut maire de cette commune : 

Bonnet en mousseline blanche garnie de dentelle, large ruban en 
soie roulé avec soin sur le bonnet de façon à laisser visible la dentelle : 
un petit carton est placé derrière le chignon de façon que le ruban 
soit régulièrement échelonné. 

§^La grande coiffe dentelée (koef bras dantel) est en mousseline claire 
garnie d'une large dentelle; le fond en toile, plissé menu, est rendu 
roide par l'empois : l'artiste repasseuse va transformer la coiffe en une 
sorte de papillon. La dentelle du devant est repliée entièrement avec 
des herbes sèches placées dans les plis; au bas de l'oreille, les deux 
ailes sont relevées. Quant au fond, qui est un petit carré arrondi, 
l'habilleuse le fixe sur la tête avec une épingle invisible. La dentelle 
papillonne toute la journée pendant les gavottes, à moins que la mé- 
chante pluie ne la détrempe. 

IV 

GENESTEN. 

Corsage en drap rouge, orné de ruban en velours rouge et de belle 
passementerie ainsi que les parements; sur le devant, deux rangs 
de boutons ronds piqués d'or : ce corsage se boutonne jusqu'au creux 



tlEVUE fcfiS TRADITIONS POPULAlttES 441 

de l'estomac. Par dessous, un corset (korken) rouge sans manches 
garni de ruban rouge brodé à l'aiguille, une jupe rouge {broz) plissée 
en s'élargissanit jusqu'au bas (mode qui n'existe plus), garnie de 
bords en or et argent séparés par six liserés de velours, que l'on appelle 
preinhon, de couleurs différentes. Tablier en soierie de Lyon à fleurs 
couleur arc-en-ciel. Même garniture que la robe dans le bas. La 
bavette ornée de passementerie .pas très grande fixée avec deux épin- 
gles en or au corset, une lame de velours fixée sur les épaules, lame 
sur laquelle est cousu d'autre velours orné d'abeilles en or et argent 
et de petits ronds appelés lierdaou qui tombent en lame jusqu'à la 
taille. Sur le cou, un velours rouge sur lequel on pose un crucifix en or 
et un cœur en or, la croix pendante sur la bavette, le cœur à hauteur 
des seins, un col en dentelle attaché avec une épingle en or, un jupon 
de laine blanche ou coton (selon la saison) tricoté à jour, des bas à 
jour, des souliers découverts à ruban ou cocarde en soie. 

Tel était le costume porté par la paysanne de qualité dans les 
communes suivantes : Langonnet et Plouray (du canton de Gourin), 
toutes les communes du canton de Guémené, certaines communes 
du canton de Cléguérec, entre autres Silfiac et Séglien, les communes 
du canton du Faouët, sauf Guiscriff et Lanvénégen, qui portent 
le costume de Quimperlé. 

Il y a d'ailleurs une réserve à faire en ce qui concerne l'artisane de 
la ville du Faouët, qui porte un costume bâtard, la mode galloise qu'il 
ne faut pas confondre avec celle- du pays gatto. Galloise est le nom 
breton de la sabotière. 

La galloise de la ville du Faouët a la robe cousue à son corsage, 
un petit châle autour du cou; par dessus, un autre châle en laine 
plus ample attaché sur le devant. L'extrémité de ce châle est couverte 
par un tablier et sa bavette. Comme coiffure, la galloise porte le tête- 
dechin serré sur la tête avec un lacet; sa forme est un peu pointue. 
Les jeunes filles du Faouët qui sont gracieuses s'efforcent de donner 
à leur costume une certaine allure coquette. En tenue de grande 
cérémonie, elles portent le châle en soie, le tablier et la robe garnie 
d'un large velours et le bonnet en dentelle ou têtedechin : elles ont des 
boucles d'oreilles, alors que les paysannes n'en mettent jamais. 

J'ai déjà dit que le costume ne s'est guère modifié, sauf au point de 
vue de la couleur. J'ajoute que la grande coiffe en dentelle a disparu 
à peu près des communes du Faouët et de Langonnet qui ont adopté 
l'affreuse jobeline et une petite coiffe en dentelle roulée sur la tête qui 
vient de Guiscriff ou Lanvénégen, mais les femmes des autres com- 
munes sont restées fidèles à l'ancienne mode. 



442 rtKVUE DES TRADITIONS ÊOPtJLAlRES 

Le costume masculin, lui, a subi de profondes modifications. 
Jusqu'au milieu du- troisième empire, le jeune homme de la région 
de Langonnet portait le costume suivant : 

Bragou ber (culotte courte) collante, à braguette en étoffe noire 
ornée de dentelle en fil blanc de chaque côté; au dessous du genou, 
des guêtres de la môme étoffe échancrée jusqu'au milieu de la jambe, 
petits boutons ronds en or boutonnés en dehors : ayant la même den- 
telle que la culotte, ces guêtres s'arrêtaient à la cheville, laissant voir 
des bas tricotés à jour, des souliers découverts avec boucle en argent. 
Ces guêtres étaient attachées au-dessus de la culotte par des lacets 
tressés en soie de quatre couleurs différentes. Quant au gilet, il était 
noir avec deux rangs de boutons en argent très rapprochés se bou- 
tonnant jusqu'au milieu de l'estomac, et le haut était garni de ruban 
noir et de velours. Un gilet en tricot à jour recouvrait la chemise; 
le col droit était finement piqué. Il y avait deux vestes, ar chupen ru 
(la veste rouge) et ar chupen du kognet, c'est-à-dire la veste noire 
plissée jusqu'au bas des reins qu'elle ne devait pas dépasser. La veste 
rouge en dessous dépassait la noire d'un centimètre en laissant voir 
l'étoffe rouge. Ces vestes étaient entourées d'un ruban noir depuis 
le col jusqu'au bas des poches qui étaient en dedans avec des broderies 
à l'aiguille en soie bleue et verte : un liseré de velours noir entourait 
ces vestes sur le devant, y compris le col. A signaler un chapeau à 
larges bords, un grand velours noir passé dans une boucle en argent. 
Une ceinture en bufïleterie, large comme la main, entourait la taille; 
elle était passée dans une boucle en cuivre doré ; l'extrémité de la 
ceinture qui s'introduisait dans une plaque coulisse, de la même lar- 
geur que la ceinture, était en forme de tête de serpent (en cuivre doré, 
ciselé). Lors de sa visite à l'exposition de 1900, l'ancien maire Trou- 
boul portait ce costume avec beaucoup de distinction. 

Ce costume élégant a' disparu à peu près complètement. On ne 
voit guère que les vieilles gens qui le portent. 

C'est le Guémené qui a commencé par porter le pantalon long à pont, 
la veste forme sac garnie de velours (un rang de boutons de chaque 
côté). 

Langonnet a adopté la veste gourinoise (les poches en dehors), le 
chapeau à bords moins larges et le velours entièrement roulé sur le 
chapeau au lieu de pendre sur le dos. Job Le Ny. 



BEVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES- 4tô 



FOLK-LORE DU LIMBOURG HOLLANDAIS 
XVIII 

LA FAUNE 

La chauve-souris. 

A la vue des chauves-souris, les enfants chantent : ■ 

Plaaijermuis, 

Komt in mijn huis 

Ik zal u'een bedje maken, 

Tusschen twe bonten lakens, 

Tusschen twee bonten kussens; 

Daarzultugoedopzustenl 

Chauve-souris 1 

Venez dans ma maison, 

Je vous préparerai un petit lit, 

(où vous reposerez) entre deux draps de lit de couleur, 

Entre deux oreillers de couleur; 

Là-dessus vous vous reposerez bien (1). 

(Sainte-Gertrude.) 
Les cigognes. 

Les enfants lorsqu'ils aperçoivent des vols de cigogne, chantent : 

Ooijevaar, lepelaar, takkendiefl 

Deooijevaar heeft de kindertjes lief. 

Cigogne, marchande de cuillers, voleuse de branchages; 

La cigogne aime les petits enfants. 

(Sainte-Gertrude.) 

Explication. — La cigogne a un grand bec, qui ressemble à deux 
cuillers, elle vole des branchages pour construire son nid et apporte 
les petits enfants à ceux qui en demandent. 

Les nids d'oiseaux. 

Lorsque les enfants vont dénicher les oiseaux, ils détournent la tête 
du nid, parce que la mère-oiseau sentirait leur haleine et ne retourne- 
rait plus au nid. (Sainte-Gertrude.) 

De même lorsqu'on va examiner un nid de lapins domestiques, 
on détourne le visage pour la même raison. (Id.) 

(1) Cette formule avait été rapportée incomplètement p. 361. 

Toni XXUI. — Décembre 1908, 28 



444 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Le Chai. 

Si vous tuez votre chat nous ne parviendrez plus à en garder un 
autre, si vous n'employez'pas le moyen suivant : 

Si vous voulez garder un nouveau chat, il faut Y acheter, c'est-à-dire 
le payer avec de l'argent et non le recevoir gratuitement. 

(Neerœteren.) 
! Ne coupez jamais les moustaches de votre chat, sinon il ne pren- 
drait plus de souris. (Sainte-Gertrude.) 

Le Porc. 

A Heer (Limbourg hollandais) les paysans vont faire bénir à l'autel 
de saint Antoine du pain et rapportent de l'eau bénite de l'église, 
qu'ils font manger et boire à leurs porcs. Cela les préserve de maladie. 

Alfred Harou. 



LES BOHÉMIENS 



Dans les Côtes -du-Nord, on dit que parler aux Romanichels porte 
malheur, et qu'ils ont les cheveux régelins; c'est-à-dire qu'ils sont 
rongés par les poux. Lucie de V. H. 







REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



445 



MYTHOLOGIE ET FOLK-LORE DE L'ENFANCE 




LXXXIV 
l'enfant a sa naissance (Hollande) 

Es que la mère est délivrée, on remet l'en- 
fant entre les mains de sa grand'mère 
ou de quelque autre proche parente, qui 
récompense cette attention par un pré- 
sent. Ensuite, les femmes présentes 
examinent attentivement si la couche 
a été bien faite et sans accident. 
Lorsque l'enfant a été emmailloté, 
la sage-femme le donne au père, qui 
lui fait également un présent, et montre 
à l'assemblée le nouveau-né, qu'il porte 
ensuite au lit de la mère, où les deux époux lui donnent conjointe- 
ment leur bénédiction. Cet acte de piété accompli, on fait entrer dans 
la chambre les autres enfants de la famille , s'il y en a, pour leur pré- 
senter leur nouveau frère ou leur nouvelle sœur; et sur la demande 
ordinaire qu'ils font, d'où leur vient cette sœur ou ce frère, on leur 
répond que la mère a été le prendre sous un chou de quelque jardin 
potager ou qu'elle a été le chercher avec un bateau. 

Lorsque l'intérieur de la maison se trouve un peu rangée le père 
du nouveau-né en fait savoir la naissance aux parents, aux amis et * 
aux voisins qui, pendant neuf jours, ne manquent pas de s'informer 
de la santé de la mère et de l'enfant. Durant ce temps, on a soin de 
faire envelopper la sonnette ou le marteau de la porte, afin de prévenir 
le moindre bruit qui pourrait troubler le repos de l'accouchée. 

Dans certains endroits de la Hollande, on attache aux portes des 
maisons où il y a une femme en couches, une petite planche couverte 
d'une pièce d'étoffe de soie, couleur de rose, par dessus laquelle il y a 
une dentelle plissée aux quatre coins en forme d'éventail. On place 
sous cette dentelle un morceau de papier blanc, qui couvre à peu près 
la moitié de cette planche. Ce papier, qu'on peut ôter à volonté, y reste 
quand le nouveau-né est une fille; mais, si c'est un garçon, on le retire 
de dessous la dentelle pour laisser voir, en entier, l'étoffe couleur de 
rose. Chez les pauvres, on se contente d'envelopper d'un ruban blanc 
le loquet de la porte. (Aug. Wahlen. Mœurs, usages et costumes de tous 
les peuples du monde. Europe, Bruxelles, 1844, p. 237.) . 



446 REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES 

LXXXV . 

POUR FAIRE DORMIR LES ENFANTS 

Une pomme de sommeil (Slaepappel), espèce d'excroissance moussue 
sur les rosiers sauvages, mise sous l'oreiller des enfants les fait bien 
dormir. (Coremans, L'année de VAnc. Belgique, dans le Bull. com. roy. 
d'Hist., VII, p. 149.) 

LXXXVI 

POUR FAIRE MARCHER LES ENFANTS 

Un enfant qui n'apprend pas à marcher doit ramper le vendredi 
sous l'arbuste qui porte des baies de ronce, enraciné aux deux bouts; 
mais,, pendant qu'il le fait, il ne faut pas babiller. (Superst. luxembour- 
geoise, Coremans, 1. c, VII, p. 73). 

LXXXVII 

POUR FACILITER LA DENTITION 

On met à l'enfant qui fait ses dents un collier formé d'un cordonnet 
de soie rouge dans lequel sont enfilées des perles d'ambre, de corail 
ou d'ivoire ou des graines de pivoine (peu d'sin Djèrô) qui ont trempé 
pendant vingt-quatre heures dans de l'eau bénite. L'aiguille servant 
à enfiler les graines de pivoine doit être neuve. (Bull, de folkl., C. Po- 
lain. Médecine pop. Les maux de dents.) 

LXXXVIII 

DANGER DE FOULER LES MOISSONS 

Nos paysannes flamandes parlent encore à leurs enfants des « bloet- 
zuiper » (buveurs de sang), qui coupent les orteils et boivent le sang 
des enfants qui jouent dans les champs couverts de moissons. Nous 
ne connaissons que cet exemple de vampires teutoniques. (D r Core- 
mans, VII, p. 32.) 

LXXXIX 

UN SOUHAIT DANGEREUX 

Les enfants répètent quelquefois ce juron, qu'ils entendent fré- 
quemment : « Que le diable m'emporte ! » 

Les parents leur recommandent de ne pas prononcer ces mots parce 
que le diable pourrait les entendre et exaucer leurs vœux. On en a vu 
des exemples. (Hainaut.) 



MTUE PES TRAPÏTIOHS P0PUI-A1RR8 447 

XC 
POUR EMPÊCHER LES ENFANTS DE REGARDER 

Lorsque des enfants s'arrêtent inconsciemment devant des tableaux 
de la nature, qui pourraient éveiller en eux des pensées qui ne sont pas 
de leur âge, tels l'accouplement des animaux, etc., les parents les 
avertissent de fermer les yeux ou de se retourner, car ils pourraient 
devenir aveugles (1). (Bassin du Centre, Hainaut.) 

XCI 

LES ENFANTS ET LA FÊTE DE NOËL (Alsace) 

On retrouve parmi les protestants alsaciens quelques coutumes 
en usage dans le Palatinat. De ce nombre est la Christ nacht (nuit de 
Noël), qu'attendent si impatiemment les enfants. 

Une branche de chêne, placée dans un coin du salon, est ornée de 
rubans, d'anges en cire, de noix dorées, de clinquant, de bonbons, 
de pommes d'api, d'une foule de choses petites, jolies et voyantes. 
La table est couverte de friandises et de jouets. 

Entièrement vêtue de blanc, une personne de la famille remplit le 
rôle de Christ Kindel\ elle va prendre par la main les enfants et les 
introduit dans la pièce où se trouvent les étrennes qui leur sont desti- 
nées; mais, s'ils n'ont pas été sages, si de trop graves espiègleries leur 
ont mérité le courroux paternel, le Hanstrap (mauvais génie) leur pré- 
sentera un paquet de verges, et ils n'auront aucun de ces charmants 
objets qu'une bonne conduite seule peut faire obtenir. ( Aug. Wahlen, 
Moçurs, usages et costumes de tous les peuples du monde. Europe, 
Bruxelles, 1844, p. 335.) 

XCII 

POUR EMPÊCHER LES ENFANTS D'APPROCHER DE TROP PRES 
LES CARROUSELS 

On dit aux enfants imprudents qui s'élancent sur les chevaux de 
bois des carrousels, avant l'arrêt complet, de prendre garde de recevoir 
un coup de pied des chevaux de bois (Liège). 



(1) Oo rapporte qu'un enfant facétieux répondit à sa mère : tfame % j' va todi (je 
vais toujours) risquer un œil. 



448 REVUE. DE8 TRADITIONS POPULAIRES 

XCIII 
LES JOUETS — LE GINGIGNET 

A Vottem (Liège), d'après une communication de M. 0. Colson, 
les enfants fabriquent un petit jouet nommé Gingignet, à l'aide 
de l'infructescence de la Bourse-à-pasteur. Tenant en main un pédon- 
cule en fruits, ils brisent chaque pédicelle de façon à faire retomber 
chaque silicule sur la tige. Ils obtiennent ainsi un hochet dont le cli- 
quetis les amuse. Le mot Gingignet a l'air d'être une onomatopée. 
On le retrouve dans des refrains de chansons populaires. (J. Feller, 
Flore popul. wallonne, dans Bull, de folk-lore, II, 121.) • 

XCIV 

LES CIGARES IMAGINAIRES 

Les enfants font sécher les tiges des clématites qu'ils rencontrent 
dans les haies, et en confectionnent des cigares dont ils tirent de la 
fumée. Les fibres de ces tiges présentent des intervalles qui laissent 
passer la fumée. On nomme cette plante bo d' toàbak dans quelques 
localités du Luxembourg (Ardennes belges). 

XCV 

LE MONSTRE DE LA CAVE 

A Liège, pour empêcher les enfants de descendre à la cave, les 
parents disent : « I n'a Ybabou k'ès caché es l'cave » (Le Babou est 
caché dans la cave). 

XCVI 

LES ESPRITS DES RIVIÈRES 

A Sainte-Gertrude (Limbourg hollandais) on dit aux enfants qui 
s'approchent de la rivière de se défier du haekeman, de l'homme à la 
gaffe, au crochet. 

A Canne (Limbourg belge) on dit que le « man met den hatk » que 
l'homme avec sa gaffe les tirera dans l'eau. 

XCVII 

LE SORT FUTUR DES ENFANTS 

Quand on meurt, dit-on aux enfants, on apparaît devant Dieu qui 
tient une balance. L'un des plateaux de la balance est chargé des 
péchés que l'on a commis et l'autre des bonnes œuvres. Suivant que 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 44$ 

le plateau penche d'un côté ou de l'autre, on va en paradis ou en enfer. 
Une légion d'anges et une troupe de démons sont là qui attendent 
leur proie. (Wallonie-) 

XCVIII 

l/ARBRE planté a la naissance 

La coutume de planter un arbre à la naissance d'un enfant est 
signalée à Belœil, Stambruges et Péruwelz, localités du Hainaut. 
(Jadis (Soignies) n° de novemb. 1907, p. 170). 

XCIX 
LES mères et la figure des enfants 

Les mères touchent successivement le menton, la bouche, le nez 
et la tête de leurs enfants, en prononçant les mots suivants : 
K in (ne), Kin (ne) : Wie beek I 
Moud, mond : fluitje. 
NeiiSj Neus : Pypke. 
Oegen, Oegen : traenfel 

Elles donnent ensuite une petite chiquenaude sur la tête du bébé, 
en ajoutant : 
Knipp. kap laetsche. 

Traduction : 
Menton, menton : quel ruisseau ! (1) 
Bouche, bouche : petit sifflet , flageolet. 
Nez, nez : Petite cheminée. 
Yeux, yeux : Petite larme. * 

Chiquenaude : (sur le) sommet extrême (tête). 

(Recueilli à Ruremonde, Limbourg hollandais.) 

C 
l'enfant qui perd tout 

On dit d'un enfant négligent, qui égare tous ses objets : Si ses 
culottes ne tenaient pas (n'étaient pas attachées), il les perdrait. 

(Hainaut.) 

(1) Le menton de l'enfant est souvent uo ruisseau de salive. 



480 BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

CI 

LE PISSENLIT 

Les enfants qui jouent avec les fleurs jaunes des prés, appelées 
vulgairement pissenlits (2), pissent au lit. (Wallonie.) 

Cil 

CHANSON DE BONNES 

A Bruxelles, les bonnes chantent ce petit quatrain aux enfants 
confiés à leur garde. 

« Quand j'étais petit, 
« Je n'étais pas grand, 
« Je montais sur le banc 
a Pour embrasser maman. 

cm 

CE QUI FAIT GRANDIR OU PROGRESSER 

A Sainte-Gertrude (Limbourg hollandais), les enfants doivent man- 
ger de la caUlebote (qu'on nomme fromage frais, dans la localité) pour 
apprendre à siffler. 

Ils doivent manger les croûtes du pain pour devenir forts, robustes. 

Us doivent courir à la pluie, pour grandir. 

CIV 

CE QUE LES MÈRES RÉPONDENT A LEURS ENFANTS QUI LEUR DEMANDENT 

DE LA LUMIÈRE 

En Wallonie, chez les pauvres et quelquefois même dans la petite 
bourgeoisie, les mères répondent presque invariablement à leurs 
enfants qui leur demandent d'allumer la lampe : « Vous voyez assez 
clair pour compter voire argent \ 

C'est dire que nos ménagères sont économes et ne dépensent leur 
huile qu'à bon escient. 

CV 

FACÉTIE DE CAMARADES 

Un gamin demande à un de ses camarades, lui montrant son mollet : 
Comment nomme-t-on ceci? L'autre de répondre : « On mollet ! (un 
mollet). Tiens, riposte le premier, en lui allongeant une tape sur la 
joue : « Vola on ku deûr ! (tiens, en voilà un cuit dur.) 



BEVUE DES TRADITIONS POPULAIRES A5.1 



[ C'est une allusion aux œufs qu'on cuit durs ou mollets (un peu 

! mous). (Uège.) 

| CVI 

LES LÈVRES DU NOUVEAU-NÉ FROTTÉES D'UNE GOUSSE D'AIL 

« Jeanne d'Albret, mère d'Henri IV, traversa la France pour venir, 
« selon sa promesse, accoucher au château de Pau. 

« Elle chantait un cantique béarnais quand elle mit au monde 
« l'enfant. On dit que le vieux grand-père frotta d'une gousse <Tail 
« les lèvres du nouveau-né, lui versa dans la bouche quelques gouttes 
« de vin de Jurançon et l'emporta dans sa robe de chambre. » 

(H. Taine, Voyage aux Pyrénées, 5 e édit. Paris, Hachette, 1867, 
p. 66.) 

CVII 

RÉPONSES AUX GOURMANDS 

Lorsque les enfants se plaignent continuellement de la faim, les 
mères impatientées leur disent, pour les éloigner : 

« Si tu as faim, mange une de tes mains, 

« Et garde Vautre pour demain. » (Hainaut.) 

CVIII 

CE QU'ON DIT 

t On dit souvent aux enfants qui demandent des friandises : 
« Les bonbons 

« Sont pour les petits garçons; 
f 4 « Làs caramels 

« Pour les petites demoiselles ! (1). 

(Hainaut, bassin du centre.) 

CIX 

LA CONFIRMATION 

En certains endroits existe encore la coutume pour le parrain ou la 
marraine de ceindre d'un bandeau blanc le front de l'enfant confirmé. 

{Documents et rapports de la Société paléontol. et archéolog. de Char- 
leroi, 23, 243.) 

(1) CVsL un boniment employé par les marchands de bonbons aux foires de kermesses 



452 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

ex 

L'ENFANT NÉ DIFFORME 

Chez les Tchouktchas (peuplades nomades des régions glaciales, 
Asie) , un enfant né difforme est par eux rais à mort sans pitié, ainsi que 
ies vieillards infirmes ou qui ne peuvent plus endurer les fatigues de 
la vie nomade. 

(Albert-Montémont, Voyages nouveaux par mer et par terre, 
effectués ou publiés de 1837 à 1847, analysés ou traduits par l'auteur. 
Paris, A. René, 1847, t. III, p. 301.) 

CXI 

LE SUCRE 

Aux enfants qui abusent des bonbons ou sucreries, les parents 
disent : n Le sucre gâte ou fait tomber les dents. » (Hainaut). 

CXII 

ENFANT FAISANT UNE INCONGRUITÉ 

Lorsque des enfants sont réunis et que l'un d'eux commet une 
incongruité, les parents ou le maître d'école s'efforcent d'en connaître 
l'auteur. Tous les enfants, les uns à la suite des autres, protestent de 
leur innocence. Alors, en guise de conclusion, le maître ou les parents 
disent : 

« Premier parlant, 

« Premier potant. » 

C'est-à-dire c'est celui qui a le premier protesté de son innocence qui 
est présumé être J'auteur du méfait. 

(Hainaut, bassin du centre.) 

CXIII 

LE SAIGNEMENT DE NEZ 

Il arrive que les enfants dans leurs jeux saignent du nez, par suite 
d'un coup donné par un camarade. Les mères les consolent, lorsqu'ils 
viennent se lamenter auprès d'elles, en ces termes : « C'est bien fait, 
c'est la méchanceté qui sort de ton corps. » ( H ainaut. ) 

Alfred Haroù. 



REVUE DE8 TMÀDÎTI0N8 POPULAIRES 433 

CXIV 

ce qu'on dit aux enfants sevrés 

En Touraine, les nourrices disent aux enfants qui viennent d'être 
sevrés : « Croquemitaine a emporté la bouteille », c'est-à-dire le bibe- 
ron. Jacques Rougé. 

CXV 

LES ÉPOUVANTAILS DES KNFANTS EN LUSACE 

En Lusace, pour empêcher les enfants de pénétrer dans les blés 

pour Cueillir des fleurs, on leur dit : «r Njcjzisô tam nul?, tam je pfièerparic 
(ou terponica) : Ne va pas y, il y a le ptfserparic, caché au dedans. 
Ailleurs : < Serpovnica buzn vam glovu wôtr'zas • (Serpovnica vous coupera 
la tête). De même : Zubata Anna se pôra, ta ma bëly &ant % serp, je grozna a 
ma wjeUke *uhy (L'Anne avec les dents va venir, elle a une robe blan- 
che, une faucille, elle est effrayante et elle a les dents énormes). Gfr. 
ternf Ad., Myth. bytosâe luiis. Serbow. Budysin, 1898, p. 148. 

On dit aux enfants qui vont le midi dans la forêt : « Hladaj so, *o 
diivica k tebi njepfindze. > (Prends garde, dziwica va t'apparaître). De 

même, on leur demande : « Nj'bojii so, zo dziwica na tebje pfindze ? % » 
(N'a s- tu pas peur que dzivica t'attrapera?) Dziwica est une princesse 
jeune, vêtue en robe de chasse. Cfr. Srt-znevskij, Ziwoja StaHna, II, 60. 

lie soir, après le coucher du soleil apparaît « Smôrkava », le midi 
« Pfipoldnice ». Les deux êtres ressemblent à la « Serpovnica ». On 
empêche les enfants de sortir le soir de la maison, en leur expliquant 
que Smërkava les prendrait. Cfr. Schulenburg, Wend. Volksthum, p. 45. 
En Basse-Lusace, elle s'appelle « Smarkava » : « Ta Smarkava b'zo ce 
ciraac (Smarkava te prendra). 

Le croquemitaine s'appelle en Haute-Lusace « wodny muz », en 
Basse-Lusace a nyks » (cfr. allem. Nix), autrement nykso, wôdnykus, 
hodrnyks OU wodmyks. Sa femme est wôdna iena OU aussi copernice, (Cfr, 
en Bohême, vodnik, hastrman;en Moravie, bestvman; en Silésie, hasrrnan; 
en Pologne, topiclec, utoplcc, titplec, topich et wasyrman ; en Russie, dëduska 
wodjanoj, wodjanik, wodowij, autrefois wodjanoj car; en Ukraine € oàert- 
javyk » ; en Allemagne, Wassermann, A't.r, Nixe, Nickel; en Suéde, Slrom- 
karl, etc.). En Lusace, la mère eflraye les enfants : « NjtUhodz kowdze, tam 
laka wàdny muz ; dosahuje et se svojimi dAhimi pas or ami, séehuje ce do wody, 
zakusuje ce, roztorha ce a zezrrje ce! » (§0Ua, Luzican 1876, p. 35). (Ne 



454 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRE? 

t'approche pas de l'eau, il y attire wodDy muz ; il te saisira avec ses 
griffes longues, te fera entrer dans l'eau, t'égorgera, te déchirera et 
te dévorera). 

Pour éloigner les enfants du puits, la mère leur dit : c NjcpfiechyUj se 
wjele, howacrj lebje âerwjeny nykso pfimje (ÛerD^, 1. C, p. 267). (Ne te pen- 
che pas trop, le nykso rouge te saisira.) 

OrrOiS DuBSKtf . 



PETITES LÉGENDES CHRÉTIENNES 

LXXXIV 

LA FONTAINE DE SAINTET QUITTEBIE a AUBOUS (Basses- Pyrénées). 

aintb Quitterie, poursuivie par les païens et venant du 
côlé d'Aydie, s'arrêta essouflée, mourant de soif, dans 
un étroit vallon, à quelques mètres de l'église actuelle. 
Elle cherchait en vain quelques gouttes d'eau pour 
étancher sa soif lorsqu'en se baissant, elle remarqua un 
peu d'humidité dans l'empreinte laissée par le pied 
d'un bœuf. Elle allait creuser la terre lorsque ses bour- 
reaux tombèrent sur elle et lui tranchèrent la tète. A 
l'endroit même où la tète tomba, il se forma un trou 
demi-sphérique d'où une source jaillissante surgit spontanément. 
La sainte prit sa tête entre ses deux mains, la plaça dans son tablier 
et reprit sa course, toujours poursuivie par se? meurtriers. 

Un peu plus loin, eu traversant un champ, au-dessous du hameau 
de Laeserre, en Vielja, elle rencontra une femme qui volait des fèves. 
Celle-ci, voyant courir une femme sans tête, commença par se moquer 
d'elle et finit par l'insulter. « D'oun beng aquéro escabado ? Té hè pas 
raaou lou chigoun? courrès coumo uo pègo. Rébiro-té? Aquétz homes 
que té siègon, soun lous tous galants? Diouos esta quaouco sourcièro? 
Que lou boun Diou d'atuqué! » (— D'où vient cette décapitée ? — Le 
chignon ne te fait pas de mal ? ou tu ne souffres pas du chignon ? (de la 
tète). Tu cours comme une folle. Retourne-toi? Ces hommes qui te 
suivent sont tes galants?Tu dois être quelque sorcière? Que le bon Dieu 
t'assomme!) — Le langage de cette femme indigna la sainte, qui lui 
répondit : «Te truféz pas de jou, machanto henno è surtout m'insurtez 
pas! Jou souflrici pou boun Dieu è sérèy hurouso aou cèou! E tu, Cou- 
luro, miugéras pas las haouos que panos è t'en anguéras en infer! » 




HBVUB DES TRADITIONS POPULAIRES 458 ' 

(Ne te moques pas de moi, méchante femme, et surtout ne m'insulte 
pas ! Je souflre pour le bon Dieu et je serai heureuse au ciel ! Et toi, 
voleuse, tu ne mangeras pas les fèves que tu voles et tu t'en iras en 
enfer!) 

La femme mourut foudroyée, et là où son corps était tombé surgit 
également une source, la fontaine de Pitchou. Nous en reparlerons 
tout à l'heure. 

La sainte poursuivit sa route en courant vers Aire sur l'Adour 
(Landes) et arriva devant l'église du Mas dont la porte était fermée. 
Mais sur un simple signe, la porte s'ouvrit toute grande ; la Sainte 
entra, et ses assassins ne purent pénétrer dans l'église. C'est là que 
sainte Quitterie acheva de inôurir. Elle fut ensevelie dans le tombeau 
que l'on voit encore dans la crypte de celte église. 

La fontaine de Sainte-Quitterie existe encore à Aubous. Elle est 
entourée de murs fort anciens. L'église romane est placée sous le 
vocable de cette sainte, et le jour de sa fête, le 22 mai, tous ceux qui 
souffrent de la tète viennent le matin, ordinairement avant le lever du 
soleil, boire à la source et se laver le front. Ce jour-là, des troncs sont 
disposés à côté, et pour obtenir les bonnes grâces de la martyre, il ne 
faut pas oublier d'y déposer son offrande. Pour plus d'efficacité, on 
assiste à la messe et on se fait dire un évangile. 

Quant à la source de Pitchou, comme c'est dans ce lieu que la sainte 
a été insultée, traitée de folle et sorcière, ses eaux ne sont pas bonnes 
pour guérir des chrétiens, mais seulement pour guérir les oies, bêtes 
symbolisant la bêtise et la stupidité. Lorsque les oies sont malades, 
qu'elles ne peuvent pas marcher, on les mène se baigner dans cette 
fontaine. Elles sont guéries instantanément. 

Lorsqu'on a construit le nouveau chemin de Lasserre à la route d'Aire, 
pour ne pas anéantir cette source dont l'eau est excellente et très 
fraîche, on l'a conduite au moyen de drains, de l'autre côté du chemin, 
où un bassin a été ménagé. 

(Recueillie à Aubous, Wiella et Aurensan.) 



LXXXV 

La Fontaine de Taillant a Tresskns (commune de Marsolan, Gers). 

Voici une autre légende qui porterait à supposer que sainte Quitterie 
serait venue à Tressens. 

Sainte Quitterie, suivie de quelques-unes de ses amies, fuyait les 
environs de Toulouse, occupés par les Barbares, Elle gravit le 
coteau de Harpin, traversa le bois de Sounet et gagnait le plateau 



486 REVUE DBS TRADITIONS POPULAIRES 

« 

lorsquelle se vit arrêtée par un serpent monstrueux, le démon. 
Prise de peur ainsi que ses compagnes, elle obliqua à gauche et tra- 
versa le hameau de Flages, occupé par de misérables huttes. Le serpent 
les poursuivait en vomissant des torrents de flammes et de soufre. Son 
haleine dessécha tellement l'air ambiant que les jeunes filles furent 
prises d'une soif ardente. Sainte Quitterie demanda de l'eau aux habi- 
tants de Fkige*, qui ne purent lui en donner parce qu'ils n'en avaient 
pas et que les : ources étaient trop éloignées. Enfin, sainte Quitterie et 
ses compagnes, exténuées et toujours poursuivies par le monstre, loin, 
obèrent sur le gazon non loin des habitations. Au même instant, un 
onaçon, descendant du côté de Tressens, prenant en pitié ces jeunes 
filles qui étaient d'une beauté merveilleuse, s'approcha d'elles et leur 
proposa de les conduire de l'autre c6té de Tressens. vers la Couine, où 
elles trouveraient de l'eau en abondance; mais le serpent, changeant 
de place, vint leur barrer la route. Alors sainte Quitterie prit l'uu des 
outils du maçon, — un taillant — et en frappa résolument le rocher à 
3a droite en adressant une fervente prière à la Sainte Vierge. L'outil fit 
une longue et profonde entaille d'où surgit une eau abondande et lim- 
pide, excellente à boire. Sainte Quitterie se mi t à genoux pour remercier 
la Vierge de sa miraculeuse intercession, fit le signe de la croix sur 
l'eau qui, de ce seul fait, se trouva bénite, prit une branche d'arbre et 
en asperga le monstre dont la peau crépitait cdmuae les brindilles de bois 
vert au feu : il s'éleva dans les airs en poussant un cri pareil au roule- 
ment du tonnerre et s'envola vers le bois de Sounet. Sa queue pendante 
frappa le banc de rochers qui se trouve entre la fontaine et Flages: de 
gros éclats s'en détachèrent et se répandirent dans les environs. Ce 
sont ces gros blocs que l'on remarque encore à gauche du chemiu dans 
le bois, en allant vers Tressens. 

Sur cette petite terrasse on voyait naguère un beau dolmen qui fut 
enseveli sous un éboulement de roches. La fontaine a conservé le nom 
de l'outil qui l'avait fait jaillir et s'appelle encore « la hount de Taillant » 
où les hameaux de Flages, de Tressens et de la Bourdète viennent 
s'approvisionner d'eau potable. 

Sainte Quitterie monta à Tressens, où elle fonda c une maison de 
prières » et y laissa ses compagnes. L'église romane conserve encore 
au midi des restes de corniche extérieure ornée de dessins et de 
'sculptures du xn* siècle. L'une d'elles passe pour représenter la 
fondatrice de la maison de prières et le monstre. Cette sculpture est 
assez fruste. Je l'ai examinée bien souvent et je n'ai su y voir que la 
Vierge tenant l'enfant Jésus. La légende ne dit pas ce que devint 
sainte Quitterie, mais l'église de Tressens est placée sous le vocable de 
cette sa in te et la fête se célèbre le 22 mai- Ce n'est pas sans appréhen- 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 451 

sion que les habitants de cette paroisse voient arriver' cet anniversaire, 
car il est de tradition que, ce jour-là, il fait des orages épouvantables, 
souvent accompagnés de grêle. C'est le diable qui se venge sur ces 
malheureux paroissiens de ce qu'ils ont gardé sainte Quitte rie pour 
palronne de leur église. 

Quant au monstrueux serpent, le diable, il a élu domicile à Sounet 
et dans les environs de Flages. Un ancien métayer de Sounet m'a 
raconté maintes prouesses de l'esprit malin. Le matin, lorsqu'il se 
levait pour donner à manger au bétail, il le trouvait toujours au pied 
de l'échelle du grenier à foin, tantôt sous la forme d'un gros veau 
noir, d'un gros chien noir ou d'un bouc énorme. Si le soir, à la nuit, 
il allait à Marsolan, la bête l'accompagnait toujours jusqu'au milieu 
du bois et il la retrouvait au même endroit à son retour. Il lui a livré 
des combats furieux, et il entendait sa blouse craquer et se déchirer. 
Et chose surprenante, disait-il, sa blouse qu'il regardait le jour, était 
toujours intacte. < Un jour, dit-il, n'y tenant plus, je vis le diable, un 
gros bouc, planté sur le milieu de mon aire. J'allai prendre mon fusil 
et fis feu. Le bouc s'éleva dans les airs en poussant un cri terrible qui 
s'entendit au Guq et à Sen-Larroc jusqu'à Lascabanes. A la place» il y 
avait un trou rond, énorme, avec du sang noir au fond. J'ai bien essayé 
de combler ce trou pour égaliser le terrain, mais je n'ai pas pu, il res- 
tait toujours une cuvette avec quelque chose de noir dans le fond. 
Depuis ce moment, je suis tranquille, je ne vois plus rien. » Le vieux 
Janouel de Flages s'est souvent trouvé poursuivi, la nuit, autour de 
sa maison par un gros mouton noir. Le vieux Gadours, qui ne sortait 
jamais la nuit qu'armé d'un gros gourdin, ne parvenait à se débarrasser 
d'un gros chien noir qu'en frappant dessus à coups redoublés, et le 
père Gourragne prétendait l'avoir chassé en faisant dire des messes. 
[Recueillie à Marsolan,} 



LXXXVI 

FONTAINE DE SAINTE-QUITTERIE A AIRE (Landes). 

A mi-côte du Mas d'Aire, dans un pré, se trouve également une 
source sous la protection de sainte Quitterie et où Ton va, le 22 mai, 
se laver la tête. D'après une autre légende, sainte Quitterie aurait eu 
la tête tranchée en ce lieu et la chute de sa tête aurait produit l'appa- 
rition de la source. 

Ici comme à Aubous, la sainte prit sa tête entre ses mains, la mit 
dans son tablier *t gravit le coteau. Elle s'arrêta devant l'église du 



488 REVUE DfcS TRADITIONS POPULAIRES: 

Mas dont la porte éiait fermée; mais, à soq approche, elle s'ouvrit 
toute grande. La sainte entra et la porte se referma sur ses poursui- 
vants. Sainte Quilterie descendit un escalier qui conduisait à la crypte 
et détendit elle-même dans son tombeau où elle finit de mourir. 
(Recueillie à Aire.) . LUDOVIC ICazébkt. 




MÉDECINE SUPERSTITIEUSE 
CX 

LA GUÉRISON DU CARREAU 

es intestins des enfants qui sont atteints de cette 
maladie se changent en pierres. Quand on s'aper- 
çoit qu'un bébé a le carreau, il faut le conduire 
aux femmes qur opèrent, car les médecins les plus 
habiles n'y entendent rien. Les femmes qui peu- 
vent guérir doivent ce don à des circonstances par- 
ticulières, dont la plus essentielle consiste à avoir 
comme nom de famille le nom d'une commune. On amène à l'opéra- 
trice l'enfant, qui doit être à jeun, et elle aussi doit être à jeun; elle le 
fait mettre nu" comme un ver, il est placé sur une table, et elle lui 
impose les mains sur la tête et sur le ventre en récitant des oraisons 
connues d'elle seule. A mesure qu'elle récite, elle s'anime, se fâche, 
devient toute rouge, s'introduit deux doigts dans la bouche aussi pro- 
fondément qu'elle le peut, puis, très vivement, elle fourre ces deux 
doigts chargés de salive dans la bouche, et jusque dans la gorge 
du petit malade, qui doit avaler cette salive sans en perdre une 
goutte. On verse ensuite de l'huile sur le ventre du petit patient 
que l'opératrice boulange comme si elle voulait boulanger du 
pain. Apres cela l'enfant est guéri, et les parents paient l'opé- 
ratrice « suivant leur générosité ». Pendant cette année, quatre 
enfants d'une seule commune ont été soumis à ce traitement et sont, 
à ce qu'on assure, radicalement guéris. Un cinquième a été amené 
tout récemment à la « médecine » privilégiée. 

Lucie de V. H. 



hEVUE DES TRAÎJlîlONS POPULAIRES 4Î) ( J 



NÉCROLOGIE 

LOYS BRUETRE 

Notre regretté collègue était né à Paris le 10 novembre 1835, et il 
y est mort le 18 novembre dernier. Il eut une brillante carrière 
administrative, et il occupa à l'Hôtel- de- Ville le poste important de 
chef de la Division de l'Assistance publique ; il s'était de bonne 
heure occupé de l'enfance abandonnée, et il contribua beaucoup à 
donner à ce Service l'organisation qu'il a aujourd'hui. Lorsqu'il eut 
pris sa retraite, il ne cessa pas de s'intéresser aux œuvres philanthro- 
piques ; membre du Conseil supérieur de l'Assistance publique, il 
faisait en outre partie de beaucoup de Conseils de charité privée, et il 
prenait une part active à leurs travaux, faisait des rapports, des confé- 
rences qu'il serait intéressant de réunir pour montrer quel fut le rôle 
de cet homme de bien. 

Il s'occupa de traditions populaires à une époque où ces études 
étaient fort négligées en France ; sa traduction des Contes populaires 
de la Russie, anthologie que W. Ralston venait de publier en anglai?, 
date de 187 i (Paris, Hachette in-12). L'année suivante, il faisait paraître 
chez le même éditeur les Contes populaires de la Grande- Bretagne, gros 
volume in-8°, qui est précédé d'une substantielle préface et de notes 
comparatives qui révélaient de vastes lectures. Lorsque fut fondée 
Folk-Lore Society, 1878, il fut l'un des premiers à y adhérer. Gaston 
Paris et lui étaient les seuls membres français figurant sur la liste 
publiée en 1879. Il collabora à la première année de Mèlusine, 1877- 
1878, à laquelle il donna d'intéressants contes créoles et une curieuse 
lettre sur l'origine des contes, adressée à M. Emmanuel Cosquin, dont 
la réponse complète et discute ses idées. Lorsque fut institué le dîner 
de Ma Mère TOye, qui fut la première tentative de groupement des 
tradilionnistes français, il signa avec moi les convocations; il pré. 
sida les 13 et '24< dîners, et au centième dîner, qui eut plus de solennité 
que les autres, il prononça une allocution fort applaudie (Revue des 
Traditions populaires, 1895, p. 232). Il figura naturellement parmi les 
organisateurs de la Société des Traditions populaires, dont il fut élu 
vice-président en 1886 et réélu les années suivantes. Pendant les pre- 
mières années de la Revue des Traditions populaires, il y collabora acti- 
vement. Voici la liste de ses articles : 

— Histoire du loup-garou qui voulait brûler sa femirfe, conte créole, 
1. 1 (1886), p. 15; —Deux vieilles facéties populaires, p. 333 ; —La litté- 
rature anglaise et les traditions populaires, t. II (1887), p. 32, 74 ; — 

Tome XXUI. — Décembre 19o8. 29 



460 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Compère Lapin et compère Bouc, conte de la Louisiane, texte créole et 
traduction, p. 166 ; — Origine des puces, légende de la Turquie 
d'Europe, p. 309 ; — Les héros d'Ossian dans Macpherson et dans les 
traditions populaires de l'Irlande et de l'Ecosse, p. 385, 444; —Le chat 
de Whittington, t. III (1888), p. 36; — De quelques légendes celtiques, 
traduction de David Fitzgerald, p. 602; — Suite de r^rtide précédent, 
t. IV (1889;, p. 81 ; — Les contes de miss Pullibai Wadia, traduction 
avec notes, p. 525 ; — Analyse, classification et tabulation des contes 
populaires, t. V (1890 y , p. 36; — Quvrages anglais relatifs au Folk-Lore, 
p. 198; — Le petit homme rouge et Napoléon, t. VI (1898), p. 25 ; — 
Le surnaturel dans les contes populaires, par Ch. Ploix, compte rendu 
p. 603; — Le deuxième Congrès des traditions populaires, rapport (p. 
717; (M. Loys Brueyre était l'un des représentants de la Société des 
Traditions populaires à ce Congrès qui eut lieu à Londres). Il publia le 
compère Chevreuil et Compère Tortue, conte de la Louisiane, dans 
Y Annuaire des Traditions populaires, t. II (1887), p. 60. 

Ces articles ne sont que la partie visible des services qu'il a rendus à 
notre Société. 11 possédait une bibliothèque de Folk-Lore, la plus con- 
sidérable qui existât alors en France ; elle était surtout riche en 
ouvrages anglais. Le catalogue publié dans Y Annuaire des Traditions 
populaires (1888J p. 33-62, disait en note qu'il voulait bien mettre à la 
disposition des membres de la Société les volumes qui y étaient 
inscrits ( ! ). Plusieurs de nos collègues ont usé de cette gracieuse per- 
mission, qui était souvent accompagnée d'aimables et utiles conseils; 
je lui suis, pour ma part, reconnaissant de l'obligeance qu'il a montrée 
à mon égard jusqu'à la tin de sa vie ; car, la dernière lettre que j'ai 
reçue de lui, en août dernier, était relative à sa Bibliothèque qu'il m'in- 
vitait, à mon retour à Paris, à venir visiter pour parler aussi du « vieux 
temps » et de nos bonnes relations trentenaires. J'étais à peine rentré, 
lorsque me parvint la nouvelle de sa mort. Sa perte sera vivement 
ressentie par ceux de nos collègues qui l'ont connu, mais nul pro- 
bablement n'y sera plus sensible que celui qui lui adresse cet adieu, 
et qui pendant de longues années avait été avec lui en relations 
cordiales. Paul Sbbillot. 



(1) Cette obligeance était ancienne chez notre collègue ; dans la 'préface des Contes 
de Ma Mère l'Oyc avant Perrault (Paris, Dentu, 1879, in-12), Charles Deulin, qui a 
dédié ce livre à son ami Loys Brueyre, se plaît à reconnaître « qu'il a mis à sa dispo- 
sition les trésors de sa riche bibliothèque et de sa vaste érudition. » Il n'est pas hors 
de propos de citertici la note sur les contes de Charles Deulio [Almanack des Tradi- 
tions populaires 1882, p. 115 et suiv.), dans laquelle Loys Brueyre, tout en rendant 
justice au talent littéraire de son ami, indique leur faible valeur documentaire. 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 461 

E.-T. Hamy 

Théodore-Jules-Ernest Hamy était né à Boulogne-sur-Mer le 22 juin 
1842 ; il est mort à Paris dans cette Maison de Buffon, qui a abrité tant 
d'hôtes illustres, le 18 novembre dernier. Professeur au Muséum, 
membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et de l'Aca- 
démie de Médecine, il a été président de la Société des American istes, 
de la Société d'Anthropologie et de la Société de Géographie. Il a été 
conservateur du Musée d'Eihnographie du Trocadéro qu'il fonda en 
1880, et dans lequel il donna à l'ethnographie traditionnelle une place 
importante. Les travaux scientifiques de notre collègue lui avaient 
mérité une réputation mondiale. Ici, je ne parlerai que du rôle qu'il a 
joué dans le domaine du Folk-Lore. Il s'y était intéressé à une épo- 
que où ce terme était inconnu et où Ton ne s'occupait guère en France 
des choses populaires ; il me disait qu'à peine âgé de vingt ans, il 
avait recueilli des chansons du Boulonnais, son pays natal, dont quel- 
ques-uues ont paru dès cette époque dans des feuilles locales. Il 
s'inièressa aux premiers essais de groupement des traditionnistes 
français, et contribua à l'organisation de la Société des Traditions 
populaires dont il fut élu vice-président en 4887, et président en 1895. 
C'est en cette qualité qu'il présida le centième dîner de Ma Mère l'Oye, 
où il prononça un petit discours plein d'humour et de bons conseils. 
Voici la liste des articles qu'il a donnés à la Revue des Traditions 
populaires : La chanson de Renaud, version du Boulonnais, t. W, 
;1888), p. 195; — Le premier mois de l'année, chanson énumérative du 
Haut-Boulonnais, t. Vil (1892), p. 354; — La chanson dés pommes déterre 
t. VIII 1893), p. 215; — La chanson de Bricou, version boulonnaise, 
t. X (1895), p. 662; — Rou piou piou, vieille paysannerie boulonnaise 
recueillie en 1863, t. XI (1896), p. 32 et 112; — Deux pierres d'éclair de 
l'état de Minas Geraes, Brésil, t. XX (1905), p. 138; — Chanson patoise 
du Boulonnais, p. 491. 

C'est grâce à Ë Hamy que la Société des Traditions populaires a 
son siège social au Palais du Trocadéro. Il a, en outre, bien souvent 
manifesté l'intérêt qu'il lui portait, soit en nVadressant ses auditeurs 
du Muséum, pour que je leur donne des instructions verbales pour 
recueillir, soit en engageant les voyageurs aux pays exotiques à 
apporter à la Revue des Traditions populaires la partie de leur récolte 
qui relevait plus du Folk-Lore que de l'ethnographie. Il était très 
obligeant et très accueillant ; j'ai eu avec lui, soit à la Société d'An- 
thropologie, où il m'a succédé comme président, élu pour la seconde 
fois, soit chez lui ou chez moi (car nous étions voisins) des relations 
scientifiques et amicales qui me font sentir cruellement sa pe. te. 

Paul Skbillot. 



462 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



MARIA PITRE 

Un numéro du Giomaledi Sieiiia nous apprend que parmi les vic- 
times de l'épouvantable catastrophe de Messine figure la fille de l'il- 
lustre traditionniste Giuseppe Pitre. Elle avait collaboré à YArchivio 
per le tradizioni popolari, et publié d'excellentes monographies dont 
nous avons, ici, rendu compte. Aux témoignages de douloureuse 
sympathie que les Siciliens ont donnés àl'iufortuné père, nous tenons 
à ajouter celui de l'auteur de ces ligues, son ami depuis trente ans, et, 
j'en suis certain, ceux des collaborateurs et lecteurs de la Revue des 
Traditions populaires. P. S, 



BIBLIOGRAPHIE 



A. van Gennep. Relu/ions, Mœurs et Légendes. Essais d'ethnographie 
et de linguistique. Société du Mercure de France, in-18 de pp. 318 
(3 fr. 50). 

Ce volume de méWmges se compose de la réunion d'articles, d'ordinaire 
assez court», parus dans divers périodiques, mais qui ont été assez souvent 
retouchés par l'auteur. Celui-ci a eu raison de publier, dans un volume de 
format commode, des monographies qui étaient un peu perdues dans les 
revues. Plusieurs d'entre elles ont été écrites a. l'occasion de livres dont 
rameur rendait compte, mais il y ajoute des idées personnelles, les discute, 
et essaie de leur donner, en les résumant, une clarté qu'ils n'ont pas tou- 
jours. C'est ainsi que la ceinture des églises a été écrite à l'occasion d'un 
livre de Richard Andrée sur les ex-voto des catholiques de l'Allemagne du 
Sud. La Revue a commencé une enquête sur ce sujet qui n'a guère été qu'ef- 
fleuré en France, où personne jusqu'ici ne s'en est occupé comme Richard 
Andrée, dont une autre monographie signale les découvertes en Bavière et en 
Tyrol. D'autres articles traitent du Mécanisme du tabou, fort à. la mode 
aujourd'hui, de même que le Totémisme, dont -M. V. G. expose et discute 
les théories diverses. Le rite du refus lui a fourni d'intéressants parallèles. 
La légende de Polyphème a comme point de départ le livre d'un savant fin- 
landais. Die Polyphemëage in der Volksùberlieferung publié en (904 à Ilelsings- 
fors. Le catalogue dessé par M. 0. Ilackman ne comprend pas moins de 
deux cent vingi-et-une variantes, et U est vraisemblablement incomplet, 
puisqu'il ne signale qu'une seule version gasconne, probablement celle de 
Bladé, alors qu'il en existe une autre (L. Dardy, Anthologie de VAlbret, Agen, 
1891, iu-8», t. II, p. 295-299). A propos de la belle publication Ttic Native races 
oflhe Brittih Empire dont quatre volumes ont paru, notre collègue signale 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 463 

avec raison, le peu d'encouragement que le monde officiel français accorde 
aux études ethnographiques dans notre empire colonial (il ne traite guère 
mieux d'ailleurs, celles entreprises dans le domaine métropolitain, où, fort 
heureusement pour la science, les initiatives individuelles ont produit, par 
« amour de Part », plusieurs excellentes explorations). Il existe actuellement 
dans le monde scientifique français nombre de jeunes gens pleins de 
bonne volonté et accoutumés à de bonnes méthodes, qui, s'ils étaient encou- 
ragés, si leurs travaux avaient plus de facilité pour la publication, ne tar- 
deraient pas à rattraper le temps perdu et à mettre la France en meilleure 
posture vis-à-vis de l'étranger. Ainsi soi Ml, p. S, 



Catalogue général : âges de la pierre, du bronze et du /er, orné de 12 plan- 
ches hors texte. Paris, Schleicher, in-8» de p. 123. (0 fr. 50). 

Ce catalogue est celui de la collection formée par un archéologue distingué, 
Eugène Boban. Quelque intéressant qu'il soit pour les palethnologues, nous 
ne le signalerions pas à nos lecteurs s'il ne donnait une abondante biblio- 
graphie d'ouvrages spéciaux se rapportant au préhistorique et aussi & 
l'ethnographie, qu'il est intéressant de consulter. '* 



F. Macler. Formules magiques de. l'Orient chrétien. Paris, Leroux, 
in-8<> de pp. 25 (Extr. de la Revue de l'histoire des religions). 

Cette brochure contient la traduction d'un manuscrit syriaque qui fait, 
partie de la collection de l'auteur et est intitulé le Livre de préservation. Il 
contient en effet nombre de formules qui sont précédées, comme beaucoup de 
celles de l'Occident, d'un protocole chrétien, et qui sont, dit le copiste du 
manuscrit, a les anathèmes des évangélistes qui servent à garantir la jeu- 
nesse de tout ce qui peut être nuisible. « Il y en a pour un grand nombre de 
circonstances de la vie, contre les maux, la folie, les animaux rebelles ou 
dangereux, chiens enragé?, loups, ennemis des troupeaux, serpents, scorpions, 
etc.; une formule destinée à calmer les enfants qui pleurent ou les endormir 
présente un exemple intéressant de magie sympathique, puisqu'elle débute 
par le nom des Sept dormants. Les manuscrits qui contiennent ces pres- 
criptions constituent de véritables talismans, et ils protègent ceux qui les 
portent, et c'est pourquoi ils sont de petit format ; à cette magie par contact 
se superpose la magie sympathique qui inspire la presque totalité des for- 
mules ou des prières. Les figures des saints martyrs transperçant lesdémons 
redoutés (reproduits au nombre de 6 dans la monographie de M. F. M.) ne 
sont pas dessinées pour l'agrément ou l'instruction du lecteur, mais parce 
que cette réprésentation figurée a un pouvoir magique. M. F. M. termine 
sou curieux travail par des comparaisons avec des littératures voisines, et 
en particulier avec les manuscrits arméniens, syriaques ou arabes, qui, 
comme celui dont il publie la traduction, font aussi, pour la raison indiquée 
plus haut, une large part aux représentations figurées. P. S. 



464 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

Charles Le Goftic, Passions celtes. Nouvelle librairie nationale, in- 
18 de 178 p. — (2 francs.) 

Ce volume est un recueil de nouvelles écrites de la façon agréable ordi- 
naire a leur auteur; plusieurs sont sur des thèmes populaires, et dans pres- 
que toutes on rencontre des traits de folk-lore,tel : le vœu de la jeune fille 
qui promet, si la mer rend le cadavre de son père pour qu'il puisse être 
enierré en terre sainte, d'assister au pardon de la Vierge, et de faire trois 
fois de suite le tour de l'enclos sacre, pieds nus, un cierge à la main ; 
ré I range malédiction d'une vieille femme dépossédée : Celui qui fait bâtir 
la maison — Mourra devant qu'elle soit achevée — Celle pour qui elle est 
bâtie — Mourra le jour qu'on l'achèvera, incantation rimée qui n'est peut- 
être pas entièrement de l'invention de l'auteur, et qui empoche l'achèvement 
de la maison. L'étrange nouvelle du cheveu d'or parle de la croyance non 
encore éteinte, des morganés et des sirènes, qui sert d'abord à expliquer un 
crime très réel. Dans la maison des Mines, la dernière du volume, on ex- 
plique les hantises dont elle est entourée, en disant qu'un homme qui a 
accompli près de là une mauvaise action ne verra sa pénitence prendre fia 
que le jour où son anaon (ses mânes) aura subi le même traitement qu'il a 
fait subir à une vieille femme ; mais il attendra longtemps, car quel est le 
chrétien qui voudrait donner un coup de poing à un mort, fût-ce pour hâ- 
ter sa libération? On n'avait pas ces scrupules en Normandie et en Wallonie 
où Ton raconte que le bras des petits enfants qui ont frappé leur mère sort 
de la tombe jusqu'à ce que celle-ci leur ait infligé une correction. P. S. 

Simon Davaugour, Sons le ciel gris. Nouvelle bretonne. Bibliothè- 
que régionaliste. Préface de F. Coppée. Paris, Bloud et O, iv-114 p. 
illustré. 

x Sous le ciel gris. . . tel est le titre de cette série de quatre nouvelles lugu- 
bres. Il lui convient bien. Le Menuisier, les Escargots, Une Flambée, 
L'Étoile, sont sinistres et finissent toutes par une note tragique et funèbre. 
Après avoir lu ce livre on a l'impression que la Bretagne est peuplée de 
pauvres diables auxquels arrivent tous les malheurs. Ces nouvelles sont 
agréablement écrites, mais nous leur reprochons de dégager toutes une im- 
pression de tristesse profonde. Non, la Bretagne n'est pas un pays triste» 
elle est mélancolique tout au plus. Son ciel n'est pas plus gris qu'ailleurs, 
il est même souvent sur les côtes d'un bleu méditerranéen, et si certains 
ont Tâme triste, il y a des amateurs de cidre et de danse, qui ont l'âme 
joyeuse et gaie. Ce côté gai de la Bretagne manque totalement à ce volume 
qui fera les sombres délices de broyeurs de noir, mais dont nous ne pou- 
vons conseiller la lecture aux personnes à tendances neurasthéniques. 

P. -Y. SUbillot. 



Emile Blémont : Théâtre légendaire. Paris, Lemerre. 11)08, i vol. 2% p. 

M. Emile Blémont vient d'ajouter uu nouveau volume à la liste déjà con- 
sidérable de ses œuvres. Après son Théâtre molièresque et cornélien, l'au- 
teur a voulu parcourir un nouveau cycle, le cycle légendaire, et il res- 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 465 

suscite tour à tour les temps du moyen âge et de l'antiquité hébraïque. 
C'est d'abord le Jugement de Salomon où, en un acte, est développé le 
célèbre jugement. La scène du duel d'amour maternel entre Jaël et Qila, les 
deux mères, est rendue en termes fort touchants exprimés dans des vers 
bien ciselés. Puis c'est un beau drame, Libres Cœurs, écrit avec la collabo- 
ration d'un autre poète de talent, Daniel de Vénancourt. La Couronne de Rose 
est un drame lyrique et tragique à la fois. Enfin Roger de Naples, où le 
moyen âge italien revit dans une lutte passionnée, qui unit heureusement 
et que résument ces vers, qui terminent le drame : 

Ce mémorable jour, 
Où triomphent de tout, la justice et l'amour. 

P. -Y. SÉBILLOT. 



Léon Duvauchel. Théâtre de Léon Duvauchel. — Paris, Lemerre, 1908. 
1 vol. 242 p. 

Léon Duvauchel, le romancier poète de la Picardie, l'auteur de la Mous- 
sière % du Tourbier, de VHortillome où se trouvent maints traits populaires, et 
de volumes de vers justement appréciés, était aussi un auteur dramatique et 
l'œuvre posthume qui vient de paraître de lui, son Théâtre, ajoute une nou- 
velle pierre à l'édifice de son œuvre. Jean Sauvegrain, Le Chapeau-Bleu, 
Mademoiselle Molière, L'Absente, tels sont les- titres des pièces de cet ouvrage. 
La première est un Drame en vers du temps de la Fronde qui met en 
scène une curieuse figure de chef de paysans, à cette époque troublée où le 
pauvre laboureur, sans droits, sans protection supportait ies malheurs du 
temps. Les opinions politiques d'alors, ce vers placé dans la bouche de l'un 
d'eux les résume bien : 

Moi je sais que je souffre et je n'y comprends rien. 

Le Chapeau Bleu, une piécette applaudie jadis à Cluny, nous expose une 
charmante idylle du quartier latin, puis Mademoiselle Molière nous conte 
les soucis conjugaux de l'auteur du Misanthrope. Enfin une autre idylle, 
L'Absente. Telle est l'œuvre théâtrale, tour à tour délicate et tragique, de Léon 
Duvauchel dont le talent, comme on le voit, savait s'exercer sur les sujets les 
plus divers, allant de l'héroïsme classique à la sentimentalité du théâtre 
moderne. P.-Y. Sébillot. 



Zenon Kuzelja, Ditina v Zvycajâch i vyruvannàch ukrainsskogo 
naroda (L'enfant dans les usages et dans les croyances du peuple de 
V Ukraine. — Matériaux pour l'Ethnologie ukarïno-ruthène, t. VIII, 

190.),otIX, 1907, LéopoL). 

Aux amateurs du Folk-lore de l'Enfance les deux volumes de M. Kuzelja 
apportent des ressources très intéressantes. M. Kuzelja consacre son 
ouvrage surtout aux recherches des coutumes de l'Ukraine, mais nous 
trouvons dans sa méthode comparée beaucoup de rapports concernant 
les traditions populaires slaves en général. 



4ft6 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

La première partie du premier volume de l'ouvrage s'occupe plutôt de la 
description de la vie sexuelle de fora me que de la représentation de la vie 
d'enfant. On y décrit « la femme et sa vie sexuelle avant et pendant la 
grossesse », * l'enfant avant la naissance », « l'accouchement », les usages 
et les coutumes dès la naissance d'enfant jusqu'à la confirmation. Aux 
recherches indiquées l'auteur ajoute les traditions populaires relatives aux 
enfants échangées par les femmes sauvages et par les êires semblables. En 
louchant la question de la grossesse de femme, l'auteur recueille les tradi- 
tions populaires sur la durée etsur les marques de la grossesse, sur la saison 
qui ne convient pas à la conception selon la croyance du peuple, sur la con- 
clusion du sexe de l'enfant attendu, sur les enfants de sept mois, sur les 
aliments dont la femme enceinte se doit abstenir, etc. Dans la série de 
l'accouchement l'auteur conclut des expressions populaires : « elle est 
tombée du fourneau »,« le fourneau s'est écroulé », (= faire ses couches), 
très fréquentes chez les Slaves et chez les Germains, sur le rapport sym- 
bolisé entre la cuisson du pain et l'accouchement. Quant aux détails, en 
Ukraine les enfants ne croient pas que la cigogne apporte les petits frères 
et les petites sœurs. C'est la sage-femme qui les trouve au sable, dans la 
rivière, ou la mère elle-même les ramasse sous les feuilles du chou. Dans 
la troisième partie du premier volume l'auteur jette le coup d'œil sur les 
coutumes après l'accouchement. 

Le deuxième volume contient la description de la vie d'enfant dès la 
première jusqu'à la dixième année. La matière est ordonnée d'après le 
développement d'enfant ; dans la première année les berceaux et les 
berceuses, les jeux avec les enfants nouveau-nés ; comment les enfants 
apprennent à marcher; comment ils commencent à parler, les maladies des 
enfants» les conjurations, la mort et les funérailles des enfants ; puis 
l'enfant dès la première année jusqu'à ce temps, quand il s'en va de la 
maison pour garder les bestiaux, toujours d'après les ans ; le langage et 
les rimailleries des enfants, etc. 

Cet ouvrage que nous ne faisons qu'analyser rapidement enrichit beaucoup 
les littératures populaires des Slaves, en se distinguant et par l'abondance 
des matériaux classiûés avec une intelligence extraordinaire et par la 
grande connaissance des littératures indigènes et étrangères. 

Otton Dubsky. 



LIVRES REÇUS AUX BUREAUX DE LA REVUE 



P. Saintyves. — Les Vicvges-Meres et les Nais&mices miraculeuses, 
Essai de Mythologie comparée. Paris, E. Noury, t beau vol. in-12 br., 
imp. sur papier vergé, ïranco : 3 fr. 50). 

— - Les Saints successeurs des Dieux, Essais de Mythologie chrétienne. 
Paris, E. Noury, i bejiu vol. in- 8 de 416 pages franco : 6 francs'. 



TABLE ANALYTIQUE 



MYTHOLOGIE ET LITTÉRATURE COMPARÉE 

Variante tchèque du trésor de Rampslnite G. Hobt. 161 

Les statues qu'on ne peut déplacer (Belgique flamande). 

XVII-XXXIX A. deCock. ■ 64,136 

Les entrées frauduleuses en Paradis. VU. Le Pilote. Elis Mé.nard. 44 
Le Polk-Lore en sommeil. II Les Evangiles des 

Quenouilles en Flandre A . de Cock . 1*9 

Superstitions et coutumes de la Perse attachées aux 

mois et aux jours ; J. A. Decourdemanciie. 209 

Les animaux fantastiques en Franche-Comté Charles Beauquier. 305 

La légende de Didon. XVI. Délimitation par le vol 

de Foie. XVII. Par le châle Alfred Harou. 169 

L'évolution du costume. I Paul Sébillot. 170 

IL Belle-Ile en mer Pi En as Laurent. 263 

III. Région de Langoonet. IV. Genesten Job Le Ny. 440 

Deux contes populaires des Slaves du Nord en rapport 

avec le sujet de la farce de Maître Pathelio Otton Dubsky.. 427 

Légendes sur l'origine de l'homme Paul Sébillot. 430 



FOLKLORE 

Mythologie et Folk-lore de l'enfance. XXX -XX XII. 

Limbourg hollandais Alfred Harou. 133 

XXXIII. La bête à sept létes. XXXIV. Le sang 
dans un jeu d'enfant. XXXV. Les Croquemitaine* 
de la récolte. XXXVI. Le nom et les attributs de 

Croquemitaine. XXXVIl. Dires de nourrices Paul Sébillot. 217 

XXXVIII. Explications de la naissance. XXXIX. 
Pour écarter Je mauvais esprit. XL L'épreuve des 
joujoux. XLl L'enfant malade. XL1I. Les Croque- 
mitaines de Peau. XLIll. Pour bien siffler Alfred Harou. 218 

XLÏV. Croquemitaine et congénères. 

XLV. En Bourgogne Fra.nçois Fbrtiault. 257 

XLV1. Environs de Dinan Lucie ds V. H. 257 

XLVII. Sarthe M»« Drstriche. 258 

X LVni. Pays de Loudéac M°" Louis Texier. 258 

XL1X. Dinan Mme j. Lambert, Jean Evb.i. 258 

L. Paris P. Guyot-Dauhès. 259 

M. Le Graouilli de Metz Hélène Valabrèoub. 259 

LU. La cloche personnifiée. LUI. Croquemitaine 

vivant , Gabrielle Sébillot. 260 

LIV. Epou vantail des enfants à Boston. LV. La 

neige et les enfants Alice Roblns. 260 

LVI. Les épouvantnils des enfants tchèques. LVII. 

Défenses faites aux enfants Otton Dubsky. 260 



468 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 

LVJIl. Les boites à surprises. LIX. Idées d'enfants 

sur la vie future Paul Srbillot. 262 

LIX. Le feu et les enfants Lucie de V. H. 323 

LX. Le marchand de sable. LXl. Chanson rie 

Croquemitaine H. V. 323 

I. XII. Madame en chaise J.M.Carlo. 324 

LX1U. Conte pour faire tenir sage. LXIV. Le mé- 
chant génie des eaux. LXV. L'enfant qui reste 
debout. LXVI. Menace facétieuse. LXvII. Les 
enfants malpropres. LXVIII. QuolhVts d'enfants. 
LXIX. Le pont et les mensonges. LXX. Amulette 
de la dentition. LXXI. Les joujoux fantastiques. 
LXXII. Les enfants gourmands. LXXI II. Les 

œufs de Pâques Alfred Harou: 324 

LXXIV. En Moravie. LXXV. En Bohême. Otton Dubsky. 369 

LXXV1. Les boîtes à surprise A. Bout. 371 

LXXVU-LXXXI1I. Wallonie, etc Alfrbd Harou. 372 

LXXXIV. L'enfant à sa naissance. Hollande 443 

LXXXV-CXHI. Folk-Lore enfantin de la Belgique. Alfred Harou. 

CXIV. Ce qu'on dit aux enfants sevrés Jacques Rouoé. 445 

CXV. Epouvàntails des enfants en Lnsace Otton Dubsky. 453 

Folk Lore du Limbourg hollandais I-XXVIll Alfred Harou. 7, 102, 37fi 

Le Folk-Lore de la Touraine Jacques Rouoé. 224, 136 

Le Folk-Lore de la Picardie, VII-VIU A. Bout. 294, #3 

IX. A Lauchères (Somme) H. de Kbrbeuzec 35ti 

Le Folk-Lore du grand duché de Luxembourg • 

I ( 9 uUe). — V Alfred Harou. 92, 279 

La fraternisation par le sang. XLUÏ. Dans les ateliers 

parisiens P. Guyot-Daubes. 16*3 

Usnges et superstitions du pays nantais (suite). Pour 

savoir le nom de son futur mari. La Chandeleur... Marn -Edmkb Vaugeois. 234 
Les Traditions populaires et les écrivains français. 

L. II. Jean de Bordenave H. de Kkrbbuzbc. 43 

LUI. Arabroise Paré Léo Desaivre. J 49, 297, 3f>8 

LIV. Dassoucy P. S. 410 

Les traditions populaires et les écrivains poitevins. 

IX. Guillaume Bouchet . Léo Desaivre. 196, 213 

Les marques de propriété. XXV. En Anjou A. van Gsnnbp. 26b 

La transmission de la propriété dans les anciennes 

coutumes .1 Ed. Edmont. 122 

Les Bohémiens. III-IV. En Wallonie Alfred Harou. 148. 33:) 

V. Haute-Bretagne Lucie db V. H. iii 

Les métiers et les professions. C. Cris des rues à 

Sotteville lès Rouen • Marie Chbvali.hr. 1 ii 

Les Ordalies. XVIII». Le calice d'épreuve en Abys- 

sinie. XXa. Par le vomitif au Darfour René Basset. l$2 

Le soleil de la Saint-Vincent et les bénédictins de 

Saint-Maixent Léo Desaivre. l'JO 

Les Sermons facétieux. IX. Le sermon du curé de 

Locronan Lucie de V. H . 293 

X. Le sermon du curé d'Anthy M. L. . -93 

Le Folk-Lore du Maine (suit*) M me Destiuché. 19ô 

Le Tabac. XXXVII. L'église de Bretagne et le tabac. H. de Keruëizbc. -'39 
Superstitions de civilisés. II. Pelites superstitions 

d'un écrivain français Ed. Edmont. 2»>7 

Les Esprits forts à la campagne. XI. Perche Filleul- Petign y. 291 

Folk-Lore de l'Auvergne. XIV. Les fêtes de Saint-Gui. D' Pommerol. 4U9 

SUPERSTITIONS 

Pèlerins et pèlerinages. CCXXX. Beauvini* 

CCXXXI. La jarretière en Flandre 

CCXXX1I. Les ex-voto 



ICd. Rerni's. 


80 


A. DE COCK. 


133 


Alfred Harou. 


133 



REVUE DE8 TRADITIONS POPULAIRES 469 

CCXXXIII. Saint Gengoult. CCXXXlVLa croix des 
clochettes. GCXXXV. Saint-Christophe Ed. Edmont. 188 

CGCXXXVI. La fontaine de Caillouville Léo Desaivrr. 189 

CCCXXXVH. Dans le Morbihan en 1819. CCXXVIII. 

Le Croisly Pierre Laurent. 270 

Traditions et superstitions de Basse-Bretagne. XXXVI. 

Anciens usages de Plougasnou. XXXVILL-s lutin 

de nuit. XXXVIII. Proverbes H. de Kbrbeuzbc. 41, 1 45 

XXXIX. L'oignon fatal. XL. La baguette divinatoire. J. Calloc h. 145 

X LX. Le3 sorciers et les sorcières J . Frison . 394 

XU. Noms des jours de la semaine. XLII. Petites 
superstitions de Penestio H. de Kerbbuzrc. 394 

XLII1. Les quenouilles de la messe. XLIV. Lu 
fiancée portée par le fiancé. XLV. La pêche du 
dimanche des Rameaux. XLVI. Les trésors et le 

jour des Rameaux A . Paban. 394 

Traditions et superstitions de la Haute- Bretagne. 

LXXVI. Interprétation du chant des oiseaux Lucie de V. H. 36 

LXXV1I. Invocation au Soleil. LXXVIII. Litanies po- 
pulaires : Fra Deuni. 36 

LXXIX. Le crapaud qui se venge. LXXX. Pratiques 
à. la naissance Lucie de V. H. 295,356 

LXXI. Clos-Poulet Jacques Gaudrul. 357 

LXXXIL Miettes de Folk-Lore de Hlle-et- Vilaine. F. Duinb. 357 

LXXXIIl. Les mûres M ne Jules Lambert. 429 

Médpciiift superstitieuse. CV. Dans les Vosges et 

CV. En llle-et-Vilaine • M»» P. S. 268 

CVI. Quelques formules de médication empirique 
dans les Deux-Sèvres Léo Dbsaivre. 338 

CVII. Remèdes des courtisanes romaines CVIII. Re- 
mèdes contre la rage. CIX. Les huîtres et la rage. H. de Kbrbeuzbc. 339 
Sidi Belka de Bordj bou Arreridj Achille Robert. 401 

CXX. La guérison du carreau Lucie de V. H . 455 

COUTUMES 



Anciennes coutumes du pays d'Artois. VIL Les ma- 
tines des bergers au Valhuon Ed. Edmont. 37 

Coutumes de mariage. XXIII. Le ferrement des femmes. Léo Dbsaivre. 237 

XXIV. Anciennes redevances ecclésiastiques Alfred Harou. 237 

Anciennes fôtes de Picardie Ed. Ldmont. 281 

Coutumes et fêtes de la Saint-Jeau. IX. La fête de 

la Saint Jean à Massiac Baron du Roure. 2.38 

Anciennes coutumes du département du Nord. I. 

Marie au blé Ed. Edmont. " 392 



LE MONDE PHYSIQUE 



Les minéraux et les métaux. XIX Léo Dksaivre 189 

Les taches de la lune. III. Légendes diverses § 1 et 2. René Bassrt. 220 
Les Météores. XVII. L'arc-en-ciel §85-88. XV11I. Les 

Etoiles filantes § 49 51 Rkné Basset. 221 

Les feux follets § li 15. XVIII. Les Pléiades § 30-31. René Basset. 396 

Au Perche. XVII Killeitl-Petigny. 272 

Les Pourquoi. CXLVUI. Origine des poissons Paul SÉB'LLor. 335 

CXLIX. Pourquoi on se signe à la vue d'un éclair. Alfrkd Harou. 338 



470 BEVUE PEB T&AplTlONS POPULA1BE8 



LA MER ET LES EAUX 

CXI.VII. Les noyés. CXLV1U. Sauvé» par N.-D. 

CXLÎX. Les rencontres Élu MÉsAno. 98 

CL. Les navires consacrés. CLl. Processions de na- 
vires. CLTI Les no vire» tombeaux. (XIII. Les na- 
vires expiatoires. CLIV. Varia. CLV. Les jeux. 

CLVT. Les rêves Paul Sbbili.ot. 113 

CLV 11. Pourquoi ia mer est salée. . . . • J. Calloch. 122 

CXLVlIt. La navigation Paul Sbbillot. 313 

CXLIX. Le sacrifice des moutons. CL. La pierre de 

lait. CLI. L* noyé oui revient. CI .II. La femme 

marine. CL11I. Le amble dans la Meuse. CLIV. 
. Noms des glaçons. CLV. Le courant c el nino ». 

CLV1. Les eaux de Kbytoos Alfred Harou. 347 

CLVIU. Le Neckre E. Edmoht. 389 

CLIX. Moyen de retrouver un noyé Alfred Harou. 391 

CLX . Fontaine Saint-Nicolas il , de Kerdeuzec. 391 



MIETTES DE FOLK LORE PARISIEN 

XXX. Quelques superstitions H. de Kkrbeuzbc. 296 

Les épingles et le mariage M°" P. S. 297 



CONTES ET LÉGENDES 

Contes et légendes de Basse- Bretagne. LXXTI. 

L'homme cheval Yves Sébillot. 1 

LXXIII. Le meunier et l'oie Cbvabr. 125 

LXXI V. La dame blanche du Relecq Fouillard. 129 

LXXV. La femme enlevée par lu sorcière Louis Le Ken. 129 

LX X VI. Les trois Léonard s Jean Huo.x. 130 

LXXV11. La pomme rouge. LXXVIU. Le petit bou- 
deur. LXXIX. Le diable chassé. LXXX. La Hlle 
aux bras coupés. LXXX1. Les sept fiëres et leur 
sœur. LXXXIl. Les trois petits cochons J. Frison. 131, 235, 290 

LXXXIII. Le brin éternel il. dr Kbrbbuzec. 401 

Quatre contes-chaldéens. I. Les trois frères. II. Les 

trois amis F. Maci.er. "327 

Contes eslhonien*. IV. La création. V. La trompette 

du tonnerre. VI. Le roi du brouillard A. Dido. 14 

Le père Roquelaine, conte du Nivernais Achille Millier. 27 

Contes populaires de lu Bresse. III. Le grand nigaud. 

IV. Plus maligne que le diable Denis Buessak. 3ô0, 405 

Légendes et contes Bachkirs. I. Le diable tué. II. La 

lille du diable. 111. La maison qu'on ne doit pas 

bâtir. IV. L'endroit dangereux. V. L'endroit 

sacré. VI. Le cauchemar. Vil. La pie et le 

diable. VIII. Le diable au bain. IX. La maladie 

personnifiée. X. L* lutin. XI. L'âme séparée du 

corps. XII. Les noyés. XIII. Le maître des Vents. 

XIV. Les deux fils qui vont chercher fortune. 

XV. Le vieillard rusé. XVI. L'homme qui parle 
aux serpents. XVII. Les enfants changés par le 
diable. XVIII. L'avare puni. XIX. Les trésors. 

XX. L'œil arraché S. Roudexko. 49 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 471 

Contes et légendes de la Grèce ancienne. LXVII En- 

thvmos et le génie. LXVilI. Les amants surpris. 

LXIX . La piété récompensée Rut* Basset. 16* 

Contes et légendes de la Haute-Bretagne. LXX1I. La 

béte à sept têtes. LXXIU. Le chien trop fidèle. 

LXXIV. Les trois frères. LXXV. Le lys rouge. 

LXX VI. Le neveu du recteur . Paul Sébuxot 82 

LXXVU. La bonne sœur facétieube Fra Ûbuni. 82 

LXXVIII. Le pêcheur du cap Frébel. LXXIX. Le 
loup et le renard. LXXX. Le marchand de 
cuillers de bois (numéroté à tort LXXVU ) Eue Menard. 93, 240 

LXXX VIII. Les chieBs-bros. LXXXIX. L'ombre de 
la nuit. XC. Les blanchisseuses. XCI. Le grain 
de blé noir Paul Sebillot. 2s3 

XCII. Celui qui vient du Paradis. XCIII. Historiettes 
facétieuses du pays de Balazé P. Duïxr. .141 

XCI V. La bonne femme aux cent écus A. de Montai dry. 381 

XCV. Peuçot Paul Skbîllot. 386 

Bibliographie des textes patois de littérature orale de 

la Haute-Bretagne Paul Sebillot. 

Histoires surnaturelles de Boulay. XLl. La fille chatte. Auricostb de Lazarqub. 236 
Contes et légendes arabes. DCCXXXV. Innocent 

ou coupable. DCCXXXVI. Le langage figuré. 

DCCXXXVII. L'avis déguisé. DCCXXXVIU. 

L'orgueil du sang. DCCXXXIX. Les sauterelles 

protégées. DCCXL. Le mari battu. DCCXLI. Le 

parfumeur et le soldat. DCCXLII. La méchanceté 

punie. DCCXLIII. Mort singulière. DCCXLIV. Dire 

la vérité est le meilleur système. DCCXLV. La 

sacoche perdue et retrouvée'. DCCXLVI. Les aver- 
tissements d'Oqba. DCCX L V II . Les oasis mystérieuses 

DCCXLVIll. Le phénix . . René Basset. 74, 227, 373 

Légendes contemporaines. XVIII. Knid herbe P. S. 35 

Petites légendes chrétiennes. LXXX. l'ours de 

Saint- Waast. LXXXI. La chasse de Saint Kilien. 

LXX XII. Sainte Marie aux Pleurs à Vormhout. 

LXXXIII. Une pêche miraculeuse à Dunkerque. ... Ed. Eomo.nt. 96, 135 

LXXX IV. La fontaine Sainte-Quitterie à Aubous. 
LXXXV. La fontaine de Taillant. LXX XVI. La 

fontaine de Sainte-Quitterie à Aire Ludovic Mazkhet, 454 

Petites légendes locales. DCLVII. Le trésor du 

souterrain Louis Qursnevii.i.e. 35 . 

DCLVIII. Les pains changés eu pierres. DCLIX. 

Le ravisseur puni Alfred Harou. 1 46 

DCLXX. Le recteur sorcier.. DT.LX XI. La mai sou 
du mort. DCLXXII, La femme blanche du pont. Lnuovn: Mazrret. 491 

DCLXXIII. La pierre du diable 

DCLXXIV. Les fées du cap Fréhel Eue Mê.nard. 233 

DCLXXV. L'ancien château des derrières IL de Kbrbeuzec. 392 

Légendes et superstitions préhistoriques. CXLlV. La 

pierre qui tourne Alfred Haroc. 44 

CXLV. Questionnaire sur les menhirs E. Gueni.n. 105 

CXLVI. Ile de Guernesey Pierre Laurent. 1 47 

CXLVII. Une pierre à glissade en Bolivie A. de Mortillbt. 1V7 

CXLVI II. Epreuve de la pierre branlant*» Pierre Laurent. 289 

CL. Le menhir adjuré 

CLI. La station sur la pierre. CLII La friction sur P. S. 397 

la pierre E. Miller, 397 

CLIII. Le bloc du trou Ario Alfred Maroc. 397 

Le peuple et l'histoire. L. Légende huguenote H. de Krrbeuzbc. 101 

Ll. Marborough Alfred Harou. 134 



472 REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES 



CHANSONS 

Chansons de la Haute-Bretagne. XXXII. La claire ., 

fontaine Paul Sebillot. *» 

XXXIH. Le Rossignol. XXXIV. Lespèlerins deSamt- 

Jacques M- Louis Tbxier . g 

XXXV. L'alouette grise H. »■ Kkrbeiîzrc. * 

XXXVI. La bergère et le forestier Emile Hamonic. * 

XXXVII. Le Pont du Nord H. de Kbrbbuzrc. 

XXXVIII. Chanson à l'arrivée des mariés. XXXIX. 
La soirée après le repas. XL. Les ennuis du 
ménage. XL1. La petite bonne femme. X LU. Les 
queues de chèvre (numérotées à tort XXX 111- 
XXXVI) ^ AUL Sebillot. 

Chansons de Basse- Bretagne Pierre Laurent. 

Les plus jolies chansons des pays Scandinaves. XVII. 



331 



m 



.Le geste de Lokki Ltai Piseau. <J 

Robin, chanson du Maine M»' Destriche. 10i 

Chansons du Linglais(B;isse-Normandie). I. Philorette. 

II. Déjà mal mariée. III. La Bergère. IV. La bâte- 

I ière rusée Albert Patry. 1&> 

Allusions anciennes à des chants populaires. L En 

Bretagne P. S. *» 



DEVINETTES, BLASON 

Devinettes de l'Auvergne D' Pommbrol. 42 

Blason populaire de la Haute-Bretagne. X. Pays de 

Redon Yves Sebillot. 412 

XI. Arrondissement de Vitré K. Duine 412 



VARIÉTÉS 

Assemblée générale ^ ô 

NÉCROLOGIE 

Jean Réville F. Maclbr. 2*7 

Valtazar Bogisic P. S . 2jfc 

E. T. Hamy Paul Sebillot. *w 

Loys Brueyre Paul Sebillot. 4<>i 

Maria Pitre Haul Sebillot. 462 

BIBLIOGRAPHIE 

Lucy-Achalme . Le Maître du pain P. Y. Sebillot. 415 

Giuseppe Bellucci. Un capitolo de Psicologia popo- 

lare P. S. 255 

Emile Btêm»nt. ThéAtre légendaire • P. Y. Sebillot. 4Ci 



REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES . 473 

Conservatoire de la tradition populaire flamande. Mu- 
sée d e Folk-Lore P . S . 253 

Jean de la Chesnaye. Au pays des Chouans P. S. 110 

0. Colson. Table générale des publications de la So- 
ciété liégeoise de littérature wallonne P. S. 110 

Simon Davaugour. Sous le ciel gris l\ Y. S. 465 

Edmond Destaing. L'esmayes chez ks Bpni-Snous. 
— Fêtes et coutumes chez les Beui-Snous. — Le 
fils et la fille du roi. — Etude sur le dialecte ber- 
bère des Beni-Snous A. van Gennbp. 413 

[>' Dubreuil'Chambardel. Figures médicales touran- 
gelles Jacques Rouge. 109 

Léon Duvauchel. Théâtre P. Y. Sêbillot. 460 

Formulettes enfantines P. S. 111 

Alexis Brmolov. La sagesse populaire dans les pro- 
verbes, les dictons et les présages (en russe) A. va?» Gbnnkp. 45 

Paul Ewiel. Trucs et trucqueurs P. S. 158 

A . van Gennep. Religions, mœurs et légendes P. S. 

i\oel Giron. Légendes Copies F. Maclbr 253 

Jules Haize. Une commune bretonne pendant la 

Révolution p. S. 47 

Franz Heinemann. Bibliographie nationale suisse . . P. S. 301 

J . Hunsiker. La maison suisse A. van Grnnep . 206 

Karl Knortz. Was ist des Volkskunde René Basset 108 

Henri Labbé d-. la Maurinière. Poitiers et Augou- 

lême Jacques Rouoé. 207 

Hugues Lapa ire. Le pays berrichon P. -Y. Sbbillot. 415 

//. Le Carguet. Enlèvement d'une jeune fille à la 

pointe du Raz par les Hollandais P. S. 46 

Comtesse Pierre Lecointre. Les faluns de Ton rai ne. Jacques Rouqé. 414 

Charles Le Goffic. Passions eeltes P . S. 464 

F. Macler. Formules magiques de l'Orient chrétien. P. S. 463 

Martin. Le FoJk-Lore de Saint-Rémy, Vosges P. S. 110 

Achille Millien. Chansons populaires du Nivernais.. P. S. 267 

Louis Morin. Edition troyenne des petits métiers et 

cris de Paiîs P. S. 159 

Francis Pérot. Le Folk-Lore bourbonnais. . .* P. S. 301 

E. Henart. Répertoire général des collectionneurs.. P. S. 154 

A. Richaud. Essai de Folk-Lore bas-alpin P. S. ?03 

Jacques Rougé. La ville de Ligueil et son canton 

pendant la Révolution P. S . 47 

Paul Sëbillot. Le Folk-Lore de France t. IV . . . . G. S. Hàrtlaud. 157 

E. Siecke. Mythen, Sage, Mârrhen in ihren Bezie- 

hungen zur Gegenwart René Basset. 109 

A. I. Verrier et Ouillon. Glossaire étymologique du i 

patois de l'Anjou P. S. 3, 251 et 302 

Armand Viré. Le Lot, Rocamadour, Lacave P. S. 255 

Zenon Kttzelja. L'enfant daus les usages du peuple 

de l'Ukraine Otto Dubsky. 465 



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